Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant VI (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante


ÉNÉIDE, LIVRE VI

 

LA DESCENTE AUX ENFERS

Prélude : Rencontre avec la Sibylle (6, 1-263)

 

À Cumes, devant le temple d'Apollon (6, 1-41)

Énée aborde à Cumes. Tandis que ses compagnons vaquent à l'installation sur le rivage, le héros se dirige immédiatement vers le temple d'Apollon, pour y rencontrer la Sibylle (6, 1-13).

En attendant la prêtresse qu'Achate est allé quérir, Énée et ses compagnons contemplent sur les portes du temple des scènes évoquant des légendes liées à la Crète et à Dédale, le fondateur du temple. La prêtresse les tire de leur contemplation, leur recommande d'accomplir des sacrifices, ce qu'ils font aussitôt, puis les appelle dans le temple (6, 14-41).

Sic fatur lacrimans, classique immittit habenas,

et tandem Euboicis Cumarum adlabitur oris.

Obuertunt pelago proras ; tum dente tenaci

ancora fundabat naues, et litora curuae

Ainsi parle Énée, en versant des larmes ; puis il lâche la bride

à la flotte et aborde finalement aux rivages euboïques de Cumes.

On retourne les proues vers la mer ; alors, de leur croc puissant,

les ancres immobilisent les navires, les poupes recourbées bordent le rivage.

6, 1

praetexunt puppes. Iuuenum manus emicat ardens

litus in Hesperium ; quaerit pars semina flammae

abstrusa in uenis silicis, pars densa ferarum

tecta rapit siluas, inuentaque flumina monstrat.

At pius Aeneas arces, quibus altus Apollo

Les jeunes hommes s'élancent pleins d'ardeur

sur la côte d'Hespérie. Certains cherchent les germes de feu

cachés dans les veines du silex ; d'autres dépouillent les forêts épaisses,

abris des bêtes sauvages, et signalent les cours d'eau découverts.

Le pieux Énée de son côté gagne la hauteur que domine

6, 5

praesidet, horrendaeque procul secreta Sibyllae

antrum immane petit, magnum cui mentem animumque

Delius inspirat uates, aperitque futura.

 

Iam subeunt Triuiae lucos atque aurea tecta.

Daedalus, ut fama est, fugiens Minoia regna,

 le haut Apollon et, plus loin, l'antre immense, la retraite

de l'effrayante Sibylle, à qui le prophète de Délos insuffle 

grande intelligence et grande énergie, et lui découvre l'avenir.

 

Déjà, ils pénètrent dans le bois sacré de Trivia, sous les toits dorés.

Selon la tradition, Dédale, fuyant le royaume de Minos,

6, 10

praepetibus pennis ausus se credere caelo,

insuetum per iter gelidas enauit ad Arctos,

Chalcidicaque leuis tandem super adstitit arce.

Redditus his primum terris, tibi, Phoebe, sacrauit

remigium alarum, posuitque immania templa.

a eu l'audace de se confier à des ailes rapides pour gagner le ciel

et a vogué par une route insolite en direction des Ourses glacées,

pour enfin se poser avec légèreté sur la citadelle chalcidienne.

Revenu  ici sur terre, en tout premier lieu  il t'a consacré, Phébus,

l'appareillage de ses ailes, puis a construit un immense temple.

6, 15

In foribus letum Androgeo  : tum pendere poenas

Cecropidae iussi – miserum ! –  septena quotannis

corpora natorum ; stat ductis sortibus urna.

Contra elata mari respondet Gnosia tellus :

hic crudelis amor tauri, suppostaque furto

Sur les portes est représentée la mort d'Androgée : à l'époque,

les Cécropides, contraints de payer cette mort, par le sacrifice annuel,

quel malheur !, de sept de leurs enfants ; là se trouve l'urne du tirage au sort.

En face, fait pendant à cette scène, la terre de Gnosse, émergée de la mer :

ici figure la passion cruelle pour un taureau, la furtive substitution

6, 20

Pasiphae, mixtumque genus prolesque biformis

Minotaurus inest, Veneris monumenta nefandae.

Hic labor ille domus et inextricabilis error ;

magnum reginae sed enim miseratus amorem

Daedalus ipse dolos tecti ambagesque resoluit,

de Pasiphaé et, espèce mixte, rejeton  difforme,  le Minotaure,

monument souvenir d'une abominable passion amoureuse.

Enfin voici  l'oeuvre fameuse, le palais aux détours inextricables ;

toutefois apitoyé par l'immense amour d'une reine,

Dédale triompha des pièges et des méandres de la demeure,

6, 25

caeca regens filo uestigia. Tu quoque magnam

partem opere in tanto, sineret dolor, Icare, haberes.

Bis conatus erat casus effingere in auro ;

bis patriae cecidere manus. Quin protinus omnia

perlegerent oculis, ni iam praemissus Achates

guidant par un fil des pas aveugles. Toi aussi, dans une telle oeuvre,

si la douleur d'un père ne l'avait empêché, Icare, tu aurais une grande place.

Par deux fois, il avait essayé de fixer dans l'or tes malheurs,

par deux fois, ses mains retombèrent. Bien sûr, les Troyens

auraient continué d'examiner en détail tous les tableaux, si Achate,

6, 30

adforet, atque una Phoebi Triuiaeque sacerdos,

Deiphobe Glauci, fatur quae talia regi :

« Non hoc ista sibi tempus spectacula poscit ;

nunc grege de intacto septem mactare iuuencos

praestiterit, totidem lectas de more bidentes. »

envoyé en éclaireur, n'arrivait déjà, avec la prêtresse de Phébus et de Trivia,

Déiphobé, fille de Glaucus, qui adressa au roi ces paroles :

« Ce n'est pas cette contemplation qu'exige le moment présent :

mieux vaudrait maintenant immoler sept jeunes taureaux d'un troupeau

n'ayant pas connu le joug, et sept brebis de deux ans choisies selon l'usage ».

6, 35

Talibus adfata Aenean nec sacra morantur

iussa uiri, Teucros uocat alta in templa sacerdos.

Après ces paroles à Énée, sans tarder les hommes  accomplissent

les ordres sacrés  et la prêtresse invite les Teucères à monter dans le temple.

6, 40

 

Premiers contacts avec la Sibylle (6, 42-155)

Les menant à son antre, la Sibylle en transe ordonne à Énée d'honorer Apollon pour pouvoir accéder aux Enfers. Énée demande au dieu de conserver aux Troyens ses faveurs en l'aidant à atteindre l'Italie. Sans négliger les divinités hostiles à Troie, il promet à Apollon un temple, une fête, et un sanctuaire pour sa prêtresse (6, 42-76).

La Sibylle, sous l'emprise du dieu, annonce à Énée qu'il parviendra au but, mais au prix de guerres sanglantes, et elle l'encourage à ne pas se laisser abattre (6, 77-101).

Énée prie la Sibylle de le conduire vers son père Anchise, revendiquant cette faveur au nom de son devoir filial et de son origine divine, au même titre qu'Orphée, Pollux, Thésée, Hercule (6,102-123).

La prêtresse détaille les difficultés et le caractère exceptionnel de cette visite aux Enfers, et avertit Énée des conditions préalables à remplir : se procurer le rameau d'or et se purifier suite à la mort d'un de ses compagnons (6, 124-155).

Excisum Euboicae latus ingens rupis in antrum,

quo lati ducunt aditus centum, ostia centum ;

unde ruunt totidem uoces, responsa Sibyllae.

Le flanc immense de la roche euboïque a été creusé,

formant un antre, où conduisent cent larges accès, cent portes,

d'où surgissent autant de voix, les réponses de la Sibylle.

Ventum erat ad limen, cum uirgo. « Poscere fata

tempus » ait ; « deus, ecce, deus ! » Cui talia fanti

ante fores subito non uoltus, non color unus,

non comptae mansere comae ; sed pectus anhelum,

et rabie fera corda tument ; maiorque uideri,

On était arrivé au seuil, lorsque la vierge déclara : « C'est le moment

d'interroger les destins ; le dieu, voici le dieu ! » Pendant qu'elle parle

ainsi devant les portes, ses traits, son teint subitement se décomposent,

ses cheveux en désordre se soulèvent, tandis que sa poitrine se fait haletante,

et son coeur déchaîné se gonfle de rage ; elle apparaît plus grande,

6, 45

nec mortale sonans, adflata est numine quando

iam propiore dei. « Cessas in uota precesque,

Tros » ait « Aenea ? Cessas ? Neque enim ante dehiscent

attonitae magna ora domus. » Et talia fata

conticuit. Gelidus Teucris per dura cucurrit

sa voix n'est plus d'une mortelle, puisque l'atteint le souffle puissant

du dieu déjà tout proche. « Tardes-tu à faire tes voeux et tes prières,

Énée de Troie ? Tu tardes ? Pourtant elles ne s'entrouvriront pas avant,

les grandes bouches de la demeure frappée d'épouvante ». Sur ces paroles,

elle se tut. Un frisson glacé parcourt jusqu'aux os les durs Teucères

6, 50

ossa tremor, funditque preces rex pectore ab imo :

« Phoebe, graues Troiae semper miserate labores,

Dardana qui Paridis direxti tela manusque

corpus in Aeacidae, magnas obeuntia terras

tot maria intraui duce te, penitusque repostas

 et, du fond de sa poitrine, le roi exhale cette prière :

« Phébus, qui toujours eus pitié des lourdes épreuves de Troie,

qui guidas les traits et les mains du Dardanien Pâris

contre  l'Éacide, c'est sous ta conduite que j'ai pénétré dans tant de mers

 au large d'immenses terres et que j'ai visité, dans leurs retraites reculées,

6, 55

Massylum gentes praetentaque Syrtibus arua,

iam tandem Italiae fugientis prendimus oras ;

hac Troiana tenus fuerit Fortuna secuta.

