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ÉNÉIDE, LIVRE VIII
LA ROME FUTURE : PALLANTÉE - BOUCLIER D'ÉNÉE
Histoire du Latium avant Évandre (8, 306-336)
Une fois la cérémonie accomplie, Évandre parcourt avec Énée le site de la future Rome, tout en retraçant l'histoire du Latium depuis les premiers temps : Aborigènes ; âge d'or sous Saturne ; âge de fer ; Ausoniens et Sicanes ; des rois dont Thybris ; Arcadiens d'Évandre (8, 306-336).
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Exim se cuncti diuinis rebus ad urbem perfectis referunt. Ibat rex obsitus aeuo et comitem Aenean iuxta natumque tenebat ingrediens uarioque uiam sermone leuabat. |
Une fois accomplies les cérémonies religieuses, tous se dirigent vers la ville. Le roi marchait, chargé d'ans ; il avait près de lui, qui l'accompagnaient, Énée et son fils ; et la conversation rendait la route moins rude. |
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Miratur facilisque oculos fert omnia circum Aeneas capiturque locis et singula laetus exquiritque auditque uirum monimenta priorum. Tum rex Euandrus, Romanae conditor arcis : « Haec nemora indigenae fauni nymphaeque tenebant |
Énée admire et porte tout autour de lui des regards charmés ; les lieux le séduisent ; il s'enquiert de tout avec plaisir et écoute les souvenirs qui parlent des héros d'autrefois. Alors le roi Évandre, fondateur de la citadelle de Rome, dit : « En ces bois habitaient les Faunes et les Nymphes indigènes, |
8, 310 |
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gensque uirum truncis et duro robore nata, quis neque mos neque cultus erat, nec iungere tauros aut componere opes norant aut parcere parto, sed rami atque asper uictu uenatus alebat.
Primus ab aetherio uenit
Saturnus Olympo, |
ainsi qu'une race d'hommes nés du tronc de chênes durs, êtres sans coutumes ni culture, qui ne savaient ni atteler des boeufs, ni amasser des richesses, ni épargner ce qu'ils avaient acquis ; la cueillette et la chasse des bêtes sauvages assuraient leur subsistance. Le premier qui vint de l'Olympe céleste fut Saturne, |
8, 315 |
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arma Iouis fugiens et regnis exsul ademptis. Is genus indocile ac dispersum montibus altis composuit legesque dedit Latiumque uocari maluit, his quoniam latuisset tutis in oris. Aurea quae perhibent illo sub rege fuere |
exilé, privé de son trône, et fuyant les armes de Jupiter. Il rassembla cette race ignorante et dispersée en haut des collines, pour lui imposer des lois. Il choisit d'appeler ce lieu Latium, puisqu'il s'était caché, bien à l'abri, sur ces bords. Les siècles qui s'écoulèrent sous son règne, sont les siècles dorés : |
8, 320 |
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saecula. Sic placida populos
in pace regebat,
deterior donec paulatim ac
decolor aetas et belli rabies et amor successit habendi. Tum manus Ausonia et gentes uenere Sicanae, saepius et nomen posuit Saturnia tellus ; |
tant le roi maintint ces peuples dans une paix profonde, jusqu'à ce que, peu à peu, lui succède un âge dégradé, sans éclat, où la guerre faisait rage et où régnait la soif de richesses. Vinrent ensuite une troupe ausonienne et des tribus Sicanes, et à plusieurs reprises la terre de Saturne changea de nom ; |
8, 325 |
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tum reges asperque immani corpore Thybris, a quo post Itali fluuium cognomine Thybrim diximus, amisit uerum uetus Albula nomen ; me pulsum patria pelagique extrema sequentem Fortuna omnipotens et ineluctabile fatum |
puis régnèrent des rois et le farouche Thybris au corps de géant ; c'est son nom que nous, Italiens, avons donné au fleuve Thybris, et l'ancienne Albula perdit son vrai nom. Moi, chassé de ma patrie, je voulais atteindre l'extrémité des mers, quand la toute puissante Fortune et l'inéluctable destin me firent |
8, 330 |
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his posuere locis matrisque egere tremenda Carmentis nymphae monita et deus auctor Apollo. » |
toucher ces lieux : je suivais les oracles redoutables de ma mère, la Nymphe Carmenta, et de son maître, le dieu Apollon. » |
8, 335 |
Évocation de la future Rome (8, 337-369)
Ensuite Évandre fait admirer divers lieux évocateurs de l'avenir de la ville : la porte Carmentale, l'asile de Romulus, le Lupercal, l'Argilète, le Capitole et la roche tarpéienne, le Janicule et la citadelle de Saturne (8, 337-358).
