Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant V (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante
ÉNÉIDE, LIVRE V
ESCALE EN SICILE. JEUX FUNÈBRES
Tir à l'arc et carrousel troyen (485-603)
Déroulement du concours (5, 485-518)
Énée propose aux amateurs un concours de tir à l'arc, dont la cible est une colombe attachée à un mât. Les concurrents se présentent : ce sont trois jeunes gens et le vieil Aceste ; l'ordre de passage est tiré au sort (5, 485-499).
Le premier, Hippocoon, rate la cible et plante sa flèche dans le mât. Le second, Mnesthée, tranche le fil retenant la colombe, qui s'échappe dans les airs ; le troisième, Eurytion, la transperce en plein ciel . Que reste-t-il à Aceste, qui occupe la quatrième place ? (5, 500-518)
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Protinus Aeneas celeri certare sagitta inuitat qui forte uelint et praemia dicit, ingentique manu malum de naue Seresti erigit et uolucrem traiecto in fune columbam, quo tendant ferrum, malo suspendit ab alto. |
Sans attendre, Énée invite les amateurs éventuels à un concours de tir à l'arc et en annonce les prix. De sa main puissante il dresse un mât provenant du navire de Séreste, y place une corde à laquelle il attache une agile colombe. Tout en haut du mât, elle servira de cible. |
5, 485 |
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Conuenere uiri deiectamque aerea sortem accepit galea, et primus clamore secundo Hyrtacidae ante omnis exit locus Hippocoontis ; quem modo nauali Mnestheus certamine uictor consequitur, uiridi Mnestheus euinctus oliua. |
Les concurrents se rassemblent ; on a jeté les sorts dans un casque de bronze. Salué par des applaudissements, le tout premier à sortir est le nom d'Hippocoon, l'Hyrtacide ; il est suivi de Mnesthée, le tout récent vainqueur des régates, |
5, 490 |
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Tertius Eurytion, tuus, o clarissime, frater, Pandare, qui quondam iussus confundere foedus in medios telum torsisti primus Achiuos. Extremus galeaque ima subsedit Acestes, ausus et ipse manu iuuenum temptare laborem.
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Le troisième est Eurytion, ton frère, ô très illustre Pandare, toi qui, sur ordre, jetas jadis la confusion dans les accords, et qui le premier lanças un trait au milieu des Achéens. Le dernier nom à rester au fond du casque fut celui d'Aceste, qui osa éprouver son bras à cet exercice d'hommes jeunes. |
5, 495 |
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Tum ualidis flexos incuruant uiribus arcus pro se quisque uiri et depromunt tela pharetris, primaque per caelum neruo stridente sagitta Hyrtacidae iuuenis uolucris diuerberat auras, et uenit aduersique infigitur arbore mali. |
Alors, chacun selon leurs forces, ils mettent toute leur énergie à courber les arcs souples, et ils tirent les traits des carquois. Faisant vibrer la corde de l'arc, la première flèche à traverser le ciel est celle du jeune Hyrtacide. Elle vole et fend les airs, arrive au but et va se ficher dans le tronc du mât qui lui fait face. |
5, 500 |
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Intremuit malus micuitque exterrita pennis ales, et ingenti sonuerunt omnia plausu. Post acer Mnestheus adducto constitit arcu alta petens, pariterque oculos telumque tetendit. Ast ipsam miserandus auem contingere ferro |
Le mât a tremblé ; l'oiseau, épouvanté, agite ses ailes de frayeur et ces battements fous font résonner tout le montage. Ensuite, le fougueux Mnesthée a ajusté son arc et s'est arrêté, regardant vers le haut, les yeux aussi tendus que le trait. Mais malheureusement sa flèche n'atteignit pas l'oiseau même ; |
5, 505 |
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non ualuit ; nodos et uincula linea rupit quis innexa pedem malo pendebat ab alto ; illa Notos atque atra uolans in nubila fugit. Tum rapidus, iamdudum arcu contenta parato tela tenens, fratrem Eurytion in uota uocauit, |
il ne put que trancher les noeuds et les lacets de lin qui le tenaient attaché par la patte en haut du mât ; prenant son vol, l'oiseau s'enfuit dans le vent vers les sombres nuages. Alors, promptement, Eurytion, qui tenait depuis un moment déjà son arc bandé et ses flèches tendues, appelle son frère de ses voeux ; |
5, 510 |
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iam uacuo laetam caelo speculatus et alis plaudentem nigra figit sub nube columbam. decidit exanimis uitamque reliquit in astris aetheriis fixamque refert delapsa sagittam. |
il avait repéré, tout heureuse déjà dans le ciel dégagé, la colombe qui battait des ailes, et il la transperça quand elle passait sous un sombre nuage. Elle tomba inerte, perdit la vie parmi les astres de l'éther et, dans sa chute, ramena la flèche qui l'avait transpercée. |
5, 515 |
Triomphe 'prodigieux' d'Aceste (5, 519-544)
Le dernier concurrent, Aceste, n'ayant plus de cible, lança cependant une flèche dans le ciel, flèche qui s'enflamma et disparut comme une comète. Énée interpréta cela comme un heureux présage et, proclamant Aceste vainqueur, distribua les différents prix (5, 519-544).