Vos quoque Pergameae iam fas est parcere genti,

dique deaeque omnes quibus obstitit Ilium et ingens

les peuples des Massyles et les territoires bordant les Syrtes ;

maintenant enfin, nous touchons les rives de la fuyante Italie.

Puisse la mauvaise fortune de Troie, qui nous poursuit, s'être arrêtée ici.

À vous aussi,  il est permis désormais d'épargner la nation de Pergame,

dieux et déesses, vous tous qui avez eu à souffrir d'Ilion

6, 60

gloria Dardaniae. Tuque, O sanctissima uates,

praescia uenturi, da, non indebita posco

regna meis fatis, Latio considere Teucros

errantisque deos agitataque numina Troiae.

Tum Phoebo et Triuiae solido de marmore templum

et de l'immense gloire de la Dardanie. Toi aussi, très sainte prophétesse,

qui possèdes la prescience de l'avenir, accorde-moi – je ne demande pas

un royaume que ne m'est pas destiné – d'installer les Teucères au Latium,

avec les dieux errants de Troie et leurs divinités toujours en mouvement.

Alors, j'instaurerai un temple en l'honneur de Phébus et de Trivia,

6, 65

instituam, festosque dies de nomine Phoebi.

Te quoque magna manent regnis penetralia nostris :

hic ego namque tuas sortes arcanaque fata,

dicta meae genti, ponam, lectosque sacrabo,

alma, uiros. Foliis tantum ne carmina manda,

un temple de marbre dur, et des jours de fête au nom de Phébus.

Toi aussi, un vaste sanctuaire t'attend dans notre royaume :

j'y installerai tes oracles et les destins secrets annoncés à mon peuple,

et j'y affecterai des hommes choisis, vénérable prophétesse.

Seulement ne confie pas tes chants à des feuilles,

6, 70

ne turbata uolent rapidis ludibria uentis ;

ipsa canas oro. » Finem dedit ore loquendi.

 

At, Phoebi nondum patiens, immanis in antro

bacchatur uates, magnum si pectore possit

excussisse deum ; tanto magis ille fatigat

de peur qu'ils ne s'envolent, jouets des vents subtils ;

chante-les toi-même, je t'en prie ». Fermant la bouche il finit de parler.

 

Mais, dans son antre la prêtresse, qui n'est pas encore soumise à Phébus,

est en transes, comme si elle pouvait avoir écarté le grand dieu de sa poitrine ;

mais lui, occupé à dompter ce coeur farouche, tourmente d'autant plus

6, 75

os rabidum, fera corda domans, fingitque premendo.

Ostia iamque domus patuere ingentia centum

sponte sua, uatisque ferunt responsa per auras :

« O tandem magnis pelagi defuncte periclis !

Sed terrae grauiora manent. In regna Lauini

sa bouche écumante et par la pression qu'il exerce il la maîtrise.

Et déjà les cent portes immenses de la demeure se sont ouvertes

spontanément et lancent dans les airs les réponses de la prophétesse :

« Ô toi tu as enfin triomphé des grands périls de la mer !

 Mais des dangers pires t'attendent sur la terre. Les Dardanides

6, 80

Dardanidae uenient ; mitte hanc de pectore curam ;

sed non et uenisse uolent. Bella, horrida bella,

et Thybrim multo spumantem sanguine cerno.

Non Simois tibi, nec Xanthus, nec Dorica castra

defuerint ; alius Latio iam partus Achilles,

parviendront au royaume de Lavinium : ôte ce souci de ton coeur.

Mais ils souhaiteront aussi n'y être pas venus. Je vois des guerres,

d'horribles guerres, et tout le Thybris couvert d'une écume de sang.

Ni le Simoïs, ni le Xanthe, ni le camp des Doriens

ne t'auront manqué : déjà un nouvel Achille a été enfanté pour le Latium

6, 85

natus et ipse dea ; nec Teucris addita Iuno

usquam aberit ; cum tu supplex in rebus egenis

quas gentes Italum aut quas non oraueris urbes !

Causa mali tanti coniunx iterum hospita Teucris

externique iterum thalami.

né lui aussi d'une déesse ; et l'acharnée Junon, ne sera jamais loin

des Troyens ; et cependant toi, suppliant, dans le dénuement,

que de nations d'Italie ou que de cités n'auras-tu pas implorées !

La cause d'un si grand malheur pour les Teucères,

sera à nouveau une épouse étrangère, à nouveau, un mariage extérieur.

6, 90

Tu ne cede malis, sed contra audentior ito,

quam tua te Fortuna sinet. Via prima salutis,

quod minime reris, Graia pandetur ab urbe. »

Talibus ex adyto dictis Cumaea Sibylla

horrendas canit ambages antroque remugit,

Toi, ne cède pas devant les malheurs, mais au contraire suis la route

avec plus d'audace que le permettra ta Fortune. La première voie du salut,

chose que tu n'imagines guère, te sera ouverte par une ville grecque ».

 Avec de telles paroles, au sortir du sanctuaire, la Sibylle de Cumes

chante des secrets effroyables, et mugit ses réponses dans son antre,

6, 95

obscuris uera inuoluens : ea frena furenti

concutit, et stimulos sub pectore uertit Apollo.

 

Vt primum cessit furor et rabida ora quierunt,

incipit Aeneas heros : « Non ulla laborum,

o uirgo, noua mi facies inopinaue surgit ;

enrobant le vrai d'obscurités :  face à cette femme en délire, voilà les freins

qu'agite Apollon et l' aiguillon qu'il tourne et retourne en sa poitrine.

 

Une fois sa fureur retombée et la rage de sa bouche apaisée,

le héros Énée prit la parole : « Des épreuves qui surgissent, ô vierge,

aucune n'est pour moi ni nouvelle ni inattendue ;

6, 100

omnia praecepi atque animo mecum ante peregi.

Vnum oro : quando hic inferni ianua regis

dicitur, et tenebrosa palus Acheronte refuso,

ire ad conspectum cari genitoris et ora

contingat ; doceas iter et sacra ostia pandas.

j'ai tout prévu, et d'avance en pensée j'ai  tout accompli.

Je ne demande qu'une chose : puisque ici, dit-on, se trouve la porte

du roi des Enfers et le marais ténébreux où reflue  l'Achéron,

qu'il me soit donné d' approcher mon père, de voir son cher visage ;

montre-moi la voie, et ouvre-moi les portes sacrées.

6, 105

Illum ego per flammas et mille sequentia tela

eripui his umeris, medioque ex hoste recepi ;

ille meum comitatus iter, maria omnia mecum

atque omnes pelagique minas caelique ferebat,

inualidus, uires ultra sortemque senectae.

À travers les flammes et mille traits qui nous poursuivaient,

je l'ai recueilli sur mes épaules et arraché du milieu des ennemis ;

il m'a accompagné au long de mon parcours sur les mers ;

avec moi il a enduré toutes les menaces du large et du ciel,

malgré sa faiblesse, au-delà des forces et de la condition de la vieillesse.

6, 110

Quin, ut te supplex peterem et tua limina adirem,

idem orans mandata dabat. Gnatique patrisque,

alma, precor, miserere ;  potes namque omnia, nec te

nequiquam lucis Hecate praefecit Auernis ;

si potuit Manes arcessere coniugis Orpheus,

Bien plus, il m'a ordonné, m'a prié d'aller vers toi en suppliant,

de m'approcher de ton seuil. Dans ta bienveillance, je t'en prie,

prends pitié et du fils et du père, car tu peux tout,

et Hécate ne t'a pas mise pour rien à la tête des bois de l'Averne ;

Orphée n'a-t-il pas pu faire revenir les Mânes de son épouse

6, 115

Threicia fretus cithara fidibusque canoris,

si fratrem Pollux alterna morte redemit,

itque reditque uiam totiens. Quid Thesea, magnum

quid memorem Alciden ? Et mi genus ab Ioue summo. »

 

Talibus orabat dictis arasque tenebat,

par la vertu de sa cithare thrace et de sa lyre mélodieuse ?

Pollux, par une mort alternée, n'a-t-il pas racheté son frère

et parcouru tant de fois le même chemin ? Et que dire de Thésée ?

Et du grand Alcide ? Moi aussi, je descends du souverain Jupiter ».

 

Il la priait en ces termes, et se tenait à l' autel,

6, 120

cum sic orsa loqui uates : « Sate sanguine diuom,

Tros Anchisiade, facilis descensus Auerno ;

noctes atque dies patet atri ianua Ditis ;

sed reuocare gradum superasque euadere ad auras,

hoc opus, hic labor est. Pauci, quos aequus amauit

quand la prophétesse se mit à parler : « Rejeton de sang divin,

Troyen, fils d'Anchise, il est facile de descendre dans l'Averne :

nuit et jour, la porte du sombre Dis est ouverte ;

mais revenir sur ses pas et s'échapper vers les brises d'en haut,

c'est là l'épreuve, voilà la difficulté. De rares êtres, aimés de Jupiter le juste

6, 125

Iuppiter, aut ardens euexit ad aethera uirtus,

dis geniti potuere. Tenent media omnia siluae,

Cocytusque sinu labens circumuenit atro.

Quod si tantus amor menti, si tanta cupido est,

bis Stygios innare lacus, bis nigra uidere

ou des fils de dieux que l'ardeur de leur vertu a élevés jusqu'au ciel,

,ont pu le faire. Au centre l'espace est occupé par des forêts

qu'encercle le Cocyte, au cours sombre et sinueux.

Mais si l'amour hantant ton esprit est si grand, et si grand ton désir

de traverser par deux fois les marais du Styx, de voir deux fois

6, 130

Tartara, et insano iuuat indulgere labori,

accipe, quae peragenda prius. Latet arbore opaca

aureus et foliis et lento uimine ramus,

Iunoni infernae dictus sacer ; hunc tegit omnis

lucus, et obscuris claudunt conuallibus umbrae.

le noir Tartare, si cela te plaît de t'infliger un effort insensé,

apprends ce qu'il y a à faire en premier lieu. Sur un arbre touffu,

se cache un rameau d'or, baguette souple couverte de feuilles ;

il est, dit-on, consacré à Junon infernale. Tout un bois le cache,

enfermé sous les ombres au fond d'une vallée ténébreuse.

