Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant VI (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante
ÉNÉIDE, LIVRE VI
LA DESCENTE AUX ENFERS
Révélations et prophéties d'Anchise (6, 679-901)
Retrouvailles - Au bord du Léthé (6, 679-751)
Énée aperçoit alors Anchise, occupé à recenser les âmes de ses descendants destinées à gagner un jour la terre des vivants ; père et fils se retrouvent avec beaucoup d'émotion, se parlent, sans toutefois pouvoir s'étreindre (6, 679-702).
Anchise renseigne brièvement Énée sur les âmes innombrables qui cherchent l'oubli en buvant l'eau du Léthé, dans l'attente d'une réincarnation, mais il se montre surtout désireux de faire connaître à son fils la future lignée de leurs descendants (6, 703-718).
Au préalable cependant, il satisfera la curiosité d'Énée à propos du sort des âmes après la mort. Il expliquera que les choses proviennent d'une masse matérielle originelle, animée par un esprit. En particulier, les humains sont constitués d'un élément spirituel, gravement alourdi par la matière, qui leur fait oublier le ciel. Après la mort, les âmes doivent expier leurs fautes, en subissant divers supplices, après quoi certaines seraient dans l'Élysée, tandis que les autres attendraient une réincarnation (6, 719-751).
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At pater Anchises penitus conualle uirenti |
De son côté, le vénérable Anchise, au fond d'une vallée verdoyante, |
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inclusas animas superumque ad lumen ituras lustrabat studio recolens, omnemque suorum forte recensebat numerum carosque nepotes, fataque fortunasque uirum moresque manusque. Isque ubi tendentem aduersum per gramina uidet |
observait, les passant soigneusement en revue, les âmes prisonnières destinées à rejoindre la lumière d'en haut ; et justement, il considérait toute la série des siens, ses chers descendants, les destinées et le sort des héros, leurs caractères et leurs exploits. Dès qu'il vit, en face de lui, Énée s'avancer tout joyeux |
6, 680 |
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Aenean, alacris palmas utrasque tetendit, effusaeque genis lacrimae, et uox excidit ore : « Venisti tandem, tuaque exspectata parenti uicit iter durum pietas ? Datur ora tueri, nate, tua, et notas audire et reddere uoces ? |
à travers les herbes, il lui tendit les deux mains ; les larmes inondaient ses joues, et de sa bouche sortit ce cri : « Tu es venu enfin, et ta piété, comme ton père l'avait pressenti, a triomphé des difficultés du voyage ! Il m'est donné, mon fils, de voir ton visage, d'entendre et d'échanger des paroles familières ! |
6, 685 |
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Sic equidem ducebam animo rebarque futurum, tempora dinumerans, nec me mea cura fefellit. Quas ego te terras et quanta per aequora uectum accipio ! Quantis iactatum, nate, periclis ! Quam metui, ne quid Libyae tibi regna nocerent ! » |
Certes, j'en rêvais et je pensais, en décomptant les jours, que tu viendrais ; mon attente inquiète n'a pas été abusée. Que de terres, quelles immensités tu as traversées, avant que je t'accueille ! Quels dangers extraordinaires t'ont éprouvé ! Comme j'ai craint les torts que pouvait te faire le royaume de Libye ! » |
6, 690 |
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Ille autem : « Tua me, genitor, tua tristis imago, saepius occurrens, haec limina tendere adegit : stant sale Tyrrheno classes. Da iungere dextram, da, genitor, teque amplexu ne subtrahe nostro. » Sic memorans, largo fletu simul ora rigabat. |
Et Énée de lui répondre : « C'est ton image, père, ta triste image, qui, si souvent présente devant moi, m'a amené vers ce seuil ; notre flotte est ancrée dans la mer tyrrhénienne. Laisse-moi, père, laisse-moi serrer ta main, et ne te soustrais pas à notre étreinte ». Pendant qu'il parlait, son visage ruisselait d'abondantes larmes. |
6, 695 |
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Ter conatus ibi collo dare brachia circum, ter frustra comprensa manus effugit imago, par leuibus uentis uolucrique simillima somno.
Interea uidet Aeneas in ualle reducta seclusum nemus et uirgulta sonantia siluis, |
Par trois fois, il tenta d'entourer de ses bras le cou paternel ; par trois fois l'image vainement saisie lui échappa des mains, à l'égal des brises légères, et pareille à un songe qui s'envole.
Cependant, Énée voit, dans un vallon en retrait, l'enclos d'un bois sacré, les broussailles d'une forêt bruissante, |
6, 700 |
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Lethaeumque, domos placidas qui praenatat, amnem. Hunc circum innumerae gentes populique uolabant ; ac, uelut in pratis ubi apes aestate serena floribus insidunt uariis, et candida circum lilia funduntur, strepit omnis murmure campus. |
et le fleuve Léthé, qui s'écoule le long de ces lieux paisibles. Sur ses bords volaient des nations, des peuples sans nombre : et, comme dans les prés, au cours d'un été serein, quand les abeilles se posent sur les fleurs bigarrées et se coulent dans les lys blancs, |
6, 705 |
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Horrescit uisu subito, causasque requirit inscius Aeneas, quae sint ea flumina porro, quiue uiri tanto complerint agmine ripas. Tum pater Anchises : « Animae, quibus altera fato corpora debentur, Lethaei ad fluminis undam |
Énée, qui ne comprend pas, frémit à cette vue soudaine, s'informe des causes de ce rassemblement, demande ce qu'est ce fleuve au loin, qui sont ces hommes, en rangs si serrés, le long des rives. Alors le noble Anchise explique : « Les âmes à qui les destins réservent d'autres corps, viennent boire dans l'onde |
6, 710 |
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securos latices et longa obliuia potant. Has equidem memorare tibi atque ostendere coram, iampridem hanc prolem cupio enumerare meorum, quo magis Italia mecum laetere reperta. » « O pater, anne aliquas ad caelum hinc ire putandum est |
du fleuve Léthé les liqueurs rassurantes des longs oublis. Certes, depuis longtemps je désire les évoquer devant toi, te les montrer en face et énumérer cette lignée de mes descendants, pour que grâce à moi tu sois plus heureux d'avoir retrouvé l'Italie. » « Ô père, faut-il penser vraiment que des âmes remontent d'ici |
6, 715 |
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sublimis animas, iterumque ad tarda reuerti corpora ? Quae lucis miseris tam dira cupido ? » « Dicam equidem, nec te suspensum, nate, tenebo » suscipit Anchises, atque ordine singula pandit. « Principio caelum ac terras camposque liquentis |
vers le ciel, et retournent à nouveau dans des corps pesants ? Que signifie donc chez ces malheureux ce si cruel désir de lumière ? » « Oui, mon fils, je vais te le dire ; je ne te laisserai pas sans réponse », reprit Anchise, qui expliqua dans l'ordre chaque point de cette doctrine. « Au commencement le ciel et les terres et les plaines liquides, |
6, 720 |
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lucentemque globum Lunae Titaniaque astra spiritus intus alit, totamque infusa per artus mens agitat molem et magno se corpore miscet. Inde hominum pecudumque genus, uitaeque uolantum, et quae marmoreo fert monstra sub aequore pontus. |
ainsi que le globe lumineux de la lune et les feux de Titan sont nourris d'un souffle intérieur ; diffus dans leurs membres, l'esprit meut la masse tout entière et se mêle à ce corps puissant. De là proviennent la race des hommes et des animaux, les êtres ailés et les monstres vivant sous la surface marbrée de la mer. |
6, 725 |
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Igneus est ollis uigor et caelestis origo seminibus, quantum non noxia corpora tardant, terrenique hebetant artus moribundaque membra. Hinc metuunt cupiuntque, dolent gaudentque, neque auras dispiciunt clausae tenebris et carcere caeco. |
