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Métamorphoses d'Ovide : Avant-Propos - Notices - Livre I (Plan) - Hypertexte louvaniste - Iconographie ovidienne - Page suivante


OVIDE, MÉTAMORPHOSES, LIVRE I

[Trad. et notes de A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2005]

 

Premières métamorphoses dans l'univers (1, 1-252)

 

Introduction (1, 1-4)

Annonce du sujet et invocation aux dieux. (1, 1-4)

1, 1

In noua fert animus mutatas dicere formas

Corpora ; di, coeptis, nam uos mutastis et illas,

Adspirate meis primaque ab origine mundi

Ad mea perpetuum deducite tempora carmen.

Mon esprit me porte à parler des formes changées en corps nouveaux.

Ô dieux, vous qui êtes responsables
aussi de ces mutations,

inspirez mon entreprise et accompagnez
un chant qui aille

sans interruption de la première origine du monde à nos jours.

 

Le Chaos se métamorphose : l'univers et les vivants (1, 5-88)

Le Chaos contenait en puissance des éléments primitifs (terre, eau, air, feu) joints en une masse informe et opposés entre eux. (5-21)

Un dieu sépara et organisa ces éléments qui, en fonction de leur densité, occupèrent une place déterminée et constituèrent ainsi le ciel, l'air, la terre et les eaux. Cette divinité anonyme donna à la terre sa forme de globe, avec ses eaux, ses reliefs et ses cinq zones climatiques. Surplombant la terre et les eaux, l'air fut le siège du tonnerre, de la foudre, des nuages et des vents. Enfin, tout au-dessus s'étendit l'éther, où brillèrent les astres. (1, 22-71)

Des êtres vivants occupèrent ces différentes régions : l'éther devint la demeure des dieux et des astres, l'air celle des oiseaux, les eaux celle des poissons et la terre celle des animaux sauvages. Bientôt apparut l'être humain, supérieur aux animaux et destiné à les dominer, né d'un germe du ciel ou né de la terre, façonné à l'image des dieux par Prométhée, et doté d'un visage tourné vers le ciel. (1, 72-88)

1, 5 Ante mare et terras et quod tegit omnia caelum

unus erat toto naturae uultus in orbe,

quem dixere chaos : rudis indigestaque moles

nec quicquam nisi pondus iners congestaque eodem

non bene iunctarum discordia semina rerum.
 
Avant que n'existent la mer, la terre et le ciel qui couvre tout,

la nature dans l'univers entier ne présentait qu'un seul aspect,

que l'on nomma
Chaos. C'était une masse grossière et confuse,

rien d'autre qu'un amas inerte, un entassement

de
semences de choses, d'éléments divisés et mal joints.
 
1, 10 Nullus adhuc mundo praebebat lumina Titan,

nec noua crescendo reparabat cornua Phoebe,

nec circumfuso pendebat in aere tellus

ponderibus librata suis, nec bracchia longo

margine terrarum porrexerat Amphitrite.
 
Jusqu'alors, nul Titan ne dispensait au monde sa lumière,

la nouvelle
Phébé, en croissant, ne renouvelait pas ses cornes,

la terre dans l'air qui l'entourait n'était pas
en suspens,

équilibrée par son propre poids et, le long des terres,

Amphitrite n'avait pas étendu la large bordure de ses bras.
 
1, 15

 

Vtque erat et tellus illic et pontus et aer,

sic erat instabilis tellus, innabilis unda,

lucis egens aer ; nulli sua forma manebat,

obstabatque aliis aliud, quia corpore in uno

frigida pugnabant calidis, umentia siccis,
 
Il y avait là bien sûr la terre, la mer et l'air,

mais la terre était instable, l'onde non navigable,

et l'air sans lumière. Rien ne gardait sa forme propre,

et les éléments se gênaient entre eux. Dans un même corps

luttaient le froid et le chaud, l'humide et le sec,
 
1, 20 mollia cum duris, sine pondere, habentia pondus.

Hanc deus et melior litem natura diremit.


Nam caelo terras et terris abscidit undas

et liquidum spisso secreuit ab aere caelum.

Quae postquam euoluit caecoque exemit aceruo,
 

le mou et le dur, le lourd et ce qui était sans poids.

Un dieu, avec une nature mieux disposée, mit fin à ce conflit.


En effet il sépara la terre du ciel, et les eaux de la terre ;

et le ciel limpide, il le distingua de l'air épais.

Il fit rouler ces
éléments, les dégageant de la masse aveugle,
 
1, 25 dissociata locis concordi pace ligauit :

ignea conuexi uis et sine pondere caeli

emicuit summaque locum sibi fecit in arce ;

proximus est aer illi leuitate locoque ;

densior his tellus elementaque grandia traxit
 

puis les fixa en place, séparément, dans la paix et la concorde.

La
puissance ignée et sans poids de la voûte céleste

s'élança et prit sa place tout en haut, au sommet du ciel.

Par sa légèreté et sa position, l'air s'en approcha le plus.

Plus dense qu'eux, la terre attira les éléments lourds
 

1, 30 et pressa est grauitate sua ; circumfluus umor

ultima possedit solidumque coercuit orbem.

Sic ubi dispositam quisquis fuit ille deorum

congeriem secuit sectamque in membra
coegit,

principio terram, ne non aequalis ab omni
 
et subit la pression de son propre poids. Répandue autour de la terre,

l'eau occupa la dernière place et emprisonna le
monde solide.

L'amas de matière ainsi disposé, ce dieu, - on ne sait qui il était -,

le découpa et, avec les morceaux, façonna des
membres.

D'abord, pour éviter que la terre ne soit pas partout égale,
 
1, 35 parte foret, magni speciem glomerauit in orbis.

Tum freta
diffundi  rapidisque tumescere uentis

iussit et ambitae circumdare litora terrae ;

addidit et fontes et stagna inmensa lacusque

fluminaque obliquis cinxit decliuia ripis,
 
il la façonna en lui donnant la forme d'un immense globe.

Ensuite, il ordonna aux eaux de se répandre et de se gonfler

sous les vents impétueux et de ceinturer la terre de rivages.

Il ajouta encore des sources, d'immenses étangs et des lacs,

puis entoura de rives pentues les fleuves rapides,
 
1, 40 quae, diuersa locis, partim sorbentur ab ipsa,

in mare perueniunt partim campoque recepta

liberioris aquae pro ripis litora pulsant.

Iussit et extendi campos, subsidere ualles,

fronde tegi siluas, lapidosos surgere montes.
 
qui, selon les lieux, tantôt sont avalés par la terre même,

tantôt atteignent la mer où, reçus en une plaine d'eau plus libre,

ils viennent heurter des rivages en guise de berges.

Le dieu ordonna aux plaines de s'étendre, aux vallées de s'abaisser,

aux forêts de se couvrir de feuilles, aux rocs des montagnes de surgir.
 
1, 45 Vtque duae dextra caelum totidemque sinistra

parte secant zonae, quinta est ardentior illis,

sic onus inclusum numero distinxit eodem

cura dei, totidemque plagae tellure premuntur.