6, 135

Sed non ante datur telluris operta subire,

auricomos quam quis decerpserit arbore fetus.

Hoc sibi pulchra suum ferri Proserpina munus

instituit. Primo auulso non deficit alter

aureus, et simili frondescit uirga metallo.

Mais personne n'a accès aux profondeurs mystérieuses de la terre

avant d'avoir cueilli sur l'arbre la pousse à la chevelure d'or.

La belle Proserpine a exigé qu'on lui apporte cet hommage qui lui est dû.

Lorsqu'un premier rameau a été arraché, un autre, d'or lui aussi,

ne manque pas de pousser, et la tige se couvre de feuilles du même métal.

6, 140

Ergo alte uestiga oculis, et rite repertum

carpe manu ; namque ipse uolens facilisque sequetur,

si te fata uocant ; aliter non uiribus ullis

uincere, nec duro poteris conuellere ferro.

Praeterea iacet exanimum tibi corpus amici 

Donc, cherche, lève les yeux et, quand tu l'auras trouvé,

cueille-le de la main selon les rites ; en fait, si les destins t'appellent,

il se laissera  facilement cueillir ; sinon, nulle force ne pourra

t'aider à le vaincre ni nulle lame tranchante à l'arracher.

De plus, pendant que tu consultes les oracles et t'attardes

6, 145

– heu nescis – totamque incestat funere classem,

dum consulta petis nostroque in limine pendes.

Sedibus hunc refer ante suis et conde sepulchro.

Duc nigras pecudes ; ea prima piacula sunto :

sic demum lucos Stygis et regna inuia uiuis

sur notre seuil, le corps d'un de tes amis, tu l'ignores encore hélas,

est étendu sans vie et  son cadavre souille toute la flotte.

Avant tout, porte-le à son lieu de repos, et donne-lui un tombeau.

Amène des brebis noires, qui seront les premières victimes expiatoires.

Ainsi enfin, tu verras les bois du Styx et les royaumes inaccessibles

6, 150

aspicies. » Dixit, pressoque obmutuit ore. aux vivants ». Elle finit de parler et, serrant les lèvres, resta muette.

6, 155

 

Conditions d'accès remplies (6, 156-263)

Aussitôt Énée, Achate et d'autres compagnons partent à la recherche du cadavre inconnu ; ils découvrent bientôt sur le rivage le cadavre abandonné de Misène, fils d'Éole, talentueux trompette d'Énée, mort victime de la jalousie de Triton. Sur le champ, tous s'activent à la préparation d'un tombeau (6, 156-189).

Entre-temps, deux colombes guident Énée vers le rameau d'or, qu'il cueille et porte directement à la Sibylle, tandis que s'accomplissent dans les lamentations les cérémonies et offrandes rituelles pour les funérailles de Misène, dont un tombeau et un nom de lieu perpétueront le souvenir (6, 190-235).

Conformément aux ordres de la Sibylle et avec son aide, Énée et ses compagnons procèdent devant l'entrée de l'Averne à divers sacrifices rituels aux divinités infernales.
Au lever du jour, dans un grondement de la nature, la prophétesse écarte tout le monde et invite le seul Énée à la suivre dans l'antre qui s'ouvre devant eux (6, 236-263).

Aeneas maesto defixus lumina uoltu

ingreditur, linquens antrum, caecosque uolutat

euentus animo secum. Cui fidus Achates

it comes, et paribus curis uestigia figit.

Énée,  le visage triste, les yeux fixes, se met en marche

et quitte la grotte ; en son for intérieur il tourne et retourne

ces événements obscurs. Son fidèle Achate l'accompagne

et, habité par les mêmes soucis, s'attache à ses pas.

Multa inter sese uario sermone serebant,

quem socium exanimem uates, quod corpus humandum

diceret. Atque illi Misenum in litore sicco,

ut uenere, uident indigna morte peremptum,

Misenum Aeoliden, quo non praestantior alter

Tous deux conversant lançaient mille suppositions diverses :

de quel compagnon sans vie, de quel cadavre à inhumer

la prophétesse parlait-elle ? Et soudain, arrivés sur le rivage sec,

ils voient Misène gisant, ravi à la vie par une mort imméritée,

Misène,  fils d'Éole, sans pareil pour pousser les hommes au combat

6, 160

aere ciere uiros, Martemque accendere cantu.

Hectoris hic magni fuerat comes, Hectora circum

et lituo pugnas insignis obibat et hasta.

Postquam illum uita uictor spoliauit Achilles,

Dardanio Aeneae sese fortissimus heros

et enflammer Mars aux accents de sa trompette de bronze.

Il avait été le compagnon du grand Hector ; près d'Hector

il allait aux combats, reconnaissable à sa trompe et à sa lance.

Après qu'Achille, victorieux, eut enlevé la vie à Hector,

le très vaillant héros s'était rallié au Dardanien Énée,

6, 165

addiderat socium, non inferiora secutus.

Sed tum, forte caua dum personat aequora concha,

demens, et cantu uocat in certamina diuos,

aemulus exceptum Triton, si credere dignum est,

inter saxa uirum spumosa inmerserat unda.

qu'il suivit sans nullement déchoir en dignité.

Mais un jour qu'il faisait sonner sur la mer sa conque creuse,

 l'insensé par son chant invita les dieux à se mesurer à lui ;

Triton jaloux, si cette fable est digne de foi, avait surpris

l'homme parmi les rochers et l'avait noyé dans l'onde écumeuse.

6, 170

Ergo omnes magno circum clamore fremebant,

praecipue pius Aeneas. Tum iussa Sibyllae,

haud mora, festinant flentes, aramque sepulchri

congerere arboribus caeloque educere certant.

Itur in antiquam siluam, stabula alta ferarum ;

Aussi tous autour du cadavre poussaient force gémissements,

et principalement le pieux Énée. Alors, sans attendre, en pleurant

 ils se hâtent d'obéir à la Sibylle, et s'activent à dresser un autel funéraire

fait d' arbres entassés et de le faire monter jusqu'au ciel.

On se rend dans l'antique forêt, profond repaire des bêtes sauvages ;

6, 175

procumbunt piceae, sonat icta securibus ilex,

fraxineaeque trabes cuneis et fissile robur

scinditur, aduoluunt ingentis montibus ornos.

Nec non Aeneas opera inter talia primus

hortatur socios, paribusque accingitur armis.

des épicéas sont abattus, l'yeuse résonne sous les coups des haches,

les troncs des frênes et le chêne se fendent, déchirés

par les coins, des ornes géants dévalent des montagnes.

Et, dans ces importants travaux, Énée, équipé comme eux

des mêmes outils, est le premier à encourager ses compagnons.

6, 180

Atque haec ipse suo tristi cum corde uolutat,

aspectans siluam inmensam, et sic uoce precatur :

« Si nunc se nobis ille aureus arbore ramus

ostendat nemore in tanto, quando omnia uere

heu nimium de te uates, Misene, locuta est. »

 
Cependant il retourne en son coeur affligé toutes ces pensées,

en regardant l'immense forêt, et il fait cette prière :

« Ah ! Si maintenant ce fameux rameau d'or pouvait paraître

sur son arbre dans ces grands bois ! Car, tout est vrai,

trop vrai hélas, Misène, de ce qu'a dit de toi la prophétesse. »

6, 185

Vix ea fatus erat, geminae cum forte columbae

ipsa sub ora uiri caelo uenere uolantes,

et uiridi sedere solo. Tum maximus heros

maternas agnoscit aues, laetusque precatur :

« Este duces, O, si qua uia est, cursumque per auras

À peine Énée avait-il prononcé ces paroles, que justement

sous ses yeux, deux colombes venues du ciel volent et se posent

sur le sol verdoyant. Le héros magnanime reconnaît alors

les oiseaux sacrés de sa mère et, tout heureux, les prie ainsi :

« Soyez nos guides, si un chemin existe, et, à travers les airs,

6, 190

dirigite in lucos, ubi pinguem diues opacat

ramus humum. Tuque, O, dubiis ne defice rebus,

diua parens. » Sic effatus uestigia pressit,

obseruans quae signa ferant, quo tendere pergant.

Pascentes illae tantum prodire uolando,

dirigez nos pas vers les bois où le riche rameau ombrage

la terre féconde. Et toi, ne te dérobe dans cette incertitude,

ô mère divine ». Sur ce, il s'arrête, observe les colombes,

les signes qu'elles apportent, la direction qu'elles prennent.

En picorant, elles progressent dans leur vol à une allure permettant

6, 195

quantum acie possent oculi seruare sequentum.

Inde ubi uenere ad fauces graue olentis Auerni,

tollunt se celeres, liquidumque per aera lapsae

sedibus optatis geminae super arbore sidunt,

discolor unde auri per ramos aura refulsit.

à ceux qui les suivent de les conserver sous leur regard.

Puis, arrivées aux gorges de l'Averne à l'odeur pestilentielle,

elles s'élèvent, rapides, se laissent glisser dans l'air limpide

et se posent toutes deux au-dessus d'un arbre, à l'endroit souhaité,

d'où le reflet changeant de l'or scintille à travers les branches.

6, 200

Quale solet siluis brumali frigore uiscum

fronde uirere noua, quod non sua seminat arbos,

et croceo fetu teretis circumdare truncos,

talis erat species auri frondentis opaca

ilice, sic leni crepitabat brattea uento.

Ainsi dans les forêts, sous les brumes de l'hiver, le gui verdoyant

arbore son jeune feuillage qui ne naît pas de l'arbre qui le porte,

et ses pousses safranées font le tour des troncs arrondis ;

ainsi apparaissait le feuillage d'or sur le rouvre sombre,

ainsi crépitaient les lamelles d'or dans la brise légère.