Ces germes possèdent une vigueur ignée et une origine céleste, pour autant qu'ils ne soient pas alourdis par des corps nuisibles ou émoussés par des articulations de terre et des membres mortels. D'où craintes et désirs, souffrances et joies pour les âmes qui, enfermées dans la prison d'aveugles ténèbres, ne voient plus le ciel. |
6, 730 |
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Quin et supremo cum lumine uita reliquit, non tamen omne malum miseris nec funditus omnes corporeae excedunt pestes, penitusque necesse est multa diu concreta modis inolescere miris. Ergo exercentur poenis, ueterumque malorum |
Bien plus, lorsque, au jour suprême, la vie les a abandonnées, tout mal cependant et les souillures du corps ne quittent pas absolument ces malheureuses : inévitablement, beaucoup de concrétions depuis longtemps s'y sont étonnement implantées en profondeur. Dès lors elles sont soumises à des peines, et expient dans des supplices |
6, 735 |
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supplicia expendunt : aliae panduntur inanes suspensae ad uentos ; aliis sub gurgite uasto infectum eluitur scelus, aut exuritur igni ; quisque suos patimur Manes ; exinde per amplum mittimur Elysium, et pauci laeta arua tenemus ; |
leurs anciens méfaits : certaines sont étendues dans le vide, suspendues et exposées aux vents ; d'autres lavent dans un vaste gouffre ou brûlent dans le feu la souillure de leur crime. Chacun de nous subissons nos mânes. Envoyés ensuite dans l'ample Élysée, nous sommes quelques-uns à occuper ces champs heureux, |
6, 740 |
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donec longa dies, perfecto temporis orbe, concretam exemit labem, purumque relinquit aetherium sensum atque aurai simplicis ignem. Has omnes, ubi mille rotam uoluere per annos, Lethaeum ad fluuium deus euocat agmine magno, |
jusqu'à ce qu'une longue période, une fois achevé le cycle du temps, ait réduit à rien l'infecte concrétion, et laisse enfin purifiés l'esprit éthéré et le feu du souffle sans mélange. Lorsque durant mille ans toutes ces âmes ont fait rouler la roue du temps, un dieu appelle leur immense troupe près du fleuve Léthé, |
6, 745 |
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scilicet immemores supera ut conuexa reuisant, rursus et incipiant in corpora uelle reuerti. » |
pour que, sans se souvenir du passé, elles revisitent à nouveau les sphères supérieures et commencent à vouloir se réincarner. » |
6, 750 |
Revue des héros romains (6, 752-854)
Anchise va maintenant désigner dans la foule en attente de renaissance toute une série de futures gloires romaines. Viennent d'abord les rois d'Albe (dont le premier, Silvius, et les derniers Procas et Numitor), les fondateurs de petites villes voisines de Rome, et enfin Romulus, qui fera de Rome le centre du monde (6, 752-787).
Anchise présente ensuite l'empereur Auguste au milieu des Iulii, insistant avec emphase sur son rôle pacificateur et sur l'étendue de son empire, ce qui ne peut que stimuler Énée (6, 788-807).
Seront évoqués ensuite les rois de Rome successeurs de Romulus (Numa, Tullus, Ancus, et les deux Tarquins, Servius Tullius étant oublié), ainsi que Brutus, « tombeur » des rois et instaurateur de la République (6, 808-823).
Anchise présente encore quelques figures marquantes de l'époque républicaine, notamment César et Pompée, les vainqueurs de la Grèce, les vainqueurs de Carthage, avant de terminer en insistant sur la mission spécifique de Rome, qui sera de faire régner la paix dans le monde soumis à ses lois (6, 824-854).
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Dixerat Anchises, natumque unaque Sibyllam conuentus trahit in medios turbamque sonantem, et tumulum capit, unde omnes longo ordine possit |
Anchise avait parlé ; il entraîna son fils et la Sibylle parmi la foule bruyante et les groupes rassemblés, prit place sur une hauteur d'où il pouvait observer la longue file |
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aduersos legere, et uenientum discere uultus. « Nunc age, Dardaniam prolem quae deinde sequatur gloria, qui maneant Itala de gente nepotes, inlustris animas nostrumque in nomen ituras, expediam dictis, et te tua fata docebo. |
de ceux qui étaient en face et identifier les visages des arrivants. « Maintenant allons, la gloire qui s'attachera à la lignée de Dardanus, nos descendants italiens qui attendent de renaître, âmes illustres destinées à aller propager notre nom, |
6, 755 |
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Ille, uides, pura iuuenis qui nititur hasta, proxuma sorte tenet lucis loca, primus ad auras aetherias Italo commixtus sanguine surget, siluius, Albanum nomen, tua postuma proles, quem tibi longaeuo serum Lauinia coniunx |
Ce jeune homme que tu vois appuyé sur le manche d'une lance, le sort lui a réservé la place la plus proche de la lumière ; le premier, ayant son sang mêlé de sang italien, il s'élèvera vers les brises éthérées : c'est Silvius, au nom albain, le fils qui naîtra après ta mort, lui que ton épouse Lavinie te donnera tard dans ta vieillesse, |
6, 760 |
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educet siluis regem regumque parentem, unde genus Longa nostrum dominabitur Alba. Proxumus ille Procas, Troianae gloria gentis, et Capys, et Numitor, et qui te nomine reddet Siluius Aeneas, pariter pietate uel armis |
mettant au monde dans les bois un roi, père de rois, d'où notre race régnera sur Albe-la-Longue. Celui-là, tout proche, c'est Procas, la gloire de la nation troyenne, puis voici Capys et Numitor, et celui qui portera ton nom, Silvius Énée, remarquable comme toi par la piété ou les exploits, |
6, 765 |
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egregius, si umquam regnandam acceperit Albam. Qui iuuenes ! Quantas ostentant, aspice, uires, atque umbrata gerunt ciuili tempora quercu ! Hi tibi Nomentum et Gabios urbemque Fidenam, hi Collatinas imponent montibus arces, |
si un jour il lui échoit de régner à Albe. Quels jeunes hommes ! De quelles forces ils font montre, regarde, et ces tempes qu'ils portent, ombragées du chêne de la couronne civique ! Voici les fondateurs de Nomentum et de Gabies et de la ville de Fidènes ; ceux-là établiront sur les collines la citadelle de Collatie, |
6, 770 |
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Pometios Castrumque Inui Bolamque Coramque. Haec tum nomina erunt, nunc sunt sine nomine terrae. Quin et auo comitem sese Mauortius addet Romulus, Assaraci quem sanguinis Ilia mater educet. Viden, ut geminae stant uertice cristae, |
et Pométie et Castrum Inui, ainsi que Bola et Cora ; ces terres seront alors des noms, elles qui sont aujourd'hui sans nom. Et puis à la série se joindra aussi celui qui s'associera à son aïeul, le fils de Mars, Romulus que Ilia, du sang d'Assaracus, mettra au monde. Vois-tu les deux aigrettes qui se dressent sur sa tête ? |
6, 775 |
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et pater ipse suo superum iam signat honore ? En, huius, nate, auspiciis illa incluta Roma imperium terris, animos aequabit Olympo, septemque una sibi muro circumdabit arces, felix prole uirum : qualis Berecyntia mater |
C'est le père des dieux qui l'honore déjà de son signe. Sous les auspices de ce héros, mon fils, l'illustre Rome égalera son empire à l'univers et sa valeur à l'Olympe, et seule elle entourera ses sept collines d'une muraille, ville féconde en héros : elle est comme la mère du Bérécynte |
6, 780 |
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inuehitur curru Phrygias turrita per urbes, laeta deum partu, centum complexa nepotes, omnes caelicolas, omnes supera alta tenentes.