Quarum quae media est, non est habitabilis aestu ;
 
Et comme deux zones partagent le ciel à droite,

deux autres à gauche, avec une cinquième, plus brûlante qu'elles,

le dieu prit soin de séparer la masse incluse sous le ciel

en autant de zones, bien marquées sur la terre.

La zone médiane n'est pas habitable à cause de la chaleur ;
 
1, 50 nix tegit alta duas ; totidem inter utramque locauit

temperiemque dedit mixta cum frigore flamma.

Inminet his aer, qui, quanto est pondere terrae

pondere aquae leuior tanto est onerosior igni.

Illic et nebulas, illic consistere nubes
 
une neige épaisse couvre les autres ; et entre ces zones,

il en plaça deux autres, au climat tempéré, mêlé de froid et de chaud.

L'air les surplombe, plus léger en poids que la terre

et que l'eau, tout autant qu'il est plus lourd que le feu.

Là furent placés, sur l'ordre du dieu, les brouillards, les nuages
 
1, 55

iussit et humanas motura tonitrua mentes

et cum fulminibus facientes fulgura uentos.

His quoque non passim mundi fabricator habendum

aera permisit ; uix nunc obsistitur illis,

cum sua quisque regat diuerso flamina tractu,
 

et le tonnerre, qui allaient ébranler les esprits des humains,

ainsi que
les vents qui produisent les éclairs et la foudre.

À eux non plus, l'architecte du monde ne permit pas de disposer

de tout l'espace ; de nos jours, c'est à peine si on les empêche,

alors qu'ils dirigent leurs souffles chacun en des espaces différents,
 
1, 60 quin lanient mundum ; tanta est discordia fratrum.

Eurus ad Auroram Nabataeaque regna recessit

Persidaque et radiis iuga subdita matutinis ;

uesper et occiduo quae litora sole tepescunt,

proxima sunt Zephyro ; Scythiam septemque triones
 
de déchirer le monde, tant est grande la discorde entre ces frères :

Eurus s'est retiré du côté de l'Aurore et des royaumes nabatéens,

vers la Perse et les sommets exposés aux rayons du matin ;

Vesper et les rivages qu'échauffe le soleil couchant sont voisins

du Zéphyre ; la Scythie et le septentrion ont été envahis
 
1, 65

horrifer inuasit Boreas ; contraria tellus

nubibus adsiduis pluuioque madescit ab Austro.

Haec super inposuit liquidum et grauitate carentem

aethera nec quicquam terrenae faecis habentem.

Vix ita limitibus dissaepserat omnia certis,
 

par l'effrayant Borée ; la terre qui leur fait face ruisselle

sous d'incessantes nuées et sous les pluies de l'Auster.

Au-dessus des vents, le dieu a placé, fluide et sans pesanteur,

l'
éther, dépourvu de la moindre trace de résidu terrestre.

À peine avait-il séparé tous les éléments par des bornes définies,
 
1, 70 cum, quae pressa diu fuerant caligine caeca,

sidera coeperunt toto efferuescere caelo.


Neu regio foret ulla suis animalibus orba,

astra tenent caeleste solum formaeque deorum,

cesserunt nitidis habitandae piscibus undae,
 
que les astres, longtemps écrasés sous cette masse aveugle,

se mirent à briller dans l'immensité du ciel.


Et pour qu'aucune région ne restât privée d'êtres vivants,

les astres et les dieux de toutes formes occupèrent le sol céleste,

les ondes se présentèrent pour héberger les poissons
éclatants,
 
1, 75 terra feras cepit, uolucres agitabilis aer.

Sanctius his animal mentisque capacius altae

deerat adhuc et quod dominari in cetera posset :

natus homo est, siue hunc diuino semine fecit

ille opifex rerum, mundi melioris origo,
 
la terre reçut en partage les bêtes sauvages, et l'air mobile les oiseaux.

Faisait encore défaut un être vivant qui fût plus auguste qu'eux,

doué d'une intelligence plus haute, capable de dominer les autres.

L'homme naquit, qu'il ait été fabriqué à partir d'une semence divine

par l'illustre créateur des choses, auteur d'un monde meilleur,
 
1, 80 siue recens tellus seductaque nuper ab alto

aethere cognati retinebat semina caeli.

Quam satus Iapeto, mixtam pluuialibus undis,

finxit in effigiem moderantum cuncta deorum,

pronaque cum spectent animalia cetera terram
 
ou qu'il soit né de la terre neuve, récemment séparée de l'éther supérieur,

et qui retenait en elle des germes du ciel, son parent.

Cette terre, mêlée aux eaux de la pluie, le
rejeton de Japet

la façonna à l'image des dieux qui règlent l'univers ;

tandis que les autres vivants,
penchés en avant, regardent le sol,
 
1, 85 os homini sublime dedit caelumque tueri

iussit et erectos ad sidera tollere uultus :

sic, modo quae fuerat rudis et sine imagine, tellus

induit ignotas hominum conuersa figuras.
 
 (Prométhée) donna à l'homme un visage tourné vers le haut

et lui imposa de regarder le ciel, de lever les yeux vers les astres.

Ainsi, la terre, qui naguère était grossière et ne représentait rien,

se couvrit, métamorphosée, de figures d'hommes inconnues.
 

 

Les quatre métamorphoses du monde, ou le mythe des races (1, 89-150)

L'univers ainsi constitué et dominé par le genre humain se dégrada progressivement au cours de quatre mutations, désignées par les expressions les « quatre âges du monde » ou le « mythe des races ». La première de ces périodes, l'âge d'or, assimilée à Rome au règne de Saturne, se caractérisait par le respect du droit et de la vertu, par la paix, la concorde, l'absence de lois, de crainte et de guerres ; on se contentait de ce que la nature produisait spontanément et généreusement. (1, 89-112)

Une seconde période, moins heureuse, appelée « âge d'argent », suivit, correspondant à l'avènement de Jupiter, qui transforma le printemps éternel en quatre saisons, ce qui obligea les humains à s'abriter contre les rigueurs du climat et à développer l'agriculture. (1, 113-124)

Le troisième âge, l'âge du bronze, qui connut une race d'hommes plus prompts à la guerre, fut suivi par l'âge du fer, un âge maudit, où tout sens moral se perdit au profit de la violence, de l'audace et surtout de la soif de posséder. C'est ainsi que les dieux, et singulièrement la déesse de la justice, dégoûtés, quittèrent la terre. (1, 125-150)

 

Aurea prima sata est aetas, quae uindice nullo,
 
Le premier âge à voir le jour fut l'âge d'or qui , sans juge,
 

1, 90

sponte sua, sine lege fidem rectumque colebat.

poena metusque aberant, nec uerba minantia fixo

aere legebantur, nec supplex turba timebat

iudicis ora sui, sed erant sine uindice tuti.

Nondum caesa suis, peregrinum ut uiseret orbem,
 
spontanément, sans lois, pratiquait la bonne foi et le droit.

On ignorait punitions et crainte, on ne lisait pas d'édits menaçants

gravés dans le bronze ; la foule suppliante ne redoutait pas

le visage de son juge, mais on vivait tranquille, sans défenseur.