Ils arrivent enfin à la demeure d'Évandre, qui y accueille ses hôtes très simplement, tout en recommandant à Énée de ne pas mépriser la pauvreté (8, 359-369).
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Vix ea dicta : dehinc progressus monstrat et aram et Carmentalem Romani nomine portam quam memorant, nymphae priscum Carmentis honorem, |
À peine eut-il fini de parler qu'il quitta ce lieu, et montra l'autel et la porte que les Romains nomment Carmentale, antique honneur accordé à la nymphe Carmenta, |
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uatis fatidicae, cecinit quae prima futuros Aeneadas magnos et nobile Pallanteum. Hinc lucum ingentem quem Romulus acer Asylum rettulit et gelida monstrat sub rupe Lupercal, Parrhasio dictum Panos de more Lycaei. |
la prophétesse fatidique, qui fut la première à chanter la future grandeur des Énéades et l'illustre Pallantée. Ensuite, il montre l'immense bois sacré, que l'ardent Romulus érigea en asile, et, à l'ombre fraîche d'un rocher, le Lupercal, dédié, selon une coutume parrhasienne, à Pan Lycéen. |
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Nec non et sacri monstrat nemus Argileti testaturque locum et letum docet hospitis Argi.
Hinc ad Tarpeiam sedem et
Capitolia ducit,
aurea nunc, olim
siluestribus horrida dumis.
Iam tum religio pauidos
terrebat agrestis |
Et il montre aussi le bois de l'Argilète sacré, prend le lieu à témoin et raconte la mort de son hôte Argus. De là, il les conduit vers la demeure de Tarpéia et vers le Capitole, tout en or aujourd'hui, autrefois hérissé de ronces sauvages. Déjà alors, une crainte religieuse émanait du lieu et épouvantait |
8, 345 |
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dira loci, iam tum siluam
saxumque tremebant. « Hoc
nemus, hunc, »
inquit,
« frondoso
uertice collem quis deus incertum est habitat deus : Arcades ipsum credunt se uidisse Iouem, cum saepe nigrantem aegida concuteret dextra nimbosque cieret. |
les paysans apeurés ; déjà, ils tremblaient devant le bois et le rocher. « Ce bois », dit-il, « cette colline couverte de frondaisons, un dieu - lequel, on ne le sait pas -, les habite ; les Arcadiens croient avoir vu Jupiter en personne, quand dans sa main il agite la noire égide et ébranle les orages. |
8, 350 |
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Haec duo praeterea disiectis oppida muris, reliquias ueterumque uides monimenta uirorum. Hanc Ianus pater, hanc Saturnus condidit arcem : Ianiculum huic, illi fuerat Saturnia nomen. »
Talibus inter se dictis ad tecta subibant |
Tu vois aussi ces deux forteresses, aux murs écroulés ; ce sont des vestiges rappellant d'antiques héros. La première fut fondée par le dieu Janus, l'autre par Saturne : l'une fut appelée Janicule, l'autre Saturnia. »
Tout en échangeant ces propos, ils s'approchaient |
8, 355 |
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pauperis Euandri passimque armenta uidebant Romanoque foro et lautis mugire Carinis. Vt uentum ad sedes :
« Haec »,
inquit,
« limina
uictor Alcides subiit, haec illum regia cepit. Aude, hospes, contemnere opes et te quoque dignum |
de la demeure du pauvre Évandre, apercevant ici et là des troupeaux mugissant en plein Forum romain et dans les élégantes Carènes. Dès qu'ils furent arrivés à sa maison, Évandre dit : « Ce seuil, Alcide le franchit, après sa victoire ; ce palais l'accueillit. Aie l'audace, ô mon hôte, de mépriser les richesses, et toi aussi, |
8, 360 |
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finge deo rebusque ueni non asper egenis. » Dixit et angusti subter fastigia tecti ingentem Aenean duxit stratisque locauit effultum foliis et pelle Libystidis ursae. Nox ruit et fuscis tellurem amplectitur alis. |
sois digne du dieu ; viens, ne sois pas rebuté par notre pauvreté ». Il parla et, sous les poutres de l'étroite demeure, il introduisit le grand Énée ; il le fit reposer sur une couche de feuilles, recouverte de la peau d'une ourse de Libye. La nuit était tombée et enserrait la terre de ses ailes sombres. |
8, 365 |
Notes (8, 306-369)
tout autour de lui (8, 310). Dans la ville de Pallantée, Virgile imagine déjà la Rome future avec ses monuments évocateurs d'histoire. Le poète très subtilement va mêler les plans chronologiques.