Huc geminas nunc flecte acies, hanc aspice gentem Romanosque tuos. Hic Caesar et omnis Iuli |
qui, couronnée de tours, traverse sur son char les cités de Phrygie, heureuse d'avoir enfanté les dieux, d'avoir étreint cent descendants, tous habitants du ciel, tous occupant les hautes régions célestes.
Maintenant, tourne les yeux de ce côté, vois cette nation, et tes Romains. Voici César, et toute la descendance de Iule, |
6, 785 |
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progenies magnum caeli uentura sub axem. Hic uir, hic est, tibi quem promitti saepius audis, Augustus Caesar, Diui genus, aurea condet saecula qui rursus Latio regnata per arua Saturno quondam, super et Garamantas et Indos |
qui un jour apparaîtra sous l'immense voûte céleste. Ce héros, c'est lui, que si souvent tu entends dire qu'il t'est promis ; Auguste César, né d'un dieu, fondera un nouveau siècle d'or dans les champs du Latium où régnait autrefois Saturne ; il étendra son empire au-delà des Garamantes et des Indiens, |
6, 790 |
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proferet imperium : iacet extra sidera tellus, extra anni solisque uias, ubi caelifer Atlas axem umero torquet stellis ardentibus aptum. Huius in aduentum iam nunc et Caspia regna responsis horrent diuom et Maeotia tellus, |
au-delà des étoiles, au-delà des routes de l'année et du soleil, là où Atlas, qui porte le ciel, fait tourner sur ses épaules l'axe semé d'étoiles de feu. À l'idée de sa venue, les royaumes de la Caspienne maintenant déjà frémissent devant les oracles des dieux, et la terre Méotide, |
6, 795 |
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et septemgemini turbant trepida ostia Nili. Nec uero Alcides tantum telluris obiuit, fixerit aeripedem ceruam licet, aut Erymanthi pacarit nemora, et Lernam tremefecerit arcu ; nec, qui pampineis uictor iuga flectit habenis, |
et les sept embouchures du Nil se troublent et tremblent. En vérité Alcide n'a pas parcouru autant de terres, bien qu'il ait transpercé la biche aux pieds d'airain, pacifié les bois d'Érymanthe et fait trembler Lerne avec son arc ; il ne l'a pas fait non plus, dirigeant son attelage avec des rênes de pampre, |
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Liber, agens celso Nysae de uertice tigres. Aut dubitamus adhuc uirtute extendere uires, aut metus Ausonia prohibet consistere terra ?
Quis procul ille autem ramis insignis oliuae sacra ferens ? Nosco crines incanaque menta |
Liber, le victorieux, menant ses tigres depuis les hautes cimes de Nysa. Et nous hésitons encore à déployer notre valeur par de hauts faits, ou est-ce la crainte qui nous empêche de nous établir en terre d'Ausonie ?
Qui donc est celui-là, au loin, qui se distingue par ses rameaux d'olivier, et portant des objets sacrés ? Je reconnais les cheveux et la barbe blanche |
6, 805 |
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regis Romani, primus qui legibus urbem fundabit, Curibus paruis et paupere terra missus in imperium magnum. Cui deinde subibit, otia qui rumpet patriae residesque mouebit Tullus in arma uiros et iam desueta triumphis |
du roi romain qui fera de notre ville la première ville fondée sur des lois, lui, envoyé de l'humble Cures et d'une pauvre terre dans un vaste empire. Lui succédera celui qui rompra la vie paisible de sa patrie, Tullus qui enverra sous les armes des hommes rassis et des troupes déjà déshabituées des triomphes. |
6, 810 |
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agmina. Quem iuxta sequitur iactantior Ancus, nunc quoque iam nimium gaudens popularibus auris. Vis et Tarquinios reges, animamque superbam ultoris Bruti, fascesque uidere receptos ? Consulis imperium hic primus saeuasque secures |
Tout près de lui, Ancus le suit, un peu trop fier de lui, trop attiré, dès à présent, par les souffles populaires. Veux-tu voir aussi les rois Tarquins, et l'âme altière de Brutus le Vengeur, les faisceaux qu'il a reconquis ? Il sera le premier à recevoir le pouvoir consulaire et les haches cruelles ; |
6, 815 |
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accipiet, natosque pater noua bella mouentes ad poenam pulchra pro libertate uocabit. Infelix, utcumque ferent ea facta minores, uincet amor patriae laudumque immensa cupido.
Quin Decios Drusosque procul saeuumque securi |
et, lorsque ses enfants fomenteront une révolution, ce père voudra les châtier, au nom de la belle liberté ! Le malheureux ! Que sa postérité juge ces actes comme elle voudra : son amour de la patrie l'emportera, ainsi que son immense désir de gloire.
