Bibliotheca Classica Selecta - Fastes d'Ovide (Introduction) - Livre 6 (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente

MOTEUR DE RECHERCHE DANS LA BCS


OVIDE, FASTES VI - JUIN


La fin du mois : du 12 au 30 juin (6,649-812)


Les Petites Quinquatries (6,649-710)

Si le 12 juin ne retient pas l'attention, le jour des Ides, le 13, qui rappelle la dédicace d'un temple à Jupiter l'Invincible, est surtout marqué par la célébration des Petites Quinquatries, en l'honneur de Minerve, qu' Ovide interroge sur la signification de la procession des joueurs de flûte qui marque sa fête. (6,649-656)

Selon le récit de la déesse, un jour les joueurs de flûte, qui avaient toujours été très en honneur à Rome, se virent imposer des restrictions. Mécontents, ils choisirent de s'exiler à Tibur. Comme leur absence était mal ressentie, les Romains imaginèrent un stratagème pour les y ramener à leur insu, en les saoûlant et en les hissant dans un chariot, puis en les déguisant sous des masques et des vêtements de femmes. Ainsi s'expliquerait la procession des joueurs de flûte, qui déambulent masqués et déguisés, le 13 juin. (6,657-692)

Minerve instruit encore le poète sur le nom de ces Quinquatries, en les rapprochant des Quinquatries du mois de Mars, qui la célèbrent comme protectrice des artisans, et en rappelant la légende selon laquelle elle a inventé aussi l'art de la flûte, l'instrument utilisé lors de cette fête. (6,693-710)

 

Il n'y a rien que l'on puisse signaler pour le jour suivant.

6, 650

   C'est aux Ides qu'un temple fut dédié à Jupiter l'Invincible.

Et maintenant, il me faut parler des Quinquatries mineures.

   Maintenant, blonde Minerve, viens soutenir mon entreprise !

"Pourquoi les joueurs de flûte errent-ils, déambulant dans toute la ville ?

   Que signifient ces masques, et ces longues robes " ?

6, 655

Ainsi ai-je parlé. La Tritonienne posa sa lance et répondit

   (puissé-je rapporter en accord avec elle les paroles de la docte déesse !) :

 

"Aux temps de vos lointains ancêtres, la flûte était fort en usage,

   et les flûtistes furent toujours tenus en grand honneur :

on jouait de la flûte dans les temples, on en jouait lors des jeux,

6, 660

   on en jouait lors des tristes funérailles.

Le travail, payé, était léger. Mais vint un temps

   où cet art venu de Grèce fut brusquement interrompu.

Ajoute à cela qu'un édile avait ordonné de limiter à dix

   les artistes qui participaient aux cortèges funèbres.

6, 665

Les joueurs de flûte quittent la ville et s'exilent à Tibur :

   Tibur fut, à une certaine époque, une terre d'exil !

La flûte creuse est absente des scènes, fait défaut près les autels ;

   aucun chant funèbre n'accompagne plus les derniers convois.

Un homme, digne du rang social le plus élevé, avait été esclave

6, 670

   à Tibur, mais depuis longtemps il était libre.

Dans sa demeure de campagne, il organise un banquet

   et invite la troupe des musiciens, qui se rassemblent pour la fête.

C'était la nuit ; le vin rendait vagues les yeux comme les esprits,

   quand se présenta un messager, tenant un discours convenu d'avance,

6, 675

disant : "Qu'attends-tu pour lever le banquet ?

   Le maître qui t'a affranchi arrive; le voici".

Sans attendre, les convives s'ébranlent, titubant sous l'effet du vin fort ;

   les pieds mal assurés, ils se tiennent droits, puis vacillent.

Alors le maître de maison dit : "Partez !", et, comme ils lambinent,

6, 680

   il les hisse sur un chariot, équipé d'un large panier d'osier.

L'heure, les mouvements du chariot, le vin appellent au sommeil,

   et la troupe ivre s'imagine qu'elle rentre à Tibur.

Déjà, le chariot avait traversé les Esquilies, était entré dans Rome

   et, dès le matin, il se trouvait au centre du Forum.