la citadelle de Rome (8, 313). À l'époque historique, la citadelle de Rome se dressait sur le Capitole. Virgile l'imagine sur le Palatin, là où Romulus avait construit, selon la légende, les premières murailles, là aussi où Auguste avait son palais. On aura noté le rapprochement pseudo-étymologique entre les termes Palatin et Pallantée.
les Faunes et les Nymphes (8, 314). Les Nymphes (8, 71) sont des divinités féminines de la nature, représentant notamment la puissance divine des sources, des fontaines, des forêts, des arbres. Le terme est d'origine grecque et transpose une réalité grecque. Dans la poésie latine, les Faunes sont des génies champêtres, masculins. Le mot, au pluriel, est probablement une création latine faite à partir de Faunus, une divinité de la nature sauvage. Si, aux yeux des historiens modernes de la religion romaine, Faunus est une véritable divinité, il n'en est pas de même des Faunes, représentés dans l'iconographie « comme des personnages trapus, barbus, la tête ceinte de feuillage, le corps recouvert d'une peau de chèvre » (M. Rat, Virgile, 1965, p. 375, n. 2214). Ils ne semblent pas avoir jamais fait l'objet d'un culte.
hommes nés du tronc de chênes (8, 315). À côté de ces divinités élémentaires que sont les Faunes et les Nymphes, Virgile imagine les premiers hommes comme une race primitive et sauvage sortie du tronc des chênes. Il ne serait pas exclu qu'on trouve ici une réminiscence homérique. Lorsque, à la fin de l'Odyssée (19, 162-163), Pénélope interroge l'étranger qu'elle a alors devant elle et qui se révélera être Ulysse, elle lui demande : « Dis-moi ta race et ta patrie ; car tu n'es pas sorti du chêne légendaire ou de quelque rocher ». Apparemment d'antiques récits circulaient, faisant sortir les premiers hommes des arbres ou des pierres. On a conservé des traces (par exemple Juvénal, 6, 12 ; Stace, Thébaïde, 4, 277-281) de cette naissance à partir de diverses espèces d'arbres. Et tout le monde connaît l'histoire de Deucalion et de Pyrrha qui, après le déluge, repeuplèrent la terre en lançant par dessus leurs épaules des pierres qui se transformèrent en hommes et en femmes.
Saturne (8, 319). Selon la tradition, Saturne est un des premiers rois mythiques du Latium (cfr 1, 569 et 7, 49). Chassé du ciel par Jupiter, il serait venu dans le Latium, où régnait Janus, et aurait apporté aux habitants encore rudes les bienfaits de la civilisation, en particulier l'agriculture. Janus l'aurait même associé à son pouvoir. Il passe pour le fondateur d'une ville Saturnia (la ville de Saturne, 8, 358) sur le mons Saturninus (la colline de Saturne), qui deviendra plus tard le Capitole. Rappelons que Virgile avait précédemment (7, 45ss) proposé une généalogie des rois du Latium à partir de Saturne, Picus, puis Faunus, puis Latinus.
Latium (8, 323). Étymologie fantaisiste, basée sur le verbe latere « être caché, se cacher ». Servius, dans son commentaire à ce passage, signale que Varron proposait la même étymologie à partir de latere, mais parce que le Latium « se cache » parmi les montagnes. Selon Virgile, Saturne aurait « préféré » (maluit) le nom de Latium, mais le texte ne mentionne pas les autres noms possibles (peut-être Saturnia tellus ?).
dorés (8, 324). Comme le Saturne latin fut identifié à Cronos, son règne dans le Latium passe pour avoir été, comme celui de son homologue grec, celui de l'âge d'or. D'après la théorie des âges, très répandue dans l'antiquité et qu'a illustrée notamment Hésiode (Travaux, 106-201), l'âge d'or fut suivi de l'âge d'argent, de l'âge du bronze et de l'âge de fer. Il semble que Virgile passe ici directement de l'âge d'or à l'âge du fer. Sur les âges du monde, voir aussi Ovide, Mét., 1, 89-150.
une troupe ausonienne (8, 328). On a vu précédemment (7, 39n) que le terme Ausones (ou Auronces ou Auronques) désignait, au sens strict, un peuple au sud du Latium. Apparemment Virgile les considère ici comme une population très ancienne. Il les avait cités en 7, 795, avec les Sicanes d'ailleurs, parmi les troupes de Turnus, sous l'appellation de Auruncae manus. Il les retrouvera en 11, 318.