Et plus loin, vois les Décius et les Drusus et, armé de sa hache, |
6, 820 |
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aspice Torquatum et referentem signa Camillum. Illae autem, paribus quas fulgere cernis in armis, concordes animae nunc et dum nocte premuntur, heu quantum inter se bellum, si lumina uitae attigerint, quantas acies stragemque ciebunt ! |
l'impitoyable Torquatus, et Camille rapportant les enseignes. Et ces âmes, revêtues d'armes identiques, que tu vois briller maintenant en pleine harmonie, tant qu'elles sont enfoncées dans la nuit, hélas ! quelle guerre terrible les opposera si elles atteignent les lumières de la vie ! Quelles armées immenses elles aligneront, |
6, 825 |
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Aggeribus socer Alpinis atque arce Monoeci descendens, gener aduersis instructus Eois. Ne, pueri, ne tanta animis adsuescite bella, neu patriae ualidas in uiscera uertite uires ; tuque prior, tu parce, genus qui ducis Olympo, |
et quel carnage : le beau-père descendant des remparts alpins et du rocher de Monécus ; le gendre en face avec ses troupes de l'Aurore ! Non, mes enfants, n'habituez pas vos pensées à de telles guerres, ne tournez pas ses forces vives contre les entrailles de la patrie. Toi le premier, épargne-la, toi qui tires ton origine de l'Olympe, |
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proice tela manu, sanguis meus ! Ille triumphata Capitolia ad alta Corintho uictor aget currum, caesis insignis Achiuis. Eruet ille Argos Agamemnoniasque Mycenas, ipsumque Aeaciden, genus armipotentis Achilli, |
que ta main rejette au loin ces armes, ô mon sang ! Lui depuis Corinthe mènera jusqu'au sommet du Capitole son char de triomphateur, illustre vainqueur des Achéens écrasés. Celui-là détruira Argos et la Mycènes d'Agamemnon, et l'Éacide lui-même, descendant d'Achille aux armes puissantes ; |
6, 835 |
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ultus auos Troiae, templa et temerata Mineruae. Quis te, magne Cato, tacitum, aut te, Cosse, relinquat ? Quis Gracchi genus, aut geminos, duo fulmina belli, Scipiadas, cladem Libyae, paruoque potentem Fabricium uel te sulco Serrane, serentem ? |
ainsi il aura vengé ses aïeux troyens et les temples profanés de Minerve. Qui te passerait sous silence, grand Caton, ou toi, Cossus ? Qui ne citerait la famille de Gracchus, ou ces foudres de guerre, les deux Scipions, désastre de la Libye, et, par son maigre avoir, le puissant Fabricius, ou toi, Serranus, ensemençant tes sillons ? |
6, 840 |
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Quo fessum rapitis, Fabii ? Tu Maxumus ille es, unus qui nobis cunctando restituis rem. Excudent alii spirantia mollius aera, credo equidem, uiuos ducent de marmore uoltus, orabunt causas melius, caelique meatus |
Où m'entraînez-vous, Fabii, moi qui suis fatigué ? C'est bien toi, l'illustre, le Maximus, qui, seul, par tes hésitations calculées, rétablis notre État. D'autres façonneront des bronzes animés d'un souffle plus doux, ils tireront du marbre, je le crois du moins, des visages vivants, plaideront mieux dans les procès, décriront avec leur baguette |
6, 845 |
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describent radio, et surgentia sidera dicent : tu regere imperio populos, Romane, memento ; hae tibi erunt artes ; pacisque imponere morem, parcere subiectis, et debellare superbos. » |
les mouvements célestes, et prédiront l'apparition des astres ; toi, Romain, souviens-toi de gouverner les nations sous ta loi, - ce seront tes arts à toi -, et d'imposer des règles à la paix : de ménager les vaincus et de faire la guerre aux superbes ». |
6, 850 |
Vision de Marcellus et retour sur terre (6, 854-901)
La dernière « apparition » sera celle d'un jeune homme escortant l'éminent héros Marcellus. Énée, intrigué par son air triste, apprend bientôt de la bouche d'Anchise très ému qu'il s'agit du jeune Marcellus (neveu et gendre d'Auguste), paré de toutes les qualités et destiné à mourir dans la fleur de l'âge. C'est la fin du parcours (6, 854-887).
Énée est dès lors prêt pour poursuivre sa mission glorieuse, non exempte pourtant des difficultés que lui dévoile Anchise. Pour quitter le monde souterrain, Énée emprunte la Porte d'ivoire, celles des songes trompeurs ; il rejoint aussitôt sa flotte, et part immédiatement pour le Latium (6, 888-901).
| Sic pater Anchises, atque haec mirantibus addit : |
Ainsi parla le vénérable Anchise, qui ajouta pour ses auditeurs étonnés : |
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« Aspice, ut insignis spoliis Marcellus opimis ingreditur, uictorque uiros supereminet omnes ! Hic rem Romanam, magno turbante tumultu, sistet, eques sternet Poenos Gallumque rebellem, tertiaque arma patri suspendet capta Quirino. » |
« Vois comment Marcellus, que l'on remarque à ses dépouilles opimes, s'avance en vainqueur, surpassant de la tête tous les héros. Parmi le tumulte d'un grand bouleversement, ce cavalier rétablira la puissance romaine, écrasera les Puniques et le Gaulois rebelle, et consacrera au vénérable Quirinus les troisièmes dépouilles prises à l'ennemi ». |
6, 855 |
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Atque hic Aeneas ; una namque ire uidebat egregium forma iuuenem et fulgentibus armis, sed frons laeta parum, et deiecto lumina uoltu : « Quis, pater, ille, uirum qui sic comitatur euntem ? Filius, anne aliquis magna de stirpe nepotum ? |
Et alors Énée, qui voyait en effet s'avancer avec lui un jeune homme d'une beauté insigne, revêtu d'armes étincelantes; mais au front et aux regards sans joie, et baissant son visage, dit : « Père, qui est celui qui accompagne ainsi le héros dans sa marche ? Est-ce son fils, ou quelque descendant de sa longue lignée ? |
6, 860 |
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Quis strepitus circa comitum ! Quantum instar in ipso ! Sed nox atra caput tristi circumuolat umbra. » Tum pater Anchises, lacrimis ingressus obortis : « O gnate, ingentem luctum ne quaere tuorum ; ostendent terris hunc tantum fata, neque ultra |
Quelle animation autour de lui ! Quelle majesté aussi en lui ! Mais autour de sa tête plane l'ombre triste d'une sombre nuit ». Alors le vénérable Anchise fond en larmes, puis se met à parler : « Mon fils, ne t'informe pas de l'immense douleur qui attend les tiens ; ce jeune homme, les destins se contenteront de le montrer à la terre, |
6, 865 |
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esse sinent. Nimium uobis Romana propago uisa potens, Superi, propria haec si dona fuissent. Quantos ille uirum magnam Mauortis ad urbem campus aget gemitus, uel quae, liberine, uidebis funera, cum tumulum praeterlabere recentem ! |
sans rien lui accorder de plus. Dieux du ciel, la race romaine, recevant ce don comme son bien propre, vous eût paru trop puissante ! Que de gémissements les hommes feront-ils monter du Champ de Mars vers la grande cité ! Ou, Tibérinus, de quelles funérailles seras-tu témoin, toi qui coule près de sa tombe fraîchement creusée ! |
6, 870 |
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Nec puer Iliaca quisquam de gente Latinos in tantum spe tollet auos, nec Romula quondam ullo se tantum tellus iactabit alumno. Heu pietas, heu prisca fides, inuictaque bello dextera ! Non illi se quisquam impune tulisset |
Nul enfant issu de la race d'Ilion ne portera si haut les espoirs de ses aïeux latins, et jamais la terre de Romulus ne tirera tant d'orgueil d'un de ses nourrissons. Piété ! Fidélité d'antan, hélas ! Bras invincible à la guerre ! Non, personne ne se serait impunément affronté à lui |
6, 875 |
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obuius armato, seu cum pedes iret in hostem, seu spumantis equi foderet calcaribus armos. Heu, miserande puer, si qua fata aspera rumpas, tu Marcellus eris. Manibus date lilia plenis, purpureos spargam flores, animamque nepotis |
quand, revêtu de ses armes, il aurait à pied marché contre l'ennemi, ou piqué de ses éperons les flancs d'un cheval écumant. Hélas ! Malheureux enfant, ah, si tu pouvais rompre ton cruel destin ! Tu seras Marcellus. À pleines mains, offrez des lys ! Ah, que je répande des fleurs pourprées, qu'au moins sur l'âme de mon petit-fils, |
6, 880 |
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his saltem adcumulem donis, et fungar inani munere ». Sic tota passim regione uagantur aeris in campis latis, atque omnia lustrant.