6, 685

Plautius, voulant que leur tenue et leur nombre puissent donner le change,

   leur ordonne de se cacher derrière des masques;

il leur adjoint d'autres personnes, et leur recommande de porter des robes longues

   pour pouvoir étoffer le groupe avec des joueuses de flûte.

Ramenés dans ces conditions, ils pouvaient être couverts sans risquer le blâme

6, 690

   d'être revenus contre les ordres de son collègue.

On approuva la chose; aux Ides, les flûtistes peuvent porter des tenues insolites

   et chanter sur d'anciens airs des chansons joyeuses".

 

Dès qu'elle eut fini de m'instruire, je dis : "Il me reste à apprendre

   pourquoi ce jour est appelé Quinquatries."

6, 695

"Mars", dit-elle, "célèbre des fêtes du même nom en mon honneur,

   et ce groupe des flûtistes est lui aussi tributaire de mes inventions.

Je fus la première à faire en sorte que la longue flûte produise des sons

   à travers quelques trous perforés dans le buis.

Ce son me plut : mais dans une onde limpide reflétant mon visage,

6, 700

   je vis mes joues de jeune fille toutes gonflées.

"Selon moi, l'art ne vaut pas ce prix; adieu, ma flûte !", dis-je.

   La flûte tombe dans le gazon de la rive où je l'ai jetée.

Un satyre la découvre; d'abord il s'étonne, n'en connaissant pas l'usage,

   puis s'aperçoit, après avoir soufflé dedans, qu'elle rend un son ;

6, 705

à l'aide de ses doigts, il laisse échapper l'air ou le retient ;

   bientôt il se met à se vanter de son art parmi les nymphes :

Il va jusqu'à défier Phébus. Phébus l'ayant emporté, il fut pendu ;

   ses membres, dépouillés de leur peau, furent découpés.

De toute façon, c'est moi qui ai inventé et fondé cette musique :

6, 710

Voilà pourquoi l'art de la flûte célèbre mes jours de fête."


 

Du 15 au 20 juin (6,711-762)

Concernant la période du 15 au 19 juin, Ovide énumère sans s'y attarder diverses choses : phénomènes astronomiques ou atmosphériques, coutumes ou rituels, commémoration de bataille. (6,711-728)

Le 20 juin rappelle d'abord la fondation d'un temple à Summanus, au temps de la guerre contre Pyrrhus, et ensuite, le lever du Serpentaire, alias Esculape. Ovide à cette occasion rappelle la légende d'Hippolyte qui, calomnié par Phèdre et maudit par son père Thésée, périt dans des conditions atroces ; Esculape ressuscita ce dévôt d'Artémis-Diane, qui sous le nom de Virbius poursuivit sa vie en Italie, sous la protection de Diane. Toutefois cette résurrection d'Hippolyte valut à Esculape d'être foudroyé par Jupiter, avant d'être divinisé, métamorphosé en astre. (6,729-762)

 

Viendra la troisième nuit, au cours de laquelle, Thioné de Dodone,

   tu seras visible, dressée sur le front du Taureau lié à Agénor.

C'est ce jour-là, Thybris, que dans tes eaux étrusques,

   tu emportes dans la mer les ordures (du temple) de Vesta.

6, 715

Marins, si vous vous fiez aux vents, offrez vos voiles à Zéphyr :

   demain il répandra sur vos eaux son souffle bienfaisant.

Mais dès que le père des Héliades aura plongé ses rayons dans les flots,

   dès que les étoiles paisibles entoureront les deux pôles,

le rejeton d'Hyriée lèvera sur l'horizon ses bras vigoureux ;

6, 720

   la nuit suivante, on pourra voir le Dauphin.

C'est ce jour-là, on le sait, qui avait vu jadis, dans tes plaines,

   terre de l'Algide, la débandade des Volsques et des Èques ;

Grâce à cette victoire, Tubertus, honoré d'un triomphe sur nos voisins,

   tu fus transporté en vainqueur sur des chevaux blancs comme neige.