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Amissa solus palma superabat Acestes, |
Seul restait Aceste, qui avait perdu la palme ; |
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qui tamen aerias telum contendit in auras ostentans artemque pater arcumque sonantem. Hic oculis subitum obicitur magnoque futurum augurio monstrum ; docuit post exitus ingens seraque terrifici cecinerunt omina uates. |
pourtant il lança sa flèche dans les souffles aériens, montrant ainsi son habileté à faire sonner son arc. Alors soudain, sous les yeux de l'assistance, se produisit un prodige, qui allait être de grand augure. Par après, un événement important le révéla et les devins peu rassurants chantèrent des présages réalisés tardivement. |
5, 520 |
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Namque uolans liquidis in nubibus arsit harundo signauitque uiam flammis tenuisque recessit consumpta in uentos, caelo ceu saepe refixa transcurrunt crinemque uolantia sidera ducunt. Attonitis haesere animis superosque precati |
Or donc, volant dans les nuages humides, la flèche prit feu et traça une route de flammes ; ténue, elle se consuma et disparut dans les airs. Souvent des étoiles ainsi se détachent et traversent le ciel, laissant dans leur vol traîner leur chevelure. Tous restèrent figés, étourdis, et Trinacriens comme Teucères |
5, 525 |
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Trinacrii Teucrique uiri, nec maximus omen abnuit Aeneas, sed laetum amplexus Acesten muneribus cumulat magnis ac talia fatur : « Sume, pater, nam te uoluit rex magnus Olympi talibus auspiciis exsortem ducere honores. |
invoquèrent les dieux du ciel. Ce présage, le grand Énée ne le refusa pas : il embrassa l'heureux Aceste, le combla de riches présents et lui tint ce discours : « Accepte, père ; car, par ces auspices, le grand roi de l'Olympe a voulu te voir remporter les honneurs, toi, que le sort avait exclu. |
5, 530 |
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Ipsius Anchisae longaeui hoc munus habebis, cratera impressum signis, quem Thracius olim Anchisae genitori in magno munere Cisseus ferre sui dederat monimentum et pignus amoris. » Sic fatus cingit uiridanti tempora lauro |
Tu posséderas ce présent qui vient du vieil Anchise lui-même, un cratère incrusté de reliefs, que jadis Cissée de Thrace avait offert à mon père Anchise, par une faveur insigne, pour qu'il l'emportât en souvenir et en gage de leur affection. » Cela dit, il lui ceignit les tempes de vert laurier, |
5, 535 |
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et primum ante omnis uictorem appellat Acesten. Nec bonus Eurytion praelato inuidit honori, quamuis solus auem caelo deiecit ab alto. Proximus ingreditur donis qui uincula rupit, extremus uolucri qui fixit harundine malum. |
et proclama Aceste vainqueur, premier avant tous les autres. Le bon Eurytion ne lui envia même pas l'honneur de cette préséance, bien que lui seul eût fait tomber l'oiseau du haut du ciel. S'avança ensuite pour recevoir son prix celui qui avait brisé le lacet, et en dernier lieu, celui qui avait fiché dans le mât sa flèche ailée. |
5, 540 |
Carrousel troyen (5, 545-603)
Les jeux se terminent par une parade équestre menée par les jeunes Troyens, et notamment Iule. Les enfants, richement parés et armés, défilent sur leurs montures, sous les regards attendris de leurs parents, au milieu de l'admiration générale. Ils sont répartis en trois groupes, dirigés respectivement par un certain Priam, par Atys et par Iule-Ascagne (5, 545-576).