6, 205

Corripit Aeneas extemplo auidusque refringit

cunctantem, et uatis portat sub tecta Sibyllae.

Nec minus interea Misenum in litore Teucri

flebant, et cineri ingrato suprema ferebant.

Principio pinguem taedis et robore secto

Aussitôt Énée saisit et arrache avidement le rameau lent à venir

et le porte dans la demeure de la Sibylle prophétesse.

Cependant, sur le rivage, les Teucères n'en pleuraient pas moins

Misène et rendaient à ses cendres insensibles les honneurs suprêmes.

Tout d'abord, ils ont construit un bûcher énorme,

6, 210

ingentem struxere pyram, cui frondibus atris

intexunt latera, et ferales ante cupresios

constituunt, decorantque super fulgentibus armis.

Pars calidos latices et aena undantia flammis

expediunt, corpusque lauant frigentis et unguunt.

fait de pin suintant de résine et de rondins de chêne ;

ils tapissent ses flancs de sombres feuillages, dressent par devant

de lugubres cyprès et  parent son sommet d'armes étincelantes.

Quelques-uns préparent de l'eau chaude et font bouillir sur le feu

des chaudrons de bronze, lavent et parfument le corps glacé.

6, 215

Fit gemitus. Tum membra toro defleta reponunt,

purpureasque super uestes, uelamina nota,

coniciunt. Pars ingenti subiere feretro,

triste ministerium, et subiectam more parentum

auersi tenuere facem. Congesta cremantur

Les gémissements s'élèvent. Puis, ils exposent sur le lit

le cadavre inondé de larmes, y jettent les vêtements de pourpre,

sa tenue bien connue. D'autres ont soulevé l'énorme civière,

triste ministère, et ils ont placé en-dessous la torche en se détournant

selon la coutume ancestrale,. On brûle le tas des offrandes :

6, 220

turea dona, dapes, fuso crateres oliuo.

Postquam conlapsi cineres et flamma quieuit

reliquias uino et bibulam lauere fauillam,

ossaque lecta cado texit Corynaeus aeno.

Idem ter socios pura circumtulit unda,

l'encens, les mets sacrés, les cratères avec l'huile répandue.

Une fois les cendres retombées et la flamme éteinte,

ils arrosent de vin les restes du cadavre et la poussière assoiffée ;

Corynée recueille les ossements qu'il conserve dans une urne de bronze.

Lui encore avec de l'eau pure tourne trois fois autour de ses compagnons

6, 225

spargens rore leui et ramo felicis oliuae,

lustrauitque uiros, dixitque nouissima uerba.

At pius Aeneas ingenti mole sepulcrum

imponit, suaque arma uiro, remumque tubamque,

monte sub aerio, qui nunc Misenus ab illo

les aspergeant d'une rosée légère à l'aide d'un rameau d'olivier fertile ;

il les purifia et prononça les ultimes paroles d'adieux.

Alors le pieux Énée fit dresser à ce héros un tombeau  imposant,

avec armes et rames et trompette, au pied d'un mont aérien,

qui maintenant à cause de lui est appelé Misène,

6, 230

dicitur, aeternumque tenet per saecula nomen.

 

His actis, propere exsequitur praecepta Sibyllae.

Spelunca alta fuit uastoque immanis hiatu,

scrupea, tuta lacu nigro nemorumque tenebris,

quam super haud ullae poterant impune uolantes

nom qu'il  conserve éternellement à travers les siècles.

 

Cela fait, Énée s'empresse d'exécuter les ordres de la Sibylle.

Il y avait une caverne profonde, immense, largement béante,

rocailleuse, protégée par un lac noir et l'obscurité de bois ;

nul oiseau ne pouvait s'y aventurer ni la survoler impunément :

6, 235

tendere iter pennis : talis sese halitus atris

faucibus effundens supera ad conuexa ferebat.

[Vnde locum Grai dixerunt nomine Aornon.]

Quattuor hic primum nigrantis terga iuuencos

constituit, frontique inuergit uina sacerdos ;

tant étaient fortes les effluves émanant de ces gorges

sombres et qui montaient jusqu'à la voûte céleste.

[C'est pourquoi les Grecs dénommèrent le lieu Aornus].

 D'abord, la prêtresse fait placer là quatre jeunes taureaux

à la noire échine et répand du vin sur leur front ;

6, 240

et summas carpens media inter cornua saetas

ignibus imponit sacris, libamina prima,

uoce uocans Hecaten, Caeloque Ereboque potentem.

Supponunt alii cultros, tepidumque cruorem

suscipiunt pateris. Ipse atri uelleris agnam

puis, coupant les extrémités des poils entre leurs cornes,

elle les dépose, première libation, sur le feu sacré et appelle

à voix haute Hécate, puissante dans le ciel et dans l'Érèbe.

D'autres enfoncent les couteaux sous la gorge des victimes

et recueillent le sang tiède dans des patères. Énée lui, d'un coup d'épée

6, 245

Aeneas matri Eumenidum magnaeque sorori

ense ferit, sterilemque tibi. Proserpina, uaccam.

Tum Stygio regi nocturnas inchoat aras,

et solida imponit taurorum uiscera flammis,

pingue superque oleum infundens ardentibus extis.

immole à la mère des Euménides et à sa soeur toute puissante

une agnelle à la noire toison, et à toi, Proserpine, une vache stérile ;

ensuite,  il commence à dresser de nuit un autel en l'honneur du roi du Styx,

dépose dans les flammes les cadavres entiers des taureaux,

et répand sur les entrailles brûlantes de l'huile onctueuse.

6, 250

Ecce autem, primi sub lumina solis et ortus,

sub pedibus mugire solum, et iuga coepta moueri

siluarum, uisaeque canes ululare per umbram,

aduentante dea. « Procul, o procul este, profani, »

conclamat uates, « totoque absistite luco ;

Mais voici que dès les premières lueurs du soleil levant,

le sol se met à gronder sous leurs pieds, et les cimes des forêts

à s'agiter ; on croirait que des chiennes hurlent dans l'ombre,

à l'arrivée de la déesse. « Écartez-vous, restez à l'écart, profanes »,

s'écrie la prophétesse, « dégagez l'ensemble du bois ;

6, 255

tuque inuade uiam, uaginaque eripe ferrum :

nunc animis opus, Aenea, nunc pectore firmo. »

Tantum effata, furens antro se immisit aperto ;

ille ducem haud timidis uadentem passibus aequat.

et toi, prends cette route et tire ton épée de son fourreau :

c'est maintenant, Énée, qu'il faut du courage, et un coeur vaillant ».

Se bornant à ces paroles, en transes elle s'introduit dans l'antre ouvert ;

lui règle sa marche sur sa guide qui s'avance d'un pas assuré.

6, 260

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Notes (6, 1-263)

Ainsi parle Énée (6, 1). L'expression fait la transition avec la fin du chant 5. Énée a pris la place de Palinure, victime expiatoire exigée par Neptune, et il dirige les Troyens vers l'Italie (cfr 5, 779-871).

rivages euboïques de Cumes (6, 2). L'étape à Cumes avait été envisagée par Hélénus, lors de sa longue prophétie (cfr 3, 356-462, et notamment 3, 441). Située en Campanie dans une région volcanique, sur la côte au nord de la baie de Naples, bâtie sur une montagne, Cumes était une des plus anciennes colonies grecques d'Italie. Elle fut fondée vers 750 a.C.n. (donc longtemps après le passage d'Énée) par des Eubéens de Chalcis et d'Érétrie (l'Eubée est une île située sur la côte orientale de la Grèce, d'où l'adjectif « euboïque »). Grâce à ses excellents mouillages et aux terres fertiles des alentours, elle devint rapidement très riche, l'apogée de sa prospérité se plaçant entre 700 et 500 a.C.n. La tradition y plaçait le siège d'une Sibylle célèbre, la Sibylle de Cumes, dont il sera beaucoup question dans la suite du livre. Cette région de Cumes était très familière à Virgile, qui avait longtemps vécu en Campanie. Auguste avait restauré les temples de Cumes ; il portait par ailleurs beaucoup d'intérêt aux livres sibyllins.

Hespérie (6, 5). Désigne l'Italie. Cfr 1, 530-534.

certains cherchent... (6, 6-8). On peut rapprocher ce passage de 1, 174ss.

la hauteur que domine le haut Apollon (6, 9). La hauteur de Cumes comprend deux sommets, l'un près de la mer, l'autre plus vers l'est. C'était ce dernier qui portait un temple d'Apollon, construit évidemment bien après l'arrivée d'Énée en Italie. La statue en bois du dieu était haute de quelque 5 mètres (15 pieds), s'il faut en croire le Servius de Daniel, citant Coelius Antipater. C'est un des sens possibles de l'adjectif altus « haut, élevé », accolé au mot Apollo. L'adjectif en effet pourrait également signifier « dans les hauteurs » et servir à caractériser la position élevée occupée par le temple.

Il a déjà été question d'Apollon, fils de Zeus et de Latone, en particulier à propos de l'escale des Troyens dans l'île de Délos, lieu de naissance du dieu (cfr 3, 73-120). Apollon, appelé aussi Phébus, était notamment le dieu de la mantique ; il était honoré particulièrement à Delphes, où la Pythie rendait ses oracles. Auguste lui voua un culte tout particulier, l'honorant d'un temple sur le Palatin et de jeux.

antre immense, la retraite de l'effrayante Sibylle (6, 10-12). Le terme de Sibylle est un nom générique donné par les Anciens à diverses prophétesses grecques et romaines, qui pouvaient en outre porter parfois des noms individuels. Ainsi la plus ancienne Sibylle connue dans la légende se serait appelée Hérophile : elle aurait fait une prophétie à la reine Hécube avant la guerre de Troie. On l'appelait aussi la Sibylle d'Érythrée, sa patrie (une cité sur la côte d'Asie mineure, en face de Chios). La Pythie de Delphes figurait aussi au nombre de ces Sibylles antiques. Varron, qui en avait dressé un catalogue, en comptait dix.