Quae postquam Anchises natum per singula duxit, incenditque animum famae uenientis amore, |
j'accumule des offrandes, et m'acquitte ainsi d'un vain devoir ». Ainsi errent-ils çà et là dans toute cette zone, parcourant l'étendue des plaines aériennes, et portant partout leurs regards.
Après avoir guidé son fils dans chacun de ces lieux, et embrasé son coeur du désir de sa gloire future, |
6, 885 |
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exin bella uiro memorat quae deinde gerenda, Laurentisque docet populos urbemque Latini, et quo quemque modo fugiatque feratque laborem. Sunt geminae Somni portae, quarum altera fertur cornea, qua ueris facilis datur exitus umbris ; |
Anchise lui rappelle les guerres qu'il devra mener ensuite, le renseigne sur les peuples des Laurentes et la ville de Latinus, et sur divers moyens d'éviter ou de supporter toutes ses épreuves. Il existe deux Portes du Sommeil ; la première, dit-on, est de corne, et donne un accès facile aux ombres véritables ; |
6, 890 |
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altera candenti perfecta nitens elephanto, sed falsa ad caelum mittunt insomnia Manes. His ubi tum natum Anchises unaque Sibyllam prosequitur dictis, portaque emittit eburna, ille uiam secat ad naues sociosque reuisit : |
l'autre est faite d'un ivoire éclatant, et resplendit, mais c'est par elle que les Mânes envoient vers le ciel des songes trompeurs. Tout en parlant ainsi, Anchise reconduit à cet endroit son fils et la Sibylle, et les fait sortir par la porte d'ivoire. Énée coupe au plus court vers ses navires et retrouve ses compagnons. |
6, 895 |
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tum se ad Caietae recto fert litore portum. Ancora de prora iacitur, stant litore puppes. |
Alors il gagne directement, le long de la côte, le port de Caiète. Les ancres tombent des proues ; les poupes se dressent sur le rivage. |
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Notes (6, 679-901) les âmes prisonnières... (6, 680-681). Il s'agit des âmes attendant, près des bords du fleuve de l'Oubli (le Léthé), le moment de leur renaissance. Cfr 6, 709ss et 6, 747ss.
tu es venu enfin (6, 687). Anchise avait demandé à son fils de venir le voir dans l'au-delà (5, 731-734).
royaume de Libye (6, 694). L'escale cathaginoise.
par trois fois... (6, 700-702). Vers répétés de 2, 792-794, où Énée cherche à saisir l'ombre de Créuse. L'influence homérique est probable. On songera à l'épisode célèbre de l'Odyssée (11, 204-208), où Ulysse veut serrer dans ses bras sa mère Anticlée évoquée des enfers.
Léthé (6, 705). Le fleuve de l'Oubli (Léthé, veut dire l'oubli, en grec), un fleuve des Enfers. Cfr Platon, République, 621a : « Dès qu'on en a bu, on oublie tout ».
comme dans les prés... (6, 707-709). Comparaison avec les abeilles, chez Homère, Iliade, 2, 87-90 ; Apollonius de Rhodes, Argonautiques, 1, 879ss et Énéide, 1, 430-436.
énumérer cette lignée de mes descendants (6, 717). Ce qui sera l'objet de la dernière section du chant, 6, 752-853.
Au commencement... (6, 724-751). Le discours d'Anchise sur la purification et la réincarnation des âmes serait inspiré de vues orphiques et pythagoriciennes (Platon, République, 10, 614ss ; Phédon, 113-114 ; Phèdre, 248-249), mais aussi stoïciennes (Géorgiques, 4, 219-227). Pour une présentation d'ensemble du problème particulier de la réincarnation dans la pensée antique, voir l'article de D. Donnet, Aux sources préchrétiennes de l'Occident : Aspects de la réincarnation dans la pensée grecque, dans les FEC 1 (2001).
les feux de Titan (6, 725). C'est-à-dire le Soleil, né du Titan Hypérion.
Chacun de nous... (6, 743-744). Certains éditeurs considèrent ces deux vers comme une parenthèse. On pourrait comprendre qu'après la purification, deux voies sont possibles : soit les champs heureux, où se trouve Anchise, soit l'attente de la réincarnation. Quoi qu'il en soit, l'explication de ces passages a fait couler beaucoup d'encre.
subissons nos mânes (6, 743). Passage également difficile. Faut-il comprendre : « chacun doit subir les conséquences de ses actes mauvais sur terre, et expier ses impuretés » ?
le manche d'une lance (6, 760). Ou une lance pure (hasta pura), c'est-à-dire sans fer. Selon Servius, ce genre d'armes était offert à titre de récompense à un jeune guerrier, après une première victoire.
Silvius, au nom albain (6, 763). C'est le fils posthume d'Énée et de Lavinie, fille de Latinus. Caton l'Ancien (frg. 11 P) raconte qu'après la mort d'Énée, Lavinie, grosse de Silvius et craignant la jalousie d'Ascagne, se réfugia chez un ancien intendant d'Énée, nommé Tyrrhus ; elle mit au monde chez lui un fils qui, élevé dans les bois (silua en latin), reçut le nom de Silvius. Selon les uns, Silvius régna sur Albe, après la mort d'Ascagne ; selon d'autres, il déposséda Ascagne de son pouvoir royal et ne lui laissa que des fonctions sacerdotales. Tite-Live, sans doute pour effacer cette rivalité entre deux demi-frères, fait de Silvius le fils d'Ascagne et son successeur légitime. Selon Tite-Live (1, 3, 8), Silvius est le cognomen de tous les rois d'Albe.
Lavinie (6, 764). Lavinie (6, 93-94) est la fille de Latinus, le roi des Latins. Il en sera beaucoup question dans la seconde partie de l'Énéide (cfr notamment 7, 52). Promise à Turnus, le roi des Rutules et l'adversaire d'Énée, elle épousera Énée après la guerre latine. Énée fondera une ville qu'il appellera Lavinium en son honneur.
Albe-la-Longue (6, 766). Cfr 1, 271 ; 5, 597 ; 8, 48 ; 9, 387. La fondation d'Albe est attribuée par la légende à Ascagne. Son nom viendrait de la truie blanche (albus = blanc) miraculeusement découverte par Énée. C'est avec Lavinium une des métropoles religieuses du Latium. Au somment du mont Albain (mons Albanus) se dressait le temple de Jupiter Latiaris, centre religieux de la Ligue latine.
Procas (6, 767). Roi d'Albe, père de Numitor et d'Amulius.
Capys (6, 768). Autre roi d'Albe, qui porte le même nom que le père d'Anchise. L'Énéide connaît aussi un compagnon d'Énée du même nom (1, 183 ; 2, 35 ; 9, 576 ; 10, 145).
Numitor (6, 768). Fils de Procas, détrôné par son cadet Amulius ; replacé sur le trône d'Albe par ses petits-fils Romulus et Rémus, avant qu'ils ne fondent Rome.