Le
pin toujours debout n'avait pas encore dévalé les montagnes
 

1, 95

montibus in liquidas pinus descenderat undas,

nullaque mortales praeter sua litora norant ;

nondum praecipites cingebant oppida fossae ;

non tuba d
erecti, non aeris cornua flexi,

non galeae, non ensis erat : sine militis usu
 
vers les ondes liquides pour visiter un monde étranger,

et les hommes ne connaissaient que leurs propres rivages.

Des fossés escarpés ne ceignaient pas encore les cités ;

il n'existait ni trompette d'airain au tube étiré, ni cor recourbé,

ni casque, ni épée ; sans recourir à une milice,
 

1, 100

mollia securae peragebant otia gentes.

Ipsa quoque inmunis rastroque intacta nec ullis

saucia uomeribus per se dabat omnia tellus,

contentique cibis nullo cogente creatis

arbuteos fetus montanaque fraga legebant
 
les gens vivaient dans la paix d'agréables loisirs.

La terre, sans contrainte elle aussi, épargnée par le hoyau,

ignorant les blessures de la charrue, offrait tout d'elle-même.

Les gens, se contentant de nourritures produites sans effort,

recueillaient les fruits des arbousiers, les fraises des montagnes,
 

1, 105

cornaque et in duris haerentia mora rubetis

et quae deciderant patula Iouis arbore glandes.

Ver erat aeternum, placidique tepentibus auris

mulcebant zephyri natos sine semine flores ;

mox etiam fruges tellus inarata ferebat,
 
les cornouilles, les mûres attachées aux âpres ronces

et les glands tombés de l'
arbre de Jupiter aux larges branches.

Le printemps était éternel et, de leurs souffles tièdes,

les doux zéphyrs caressaient des fleurs nées sans semences.

Bientôt même, la terre, sans être labourée, produisait des moissons,
 

1, 110

nec renouatus ager grauidis canebat aristis ;

flumina iam lactis, iam flumina nectaris ibant,

flauaque de uiridi stillabant ilice mella.


Postquam Saturno tenebrosa in Tartara misso

sub Ioue mundus erat, subiit argentea proles,
 
et le champ, non travaillé, blondissait sous de lourds épis.

Tantôt coulaient des fleuves de lait, tantôt des fleuves de nectar,

et de l'yeuse
verdoyante tombaient des gouttes de miel blond.


Plus tard, une fois
Saturne expédié dans le ténébreux Tartare,

lorsque le monde appartint à Jupiter, vint la race d'argent,
 

1, 115

auro deterior, fuluo pretiosior aere.

Iuppiter antiqui contraxit tempora ueris

perque hiemes aestusque et inaequalis autumnos

et breue uer spatiis exegit quattuor annum.

Tum primum siccis aer feruoribus ustu
 
inférieure à la race d'or, mais plus précieuse que le bronze fauve.

Jupiter réduisit la durée de l'ancien printemps

et distribua l'année sur quatre saisons :

hivers, étés, automnes
inégaux et un bref printemps.

Alors pour la première fois, à cause des chaleurs desséchantes,
 

1, 120

canduit, et uentis glacies adstricta pependit ;

tum primum subiere domos ; domus antra fuerunt

et densi frutices et uinctae cortice uirgae.

Semina tum primum longis Cerealia sulcis

obruta sunt, pressique iugo gemuere iuuenci.

 
l'air brûlé s'embrasa et l'eau, glacée par les vents, se figea suspendue ;

alors pour la première fois, on se glissa dans des maisons :

cavernes, épais buissons, branches et écorces enchevêtrées.

Alors pour la première fois, on enfouit dans de longs sillons

les graines de
Cérès, et des taurillons peinèrent sous le poids du joug.

 

1, 125

Tertia post illam successit aenea proles,

saeuior ingeniis et ad horrida promptior arma,

non scelerata tamen ; de duro est ultima ferro.

Protinus inrupit uenae peioris in aeuum

omne nefas : fugere pudor uerumque fidesque ;
 
À cette race en succéda une troisième, celle de bronze,

plus sauvage d'esprit, et plus prompte aux armes horribles,

mais pas scélérate cependant. La dernière race est de fer dur.

Aussitôt se rua dans cet âge d'un filon plus vil 

tout l'impie : la pudeur, la vérité et la fidélité s'enfuirent ;
 

1, 130

in quorum subiere locum fraudesque dolusque

insidiaeque et uis et amor sceleratus habendi.

Vela dabant uentis nec adhuc bene nouerat illos

nauita, quaeque prius steterant in montibus altis,

fluctibus ignotis insultauere carinae,
 
à leur place s'introduisirent la tromperie et la ruse,

les intrigues et la violence, et le désir maudit de posséder.

Le marin offrait ses voiles aux vents qu'il connaissait mal encore,

et les carènes, qui longtemps en haut des montagnes

s'étaient dressées, bravèrent les flots inconnus.
 

1, 135

communemque prius ceu lumina solis et auras

cautus humum longo signauit limite mensor.

nec tantum segetes alimentaque debita diues

poscebatur humus, sed itum est in uiscera terrae,

quasque recondiderat Stygiisque admouerat umbris,
 
La terre, auparavant commune, comme l'air et la lumière du soleil,

un arpenteur défiant la délimita en y traçant de longs sillons.

À un sol fécond on ne demandait plus seulement des moissons

et des nourritures normales
 : on pénétra les entrailles de la terre,

et l'on déterra les richesses qu'elle y avait cachées, reléguées
 

1, 140

effodiuntur opes, inritamenta malorum.

Iamque nocens ferrum ferroque nocentius aurum

prodierat, prodit bellum, quod pugnat utroque,

sanguineaque manu crepitantia concutit arma.

Viuitur ex rapto : non hospes ab hospite tutus,
 
près des ombres du Styx, ces richesses sources de malheurs.

Bientôt on découvre le fer malsain et l'or, plus malsain encore ;

la guerre apparaît, qui utilise ces deux métaux
pour combattre

et qui d'une main ensanglantée agite et fait crépiter les armes.

On vit de larcins ; l'hôte ne se fie pas à son hôte,
 

1, 145

non socer a genero, fratrum quoque gratia rara est ;

inminet exitio uir coniugis, illa mariti,

lurida terribiles miscent aconita nouercae,

filius ante diem patrios inquirit in annos :

uicta iacet pietas, et uirgo caede madentis
 
le beau-père n'est pas sûr de son gendre ; même entre frères,

rare est l'amitié ; un époux menace sa femme de mort ; elle, son mari ;

de terrifiantes marâtres mélangent les poisons de l'aconit mortel ;

un fils s'inquiète avant le temps de l'âge de son père.

Vaincue, la piété est terrassée, et la dernière des divinités
 

1, 150

ultima caelestum terras Astraea reliquit.
 

à quitter la terre imprégnée de sang criminel est la vierge Astrée.
 