6, 725

Désormais, il reste encore à ce mois deux fois six jours ;

   à ce nombre, ajoute un jour encore :

le Soleil sort des Gémeaux et le Cancer se met à rougeoyer ;

   sur la colline de l'Aventin, le culte de Pallas a commencé.

 

Déjà, se lève ta bru, Laomédon ; en se levant, elle chasse

6, 730

   la nuit, et l'humide rosée fuit les prairies.

Un temple, dit-on, fut rendu à Summanus - peu importe qui il est - ,

   au moment où, Pyrrhus, tu faisais trembler les Romains.

Lorsque Galatée aura accueilli ce jour dans les ondes paternelles

   et que la terre entière connaîtra la quiétude du repos,

6, 735

le jeune homme, foudroyé par les traits de son aïeul, surgira du sol,

   tendant ses mains qu'entrelacent deux serpents.

La passion de Phèdre est célèbre, célèbre aussi l'injustice de Thésée.

   Trop crédule, celui-ci sacrifia son fils ; malgré sa droiture filiale,

Hippolyte fut puni tandis qu'il se dirigeait vers Trézène :

6, 740

   un taureau parut, fendant de son poitrail les eaux devant lui.

Les chevaux troublés sont terrifiés et, impossibles à maîtriser,

   ils traînent leur maître à travers les rochers et les durs écueils.

Tombé de son char, et les membres entravés par les rênes,

   Hippolyte, le corps en lambeaux, avait été emporté

6, 745

et avait rendu l'âme, à la grande indignation de Diane.

   "Il n'y a aucune raison de pleurer", dit le fils de Coronis,

"je rendrai la vie à ce pieux jeune homme, j'effacerai ses blessures

   et mon art fera reculer son funeste destin ".

Aussitôt il prit des herbes dans un coffret d'ivoire :

6, 750

   il avait jadis tiré profit, pour ressusciter les Mânes de Glaucus,

des herbes auxquelles, en devin, il recourut, après les avoir observées,

   lorsque il se servit du remède du serpent fourni par un second serpent.

Trois fois, il toucha la poitrine du mort et prononça les formules de salut :

   Hippolyte, qui gisait par terre, souleva la tête.

6, 755

Dictynna le cache dans son bois sacré, en un coin retiré de forêt :

   dans la région du lac d'Aricie, il est devenu Virbius.

Mais Clymenus et Clotho se plaignent, elle de voir se maintenir

   les fils d'une vie, lui, parce que ses droits souverains sont amoindris.

Jupiter, redoutant un précédent, dirigea sa foudre contre Esculape

6, 760

qui avait recouru trop efficacement à l'aide de son art.

Phébus, tu te plaignais, mais ton fils est dieu ; sois en paix avec ton père ;

   il fait pour toi ce qu'il défend qu'on fasse.


 

Du 22 au 30 juin (6,763-812)

Les 21 et 22 juin, on commémore des anniversaires : défaite romaine de Trasimène, victoires romaines sur Syphax et sur Hasdrubal. (6,763-770)

Le 24 juin, jour de fête populaire en l'honneur de Fors Fortuna, est l'anniversaire de la dédicace de deux temples élevés sur la rive droite du Tibre par le roi Servius Tullius, plébéien ou même esclave d'origine. (6,771-784)

Du 25 au 29 juin, on peut assister au lever d'Orion, au solstice d'été, à la commémoration de diverses dédicaces de temples : aux Lares, à Jupiter Stator sur le Palatin, et à Quirinus. (6,785-796)

Enfin, parvenu au 30 juin, anniversaire de la restauration du temple d'Hercule et des Muses, Ovide met dans la bouche de Clio un habile compliment à la famille impériale. (6,797-812)

  

Non, César, malgré ta hâte de vaincre, je ne voudrais pas

   que tu engages le combat, si les auspices l'interdisent.

6, 765

Que Flaminius et les rives du lac Trasimène te rappellent les dieux,

   qui ont la bonté de communiquer par les oiseaux de nombreux messages.

Si tu veux connaître la date de ce désastre ancien dû à la témérité,

   c'est le dixième jour avant la fin de ce mois.