Silvius Énée (6, 769). Autre roi d'Albe, Silvius Énée, d'après Servius, fut détrôné par son tuteur et ne remonta sur le trône qu'à 53 ans.
chêne de la couronne civique (6, 772). Récompense réservée à Rome à celui qui avait sauvé la vie d'un compagnon d'armes à la guerre. Cette couronne avait été attribuée, à titre perpétuel, à Auguste, en 27 av. J.-C. (Ovide, Fastes, 1, 614). Virgile fait ici une fleur à Auguste.
Nomentum (6, 773). Aujourd'hui Mentana, ville de la Sabine, à douze milles de Rome, à laquelle la reliait la via Nomentana. L'énumération de ces différents lieux devait plaire aux contemporains de Virgile.
Gabies (6, 773). Ville du Latium, entre Rome et Préneste. Elle n'existait déjà plus au temps d'Auguste. On y montre encore aujourd'hui les ruines d'un temple de Junon.
Fidènes (6, 773). Ville près du confluent du Tibre et de l'Anio, présentée tantôt comme sabine, tantôt comme latine, tantôt comme étrusque. Il n'en reste plus que quelques ruines près du village actuel de Castel Giubileo.
Collatie (6, 774). Ville de la Sabine, aujourd'hui Castellaccio.
Pométie (6, 775). Capitale des Volsques, sur les marais Pontins, elle fut détruite par les Romains.
Castrum Inui (6, 775). Ville forte du pays des Rutules, au bord de la mer Tyrrhénienne, près d'Ardée.
Bola et Cora (6, 775). Villes respectivement du pays des Èques et du pays des Volsques, non loin de Pométie.
Romulus... Ilia... Assaracus (6, 777-778). Romulus, le fondateur de Rome, était le fils du dieu Mars et de Rhéa Silvia ou Ilia, fille de Numitor, devenue prêtresse de Vesta par la volonté de son oncle Amulius qui voulait l'empêcher d'avoir une descendance. Virgile, en l'appelant Ilia, et en la faisant descendre d'Assaracus, le grand-père d'Anchise (cfr 6, 650) insiste sur son origine troyenne. Romulus contribua à remettre son aïeul Numitor sur le trône d'Albe, en tuant l'usurpateur Amulius qui avait évincé son frère.
les deux aigrettes (6, 779). Le casque orné d'aigrettes était usuel dans l'Énéide (cfr 9, 163 ; 9, 270 ; 9, 365 ; 9, 678 ; 10, 701 ; 11, 8). Mais il semble y avoir davantage ici qu'un détail ornemental. En effet, le vers suivant, qui contient une allusion à l'apothéose de Romulus, fait songer à d'autres textes où des flammes qui se dressent sur la tête de quelqu'un signalent un personnage hors du commun, promis à un avenir particulièrement brillant (cfr la brève synthèse de 8, 681).
la mère du Bérécynte (6, 784). Il s'agit de Cybèle, la « Grande Mère des Dieux », particulièrement honorée en Phrygie sur le mont Bérécynte. Elle fut introduite à Rome à l'époque des Guerres Puniques, et eut sur le Palatin, dès 191 a.C.n., un temple qui fut rebâti sous Auguste. Il est question de cette divinité à plusieurs reprises dans l'Énéide : cfr 2, 788 ; 3, 111 ; 7, 139 ; 9, 82 ; 9, 109 ; 9, 618-619 ; 10, 220 où elle apparaît sous le nom de Cybebe ; 10, 252 ; 11, 768. L'idée est que la ville de Rome engendrera des héros, comme Cybèle engendra des dieux.
César et toute la descendance de Iule (6, 789-790). C'est-à-dire l'empereur Auguste, et toute la gens Iulia, qui prétendait descendre de Iule-Ascagne (cfr 1, 267-268). Cité plus explicitement, Augustus Caesar, en 6, 792, Octave, neveu et fils adoptif de Jules César, le premier empereur de Rome, prit le nom d'Auguste en 27 a.C.n. ; présenté directement après Romulus par Anchise, il apparaît comme le second fondateur de Rome. Il ne s'agit pas ici de Jules César, qui sera cité, avec son rival Pompée, en 6, 826-831.
né d'un dieu (6, 792). Octave-Auguste portait le titre de « fils de dieu » (diui filius), étant le fils adoptif de Jules César, qui avait été divinisé après sa mort. Il ne faut pas oublier non plus que la gens Iulia, se prétendant issue de Iule-Ascagne, remontait donc à Vénus.
siècle d'or... Saturne (6, 793-794). Saturne, divinité latine des semailles, dont les Latins firent un roi du Latium primitif. Il aurait fondé sur le Capitole, à Rome, une ville légendaire appelée Saturnia. Son règne, considéré comme un âge d'or, devait revenir en vertu de la théorie cyclique sous le règne d'Auguste, qui allait ramener la prospérité. La légende latine de Saturne fut confondue avec celle du Cronos grec, détrôné par Zeus, et venu se réfugier dans le Latium (latere : « être caché », d'où le nom de Latium). Cfr notamment 7, 49 ; 7, 180 ; 7, 203 ; 8, 319-324 ; 8, 357.
Garamantes (6, 794). Peuplade de Libye, contre laquelle fut montée une expédition romaine, en 21 a.C.n., un an avant la mort de Virgile. Cfr 4, 198.
Indiens (6, 794). Une ambassade venue pour la première fois des Indes à Rome sous Auguste (Res Gestae, 31, 1) avait frappé les imaginations. On prêtait à Auguste l'intention d'étendre l'empire jusqu'au Gange ; il eut la prudence de ne pas le faire.
Atlas (6, 796-797). Fils du Titan Japet, frère de Prométhée et d'Épiméthée, Atlas appartient à la génération divine antérieure à celle des Olympiens, celle des êtres monstrueux et sans mesure. Pour avoir participé à la lutte des Géants et des dieux, il fut condamné par Jupiter à soutenir sur ses épaules la voûte du ciel et à la faire tourner. Sa légende revêt des aspects variés. Pour Virgile, c'est le père de l'astronomie, qui soutient la voûte du ciel et réside dans la région d'Afrique du nord qui porte encore son nom (Mauritanie). Cfr 1, 740 ; 4, 247-248 ; 4, 481-482. Les vers 4, 481 et 6, 797 sont répétés.
royaumes de la Caspienne (6,798). Allusion probable aux Parthes, riverains de la mer Caspienne, soumis en 22 a.C.n., qui renvoyèrent à Auguste les aigles enlevées à Antoine et Crassus.
la terre Méotide (6, 799). Ou Palus Méotide, au pays des Scythes au nord du Pont-Euxin. Aujourd'hui la Mer d'Azov.
Nil (6, 800). L'évocation de ce fleuve d'Égypte, dont le delta comporte sept embouchures, rappelle la victoire d'Octave à Actium sur Antoine et Cléopâtre. Cfr la description du bouclier d'Énée en 8, 671-713.
Alcide (6, 801). Hercule (6, 123) est présenté ici comme un héros civilisateur.
biche aux pieds d'airain (6, 802). Il s'agit de la biche de Cérynie (ville et montagne d'Achaïe, au nord du Péloponnèse). C'était un animal gigantesque qui ravageait les récoltes. Hercule la tua. Ce fut son quatrième travail. Il l'avait poursuivie jusqu'au pays des Hyperboréens. Il existe plusieurs versions de ces légendes.