 

Jupiter châtie le genre humain : Géants anéantis - Lycaon métamorphosé (1, 151- 252)

Durant cette période dégradée de l'âge de fer, l'Olympe fut en proie à la révolte des Géants qui voulaient s'emparer du pouvoir. Jupiter les foudroya, les précipita sur terre et les écrasa sous les montagnes qu'ils avaient entassées. La Terre, tout imprégnée du sang des Géants, métamorphosa ce sang en êtres nouveaux, à face humaine, tout aussi violents et impies que les humains de l'âge de fer. (1, 151-162)

Indigné, Jupiter, qui se souvenait par ailleurs du crime audacieux de l'Arcadien Lycaon, convoque les dieux dans son palais céleste et leur fait part de son intention d'exterminer le genre humain trop menaçant pour lui, et de sa volonté de réserver la terre aux demi-dieux, aux nymphes, faunes, etc... La décision de Jupiter est aussitôt approuvée par tous les dieux présents, ce qui devrait rappeler à Auguste la piété manifestée par ses concitoyens lors du meurtre de César. (1, 163-206)

Jupiter justifie cette décision en évoquant le crime du tyran arcadien Lycaon, qui s'était montré impie (il voulait tuer Jupiter pendant son sommeil) et cruel (il avait servi en guise de repas les membres d'un otage qu'il avait fait exécuter). Jupiter le métamorphosa en loup, après avoir foudroyé sa demeure. Le dieu ajoute que Lycaon n'est qu'un exemple d'impiété parmi beaucoup d'autres : c'est le genre humain tout entier qui doit disparaître. (1, 207-243)

En vrais courtisans, les dieux approuvent, tout en s'inquiétant de l'avenir, au cas où la terre serait privée des humains ; Jupiter les rassure et promet alors de faire naître une race nouvelle d'origine merveilleuse. (1, 244-252)

1, 151

Neue foret terris securior arduus aether,

adfectasse ferunt regnum caeleste gigantas

altaque congestos struxisse ad sidera montis.

Tum pater omnipotens misso perfregit Olympum
 

Mais en haut, l'éther ne devait pas être plus sûr que la terre.

Les
Géants, dit-on, cherchèrent à s'emparer du royaume céleste,

et entassèrent des montagnes qu'ils élevèrent jusqu'aux astres.

Alors le père tout puissant lança sa foudre et fracassa l'
Olympe,
 
1, 155 fulmine et excussit subiecto Pelion Ossae.

Obruta mole sua cum corpora dira iacerent,

perfusam multo natorum sanguine Terram

immaduisse ferunt calidumque animasse cruorem

et, ne nulla suae stirpis monimenta manerent,
 
fit s'écrouler le Pélion l'arrachant à l'Ossa placé sous lui.

Comme ces corps redoutables gisaient écrasés sous leur masse,

on dit que la Terre, inondée par l'abondance du sang de ses enfants,

en fut imprégnée et donna vie à ces flots de sang encore chauds,

puis, dans la crainte de ne voir subsister nulle trace de sa race,
 
1, 160 in faciem uertisse hominum ; sed et illa propago

contemptrix superum saeuaeque auidissima caedis

et uiolenta fuit : scires e sanguine natos.


Quae pater ut summa uidit Saturnius arce,

ingemit et facto nondum uulgata recenti
 
les transforma en êtres à face humaine. Mais cette génération elle aussi

méprisa les dieux et, particulièrement avide de carnage et de cruauté,

se livra à la violence : on pouvait voir qu'elle était née du sang.


Dès que le
fils de Saturne, du haut de sa citadelle, voit ce spectacle,

il gémit et, se souvenant d'un fait récent, encore inconnu,
 
1, 165 foeda Lycaoniae referens conuiuia mensae

ingentes animo et dignas Ioue concipit iras

conciliumque uocat : tenuit mora nulla uocatos.

Est uia sublimis, caelo manifesta sereno ;

lactea nomen habet, candore notabilis ipso.
 
de l'infâme festin qui se déroula à la table de Lycaon,

il conçoit en son coeur une terrible colère, digne de Jupiter.

Il convoque son
conseil, qui se réunit sans retard.

Il existe dans le ciel une route, bien visible par ciel serein ;

on l'appelle la Voie lactée, remarquable par sa blancheur même.
 
1, 170 Hac iter est superis ad magni tecta Tonantis

regalemque domum : dextra laeuaque deorum

atria nobilium ualuis celebrantur apertis.

Plebs habitat diuersa locis : hac parte potentes

caelicolae clarique suos posuere penates ;
 
Par cette route les dieux se rendent à la demeure du Grand Tonnant,

au palais royal. À droite et à gauche, par les portes ouvertes,

<on voit> les
atriums des nobles dieux où l'on se presse ;

la plèbe habite divers lieux ; en face et autour <du palais>,

les dieux puissants ont installé leurs pénates.
 
1, 175 hic locus est, quem, si uerbis audacia detur,

haud timeam magni dixisse Palatia caeli.

Ergo ubi marmoreo superi sedere recessu,

celsior ipse loco sceptroque innixus eburno

terrificam capitis concussit terque quaterque
 
Cet endroit, si l'on me permet cette audace verbale,

je ne craindrais pas de l'appeler le
Palatin céleste.

Une fois les dieux installés dans leur retraite de marbre,

Jupiter, sur le trône le plus élevé, appuyé sur son sceptre d'ivoire,

agita trois ou quatre fois la chevelure redoutable couvrant sa tête,
 
1, 180 caesariem, cum qua terram, mare, sidera mouit.

Talibus inde modis ora indignantia soluit :

« Non ego pro mundi regno magis anxius illa

tempestate fui, qua centum quisque parabat

inicere anguipedum captiuo bracchia caelo.
 
ce qui ébranla la terre, la mer et les astres.

Il laissa alors éclater son indignation en ces termes :

« Non, je n'ai pas été plus inquiet pour ma royauté sur l'univers

à l'époque où les
Géants anguipèdes se préparaient

à utiliser leurs cent bras pour s'emparer du ciel.
 

1, 185

nam quamquam ferus hostis erat, tamen illud ab uno

corpore et ex una pendebat origine bellum ;

nunc mihi qua totum Nereus circumsonat orbem,

perdendum est mortale genus : per flumina iuro

infera sub terras Stygio labentia luco !
 
Car, si sauvage que fût l'ennemi, cette guerre n'émanait

que d'une seule race et n'avait qu'une seule origine.

Aujourd'hui, dans le monde entier entouré du bruyant
Nérée,

il me faut perdre la race des mortels. Par les fleuves infernaux,

coulant sous la terre en arrosant le bois du
Styx, je le jure !
 
1, 190 Cuncta prius temptata, sed inmedicabile uulnus.

Ense recidendum, ne pars sincera trahatur.

Sunt mihi semidei, sunt, rustica numina, nymphae

faunique satyrique et monticolae siluani ;

quos quoniam caeli nondum dignamur honore,
 
Tout a été tenté auparavant ; mais la blessure est inguérissable.

Il faut trancher à l'épée pour éviter à la partie saine d'être atteinte.

J'ai pour moi les demi-dieux, les divinités rustiques,

Nymphes, Faunes, Satyres, et Silvains, habitants des montagnes.

Puisque nous ne les estimons pas encore dignes de l'honneur du ciel,
 
1, 195 quas dedimus, certe terras habitare sinamus.

An satis, o superi, tutos fore creditis illos,

cum mihi, qui fulmen, qui uos habeoque regoque,

struxerit insidias notus feritate Lycaon ? »

Confremuere omnes studiisque ardentibus ausum
 
laissons-les au moins habiter la terre que nous leur avons donnée.