La Sibylle de Cumes (cfr aussi 3, 441-452 ; 5, 735-736) était l'une des plus célèbres. Mentionnée dès le IIIe siècle a.C.n. comme un personnage légendaire, elle était censée rendre ses oracles dans un antre souterrain. La tradition la présentait comme une vieille sorcière décrépite, rarement en possession d'elle-même, et douée d'un caractère irritable. En fait, il s'agit là d'une légende : il ne semble jamais y avoir eu de Sibylle à Cumes, et on ne possède en tout cas aucun témoignage historique d'une consultation oraculaire dans cette cité. Actuellement, on fait visiter aux touristes, à l'ouest du lac Averne, un lieu dit « grotte de la Sibylle ». En fait il s'agit sans doute d'un tunnel construit par Agrippa, pour relier le lac à Cumes et Baïes ; à quelque distance, on montre l'antre de la Sibylle, une salle garnie de mosaïques, qui en fait était un établissement d'eaux thermales.

Quoi qu'il en soit, d'après la tradition, une Sibylle, probablement celle de Cumes, serait venue à Rome à l'époque des Tarquins pour proposer au roi une série de neuf livres prophétiques. Après beaucoup d'hésitations, Tarquin aurait finalement accepté d'en acheter trois, qui deviendront les célèbres « Livres sibyllins » conservés au Capitole à la garde de prêtres spéciaux, les quindécemvirs, et qui seront consultés sur l'ordre du Sénat dans les moments difficiles (cfr 6, 73-74). L'existence de ces « Livres sibyllins » à Rome est, elle, une réalité historique. Il s'agit de vieux textes, de provenance incertaine et rédigés en grec, qui eurent une grande influence, notamment sur l'évolution de la mentalité religieuse romaine. À l'époque de Virgile, beaucoup de prédictions, auxquelles on donnait le nom de « sibyllines », couraient dans la foule.

prophète de Délos (6, 12). Apollon, né à Délos.

ils pénètrent (6, 12). Énée est accompagné de quelques hommes (cfr l'expression « Les Troyens » en 6, 33-35).

Trivia (6, 13). Triuia est le surnom de Diane, déesse des carrefours. Diane est le nom latin de la déesse Artémis, soeur d'Apollon, vierge chasseresse, divinité lunaire, confondue avec Hécate. Triuia peut donc désigner en latin Diane, Hécate et Artémis (sur tout cela cfr 4, 511). Le temple et le bois qui l'entourait étaient donc consacrés à Apollon et à sa soeur, la Diane infernale, ou Hécate. Le temple avait probablement des plafonds dorés (des lambris d'or).

Dédale... Minos (6, 14-15). L'Athénien Dédale est « le type même de l'artiste universel, tour à tour architecte, sculpteur, inventeur de moyens mécaniques » (P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, 1969, p. 118). Exilé d'Athènes, il s'était enfui en Crète auprès du roi Minos dont il était devenu l'architecte et le sculpteur attitré. Il avait construit dans l'île le fameux Labyrinthe, un palais aux couloirs compliqués, dans lequel le roi avait enfermé le Minotaure (cfr 6, 26ss). Plus tard, Dédale y fut lui-même placé par Minos avec son fils Icare pour le punir d'avoir aidé Ariane (cfr 6, 28). Il s'en échappa avec Icare, en se fabriquant des ailes avec des plumes et de la cire. Mais Icare s'étant trop approché du soleil, la cire fondit, l'appareil se détruisit et l'enfant tomba dans la mer. Resté seul, Dédale débarqua en un point de la Méditerranée sur lequel les légendes ne s'accordent pas (la Sicile ? la Sardaigne ?) mais que Virgile en tout cas place à Cumes. Minos, roi législateur de Crète, a attiré à lui un grand nombre de légendes. Ainsi on le retrouvera plus loin (6, 432), comme juge des Enfers, un poste que lui avait valu sa réputation de haute intégrité.

les ourses glacées (6, 16). Les Ourses sont une constellation voisine du pôle ; l'expression désigne le Nord, d'où l'adjectif « glacées ». En fait, Cumes se trouve au nord-ouest de la Crète, mais Dédale et son fils se seraient d'abord dirigés vers le nord, s'il faut en croire la version qui imagine la chute d'Icare dans la mer entourant l'île de Samos.

chalcidienne (6, 17). C'est Cumes, fondée en Italie (cfr 6, 2) par des colons provenant de Chalcis en Eubée.

Phébus... temple (6, 18-19). Phébus (en grec Phoibos, « le Brillant ») est un des surnoms d'Apollon, à cause de ses rapports avec la lumière et le soleil. Son temple à Cumes est de date historique ; l'attribution de sa construction à Dédale est un anachronisme de Virgile.

Sur les portes (6, 20). Les portes du temple sont ornées de représentations figurées, destinées à créer l'ambiance pour ce qui va suivre, comme en 1, 450-463.

Androgée... (6, 20-23). Fils de Minos et de Pasiphaé, Androgée avait remporté à Athènes tous les prix aux Panathénées. Jaloux, Égée, le roi d'Athènes, le fit tuer. Minos, pour venger son fils, déclara la guerre aux Athéniens. Il les vainquit, prit leur capitale et leur accorda la paix à la condition qu'ils envoient chaque année sept jeunes gens (et sept jeunes filles, non mentionnées par Virgile !), pour être livrés au Minotaure (cfr 6, 26). La troisième année, Thésée, le fils d'Égée, accompagna le groupe des Athéniens et tua le Minotaure, délivrant ainsi ses concitoyens d'un cruel tribut.

Cécropides (6, 21). C'est-à-dire les Athéniens, descendants de Cécrops, un des plus anciens rois d'Athènes.

tirage au sort (6, 22). On tirait au sort les enfants d'Athènes destinés au Minotaure.

En face (6, 23). Un battant de la porte représentait donc des scènes liées à Athènes (le meurtre d'Androgée et le tirage au sort des enfants). Un autre, en face, illustrait des scènes liées à la Crète, dont Cnossos (Gnosse) était la capitale. Pour la Crète, autre escale troyenne, voir notamment 3, 103-115 et 3, 121-191.

Pasiphaé... Minotaure (6, 24-26). Fille d'Hélios et de la nymphe Perséis, Pasiphaé, épouse du roi Minos, s'éprit du taureau envoyé par Neptune (Poséidon) pour dévaster la Crète ; elle s'accoupla avec lui grâce à un stratagème imaginé par Dédale (l'artiste avait fabriqué un simulacre de génisse très réaliste, dans lequel Pasiphaé avait pris place, abusant ainsi le taureau). De cette union naquit le Minotaure, moitié homme et moitié taureau, que Minos avait enfermé dans le Labyrinthe et auquel on offrait des sacrifices humains (cfr le tribut athénien en 6, 20). Ce monstre représente peut-être le taureau sacré qui recevait un culte dans la Crète de Minos. Les monnaies de la ville de Cnossos gardent l'effigie de l'homme à la tête de taureau.

l'oeuvre fameuse... (6, 27-30). L'oeuvre la plus prestigieuse de Dédale, c'est le Labyrinthe, construit pour y enfermer le Minotaure. De la reine Pasiphaé, Virgile passe à sa fille, la princesse Ariane, qui s'éprit de l'athénien Thésée, venu en Crète pour tuer le Minotaure. Sur les instructions de Dédale, elle donna à Thésée un fil, « le fil d'Ariane », grâce auquel il put sortir du Labyrinthe, après avoir tué le monstre. Partie avec Thésée, elle fut abandonnée par lui dans l'île de Naxos, mais sauvée plus tard par Dionysos.

Icare (6, 31). Le fils de Dédale, dont il a été question plus haut (6, 14). Dédale avait également tenté, sans y parvenir, de représenter sur les portes la chute de son fils.

Achate (6, 34). Le compagnon inséparable d'Énée (cfr 1, 120).

Déiphobé, fille de Glaucus (6, 36). C'est le seul passage où Virgile donne un nom à la Sibylle. La poète a réuni en une seule personne le rôle de la Sibylle (prêtresse de Phébus-Apollon) chargée de rendre à Énée l'oracle qu'il vient chercher, et celui de la prêtresse de Trivia-Hécate préposée à la surveillance du monde infernal. Ainsi la Sibylle elle-même pourra guider Énée dans les Enfers. Son père, Glaucus, est un dieu marin. C'est également le nom d'un Troyen, qui échangea ses armes avec Diomède (Iliade, 6, 119, et Énéide, 6, 482).

immoler (6, 38-39). On trouve dans l'Énéide plusieurs scènes de sacrifice : en 4, 56-57 et 5, 96 par exemple, il est question de brebis de deux ans. Il est question de taureaux en 3, 21 ; 3, 369 ; 5, 96 ; 5, 330 ; 8-719.