Au signal donné, la parade commence ; elle consiste en manoeuvres compliquées et en une bataille simulée, comparées pour leur complexité à un labyrinthe, et pour la grâce aux évolutions des dauphins (5, 577-595).
Cette cérémonie qui clôture les jeux en l'honneur d'Anchise, préfigure une cérémonie que Iule introduira à Albe-la-Longue et qui se prolongera à Rome (5, 596-603).
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At pater Aeneas nondum certamine misso custodem ad sese comitemque impubis Iuli Epytiden uocat, et fidam sic fatur ad aurem : « Vade age et Ascanio, si iam puerile paratum agmen habet secum cursusque instruxit equorum, |
Mais, dès avant la fin de la compétition, le vénérable Énée appelle près de lui le gouverneur et compagnon du jeune Iule, le fidèle Épytidès ; il lui glisse ces mots à l'oreille : « Allons, va ; si Ascagne tient déjà prête sa troupe d'enfants et s'il a disposé les chevaux pour la parade, qu'il mène ses escadrons |
5, 545 |
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ducat auo turmas et sese ostendat in armis dic » ait. Ipse omnem longo decedere circo infusum populum et campos iubet esse patentis. Incedunt pueri pariterque ante ora parentum frenatis lucent in equis, quos omnis euntis |
en l'honneur de son aïeul et se présente en armes ; dis-le-lui ». Lui-même ordonne à toute la foule répandue le long du cirque de s'écarter et de dégager la piste. Les enfants s'avancent. En rangs, sous les regards de leurs parents, ils resplendissent sur leurs chevaux bridés et, à leur passage, |
5, 550 |
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Trinacriae mirata fremit Troiaeque iuuentus. Omnibus in morem tonsa coma pressa corona ; cornea bina ferunt praefixa hastilia ferro, pars leuis umero pharetras ; it pectore summo flexilis obtorti per collum circulus auri. |
toute la jeunesse de Trinacrie et de Troie murmure son admiration. Tous, selon la coutume, portent sur les cheveux une couronne bien taillée ; chacun tient deux javelots de cornouiller garnis d'une pointe de fer ; certains ont sur l'épaule un carquois brillant ; en haut de leur torse, un souple collier d'or glisse en torsade autour de leur cou. |
5, 555 |
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Tres equitum numero turmae ternique uagantur ductores ; pueri bis seni quemque secuti agmine partito fulgent paribusque magistris. una acies iuuenum, ducit quam paruus ouantem nomen aui referens Priamus, tua clara, Polite, |
Ils évoluent en trois groupes de cavaliers ; les trois chefs sont suivis chacun par deux groupes de six enfants, qui, resplendissants, défilent sur deux colonnes avec leurs écuyers. Un des groupes d'enfants est fier d'être conduit par le jeune Priam, portant le nom de son aïeul, ton illustre rejeton, Politès, |
5, 560 |
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progenies, auctura Italos ; quem Thracius albis portat equus bicolor maculis, uestigia primi alba pedis frontemque ostentans arduus albam. Alter Atys, genus unde Atii duxere Latini, paruus Atys pueroque puer dilectus Iulo. |
destiné à accroître le nombre des Italiens ; il monte un cheval thrace, de deux couleurs, arborant fièrement les taches blanches de ses pattes antérieures et son front blanc haut dressé. L'autre chef est Atys, d'où les Latins Atii tirent leur race, le jeune Atys, un enfant aimé du jeune Iule. |
5, 565 |
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extremus formaque ante omnis pulcher Iulus Sidonio est inuectus equo, quem candida Dido esse sui dederat monimentum et pignus amoris. cetera Trinacriis pubes senioris Acestae fertur equis. |
Le dernier, éclipsant tous les autres en beauté, est le beau Iule ; il monte un cheval de Sidon, que la radieuse Didon lui avait offert en souvenir d'elle et en gage d'affection. Les autres enfants montent des chevaux de Trinacrie, appartenant au vieil Aceste. |
5, 570 |
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Excipiunt plausu pauidos gaudentque tuentes Dardanidae, ueterumque agnoscunt ora parentum.