Croyez-vous vraiment, dieux d'en-haut, qu'ils y seront en sécurité,

alors que contre moi, maître de la foudre, votre seigneur et votre roi,

Lycaon, bien connu pour sa sauvagerie a dressé un piège ? »

Toute l'assistance frémit et réclame ardemment le châtiment
 
1, 200 talia deposcunt : sic, cum manus inpia saeuit

sanguine Caesareo Romanum exstinguere nomen,

attonitum tantae subito terrore ruinae

humanum genus est totusque perhorruit orbis ;

nec tibi grata minus pietas, Auguste, tuorum
est
 
d'un être si audacieux. Ainsi, lorsqu'une troupe impie

s'acharna à éteindre le nom romain dans le sang de
César,

le genre humain fut saisi de crainte à ce désastre subit

et
le monde entier fut plongé dans l'horreur.

À tes yeux,
Auguste, la piété des tiens n'est pas moins agréable
 
1, 205 quam fuit illa Ioui. Qui postquam uoce manuque

murmura conpressit, tenuere silentia cuncti.


Substitit ut clamor pressus grauitate regentis,

Iuppiter hoc iterum sermone silentia rupit :

« Ille quidem poenas - curam hanc dimittite !- soluit ;
 
que ne le fut celle-là pour Jupiter. De la voix et du geste,

il fit cesser les murmures, et tous restèrent silencieux.


Une fois les cris arrêtés, réprimés par la majesté de leur maître,

Jupiter rompit à nouveau le silence par un récit :

« Certes, il a reçu son châtiment, ne vous inquiétez pas à ce sujet.
 
1, 210 quod tamen admissum, quae sit uindicta, docebo.

Contigerat nostras infamia temporis aures ;

Quam cupiens falsam summo delabor Olympo

et deus humana lustro sub imagine terras.

Longa mora est, quantum noxae sit ubique repertum,
 

Mais, je vais vous apprendre ce que furent ce crime et sa punition.

Le bruit des infamies de l'époque était parvenu à mes oreilles.

Espérant cette rumeur fausse, je descends du haut Olympe,

et, dieu déguisé en homme, je parcours la terre.

Il serait trop long d'énumérer tous les crimes qui partout
 

1, 215 enumerare : minor fuit ipsa infamia uero.

Maenala transieram latebris horrenda ferarum

et cum Cyllene gelidi pineta Lycaei :

Arcadis hi
nc sedes et inhospita tecta tyranni

ingredior, traherent cum sera crepuscula noctem.
 
furent découverts ; le rapport était bien en-dessous la vérité.

J'avais traversé l'horrible
Ménale avec ses repaires de bêtes sauvages,

le
Cyllène et les pinèdes fraîches du mont Lycée ;

dans la demeure inhospitalière d'un tyran d'Arcadie,

je pénétrai à l'heure tardive où le crépuscule entraîne la nuit.
 
1, 220 Signa dedi uenisse deum, uulgusque precari

coeperat : inridet primo pia uota Lycaon,

mox ait : « Experiar deus hic discrimine aperto

an sit mortalis : nec erit dubitabile uerum. »

Nocte grauem somno necopina perdere morte
 
Je manifeste par signes ma présence divine et le peuple se met à prier.

Lycaon commence par se moquer de ces hommages pieux ;

puis il dit : « Je vais m'assurer avec certitude, s'il est un dieu

ou un homme. La vérité éclatera alors indubitablement. »

Il me prépare une mort par surprise, la nuit, quand je serai alourdi
 
1, 225 comparat : haec illi placet experientia ueri ;

nec contentus eo, missi de gente Molossa

obsidis unius iugulum mucrone resoluit

atque ita semineces partim feruentibus artus

mollit aquis, partim subiecto torruit igni.
 
par le sommeil ; c'est sa manière à lui d'éprouver la vérité.

Mais il ne se contente pas de cela ; de son épée,

il égorge un otage envoyé de la cité des
Molosses,

attendrit dans l'eau bouillante une partie de ses membres

encore palpitants et fait rôtir le reste sur la flamme.
 
1, 230 Quod simul inposuit mensis, ego uindice flamma

in domino dignos euerti tecta penates ;

territus ipse fugit nactusque silentia ruris

exululat frustraque loqui conatur : ab ipso

colligit os rabiem solitaeque cupidine caedis
 
Dès qu'il eut fait servir ce plat à table, moi, d'un feu vengeur,

je fis s'écrouler sur lui sa maison, pénates dignes de leur maître.

Effrayé, il s'enfuit et, après avoir gagné la campagne silencieuse,

se met à hurler. C'est en vain qu'il tente de parler. Toute sa rage,

il la concentre dans sa bouche ; son désir habituel de carnage, il l'exerce
 
1, 235 uertitur in pecudes et nunc quoque sanguine gaudet.

In uillos abeunt uestes, in crura lacerti :

fit lupus et ueteris seruat uestigia formae ;

canities eadem est, eadem uiolentia uultus,

idem oculi lucent, eadem feritatis imago est.
 
contre les troupeaux, et maintenant encore il se complaît dans le sang.

Ses vêtements sont changés en poils, et ses bras en pattes.

Il devient un loup, qui conserve des traces de sa forme ancienne.

Le gris de ses poils est le même, il a le même visage farouche,

l'éclat des yeux est le même, il offre la même image de la férocité.
 
1, 240 Occidit una domus, sed non domus una perire

digna fuit : qua terra patet, fera regnat Erinys.

In facinus iurasse putes ! Dent ocius omnes,

quas meruere pati, (sic stat sententia) poenas. »


Dicta Iouis pars uoce probant stimulosque frementi
 
Une seule maison est abattue ; mais elle n'est pas la seule maison

à avoir mérité de périr ; par toute la terre règne la cruelle
Érinye ;

on croirait une conjuration de criminels. Que tous subissent au plus vite

les châtiments qu'ils ont mérité (c'est la sentence établie). »


Certains dieux approuvent à haute voix les dires de Jupiter
 
1, 245 adiciunt, alii partes adsensibus inplent.

Est tamen humani generis iactura dolori

omnibus, et quae sit terrae mortalibus orbae

forma futura rogant, quis sit laturus in aras

tura, ferisne paret populandas tradere terras.
 
et excitent sa colère, les autres jouent leur rôle de courtisans.

Toutefois le sacrifice du genre humain les désole tous ;

ils lui demandent quel aspect aura la terre privée des humains,

qui apportera alors de l'encens sur les autels, et

s'il se prépare à livrer aux bêtes sauvages la terre à dévaster.
 
1, 250 Talia quaerentes (sibi enim fore cetera curae)

rex superum trepidare uetat sobolemque priori

dissimilem populo promittit origine mira.
 
À ces questions, le roi des dieux répond qu'il se chargera de tout ;

il leur interdit de s'alarmer et promet de faire naître

une race différente, d'une origine merveilleuse.
 