Teucères (6, 41). Les Troyens, descendants de Teucer ou Teucrus, ancêtre de la famille royale de Troie, dont la fille épousa Dardanus. Pour la première mention, cfr 1, 38.

euboïque (6, 42). Voir 6, 2, toujours la même allusion poétique aux fondateurs de Cumes.

un antre... (6, 42-45). Du temple, on passe, sans transition, à l'antre de la Sibylle, qui devait peut-être (mais Virgile ne le précise pas) se trouver en dessous du sanctuaire ou en tout cas communiquer avec lui. Il s'agit, semble-t-il, d'une vaste grotte, taillée dans le rocher. La localisation toutefois reste fort imprécise, Virgile étant toujours à l'aise dans le flou et l'exagération épique (cent accès, cent portes). On peut malgré tout distinguer le seuil (limen, 6. 45), où se trouvaient un ou des autels (6, 124), et l'antre oraculaire proprement dit (percé de cent ouvertures). Les Troyens restent sur le seuil, tandis que la Sibylle est seule à pénétrer dans le sanctuaire (le terme adyton apparaît en 6, 98). Ce terme d'origine grecque désigne un endroit où ne peut pas pénétrer le commun des mortels. Seules les personnes dûment autorisées, c'est-à-dire ici la prophétesse elle-même, y ont accès. C'est manifestement dans cet adyton, l'antre oraculaire proprement dit, que la Sibylle va entrer en transes, se démener comme une bacchante et prophétiser. Les dialogues doivent être replacés dans ce cadre : les Troyens sur le seuil et la Sibylle à l'intérieur. Dans le texte virgilien, les dialogues seront entrecoupés par le récit de l'entrée en transe divinatoire de la Sibylle, qui apparaît rétive, rebelle, et dont le dieu mettra un certain temps à se rendre maître.

elle apparaît plus grande (6, 49). Comme Créuse apparaissant à Énée en 2, 773.

Phébus, qui toujours eus pitié (6, 56). Apollon était intervenu en faveur des Troyens, notamment quand il avait sauvé Énée et Hector (Iliade, 5, 344 et 20, 443). On sait aussi qu'Apollon avait participé, avec Neptune et Éaque, à la construction de la ville de Troie (cfr la note « Neptune » en 2, 610). Au chant 3, Hélénus a conduit Énée devant le temple d'Apollon, et le dieu avait parlé par la bouche du devin (3, 395).

Pâris... Éacide... (6, 57-58). Allusion à un épisode de la guerre de Troie, en l'espèce la mort d'Achille sous les flèches de Pâris, dont Apollon aurait guidé la main. On sait que Pâris ou Alexandre, fils de Priam et d'Hécube, avait enlevé Hélène, la femme du roi de Sparte Ménélas, ce qui avait provoqué la guerre de Troie (cfr 1, 27 ; 2, 602 ; 4, 215 ; 5, 370 ; 7, 321 ; 10, 702ss). Le terme d'Éacide désigne le descendant d'Éaque, roi d'Égine, lequel était le père de Pélée, de Télamon et de Phocus, et donc le grand-père d'Achille. Le terme s'applique tantôt à Achille, tantôt à Pyrrhus, son fils, tantôt à Persée, roi de Macédoine (6, 839). Ici, il s'agit d'Achille, qui fut tué d'une flèche par Pâris au moment où il allait épouser Polyxène, une fille de Priam, dans le temple d'Apollon. Une légende romanesque à laquelle Homère fait allusion raconte en effet qu'Achille avait aperçu Polyxène lors du rachat du corps d'Hector. Le héros grec en était tombé amoureux au point de promettre à Priam de trahir les Grecs et de se mettre de son côté s'il consentait à lui donner la jeune fille en mariage. Priam aurait accepté à ce prix, et le traité devait être signé dans le temple d'Apollon Thymbréen, qui se dressait non loin des portes de Troie. Achille y serait venu, sans armes, et c'est là que Pâris, caché derrière la statue du dieu, l'aurait tué. Apollon lui-même aurait dirigé la flèche de Pâris, à la demande de Poséidon qui voulait venger son fils Cycnus, allié des Troyens et tué par Achille.

Massyles (6, 60). Pour les Massyliens ou Massyles, peuple de Numidie en Afrique du Nord, cfr 4, 132 et 4, 483.  Le terme désigne ici les Carthaginois.

Syrtes (6, 60). Pour les Syrtes, deux bas-fonds sur la côte de l'Afrique du Nord, entre Carthage et Cyrène, cfr 1, 111 ; 4, 41 ; 5, 51 ; 7, 302. Ce terme sert aussi à désigner ici les Carthaginois.

s'être arrêtée ici (6, 62). Cela signifie, semble-t-il : « Puisse notre mauvaise fortune, celle qui a vu la chute de Troie et la ruine des Troyens, ne pas nous poursuivre davantage ! »

Pergame (6, 63). Pergame est le nom de la citadelle de Troie (cfr par exemple 1, 466).

dieux et déesses (6, 64). Ces divinités, hostiles à Troie (= Ilion) ne sont pas nommément citées. On peut songer à Minerve (Athéna) et à Junon (Héra), les deux déesses qui avaient eu à se plaindre du « Jugement de Pâris » (cfr par exemple le début de l'Énéide) ; on peut songer aussi à Neptune (Poséidon). Ce dernier avait participé à la construction du mur de Troie, mais Laomédon, un des premiers rois de Troie, lui avait refusé le salaire convenu, d'où sa rancœur contre les Troyens (cfr par exemple en 1, 124 la note sur Neptune).

destiné(6, 67). Le destin veut qu'Énée et ses Troyens fondent un royaume en Italie : c'est là un thème récurrent dans l'Énéide (déjà en 1, 2, Énée est présenté comme le héros voulu par le destin ; cfr aussi par exemple 7, 120).

avec les dieux errants de Troie (6, 68). Il y avait les Pénates (cfr déjà 1, 6 ; 2, 293), mais ils n'étaient pas le seuls, Vesta par exemple est également citée (2, 296) et il est parfois question de "Grands Dieux" (cfr 3, 12).

Phébus et de Trivia... (6, 69-70). Après les prières, les voeux (uota). Ces vers font allusion au temple d'Apollon (Phébus), voué par Auguste sur le Palatin en 36 et dédié en 28 a.C.n. (Suétone, Auguste, 29 ; Horace, Odes, 1, 31). On y honorait aussi Diane (Trivia), car il était d'usage d'invoquer ensemble les deux dieux latoniens, Apollon et Diane (cfr ce qui se passe pour le temple d'Apollon à Cumes). Auguste ne se contenta pas de bâtir ce temple sur le Palatin ; il fit aussi restaurer l'ancien temple d'Apollon au Champ de Mars, qui remontait à 481 a.C.n. Les Jeux apollinaires (c'est-à-dire en l'honneur d'Apollon) furent institués en 212 a.C.n., par le Sénat, sur l'avis des Livres sibyllins, au cours de la deuxième guerre punique. Ces jeux avaient lieu tous les ans et duraient huit jours. Il faut savoir que les Jeux romains étaient originellement des cérémonies religieuses.

tes oracles (6, 72). Allusion aux Livres sibyllins (cfr note à 6, 10), d'abord conservés dans le temple de Jupiter Capitolin. Détruits par un incendie sous Sylla, ils furent remplacés par un autre recueil dont on alla rechercher les éléments en Grèce, en Italie et en Afrique. Ces nouveaux livres, enfermés dans deux coffres d'or, furent alors placés sous le piédestal de la statue d'Apollon, dans son temple du Palatin.

des hommes choisis (6, 73). Garder les Livres sibyllins, les consulter quand le besoin s'en faisait sentir et interpréter le sens des passages retenus était le travail d'un groupe de prêtres, dont le nombre passa progressivement de 2 à 15 (les quindécemvirs).

ne confie pas tes chants (6, 74). Le vers fait allusion à l'habitude qu'on prêtait à la Sibylle d'écrire ses prophéties sur des feuilles (cfr la recommandation d'Hélénus en 3, 443-457).- On aura relevé dans tout ceci le phénomène de l'anticipation. Le discours d'Énée évoque une série d'événements qui ne se réaliseront que beaucoup plus tard, dans la suite de l'histoire romaine. C'est Auguste qui accomplira au moins deux des uota d'Énée (le Temple et les Jeux; cfr n. des vers 69-70), identification subtile en quelque sorte entre le héros troyen et l'empereur.

dans son antre (6, 77). La Sibylle est redescendue dans son antre, et ses prophéties parviendront à Énée à travers les cent portes qui vont s'ouvrir spontanément (6, 81). Ces prophéties (vers 83-97) évoquent en termes allusifs une série d'événements qui marqueront les six derniers chants de l'Énéide.

Lavinium (6, 84-85). Une des cités primordiales du Latium, aujourd'hui Pratica di Mare (cfr déjà 1, 2). Dans la légende, elle sera fondée par Énée. La révélation du nom de cette ville est importante. Jusqu'ici Énée savait que l'Italie était le terme de son voyage ; ici seulement lui est révélé l'endroit exact où il pourra s'établir, lui, ses compagnons et ses Pénates. Seule, jusqu'ici, Vénus, la mère d'Énée, connaissait le nom de la ville ; Jupiter le lui avait dit en I, 258ss, lors de l'entrevue qu'il avait eue avec sa fille.

Thybris (6, 87). Le Tibre. Telle est l'orthographe habituelle de Virgile, pour qui le Tibre s'est appelé successivement, au cours de son histoire : Albula, Thybris et Tiberis (cfr 2, 782 ; 3, 500 ; 7, 25-36 ; 7, 715 [Tiberis]; 8, 31-65, etc.).

Simoïs... Xanthe (6, 88). Le Simoïs (cfr notamment 1, 100 ; 1, 618 ; 3, 301 ; 10, 60-63) est une rivière torrentueuse de Troade, qui descend du mont Ida et se jette dans le Xanthe ou Scamandre (cfr notamment 1, 473 ; 3, 351 et 10, 60) avant de gagner l'Hellespont. Les « correspondants » italiens peuvent être le Tibre et le Numicus.

le camp des Doriens (6, 88). Les Doriens désignent ici les Grecs (cfr la même expression en 2, 27). Le sens du vers est : « Vous connaîtrez des guerres aussi terribles que celles que vous avez menées contre les Grecs. » Au camp des Doriens doit correspondre en Italie le camp de Turnus et des Rutules.

un nouvel Achille (6, 89). Fils de Thétis et de Pélée, Achille est le principal héros grec de l'Iliade (cfr notamment 1, 458). « Le nouvel Achille » désigne Turnus, qui avait pour mère une nymphe, Vénilie, comme Achille avait pour mère la nymphe Thétis. Virgile présente Turnus, roi des Rutules, comme l'ennemi le plus acharné d'Énée sur le sol du Latium. À la fin du chant 12, Énée tuera Turnus en combat singulier.