Sicanes (8, 328). Les Sicanes (mentionnés en 7, 795 parmi les troupes de Turnus, avec les Auronces) étaient eux aussi, aux yeux des Anciens, une population primitive du Latium. Pline (3, 69) signale dans l'antique Latium une communauté de Sicanes. Virgile réintroduira leur nom en 11, 317, en même temps que celui des Auronces d'ailleurs. La tradition les imagine chassés par les Aborigènes et occupant la partie occidentale de la Sicile. Les Modernes ont beaucoup de mal à identifier sur le terrain la trace tant des Auronces que des Sicanes, car les indications géographiques fournies sont obscures. Dans la géographie historique ancienne, les termes Sicanes et Sicules désignent généralement des populations fixées en Sicile (voire dans le sud de l'Italie) avant la colonisation grecque (cfr 1, 549 n).
changea de nom (8, 329). On rencontre ainsi, pour la désigner, les noms d'Oenotrie, d'Hespérie, de Tyrrhénie, et enfin d'Italie (Cfr 1, 530-534n et 1, 569n).
des rois (8, 330). Ces rois mythiques du Latium, Virgile les a présentés plus en détail en 7, 170-182, dans la bouche de Latinus.
Thybris (8, 330-333). Conformément aux habitudes antiques, la tradition a inventé un personnage pour expliquer un toponyme. Il s'agit bien sûr ici du Tibre qui traverse Rome et que nous avons déjà rencontré sous plusieurs noms : Thybris (7, 151 et 7, 242 par exemple), Tibérinus (8, 31 par exemple) et Tiberis, c'est-à-dire Tibre (7, 715). D'après la légende, ce fleuve se serait primitivement appelé Albula. C'est en s'y noyant que Thybris lui aurait donné son nom. Dans sa liste des rois d'Albe, Tite-Live (1, 3, 8) signale un Tibérinus qui « se noya en traversant l'Albula » et dont le « nom passa à la postérité en devenant celui du fleuve ».
Carmenta (8, 336). Évandre donne ici certains détails sur son propre passé (cfr 8, 51-58n), sans préciser cependant les raisons de son exil. Il signale le rôle important qu'a joué sa mère, Carmenta, une nymphe prophétesse (d'où la référence à Apollon). On a dit en 8, 130n que la tradition romaine avait donné à cette mère d'Évandre, désignée de diverses manières (Nicostraté, Thémis, Timandra, Telpousa, voire Tybyrtis), le nom de Carmenta, qui était celui d'une vieille divinité romaine, patronne probablement du chant prophétique (carmen). Elle possédait un flamine, deux jours de fête dans le calendrier (les Carmentalia) et un autel au pied du Capitole (ara Carmentalis), qui donna son nom à une des portes de la ville (porta Carmentalis). La légende jouera sur tous ces éléments. Elle imaginera que Carmenta avait vécu très âgée, jusqu'à 110 ans, et que son fils l'avait inhumée au pied du Capitole, non loin de la porte Carmentale, censée perpétuer son souvenir.
asile (8, 343). Il s'agit de l'asile qu'avait ouvert Romulus entre les deux sommets du Capitole afin d'augmenter une population romaine, au départ assez clairsemée. Tous ceux qui venaient y chercher refuge, quelle que soit leur origine, quel que soit aussi leur passé, devenaient citoyens romains. On pourra lire le récit de Tite-Live, 1, 8, 4-6.
Lupercal (8, 343). Le Lupercal était une grotte sur le flanc du Palatin, en rapport étroit avec la légende de Romulus, car c'était là que se serait réfugiée la louve nourricière de Romulus et de Rémus. La grotte intervenait dans la fête des Lupercales (8, 282n). Elle aura sa place sur le bouclier d'Énée (8, 630-634). Une tradition ancienne identifiait le dieu Faunus, qui semble avoir été honoré lors des Lupercales, avec le dieu arcadien Pan, vénéré sur le mont Lycée (d'où son surnom de Lycéen).
parrhasienne (8, 344). C'est-à-dire arcadienne, Parrhasie étant une ville d'Arcadie.