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 NOTES

Mon esprit me porte (1, 1). Ovide commence son vaste poème en quinze chants en demandant l'assistance des dieux, une invocation aux dieux ou aux muses qui est un topos dans la littérature ancienne. On notera la brièveté du prologue, en regard de la longueur du poème.

formes changées en corps nouveaux (1, 1). Dans la mythologie grecque, le thème des métamorphoses est très couru. Dès l'époque alexandrine, commencèrent à se répandre des recueils regroupant des récits narrant la transformation de personnages en animaux, en plantes ou en rochers. Ces fables merveilleuses étaient très prisées dans le monde romain, chez les prédécesseurs et les contemporains d'Ovide. Notre poète s'est sans nul doute inspiré de recueils spécialisés existants, mais aussi des oeuvres épiques et tragiques en général, tout en manifestant une grande liberté dans des développements personnels.

aussi (1, 2). Nombre de métamorphoses sont l'oeuvre de divinités.

un chant (1, 3). Ovide innove par rapport à ses poèmes antérieurs, plus courts, en se lançant dans une oeuvre de longue haleine, en hexamètres dactyliques (vers de l'épopée), tournant autour du thème général de la métamorphose. Il va aborder toute une série d'histoires, traitées et reliées entre elles avec beaucoup d'imagination, de fantaisie et de variété.

sans interruption (1, 4). Ovide suivra effectivement, sans aucune rigueur toutefois, une sorte de développement chronologique des transformations mythiques du monde en partant du chaos primitif pour aboutir à l'apothéose de Jules César. Les récits, très diversifiés par leur origine, leur nature, leur signification, l'importance de leur développement, vont s'enchaîner « sans interruption » dans ce que le poète annonce comme un carmen perpetuum ou « chant perpétuel », grâce à des transitions très diversifiées elles aussi.

Chaos (1, 8). En grec, le terme Chaos signifie « ouverture béante, gouffre, abîme ». Hésiode, dans sa Théogonie (116), s'en était servi pour caractériser, sans aucune précision, une sorte d'espace immense et ténébreux qui existait avant l'origine des dieux et des choses. Plus tard, probablement sous l'influence des Stoïciens, le mot va désigner la masse informe et confuse censée exister aux origines du monde : tous les éléments sont présents, mais mêlés dans un total désordre. C'est le cas ici, chez Ovide. La première métamorphose que décrira le poète sera la transformation de ce chaos primitif en un ensemble ordonné de quatre éléments (1, 24), sous l'action d'un dieu qui ne sera pas nommé (1, 21). Dans ce récit, Ovide s'inspire de théories philosophiques plutôt que mythologiques. Voir Fastes, 1, 103-114 avec les notes.

semences de choses (1, 9). L'expression « semences de choses » (semina rerum en latin) est étroitement liée à l'oeuvre de Lucrèce, où elle est utilisée pour désigner les atomes, constituants ultimes de l'univers. Mais chez Ovide, elle a perdu ce sens, pour s'appliquer aux « éléments » dont il sera question un peu plus loin. On n'est donc pas dans une optique épicurienne. En 1, 419, on retrouvera l'expression « semences des choses ».

Titan... Phébé (1, 10-11). Chez les auteurs latins, Titan désigne souvent le Soleil (alias Phébus-Apollon), et Phébé (alias Artémis-Diane), la Lune. Selon Hésiode (Théogonie, 371-2), le Titan Hypérion était le père du Soleil, de la Lune et de l'Aurore. 

en suspens (1, 12). Anaximandre (610-545 a.C.) fut le premier à tenter d'expliquer « pourquoi la Terre demeure au même endroit sans postuler un support physique : en effet, disait-il, il n'y a aucune raison pour que ce qui est situé symétriquement au milieu, équidistant des deux extrémités, se déplace vers le bas plutôt que dans une autre direction. » (M.C. Howatson, Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, 1993, p. 49-50).

Amphitrite (1, 14). Fille de Nérée et de l'Océanide Doris, Amphitrite est l'épouse de Poséidon et la reine de la mer. Ici, son nom désigne l'océan.

Un dieu (1, 21). Ovide ne précise pas, ni ici ni au vers 32, qui est ce dieu qui semble intervenir avec une nature, dont il ne dit rien non plus (le mot « nature » se rencontrait déjà au vers 6). Peut-être même y a-t-il ici, équivalence entre dieu et la nature, ce qui est commun dans la pensée stoïcienne ? En 1, 57, il sera question d'un « architecte du monde » (mundi fabricator en latin), qui traduit manifestement le « démiurge » (dêmiourgos) des Grecs, et en 1, 79, d'un « créateur des choses » (opifex rerum en latin).

élément (1, 24). La théorie dite des quatre éléments remonte à Empédocle d'Agrigente, qui, au Ve siècle a.C., fut le premier à exposer clairement la doctrine, selon laquelle tout ce qui existe, même les dieux, est composé de feu, d'air, d'eau et de terre. Selon lui, ces éléments, existant de toute éternité, étaient à l'origine confondus en une masse unique et sphérique (Sphaïros), maintenue par l'Amour (Philia), mais que la Haine (Neikos) a progressivement dissoute. Toujours selon Empédocle, le jeu de ces deux forces cosmiques, de sens contraire, ne cesse de former et de détruire les êtres pour en composer d'autres (cfr n. à 1, 433). Les éléments sont donc toujours les mêmes, mais leurs combinaisons varient à l'infini. Cette théorie rencontra beaucoup de succès dans la pensée antique, avec toutefois de très nombreuses variations. Ovide s'en inspire certainement ici.

puissance ignée (1, 26). Ovide, comme beaucoup de penseurs antiques, imagine deux sortes d'air. D'abord, proche de la terre, un air épais, dense (1, 23), le domaine des nuages, des vents et des oiseaux ; puis au-dessus de lui, un air beaucoup plus subtil, lié au feu : c'est l'éther, le séjour des astres et des dieux. On retrouve donc ainsi l'eau, la terre, l'air et le feu. Au vers 23, c'est l'éther qui est ainsi désigné par l'expression « ciel limpide » ; au vers 67, il sera question de « l'éther fluide ».

monde (1, 31). Le mot latin orbis peut signifier soit « sphère », soit « disque ». Ovide joue sur les deux sens. En 1, 35, il donne indiscutablement à orbis le sens de « globe, sphère » ; ici, le mot reçoit le sens de « disque ». Le poète latin ne veut pas trancher entre deux conceptions anciennes de la terre : celle d'un disque entouré d'eau sur laquelle il flotte ; celle d'une sphère en équilibre dans l'espace (cfr n. à 1, 12).

membres (1, 33). Des membres, au sens de « parties d'un tout ». Ainsi par exemple, avec l'élément « eau », le démiurge « fabrique » (1, 36-42) des mers, des sources, des étangs, des lacs et des fleuves.

avalés par la terre (1, 40). Pour des exemples de fleuves ainsi avalés par la terre, on pourra voir Mét., 15, 270-276.

zones (I, 45). Le monde se présente ici comme une sphère divisée en cinq zones : une zone torride, inhabitée, autour de l'équateur ; deux zones glaciales, également inhabitées, autour de chaque pôle ; et deux zones tempérées et habitées, entre la zone torride et chacune des zones froides. La même idée se rencontre chez Virgile, Géorgiques, 1, 233-238, et chez Tibulle, Panégyrique de Messala, 151-168. Ovide voit les cinq zones de la surface terrestre comme une projection sur le sol des cinq zones qui se partageaient aussi la voûte céleste (cfr aussi 2, 129). Ces vues remontent probablement à Ératosthène ; reprises par les stoïciens, elles sont devenues communes.