Junon (6, 90). Elle est bien connue : reine des dieux, épouse de Jupiter, déjà ennemie des Troyens chez Homère, elle est chez Virgile l'alliée de Carthage. Elle poursuit Énée et les Troyens de sa haine, voulant les empêcher de fonder Rome, parce qu'elle sait que Rome détruira plus tard Carthage à l'époque des Guerres puniques. Elle se fera l'alliée de Turnus, mais à la fin de l'Énéide, se produira la grande réconciliation entre Troyens et Junon : les descendants d'Énée, ayant renoncé à leur langue et à leur nom de Troyens, s'appelleront Latins et honoreront la Junon italique (cfr 12, 791ss).

tant de nations (6, 92). Énée cherchera par exemple l'appui des Étrusques et des Arcadiens, au chant 8.

une épouse étrangère (6, 93-94). De même que l'étrangère Hélène, en épousant Pâris, provoqua la guerre de Troie, de même Lavinie,  étrangère pour les Troyens, fiancée d'abord à Turnus, provoquera la guerre latine en épousant Énée. Pour Lavinie, cfr 7, 50 ; 7, 72 ; 7, 314 ; 7, 359 ; 11, 479 ; 12, 17 ; 12, 64 ; 12, 80 ; 12, 194 ; 12, 605 ; 12, 937.

une ville grecque (6, 97). La ville grecque en question est Pallantée, bâtie sur le Palatin par Évandre l'Arcadien, venu du Péloponnèse, et qui portera aide à Énée (cfr 8, 68ss). C'est une note d'espoir. Il ne faut pas oublier que les Grecs, qui avaient détruit Troie, étaient les ennemis des Troyens. Une réconciliation entre les anciens ennemis est donc en vue. Mais c'est encore pour Énée une énigme. Le héros ne sait pas qu'il s'agit des Arcadiens d'Évandre.

enrobant le vrai d'obscurités (6, 98-101). Dans son ensemble, la prophétie de la Sibylle a pris la forme à la fois d'une vision et d'une énigme. La prêtresse « voit » les choses (6, 87), et parle par énigmes (« un autre Achille » ; « une ville grecque », etc.). La prophétie contient des notes d'espoir, d'encouragement, mais la tonalité générale reste le drame, le malheur, la souffrance.

j'ai tout prévu... (6, 103). Énée a été averti de sa destinée grâce à plusieurs prédictions : les Pénates de Troie (3, 147-171), Céléno (3, 245-258), Hélénus (3, 356-462), et Anchise (5, 722-745). Les Stoïciens, en guise de gymnastique morale, pour entraîner leur volonté, s'exerçaient à imaginer tout ce qui risquait de leur advenir de fâcheux (Sénèque, Lettres à Lucilius, 24, 2-3 ; 76, 33-35, où sont cités ces vers de Virgile). La formulation semble donc empruntée aux Stoïciens. Énée veut dire qu'il s'est préparé depuis longtemps à vivre son destin.

Je ne demande qu'une chose... (6, 106-109). Ce qui préoccupe Énée pour l'instant, c'est revoir son père Anchise. Son premier discours (6, 54-75) concernait sa mission ; son second est tout autre : Énée ne s'adresse d'ailleurs plus à la prophétesse d'Apollon, mais à la prêtresse d'Hécate. Déiphobé en effet, on l'a dit, remplit les deux rôles. On aura noté aussi que les transes de la Sibylle ont cessé ; elles n'ont plus de raison d'être, Apollon n'étant plus en cause.

le roi des Enfers (6, 107). Pluton (Hadès), appelé aussi Dis (6, 127). Cfr également 4, 703 et 5, 732.

Achéron (6, 107). Un fleuve des Enfers, dont un des débordements était censé former le lac Averne. Certains auteurs parlent du marais de l'Achéron, l'Acherusia palus. Il y avait en Grèce, en Épire, un fleuve de ce nom. Le terme Acheron désigne parfois les Enfers eux-mêmes. Cfr 5, 99 (première mention du mot) ; 6, 295 ; 7, 91 ; 7, 312 ; 7, 569.

approcher mon père (6, 108). Anchise (première mention en 1, 617) joue un grand rôle dans l'ensemble de l'Énéide et notamment dans le chant 6. Rappelons l'essentiel à son propos. Anchise était un prince troyen, aimé de Vénus, qui lui donna comme fils Énée. Puni par Jupiter pour avoir indiscrètement dévoilé l'amour dont il avait été l'objet de la part de Vénus, il perdit l'usage de ses jambes. Il accompagna Énée dans ses voyages et, selon Virgile, mourut lors de l'arrivée du groupe à Drépane en Sicile. Le chant 5 est presque entièrement consacré aux Jeux funèbres qu'Énée organise à l'occasion du premier anniversaire de la mort de son père.

À travers les flammes... (6, 110-114). Allusion au sauvetage d'Anchise lors de l'incendie de Troie (2, 634-734) et à leur odyssée commune jusqu'en Sicile (chant 3, passim).

Hécate (6, 118). Voir 6, 13 et la note à Trivia. Hécate sera encore citée plus loin dans le présent chant, en 6, 247 et 6, 564.

Averne (6, 118). Petit lac volcanique voisin de Cumes, près duquel les Anciens plaçaient l'entrée des Enfers ; le terme est utilisé parfois comme synonyme d'Enfers. Cfr 3, 442 ; 4, 512 ; 5, 732 ; 5, 813 ; 7, 91 et, dans le chant 6, en 6, 126 ; 6, 201 ; 6, 564.

Orphée (6, 119). Poète et musicien mythique, fils du roi de Thrace Oeagros et de la muse Calliope. On lui prêta une doctrine religieuse, l'Orphisme, dont on ne connaît pas l'origine exacte, et qui concerne notamment la survivance de l'âme après la mort. Un épisode de sa légende est particulièrement célèbre : sa descente aux Enfers pour retrouver Eurydice, sa femme, morte le jour de son mariage (cfr Géorgiques, IV, 452ss). Proserpine lui donna l'autorisation de ramener sur terre son épouse à condition de ne pas la regarder durant le trajet du retour. Il faillit à cette condition, et Eurydice dut retourner sur ses pas.

La doctrine orphique, très riche et très complexe, a profondément imprégné la pensée grecque (Pindare, les Tragiques, Platon). Mais de la littérature orphique elle-même, il ne reste que des fragments et des ouvrages de basse époque. Son eschatologie, pour ne parler que d'elle ici, consistait en la croyance que l'homme possédait une âme immortelle qui avait été déchue à la suite d'une sorte de péché originel et qui, par des réincarnations successives, se purifiait en tendant vers le bien pour retourner au Zeus-Tout par des purifications et surtout par l'initiation. On retrouvera Orphée aux Champs Élysées (6, 644-647). Sur ces questions, cfr D. Donnet, Aux sources préchrétiennes de l'Occident : Aspects de la réincarnation dans la pensée grecque, dans les FEC 1 (2001).

thrace (6, 120). Orphée était de Thrace.

Pollux (6, 121). Pollux et son frère Castor sont connus comme les Dioscures. Ils étaient tous les deux fils de Léda, mais Castor avait pour père un mortel, Tyndare, et Pollux un dieu, Jupiter, ce qui explique le privilège d'immortalité dont il était seul à jouir. Castor, ayant été tué par Lyncée au cours d'une expédition en Arcadie, Pollux obtint de Jupiter de partager son immortalité avec son frère, ou plus exactement son demi-frère. Selon Homère, Castor et Pollux passaient alternativement et ensemble un jour sur la terre et un jour aux Enfers. Virgile semble suivre cette version. Selon d'autres auteurs, chacun des deux passait tour à tour six mois sur terre et six mois aux Enfers.

Thésée (6, 122). Roi légendaire fondateur d'Athènes, il passait pour le fils d'Égée, mais il était en réalité le fils de Poséidon. Il fut considéré comme un libérateur, un peu sur le modèle d'Héraclès, et il débarrassa les habitants de monstres et de brigands. Il vainquit le Minotaure (cfr 6, 26). Avec son ami Pirithoüs (6, 393), il tenta d'enlever Perséphone (Proserpine) des Enfers. Surpris par Pluton il fut attaché perpétuellement à un rocher (6, 618), mais selon certaines versions, il aurait été délivré par Héraclès et serait revenu à Athènes.

Alcide (6, 123). Il s'agit d'Héraclès (Hercule), petit-fils d'Alcée, fils d'Amphitryon et d'Alcmène, En fait son véritable père était Zeus, lequel avait pris les traits d'Amphitryon pour séduire Alcmène. Lui aussi est connu pour être descendu aux Enfers. En effet, après avoir purgé la terre de ses monstres, Hercule avait encore un ennemi à dompter : la mort. Il descendit deux fois aux Enfers : une première fois pour délivrer Thésée ; par la même occasion il emmena sur terre Cerbère qu'il avait enchaîné (6, 392-397) ; une seconde fois, pour délivrer Alceste, qui avait accepté de mourir à la place de son époux Admète (leur union était un modèle de tendresse conjugale). Charon, dans son discours (6, 392-393), évoquera le passage de Thésée et d'Hercule. Il sera beaucoup question d'Hercule dans le chant 8 : les Arcadiens d'Évandre en effet lui rendaient précisément un culte (celui de l'Ara Maxima) lors de la visite d'Énée à Pallantée.

je descends du grand Jupiter (6, 123). Énée remontait à Jupiter par sa mère Vénus.

se mit à parler (6, 124). On peut supposer, mais Virgile ne le précise pas, que la Sibylle est sortie de l'adyton oraculaire ; elle doit être sur le seuil, le limen, en face d'Énée, lequel l'avait implorée en se tenant à l'autel.

Averne (6, 126). Voir 6, 118.