Argilète sacré (8, 345). L'Argilète était un quartier de Rome entre le Capitole et l'Aventin. L'antiquité lui connaissait diverses étymologies. Selon la version évoquée ici, Argus aurait voulu s'emparer du pouvoir de son hôte Évandre en le tuant ; informés de son projet, les Arcadiens l'auraient mis à mort, à l'insu de leur roi. Celui-ci, par respect pour les liens d'hospitalité qui avaient été violés, lui fit élever un tombeau dans une zone de Rome qui aurait reçu son nom de cet incident (le mot latin Argiletum peut en effet s'interpréter comme « la mort d'Argus »).
demeure de Tarpéia (8, 347). Dans la tradition, le Capitole, au cours de son histoire, aurait porté plusieurs noms. D'abord celui de mons Saturninus (8, 319n) en liaison avec Saturne ; ensuite celui de mons Tarpeius, en rapport avec la légende de Tarpéia, la fille du commandant de la citadelle sous Romulus, laquelle livra la place aux Sabins de Titus Tatius et périt ensevelie sous les boucliers ennemis ; enfin celui de Capitole, lorsqu'à l'époque des Tarquins fut découverte une tête humaine (caput) dans les fondations du temple de Jupiter. En l'espace de quelques vers, Virgile aura donc eu l'occasion de faire une allusion aux trois dénominations (pour l'utilisation de Tarpéia, cfr aussi 8, 652). Il n'est pas question ici de la « roche Tarpéienne » (saxum Tarpeium), un rocher du Capitole d'où étaient précipités dans le vide certains criminels et qui conservait lui aussi le souvenir de Tarpéia. Au moment de la visite d'Énée, le grand temple de Jupiter n'était évidemment pas encore construit, mais les habitants du lieu avaient déjà ressenti la présence du dieu. On aura noté ici encore l'opposition entre l'époque de Virgile (« tout d'or aujourd'hui ») et les temps anciens (« les ronces sauvages »).
égide (8, 354). L'égide était le bouclier fabriqué par Vulcain pour Jupiter ; il était recouvert d'une peau de chèvre (la Chèvre Amalthée qui avait nourri Zeus enfant) ; Homère (Iliade, 17, 593-594) raconte que Zeus, en agitant son égide, recouvrait le mont Ida de nuages noirs. L'évocation de Virgile s'inspire probablement de ce passage. Dans la suite, Jupiter offrit son égide à Minerve, qui y plaça la tête de Méduse (cfr 7, 341n et 8, 435-438). Sur le Capitole se dressaient plusieurs temples à Jupiter, le grand temple à Iuppiter Optimus Maximus bien sûr, un temple à Iuppiter Feretrius, mais aussi un temple à Iuppiter Tonans, dédié par Auguste à la suite d'un voeu. Peut-être Virgile, poète courtisan, évoque-il ici ce dernier temple. En tout cas le texte dépeint manifestement le dieu de la foudre, du tonnerre et des orages.
Janus et Saturne (8, 357). À ces deux divinités, déjà évoquées plusieurs fois (notamment 7, 180), la tradition attribuait la construction de deux forteresses, l'une sur le Janicule, un nom interprété comme « la colline de Janus », l'autre, appelée Saturnia, sur le Capitole. À l'époque d'Énée et d'Évandre, ces forteresses sont déjà censées en ruines l'une et l'autre.
Forum romain (8, 361). Le Forum Romain, situé entre le Capitole et le Palatin, était, à l'époque de Virgile, un grand centre politique, religieux et administratif de Rome. C'était presque le symbole du pouvoir romain. Il est piquant de voir paître des troupeaux sur son emplacement. La réalité dépassera la fiction, si l'on peut dire, car ce sera aussi la situation au XVIIIe siècle, quand la zone s'appellera « Campo Vaccino ».
Carènes (8, 361). Situées entre l'Esquilin et le Célius, les Carènes étaient au temps de Virgile un des quartiers les plus élégants de Rome, habités par des personnages importants (Pompée et Antoine, par exemple). Contraste donc ici encore.
ourse de Libye (8, 368). La Libye était réputée pour ses ours (cfr 5, 37), censés plus grands que les autres. Pline raconte que les Romains, pour leurs spectacles, faisaient venir des ours de ce pays.
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