les vents qui produisent... (1, 56). « Les stoïciens, dont Ovide reproduit les idées dans la plus grande partie de ce passage, admettaient que les éclairs et la foudre sont l'effet des vents, qui poussent les nuages les uns contre les autres. » (G. Lafaye)

frères... (1, 60). Pour Hésiode, les Vents sont les enfants d'Astrée et d'Éos (Aurore) : « À Astraios Aurore enfanta les Vents au coeur violent : Zéphyr, qui éclaircit le ciel, Borée à la course rapide, Notos enfin, naquirent de l'amour de la déesse entre les bras du dieu » (Théogonie, 378-380 ; trad. P. Mazon). Le démiurge a bien veillé à les placer dans des endroits différents, mais ils se heurtent souvent. Suit une énumération de quelques vents, avec quelques précisions géographiques. L'Eurus est un vent du sud-est, d'où l'allusion à l'Aurore et à la Perse (les Nabat[h]éens occupent une partie de l'Arabie Pétrée). Le Zéphyr, un vent d'ouest plutôt doux, renvoie assez normalement à Vesper, l'étoile du soir, et aux « rivages qu'échauffe le soleil couchant ». Borée est le vent du Nord, froid, d'où son lien avec la Scythie et le Septentrion (les sept étoiles de la constellation de l'Ourse), tandis que l'Auster « pluvieux » - il est parfois question du Notus - désigne le vent du Sud.

éther fluide (1, 67-68). Cfr la note à 1, 26. L'éther est totalement pur, dégagé qu'il est de toute impureté terrestre.

les astres et les dieux (1, 73). « Pour les anciens les astres étaient des êtres vivants, animalia, qui, sous des formes diverses, participaient de la nature divine. » (G. Lafaye)

éclatants (1, 74). C'est-à-dire « aux écailles brillantes ».

rejeton de Japet (1, 82). Il s'agit de Prométhée, fils du Titan Japet et père de Deucalion. Il passe pour un bienfaiteur des hommes à qui il aurait notamment apporté le feu. Une tradition, absente chez Hésiode et relativement rare, lui attribue la création des premiers hommes à partir de l'argile (cfr par exemple Pausanias, 10, 4, 4 ; Horace, Odes, I, 16, 13-16, et aussi infra, 1, 363). Ovide l'utilise ici d'une manière originale : Prométhée aurait façonné l'homme « à l'image des dieux ». Dans la Genèse (1, 26-27 ; 2, 7), c'est Dieu qui crée l'homme « à son image ».

penchés en avant (1, 84). Opposition entre la position horizontale du corps des animaux et la position verticale de l'homme. Cfr par exemple Cicéron, Des Lois, I, IX, 27 : « Car, tandis qu'elle [= la nature] a rejeté vers leur pâture les autres animaux, l'homme est le seul dont elle ait dressé la taille et qu'elle ait appelé à regarder le ciel, comme vers le lieu de sa parenté et de son premier séjour. » (G. De Plinval).

Les quatre âges du monde (1, 89-150). Une série de métamorphoses affectent le monde à travers les « quatre âges » (d'or, d'argent, de bronze et de fer) de l'univers, longuement décrits dans ce passage. On remarquera qu'Ovide s'attache ici davantage à des considérations morales et philosophiques qu'à de la mythologie proprement dite. Une comparaison avec le mythe des races exposé par Hésiode, Les Travaux et les Jours, 109-201, est intéressante. Voir aussi P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, p. 21, sous la rubrique Âge d'Or, et J.-C. Belfiore, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, p. 24, sous la rubrique Âges.

pin toujours debout (1, 95). Car l'homme n'avait pas encore éprouvé le besoin de construire des bateaux. Voir aussi vers 133-134.

arbre de Jupiter (1, 106). Le chêne.

verdoyante (1, 112). « L'yeuse, ou chêne vert, très commun dans les contrées méridionales, ne perd pas, en hiver, comme le chêne rouvre (quercus), son beau feuillage, qui reste d'un vert intense. » (G. Lafaye).

miel blond (1, 112). « Jusqu'à la fin des temps antiques, on a cru que le miel était une sorte de rosée, que les abeilles recueillaient toute formée à la surface des feuilles. À l'époque de l'âge d'or il était plus pur et le travail des abeilles, inutile. » (G. Lafaye).

Saturne (1, 113). Le Cronos grec, dont le règne au Latium, coïncida avec l'âge d'or, avant la prise de pouvoir de Zeus-Jupiter sur l'Olympe. Voir Ovide, Fastes, I, 193 et 233-237 et les notes ; Virgile, Én., I, 569 ; 7, 49 ; 8, 319-325 avec les notes correspondantes.

Tartare (1, 113). Le monde des enfers.

inégaux (1, 118). Tantôt chauds, tantôt froids ; la température y est variable.

Cérès (1, 123). Cérès-Déméter, la déesse de la terre et de la fécondité des champs, est ici synonyme de « blé ».

Styx (1, 139). Fleuve des Enfers. Le mot évoque ici les profondeurs de la terre. Cfr 1, 189 avec la note.

pour combattre (1, 142). Le fer pour les armes ; l'or pour corrompre.

beau-père (1, 145). Les contemporains d'Ovide devaient songer à la guerre civile entre Pompée et César : César était le beau-père de Pompée, qui avait épousé sa fille Julie. Cfr aussi Virgile (Én., 6, 830-831).

 aconit (1, 147). Poison violent (7, 406), qui proviendrait d'une plante poussant dans un terrain rocailleux (« sans poussière », comme le suggère le terme grec « akoniti »), et dont Ovide propose une légende étiologique aux vers 7, 408-419.

Astrée (1, 150). Déesse de la Justice, fille de Zeus et de Thémis (1, 321 avec la note), représentée comme une vierge portant une balance en main. Vivant sur terre où elle répandait parmi les hommes les sentiments de justice et de vertu, elle quitta la terre pour devenir la constellation de la Vierge, première métamorphose, peu explicitée, d'un être immortel en étoile. (D'après Aratus, Phaenom., 96-136).

Géants (1, 151). Nés de la Terre fécondée par les éclaboussures du sperme d'Ouranos, lorsqu'il fut mutilé par son fils Cronos (Hésiode, Théogonie, 178-187), les Géants sont souvent représentés comme des monstres anguipèdes. Leur lutte contre Zeus et les dieux de l'Olympe est célèbre : c'est la Gigantomachie. Un autre combat mythique célèbre est la Titanomachie, qui vit les Titans, d'autres fils de Gaia et d'Ouranos, affronter les Cronides conduits par Zeus. Les deux groupes d'opposants furent vaincus. Les auteurs anciens ne distinguent pas toujours très bien les Géants et les Titans ainsi que le détail des combats qu'ils livrèrent aux Olympiens. Un exemple : Ovide décrit ici les Géants entassant l'Ossa sur le Pélion (deux montagnes de Thessalie) pour atteindre le ciel (cfr aussi Fastes, 1, 307-308 ; 3, 439-442, et 5, 35-42), tandis que Virgile (Géorgiques, 1, 278-281) attribue la manoeuvre aux Titans.