Postquam omnem laeti consessum oculosque suorum lustrauere in equis, signum clamore paratis Epytides longe dedit insonuitque flagello. |
Des applaudissements accueillent les enfants intimidés ; tout heureux, les Dardaniens les admirent, reconnaissent des traits d'anciens parents.
Devant toute l'assistance, et sous les yeux des leurs, joyeusement ils défilèrent sur leurs montures. Puis, lorsqu'ils furent prêts, Épytidès donna de loin le signal en criant et fit claquer son fouet. |
5, 575 |
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olli discurrere pares atque agmina terni diductis soluere choris, rursusque uocati conuertere uias infestaque tela tulere. inde alios ineunt cursus aliosque recursus aduersi spatiis, alternosque orbibus orbis |
Les trois groupes se séparent en un mouvement symétrique, rompant leurs rangs en deux files distinctes ; puis ils reviennent, lances dressées, et font converger leur trajectoire. Ensuite, ils entament d'autres courses et d'autres retours en arrière, se faisant face à distance. Puis, entremêlant leurs mutuelles évolutions, |
5, 580 |
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impediunt pugnaeque cient simulacra sub armis ; et nunc terga fuga nudant, nunc spicula uertunt infensi, facta pariter nunc pace feruntur. Vt quondam Creta fertur Labyrinthus in alta parietibus textum caecis iter ancipitemque |
ils se livrent, avec leurs armes, à des combats simulés : tantôt ils fuient, découvrant leurs dos, tantôt, retournant leurs javelots, ils passent à l'offensive ; tantôt, la paix conclue, ils évoluent côte à côte. De même autrefois, dit-on, dans la Crète montagneuse, le Labyrinthe abritait dans ses parois aveugles |
5, 585 |
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mille uiis habuisse dolum, qua signa sequendi frangeret indeprensus et inremeabilis error ; haud alio Teucrum nati uestigia cursu impediunt texuntque fugas et proelia ludo, delphinum similes qui per maria umida nando |
un itinéraire enchevêtré, aux mille chemins trompeurs et incertains, où une erreur imperceptible supprimait irrémédiablement tout signe de piste. Ce n'est pas autrement que les enfants des Teucères dans leurs courses brouillent les traces, entremêlant par jeu fuites et combats, semblables à des dauphins qui, nageant dans les mers limpides, |
5, 590 |
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Carpathium Libycumque secant.
Hunc morem cursus atque haec certamina primus Ascanius, Longam muris cum cingeret Albam, rettulit et priscos docuit celebrare Latinos, quo puer ipse modo, secum quo Troia pubes ; |
fendent les mers de Carpathos et de Libye [en se jouant des flots].
Ce genre de parade, ces compétitions, Ascagne fut le le premier à les reproduire lorsqu'il entoura de murailles Albe-la-Longue ; il apprit aux anciens Latins à les célébrer, comme lui l'avait fait, quand il était enfant, et avec lui la jeunesse de Troie. |
5, 595 |
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Albani docuere suos ; hinc maxima porro accepit Roma et patrium seruauit honorem ; Troiaque nunc pueri, Troianum dicitur agmen. Hac celebrata tenus sancto certamina patri. |
Les Albains l'enseignèrent à leurs enfants ; de là, plus tard, la puissante Rome recueillit et maintint cet honorable rite ancestral : de nos jours on parle des enfants de Troie et de leur troupe troyenne. Ainsi furent célébrés les jeux en l'honneur d'un père vénéré. |
5, 600 |
Notes (5, 485-603)
tir à l'arc (5, 486ss). L'épreuve correspondante se trouve chez Homère, Iliade, 23, 850-883.
Séreste (5, 487). Compagnon d'Énée, maintes fois cité (1, 611 ; 4, 288 ; 9, 171 ; 9, 779 ; 10, 541-2 ; 12, 549 et 12, 561).
Hippocoon, l'Hyrtacide (5, 492). Inconnu par ailleurs, il est sans doute inventé par Virgile, qui le considère peut-être comme un frère de Nisus, présenté comme fils d'Hyrtacus (9, 406).
Mnesthée (5, 493-494). Compagnon d'Énée (5, 116 notamment), il est arrivé deuxième lors des régates (5, 232-243). Le détail de sa couronne d'olivier ne figure pas tel quel dans le récit de la course. Mnesthée intervient souvent comme homme de confiance d'Énée dans les chants 9, 10 et 12 de l'Énéide (passim).