Érymanthe (6, 803). Massif montagneux proche de l'Arcadie, où Hercule aurait tué le fameux sanglier d'Érymanthe (troisième travail).
Lerne (6, 603). Lerne est une ville du Péloponnèse, près d'Argos (Argolide), célèbre par le marais dans lequel Héraclès, au cours de son deuxième travail, tua l'Hydre (cfr 6, 287).
Liber (6, 805). Nom latin de Bacchus / Dionysos. Le dieu (cfr aussi 4, 302 ; 7, 389 ; 7, 580) est considéré ici comme un conquérant de pays lointains, et comme un héros civilisateur, capable de conduire un attelage de tigres.
Nysa (6, 805). Montagne et ville de l'Inde, qui aurait été fondée par Bacchus.
Ausonie (6, 807). Italie (cfr 6, 346).
roi romain (6, 810). Il s'agit du second roi de Rome, Numa Pompilius, successeur de Romulus, et responsable des institutions religieuses de Rome. Il est présenté comme un pacificateur, avec des attributs comme l'olivier et des objets sacrés.
Cures (6, 811). Numa venait de Cures, petite ville de Sabine, au nord-est de Rome. C'est le symbole des vertus de simplicité et d'austérité qu'Auguste veut remettre en honneur.
celui qui rompra (6, 812). Tullus Hostilius, troisième roi de Rome, célèbre par ses campagnes militaires et par la destruction d'Albe-la-Longue, la cité-mère de Rome.
Ancus (6, 815-816). Ancus Marcius, quatrième roi, petit-fils de Numa. S'il faut en croire Virgile, il était sensible à la faveur populaire, ce que ne soulignent pas les autres auteurs.
rois Tarquins (6, 817). Il s'agit du cinquième et du septième roi de Rome, respectivement Tarquin l'Ancien et Tarquin le Superbe, auxquels la tradition attribue une origine étrusque.
Brutus (6, 818). Neveu de Tarquin le Superbe, il chassa les Tarquins après le viol et le suicide de Lucrèce, fonda la République en 509 a.C.n. et périt dans un combat contre Arruns, fils de Tarquin le Superbe. Il est célèbre entre autres pour avoir fait décapiter à la hache ses fils qui avaient conspiré pour le retour de Tarquin sur le trône de Rome. Tarquin le Superbe étant devenu un véritable tyran, Brutus est considéré comme le vengeur de la liberté, symbolisée ici par les faisceaux et les haches, insignes du pouvoir consulaire. Virgile se montre assez réservé dans son éloge de Brutus, qui devait évoquer, dans l'esprit des lecteurs, un autre Brutus, le meurtrier de César.
Décius (6, 824). Publius Decius Mus, consul en 340 a.C.n., « se dévoua » aux dieux infernaux dans une bataille contre les Latins pour assurer la victoire de Rome (rituel religieux de la deuotio). Son fils se serait lui aussi « dévoué » à la bataille de Sentinum, livrée contre les Gaulois (295 a.C.n.). Son petit-fils en aurait fait autant en 279, dans une bataille contre Pyrrhus. Cfr Tite-Live, 8, 9 ; 10, 28.
Drusus (6, 824). L'histoire connaît plusieurs Drusus. La personnalité républicaine la plus importante est M. Liuius Drusus Salinator, le vainqueur du Carthaginois Hasdrubal au Métaure (204 a.C.n.). Mais si la famille est citée ici, c'est probablement parce que l'impératrice Livie, la femme d'Auguste, appartenait à la famille des Drusus.
Torquatus (6, 825). Torquatus doit son surnom au fait qu'il avait tué en combat singulier un géant gaulois (Tite-Live, 7, 10) et qu'il l'avait dépouillé de son collier (torques en latin). Plus tard, devenu consul en 340 a.C.n. avec Publius Decius Mus, il fit périr son fils sous la hache, parce qu'il avait combattu et vaincu malgré ses ordres.
Camille (6, 825). Le dictateur Camille libéra Rome après l'invasion gauloise et la releva. Il est censé ici avoir repris aux Gaulois les étendards romains perdus à la bataille de l'Allia en 395 a.C.n.
ces âmes... (6, 826-831). Les vers qui suivent font allusion à César et à Pompée. Ces deux brillants généraux s'affrontèrent dans une guerre civile sanglante, qui se termina par la défaite de Pompée à Pharsale en 48 a.C.n.
beau-père... (6, 830-831). Jules César était le beau-père de Pompée, qui avait épousé sa fille Julie. Virgile fait ici allusion au fait qu'il avait pénétré en Italie en venant de Gaule et en franchissant le Rubicon.
remparts alpins (6, 830). L'expression ne doit pas être prise au sens strict. C'est une allusion à ses victoires en Gaule : c'est de là qu'il venait.
rocher de Monécus (6, 831). Le rocher où se trouvait un temple dédié à Hercule Monoecus, c'est-à-dire « qui n'admet pas d'autre temple à côté du sien ». C'est le rocher de Monaco.
gendre (8, 831). Pompée avait recruté des forces dans les provinces orientales (le pays de l'Aurore), pour contrer César, qui s'appuyait surtout sur les soldats du Nord, ceux qu'il avait en Gaule. Après sa défaite de Pharsale, Pompée sera, sur l'ordre du roi Ptolémée, assassiné en Égypte où il cherchait refuge.
enfants (6, 832). Anchise s'adresse ici aux deux généraux, traduisant sans doute l'horreur éprouvée par Virgile à l'égard des guerres surtout civiles.
qui tires ton origine de l'Olympe (6, 834-835). César, membre de la gens Iulia, remontait à Iule et donc à Vénus ; il tirait son origine des dieux (l'Olympe) et était apparenté à Énée ; cfr « mon sang ».
Lui depuis Corinthe... (6, 836-837). Ces deux vers évoquent L. Mummius Achaïcus, vainqueur des Grecs, qui détruisit Corinthe et réduisit la Grèce (les Achéens) en province romaine en 146 a.C.n. Il remportera à Rome les honneurs du triomphe et montera donc sur le Capitole.
Celui-là détruira Argos... (6, 838-840). Les noms propres contenus dans ces vers servent à caractériser Paul-Émile, le vainqueur de Persée, qui détruisit Argos, une des capitales de Persée, roi de Macédoine (179-168 a.C.n.).
Mycènes (8, 838). À l'époque de Paul-Émile, Mycènes était abandonnée depuis longtemps. Elle est citée ici, avec la mention d 'Agamemnon, pour évoquer la guerre de Troie.
Éacide (8, 839). Persée, roi de Macédoine, prétendait descendre d'Achille, petit-fils d'Éaque (cfr 6, 58).
temples profanés de Minerve (6, 840). Minerve, déesse latine assimilée à Athéna ou Pallas, la divinité qui protégeait la ville de Troie et dans le temple de laquelle était conservé le Palladium. Ulysse s'en emparera, profanant ainsi le sanctuaire (cfr 2, 165). Virgile présente cette conquête de la Grèce par les Romains comme l'ultime revanche des Troyens sur les Grecs (Cfr aussi 1, 284-285).