Olympe... Pélion...Ossa (1, 154-155). Les trois montagnes de Thessalie que les Géants, voulant escalader le ciel, entassèrent l'une sur l'autre, avant d'être foudroyés par Jupiter et écrasés.

fils de Saturne (1, 163). Zeus-Jupiter est le fils de Cronos-Saturne. Depuis sa victoire, avec les autres dieux olympiens, sur les Géants, il était le roi des dieux et des hommes.

Lycaon (1, 165). Lycaon est un roi mythique de l'Arcadie, dont Ovide va conter la métamorphose en loup en 1, 209-240 ; c'est aussi le père de Callisto-l'Ourse (Mét., 2, 401-495). Selon Ovide, ce personnage avait, par impiété et bravade, servi à Jupiter comme repas les membres d'un jeune otage qu'il avait égorgé. Cette métamorphose est sans doute inspirée par le rapprochement du nom Lycaon avec le mot grec lukos « loup ». La légende de Lycaon est assez complexe, et la version suivie ici par Ovide en est une parmi d'autres. Voir Hygin, Fabulae, 176 (et aussi la rubrique Lycaon chez P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, et chez J.-C. Belfiore, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine). On pourra lire, dans la République (VIII, 565e-566a) l'interprétation que donne Platon de la légende de Lycaon. Rappelons aussi que le motif du « loup-garou » est récurrent dans le folklore universel.

conseil (1, 167). Le thème du conseil des dieux est un topos de la littérature épique, tant grecque que latine.

atriums (1, 172). Dans l'atrium de la maison romaine, les propriétaires recevaient leurs amis et leurs clients. La pièce est présentée ici comme noire de monde.

Palatin céleste (1, 176). Le Palatin était le quartier chic de Rome, où habitaient l'empereur et de nombreuses familles nobles. Avec une certaine ironie (il parle d'audace verbale), Ovide utilise une terminologie typiquement romaine (les atriums, la plèbe divine, les pénates) pour décrire le quartier céleste où l'on trouve le palais de Jupiter et le sénat divin (la curie), où va se rassembler le conseil.

ce qui ébranla (1, 180). Depuis Homère, les « arrêts » de Jupiter, ponctués par les mouvements de tête du dieu, ont de puissants effets : « Il dit, et, de ses sourcils sombres, le fils de Cronos fait oui. Les cheveux divins du Seigneur voltigent un instant sur son front éternel, et le vaste Olympe en frémit » (Iliade, I, 528-530). Cfr Ovide, Mét., 2, 849. Cfr aussi Virgile, Énéide, 9, 106 : « il fit un signe de tête, et à ce geste l'Olympe entier trembla ». Chez Catulle (64, 204-206), les effets s'étendent même à l'ensemble de l'univers : « Au signe invincible de sa tête, la terre trembla, les mers cabrées mugirent, la voûte du ciel agita les astres étincelants. » Également chez Horace (Odes, 3, 1, 7-8) : « Jupiter, le glorieux vainqueur des Géants, qui, de son sourcil, ébranle l'univers. » Ovide a donc d'illutres modèles.

Géants anguipèdes (1, 183). Les Géants étaient décrits comme ayant cent bras et des queues de serpents. Il a été question en 1, 151-155 de la Gigantomachie.

Nérée (1, 187). Appelé aussi « le vieillard de la mer », Nérée, divinité marine et père des Néréides (1, 301), est utilisé ici comme synonyme de océan ou mer. Cfr ce qui a été dit plus haut d'Amphitrite au vers 1, 14 et la description de l'Océan entourant la terre au vers 1, 31.

Styx (1, 189). Le Styx est un fleuve dont le cours lent, formant une sorte de marais, entourait les Enfers de neuf anneaux. Selon la fable, le dieu du Styx avait pris parti pour Jupiter contre les Titans, en lui envoyant en renfort ses filles, Victoire et Force. Pour le récompenser, Jupiter aurait rendu sacré, même pour les dieux, le serment fait en son nom : le dieu parjure était privé pour neuf ans de la table de Jupiter et d'autres prérogatives. Déjà dans les poèmes homériques (Iliade, 15, 37), « le serment par le Styx » engageait irrévocablement les dieux. Hésiode, Théogonie, 793-806, détaille longuement les punitions qui frappaient les parjures divins. Les dieux, qui juraient par le Styx, ne pouvaient se dédire (cfr aussi 1, 737, et 2, 45). Voir aussi Fastes, 3, 322 avec la note.

Nymphes, Faunes, Satyres, et Silvains (1, 193). Dans ce vers, Ovide énumère une série de divinités rustiques secondaires, qui habitent la terre, les dieux ne les ayant pas jugées dignes « de l'honneur du ciel ». Ce sont en quelque sorte des demi-dieux. Chez Homère déjà, les Nymphes (Nymphae) sont des créatures semi-divines habitant les bois et les cours d'eau. Les Faunes (Fauni) sont des petits génies champêtres ; ils proviennent de la « multiplication » du dieu romain Faunus, identifié au dieu grec Pan. Les Satyres (Satyri) sont des demi-dieux, à pieds de chèvres, qu'on rencontre dans les endroits sauvages. Quant aux Silvains (Silvani), résultat de la « multiplication » du dieu romain Silvanus, ce sont des génies des forêts.

César... Auguste... (1, 200-206). La colère prêtée à Jupiter est l'occasion pour Ovide, le courtisan, de signaler la colère suscitée par le meurtre de Jules César, aux ides de mars de 44 av. J.-C., et le soutien que son successeur Octave-Auguste trouva auprès du peuple romain. Le meurtre de César sera évoqué par Ovide à la fin du quinzième livre de ses Métamorphoses.

le monde entier (1, 203). Plusieurs prodiges précédèrent et suivirent la mort de Jules César (cfr par exemple Ovide, Mét., 15, 782-798). Un des plus fameux fut l'apparition d'une comète, qu'on interpréta comme étant l'âme de César transportée au ciel (sidus Iulium = « l'astre de Jules César »). Ce sera la dernière « métamorphose » racontée par Ovide à la fin du quinzième livre (15, 843-850).

Ménale... Cyllène... Lycée (1, 216-217). Trois montagnes d'Arcadie, la région où sévissait le tyran Lycaon (voir note au 1, 165). Dans ce chant premier, il sera encore question du Cyllène en 1, 713, et du Lycée en 1, 698.

Molosses (1, 227). Le pays des Molosses est une partie de l'Épire.

attendrit (1, 228). Procné a fait cuire son fils de la même manière (Mét., 6, 644ss).

Érinye (1, 241). Les Érinyes, correspondant aux Furies chez les Latins, étaient au nombre de trois, et poussaient les hommes aux crimes. Voir notamment Énéide, 2, 337-338 et note.

qui apportera alors de l'encens (1, 248). Même inquiétude des dieux lorsque Déméter, privée de sa fille Coré, veut « anéantir dans une triste famine la race entière des hommes ». Les habitants de l'Olympe risquaient de se voir frustrés « de l'hommage glorieux des offrandes et des sacrifices » et Zeus s'en est alarmé (cfr Hymne homérique à Déméter I, 310-313). Les dieux ont besoin des hommes.


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