Eurytion... (5, 495-497). Eurytion, qui n'apparaît que dans l'épreuve du tir à l'arc, a vraisemblablement été imaginé par Virgile, qui en fait le frère de Pandare.
Pandare (5, 495-497). Fils de Lycaon et chef des Lyciens de Troade, Pandare, lui, est un héros homérique, qui passait pour un habile archer (Iliade, 2, 827 ; 5, 95ss.). C'est lui qui, sur ordre d'Athéna, fit rompre le traité conclu entre Pâris et Ménélas en blessant ce dernier (Iliade, 4, 86-147). Pandare sera tué par Diomède (Iliade, 5, 166-296). Le récit virgilien fait état d'un Troyen du même nom, qui intervient avec Bitias comme gardien des portes du camp au chant 9 (9, 672-755 ; cfr aussi 11, 396).
Aceste (5, 498). Le vieux roi dont il est abondamment question dans le chant 5.
Hyrtacide (5, 503). Il s'agit d'Hippocoon (5, 492).
son frère (5, 513-514). Eurytion invoque son frère Pandare, habile archer, mort des mains de Diomède (cfr 5, 495).
parmi les astres de l'éther (5, 517). C'est-à-dire « en plein ciel ».
cet événement (5, 523-524). Les modernes ont beaucoup discuté sur l'interprétation à donner à ces vers, sans d'ailleurs s'accorder sur la nature exacte de l'événement dont il est question. On a parlé de l'incendie de la flotte d'Énée, des guerres puniques, de l'apparition de la comète de 44 avant Jésus-Christ, et de l'apothéose de César. Mais le lecteur échappe difficilement à l'idée que le présage concerne Aceste lui-même. Faudrait-il dès lors envisager la fondation de Ségeste et l'importance historique de cette ville ? C'est possible. En tout cas le passage est obscur.
ne le refusa pas (5, 531). Dans la mentalité religieuse romaine, l'homme peut accepter ou refuser un présage. Énée l'accepte et le considère comme favorable. Cfr l'attitude d'Anchise lors du prodige qui s'offre aux Troyens après la chute de Troie en 2, 679ss ; cfr aussi les paroles de Tolumnius en 12, 260 lors du prodige suscité par Juturne (un aigle contraint par les oiseaux qu'il pourchassait de lâcher sa proie et de s'enfuir).
Cissée de Thrace (5, 536). Roi de Thrace, Cissée est, dans certaines versions légendaires et notamment pour Virgile (7, 320 ; 10, 705), le père de Hécube, épouse de Priam.
carrousel troyen (545-603). Le « carrousel troyen » (lusus Troiae) clôture les jeux. Il ne s'agit plus d'une épreuve, mais d'une sorte de parade équestre, dans laquelle des enfants, richement parés et armés, défilent sous les regards de leurs parents, se livrant à des manoeuvres compliquées et à une bataille simulée. L'origine exacte de ce carrousel est inconnue et l'étymologie même de Troiae dans l'expression prête à discussion. On a suggéré d'y voir un vieux terme signifiant « mouvement, danse » (cfr les verbes archaïques amptruare, redamptruare), qui n'aurait rien à voir avec la ville de Troie. Ce n'est que plus tard qu'on aurait associé abusivement le lusus Troiae et la patrie d'Énée. Quoi qu'il en soit, nous connaissons l'existence de ce carrousel troyen à l'époque de Sylla, de César et d'Auguste.Ce dernier en fit une institution régulière, à laquelle participaient des enfants de noble origine (Suétone, Auguste, 43). Ce que livre ici Virgile semble bien un écho de manifestations contemporaines.
Épytidès (5, 547). Homère (Iliade, 17, 323) connaît un certain Périphas, fils d'Épytos. Chez Virgile, cet Épitydès n'intervient que dans cet épisode, tandis qu'un Épytos apparaît parmi les premiers Troyens à soutenir Énée lors du sac de la ville (cfr 2, 340). Serait-ce son fils ?
bien taillée (5, 556). De manière à ce qu'aucune feuille ne dépasse les autres (M. Rat). Cfr 5, 774.
trois groupes (5, 560-562). Chacun des trois chefs est suivi de 12 enfants, répartis en deux colonnes. Il y a donc au total 36 enfants, plus les 3 chefs.
le jeune Priam (5, 563). Ce petit-fils du roi Priam porte le même nom que son grand-père. Ce n'est pas inhabituel (cfr le cas de Eumède en 12, 348).