Caton (6, 841). Caton l'Ancien ou le Censeur. Orateur, magistrat et écrivain, célèbre par la censure qu'il exerça en 185 a.C.n., et par son hostilité implacable contre Carthage. Un autre Caton, Caton d'Utique, sera représenté sur le bouclier d'Énée en 8, 670.
Cossus (6, 841). Tribun militaire de la deuxième moitié du 5e siècle a.C.n., A. Cornelius Cossus tua le roi des Véiens, Volumnius, et consacra les secondes « dépouilles opimes » dans le temple de Jupiter Férétrien. Il faut savoir que lorsqu'un chef romain avait tué de sa propre main un chef ennemi et l'avait dépouillé, il déposait solennellement les dépouilles du vaincu dans le temple de Jupiter Férétrien : c'était les « dépouilles opimes » (spolia opima), dont l'histoire romaine ne connaît que trois exemples (cfr Tite-Live, 1, 10, 3-7) : le premier se place aux origines de Rome, lorsque Romulus tue Acron, le roi des Céniniens ; le second est celui de Cossus ; le troisième est celui de Marcus Claudius Marcellus qui défit les Gaulois en 222 a.C.n. (cfr 6, 859). La première offrande de dépouilles opimes fut faite à Jupiter, la seconde à Mars, et la troisième à Quirinus. À l'époque d'Auguste, ce rituel suscitait beaucoup d'intérêt. Il en sera en tout cas question, directement ou indirectement, à plusieurs reprises dans la suite de l'Énéide : 10, 423 ; 10, 449 ; 10, 719-720 ; 11, 5-11.
famille de Gracchus (6, 842). La famille des Gracques, dont les deux membres les plus célèbres, Tibérius Gracchus et Caius Gracchus, furent tribuns du peuple et moururent assassinés, l'un en 133, l'autre en 123 a.C.n. Tous deux promulguèrent des lois agraires et furent des prédécesseurs de César et d'Auguste dans leur lutte contre le parti aristocratique. Plusieurs de leurs ancêtres s'illustrèrent dans les guerres puniques, et leur mère Cornélia, de la famille des Scipions, passe pour le modèle de la matrone romaine.
les deux Scipions (6, 843). Nom d'une célèbre famille romaine, dont les plus illustres représentants sont Scipion l'Africain, vainqueur d'Hannibal à Zama en 204 a.C.n., et son petit-fils, Scipion Émilien, destructeur de Carthage (désignée ici par la Libye) en 146 et de Numance en 133 a.C.n.
Fabricius (6, 844). Héros de la guerre contre Pyrrhus au début du 3ème siècle a.C.n. Vainqueur des Samnites, il refusa l'or de Pyrrhus, le roi d'Épire ; il se satisfaisait de si peu que l'État dut se charger des frais de ses funérailles et de la dot de sa fille.
Serranus (6, 844). Atilius Régulus fut surnommé ainsi parce qu'il était occupé à ensemencer (serere = « semer ») son champ quand on vint lui annoncer son élévation au consulat. Il vainquit les Carthaginois en 257 a.C.n.
Fabii (6, 845). Les Fabii qui, au nombre de 306, se firent tuer (un seul en réchappa) dans la guerre dont ils s'étaient chargés contre les Véiens en 478 a.C.n.
Maximus (6, 845-846). Quintus Fabius Maximus, surnommé Cunctator, « le Temporisateur », parce qu'il épuisa par des lenteurs calculées Hannibal qui fut l'ennemi le plus dangereux de Rome. Vainqueur d'Hannibal à Zama en 217 a. J.-C., Fabius Maximus a l'honneur de clore la liste des gloires romaines présentées par Anchise.
D'autres façonneront... (6, 847-854). Ce groupe de vers célèbres, qui confrontent le génie grec et le génie romain, a été très souvent commenté. Il est d'abord question des Grecs et de leurs réalisations dans différents arts (sculpture, éloquence, astronomie). Virgile, par la bouche d'Anchise, ne conteste pas leur supériorité, mais c'est probablement pour mettre davantage en valeur les vers suivants, qui expriment d'une façon très ramassée le génie de Rome et sa mission civilisatrice.
Marcellus (6, 855). Marcus Claudius Marcellus, illustre général romain de la deuxième guerre punique, qui vainquit les Gaulois et Viridomare à Clastidium, en 222 a.C.n., dans un combat de cavalerie, où il remporta les dépouilles opimes (pour la troisième fois dans l'histoire de Rome, cfr 6, 841). Il avait aussi vaincu Hannibal, et conquis Syracuse.
Quirinus (6, 859). Selon Servius, les dépouilles opimes, octroyées au général romain qui avait tué le général ennemi en combat singulier, furent consacrées, dans l'ordre, à Jupiter, à Mars et à Quirinus, les trois divinités de la triade précapitoline. Elles récompensèrent Romulus, Cossus (6, 841) et Marcellus.
jeune homme d'une beauté insigne (6, 861). Il s'agit de Marcus Claudius Marcellus, descendant du précédent, fils d'Octavie, neveu et gendre d'Auguste qui voulait faire de lui son successeur. Il venait de mourir en 23 a.C.n., à l'âge de 19 ans. Selon Servius et Donat, Octavie éclata en sanglots, lorsque Virgile lut ce passage devant elle et devant Auguste.
Tiberinus (6, 873). Le tombeau de Marcellus, qui était aussi celui de la famille d'Auguste, s'élevait sur la rive gauche du Tibre, au nord du Champ de Mars.
Nul enfant issu de la race d'Ilion (6, 875-876). Les vers suivants réfèrent dans leur concision à une idée centrale de l'Énéide : Rome, la terre de Romulus, s'est constituée de la fusion des Latins et des Troyens, dont la famille d'Auguste prétend descendre.
Anchise lui rappelle... (6, 890-892). Ces vers annoncent le contenu des cinq derniers chants de l'Énéide, qui raconteront la difficile installation d'Énée dans le Latium.
Laurentes (6, 891). Les Laurentes habitaient la région s'étendant du Tibre à Ardée, c'est le peuple du roi Latinus (cfr notamment 5, 797 ; 7, 63 ; 8, 371 ; 8, 537).
Latinus (6, 891). Roi des Laurentes, père de Lavinia, et qui sera présenté au début du chant 7.
Portes du sommeil (6, 894-898). Ces « Portes » sont inspirées d'Homère, Odyssée, 19, 562-569, où Pénélope dit que les songes vrais passent par la porte de corne, et les songes mensongers par la porte d'ivoire. Virgile a trouvé là un bel artifice pour faire sortir son héros des Enfers. Le fait qu'Énée et la Sibylle soient sortis par la porte d'ivoire a fait couler beaucoup d'encre. Virgile aurait-il voulu présenter l'ensemble du chant 6 comme un songe, dont la vérité était loin d'être fondée ?
vers le ciel (6, 896). Du point de vue des Mânes bien sûr, c'est-à-dire vers le monde des vivants.
Caiète (6, 900). Aujourd'hui Gaète, ville et port du Latium, qui aurait reçu son nom de la nourrice d'Énée, ensevelie à cet endroit, et d'où partira Énée (cfr 7, 1-7).
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