Dis (6, 127). Dis, un mot latin qui signifie « le Riche ». Il s'agit de Hadès ou Pluton, frère de Zeus et de Poséidon, dieu des Enfers (6, 107). Il est nommé 9 fois dans l'Énéide.

Cocyte (6, 132). Fleuve des Enfers (du grec kôkuô « gémir » ; c'est donc « le fleuve des larmes, des gémissements »), qui environnait le Tartare et s'unissait à l'Achéron pour former le marais du Styx (cfr 6, 297 ; 6, 323 ; 7, 479). Un fleuve ainsi nommé se trouvait en Épire ; un autre en Campanie, qui se déversait dans le lac Lucrin. Virgile envisage quatre fleuves infernaux, mais les relations existant entre eux ne sont pas faciles à saisir. Parfois l'Achéron passe pour un affluent du Cocyte. On ne se préoccupera donc pas trop de la géographie fluviale des Enfers. Elle est de toute manière fantaisiste et varie d'un auteur à l'autre, voire à l'intérieur d'une même oeuvre. Virgile évoquera encore la question en 7, 560-571, lorsqu'il retracera le retour d'Allecto dans les Enfers.

marais du Styx (6, 134). Fleuve infernal dont le cours lent, formant une sorte de marais, entourait les Enfers de neuf anneaux. Selon la fable, le dieu du Styx avait pris parti pour Jupiter contre les Titans, en lui envoyant en renfort ses filles, Victoire et Force. Pour le récompenser, Jupiter aurait rendu sacré, même pour les dieux, le serment fait en son nom : le dieu parjure était privé pour neuf ans de la table de Jupiter et d'autres prérogatives.

Tartare (6, 135). « Dans les poèmes homériques, et dans la théogonie hésiodique, le Tartare apparaît comme la région du monde la plus profonde, placée au-dessous des Enfers eux-mêmes [...] Peu à peu le Tartare fut confondu avec les Enfers proprement dits dans la notion de monde souterrain, et on y plaça le lieu où étaient suppliciés les grands criminels » (P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie, 1969, p. 437). Il sera souvent cité au chant 6 (6, 295 ; 6, 395 ; 6, 543 ; 6, 551). On le trouve aussi ailleurs dans l'Énéide ( 4, 243 ; 4, 446 ; 5, 734 ; 7, 327 ; 7, 514 ; 8, 563 ; 8, 667 ; 9, 496 ; 11, 397 ; 12, 14 ; 12, 205).

un rameau d'or (6, 137-144). La légende du rameau d'or est assez obscure. C'est une légende italique se rattachant à d'autres légendes, celtiques celles-là, comme le rite du gui ou celui de la fougère, qui, le soir de la Saint-Jean, porte une feuille d'or. C'est en tout cas « un symbole de mystère, une sorte de lumière dans l'obscurité, vie dans la mort » (R.D. Williams), sur lequel nous n'épiloguerons pas ici. Le « rameau d'or » a fourni à Sir James Frazer le titre de son ouvrage célèbre.

Proserpine (6, 142). C'est la déesse romaine des Enfers, assimilée à la Perséphone grecque, laquelle porte aussi le nom de Coré (cfr 4, 698). Dans la version la plus courante, Perséphone-Coré est la fille de Zeus et de Déméter, déesse de l'agriculture et du blé. Sa légende principale est l'histoire de son enlèvement par son oncle, Hadès (Pluton), frère de Zeus et roi du monde souterrain. Hadès, tombé amoureux de la jeune fille, l'avait en effet enlevée à l'insu de sa mère, Déméter. Cette dernière, folle de douleur, partit à sa recherche à travers toute la Grèce. En fin de compte, un accord fut trouvé : Perséphone-Coré partagerait son temps entre le monde souterrain et le monde d'en-haut. Le symbolisme est assez clair : le blé, en tant que semence, demeure caché dans la terre ; ultérieurement il brille dans les épis sur les champs. Proserpine joue le rôle de reine des Enfers, épouse de Pluton (Hadès) ; elle est appelée au vers 138 Iuno inferna. On la retrouvera encore dans le chant 6 (6, 251 ; 6, 402).

le corps d'un de tes amis (6, 149). On apprendra un peu plus loin (6, 162-182 ; 6, 212-235) qu'il s'agit de Misène, fils d'Éole, compagnon et trompette d'Énée, mort victime de la jalousie du dieu Triton.

noires (6, 153). Pour les immoler aux divinités infernales (cfr plus loin 6, 243 et 6, 251).

Achate (158). Voir 6, 34.

Misène ... fils d'Éole (6, 161-163). Misène, cité pour la première fois dans l'Énéide en 3, 239, est dans certaines versions un compagnon d'Ulysse ; Virgile en fait un trompette, compagnon d'abord d'Hector, puis d'Énée. Il lui donne comme père Éole, le roi des vents (cfr 1, 64ss). Sans doute est-ce Éole qui aurait appris à son fils à souffler dans une trompette !

Mars (6, 165). Le dieu de la guerre, pour désigner la guerre elle-même.

Triton (6, 173). Déjà cité en 1, 144, Triton était un dieu marin analogue à Nérée, qui passait généralement pour le fils de Poséidon et d'Amphitrite. Il était représenté soufflant dans une conque, qui était à la fois son attribut et son instrument. Il se venge de l'audace de Misène qui l'avait en quelque sorte défié.

un autel funéraire (6, 177). C'est-à-dire un bûcher. On verra en 3, 62ss le récit de la célébration funèbre en l'honneur de Polydore.

On se rend dans l'antique forêt... (6, 179-182). Le passage est à rapprocher du récit homérique (Iliade, 23, 108-126) traitant des préparatifs entourant les funérailles de Patrocle ; cfr aussi Ennius, Annales, 6, 181-185 (Warmington).

oiseaux sacrés de sa mère (6, 193). Les colombes sont les oiseaux sacrés de Vénus. Énée bénéficie donc d'une assistance divine pour découvrir le talisman nécessaire à son accès aux Enfers.

odeur pestilentielle (6, 201). Des vapeurs de soufre s'échappaient du lac Averne.

gui (6, 205). Les feuilles nouvelles du gui apparaissent vers le solstice d'hiver ; elles sont d'un vert jaunâtre (imitant l'or, d'après Servius). Le gui est un symbole d'immortalité.

les honneurs suprêmes... (6, 213-235). Virgile va faire une description détaillée de rites funéraires, que l'on comparera aux funérailles de Pallas (11, 59-99) et à celles de Patrocle, chez Homère (Iliade, 23, 161-261).

Corynée (6, 228). Nom d'un compagnon d'Énée, ami de Misène ; peut-être inventé par Virgile. Il sera tué plus tard par Asilas (cfr 9, 571). Il est également cité en 12, 298.

trois fois (6, 229). C'est la circumambulation, qui est, comme l'aspersion d'eau, un rite de purification.

est appelé Misène (6, 234-235). Le récit est avant tout étiologique, destiné à expliquer l'origine du nom du cap Misène, en Campanie. Il en sera de même pour l'histoire de Palinure (6, 381), à l'origine, lui aussi, d'un cap, le cap Palinure, en Lucanie. J. Perret (Virgile. Énéide, II, 1982, p. 55, n. 1) note que « vu de Pouzzoles, le cap Misène paraît dominé comme par un catafalque gigantesque », ce qui aurait pu donner naissance à ce type de légende.

Aornus (6, 242). Nom grec de l'Averne (venant du grec aornos « sans oiseaux »). Ce vers, absent des manuscrits principaux, est considéré comme une glose due à un scribe érudit.

entre leurs cornes... (6, 243-246). Rituel à comparer avec celui décrit en 4, 60ss ; et aussi avec celui qu'on trouve chez Homère, Odyssée, 3, 444ss.

Hécate (6, 247). Cfr 6, 13 (Trivia) ; 6, 118 ; 6, 564.

Érèbe (6, 247). Nom de l'obscurité infernale ; désigne les Enfers. L'Érèbe, fils du Chaos et de la Nuit, père du Jour, fut précipité aux Enfers pour avoir porté secours aux Titans révoltés contre Jupiter. Il fut transformé en fleuve. Le mot désigne ce fleuve et, par extension, les Ténèbres des Enfers. Cfr 4, 26 ; 4, 510 ; 6, 404 ; 6, 671 ; 7, 140.

mère des Euménides... sa soeur (6, 250). La mère des Euménides ou des Furies, c'est la Nuit, fille du Chaos (cfr 7, 331 et 12, 860). Elle est aussi la mère de toutes sortes de divinités malfaisantes : la Mort, le Sommeil, les Songes, les Parques, Némésis, la Fraude, la Discorde, la Vieillesse. Quant à la soeur de la Nuit, c'est la Terre, la « Grande Mère ».

Proserpine (6, 251). C'est la déesse romaine des Enfers, assimilée à la Perséphone grecque (cfr 6, 142).

noire toison (6, 251). Le noir est la couleur des animaux que l'on sacrifie aux divinités infernales.

vache stérile (6, 251). Sans doute d'après Homère. En tout cas, dans l'Odyssée, 11, 30-32, Ulysse, lorsqu'il évoque les morts chez les Cimmériens, offre « la meilleure de ses vaches stériles ».

roi du Styx (6, 252). Pluton ou Hadès, roi des Enfers (cfr 6, 107). Pour le Styx, voir 6, 134.

de nuit (6, 252). Parce que Pluton était honoré la nuit.

cadavres entiers (6, 253). On offrait aux divinités infernales des holocaustes, (du grec holos « entier » et kaustos « brûlé ») ; c'est-à-dire qu'on brûlait l'intégralité de l'animal, qu'on n'en laissait aucune part à la consommation humaine.

premières lueurs (6, 255). Nous retenons la leçon lumina (R.D. Williams) plutôt que limina (J. Perret).

Écartez-vous... (6, 258). Formule religieuse, excluant les non initiés.

tire ton épée (6, 260). Comme dans Homère, Odyssée, 11, 48-49.


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