Politès (5, 564). Père du jeune Priam, Politès était un des fils du roi Priam. Sa mort, sous les coups de Pyrrhus, est racontée en 2, 526-532. Elle précède immédiatement celle de Priam.
destiné à accroître... (5, 565). Selon Caton (Origines, fr. II, 24) et Servius (Énéide, 1, 2), Politès aurait fondé la ville de Politorium en Italie. La présente formulation donne à certains modernes l'impression que Virgile en attribuait plutôt la fondation au fils de Politès.
cheval thrace (5, 566-567). Les chevaux thraces étaient renommés : Hésiode par exemple (Travaux, 507) parle de la Thrace « nourricière de chevaux ». Cfr aussi 9, 49.
Atys... (5, 568-569). Le nom d'Atys n'apparaît que dans ce passage. Il est certainement destiné à flatter la gens Atia, à laquelle appartenait Atia, la mère d'Auguste. Cette Atia était fille de la soeur de Jules César, Julie, et de M. Atius Balbus. L'amitié des deux enfants préfigure l'union des familles des Iulii et des Atii. On a déjà relevé les préoccupations généalogiques de Virgile visant à donner de lontains ancêtres à certaines familles romaines (cfr le récit des régates et les vers 5, 116-123, pour des rapprochements du même type).
offert en souvenir (5, 572). Ce vers est repris en partie de 5, 538.
Les trois groupes se séparent... (5, 580-587). Il n'est pas facile de se représenter les manoeuvres avec précision. Nous transcrivons ci-après les explications du commentaire de R. D. Williams (The Aeneid of Virgil. Books 1-6, 1972, p. 436). Les garçons avancent en une longue double colonne jusqu'au centre, et au commandement, la colonne de droite se dirige vers la droite, et celle de gauche vers la gauche. Les deux phrases qui suivent expliquent le même mouvement : chacun des groupes rompt sa colonne quand les files se séparent. Ensuite, sur un autre commandement, ils opèrent un mouvement tournant, se font face et chargent. Les chefs vraisemblablement restent au centre, si bien qu'à la fin de la charge, les colonnes peuvent se reformer comme avant.
montagneuse (5, 588). La Crète est traversée par une chaîne de montagnes, dont les sommets dépassent 2000 mètres. Le mont Ida culmine à plus de 2400 mètres. Il a déjà été question plus haut (cfr 3, 104ss) de cette île où les Troyens avaient fait escale.
Labyrinthe (5, 588-591). D'après la légende, le roi Minos aurait fait construire à Cnossos, par Dédale, un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure, qui sévit jusqu'au moment où le monstre fut terrassé par Thésée, lequel ne put sortir du piège que grâce au fil d'Ariane. Cette histoire célèbre, racontée notamment par Ovide (Mét., 8, 152-173) et par Catulle, 64, sera évoquée plus loin (6, 20-30).
les mers de Carpathos et de Libye (5, 595). La mer de Carpathos, près de l'île du même nom (aujourd'hui Scarpento), entre Rhodes et la Crète. La mer (ou golfe) de Libye s'étendait de la pointe de Cyrène à Carthage, et englobait les deux Syrtes, dont il a souvent été question (par exemple 1, 111).
[en se jouant des flots] (5, 595). Certains éditeurs considèrent ces mots comme interpolés, parce que ils ne figurent pas dans deux des manuscrits les plus anciens de l'Énéide.
Albe-la-Longue (5, 597). Dans la tradition canonique, Énée fonde Lavinium, et son fils Ascagne, trente ans après, fonde Albe-la-Longue (cfr par exemple 1, 271).
des enfants de Troie (5, 600-602). Sous Sylla, puis à partir de César, furent célébrés à Rome des jeux équestres, appelés tantôt Troia (Suétone, César, 39), tantôt Troianus ludus ou Troiae ludus (Suétone, Auguste, 43), tantôt Troiae ludicrum (Tacite, Annales, 11, 11). Virgile a sans doute ajouté ce carrousel troyen aux jeux funèbres en l'honneur d'Anchise, parce qu'Auguste aimait beaucoup ce divertissement. Mais rien ne permet de dire que c'est Virgile qui aurait imaginé pour eux une étiologie troyenne. Elle lui était probablement antérieure.
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