Le jour suivant fut meilleur : Masinissa l'emporta sur Syphax

6, 770

   et Hasdrubal tomba sous ses propres traits.

 

Le temps passe et nous vieillissons au fil des années silencieuses ;

   les jours fuient et aucun frein ne les retient.

Combien vite est arrivé le moment d'honorer Fors Fortuna !

   Dans sept jours, juin sera passé.

6, 775

Allez, célébrez joyeusement la déesse Fors, ô Quirites !

   Sur la rive du Tibre, elle a reçu le présent d'un roi.

Descendez-y en courant, les uns à pied, d'autres en barque rapide,

   et n'ayez pas honte de revenir de là en étant ivres.

Barques couronnées, emportez les jeunes gens qui festoient

6, 780

   et qu'au milieu des ondes, ils boivent des flots de vin !

La plèbe vénère cette déesse, parce que, dit-on, le fondateur de son temple

   est issu de la plèbe et, malgré son origine modeste, a porté le sceptre.

Ce culte convient aussi aux esclaves, parce que Tullius, né d'une esclave,

  a élevé ce temple voisin en l'honneur de la déesse capricieuse.

6, 785

Voici que, rentrant du temple situé à l'extérieur de la ville,

   un participant un peu ivre lance aux étoiles ces paroles :

"Ta ceinture, cachée aujourd'hui, le sera peut-être aussi demain ;

   c'est après, Orion, que je pourrai la contempler".

Mais s'il n'avait été ivre, il aurait dit qu'à cette même date

6, 790

   allait revenir le temps du solstice.

Au jour suivant, les Lares ont obtenu leur sanctuaire, ici,

   où des mains habiles tressent de nombreuses couronnes.

La même date est retenue pour le temple de Jupiter Stator

   fondé autrefois par Romulus à l'entrée du mont Palatin.

6, 795

Il reste à ce mois autant de jours que les Parques ont de noms ;

  ce jour-là, Quirinus, dieu à la trabée, tu reçus un temple.

 

Le lendemain est le jour des Calendes de juillet.

   Piérides, portez à son comble mon entreprise !

"Dites-moi, Piérides", demandai-je, "qui vous a confiées à ce héros

6, 800

   à qui sa marâtre, une fois défaite, rendit les armes bien contre son gré ?".

Clio répondit ainsi : "Tu vois le monument de l'illustre Philippus,

   de qui la vertueuse Marcia tire sa naissance :

Marcia, un nom dérivé d'Ancus, le roi soucieux de sacrifices,

   Marcia chez qui l'élégance égale la noblesse ;

6, 805

chez elle la beauté correspond aussi à l'esprit.

   Sa naissance, son allure et son intelligence vont de pair ;

et, toi, ne juge pas malséant que je loue sa beauté :

   nous louons aussi de cette façon les grandes déesses.

La tante maternelle de César avait été jadis l'épouse de ce Philippus :

6, 810

   Ô honneur, ô femme digne d'une maison sacrée !"

Ainsi chanta Clio ; ses doctes soeurs l'approuvèrent ;

   Alcide approuva de la tête et fit résonner sa lyre.

 


Notes (6,649-812)

 
jour suivant (6,649). Le 12 juin.

Jupiter l'Invincible (6,650). Le 13 juin, anniversaire de la dédicace d'un temple à Jupiter Inuictus, dont la localisation n'est pas bien connue. C'est peut-être le même que celui de Jupiter Victor, évoqué pour les Ides d'avril en 4, 621-622, les deux dates pouvant alors correspondre à deux dédicaces différentes.

Quinquatries mineures (6,651). Ou Quinquatrus minusculae, pour les différencier des Quinquatrus du 19 au 23 mars, en l'honneur de Minerve (voir 3, 809-814), que le poète invoque d'ailleurs ici, car les deux Quinquatries intéressent la même Minerve. Les Quinquatries mineures aux Ides de mai étaient surtout célébrées par les joueurs de flûte qui déambulaient dans la ville, masqués et vêtus de longues robes ; ils se réunissaient au temple de Minerve (Varron, De Lingua Latina, 6, 17). Pour comprendre le récit d'Ovide, il convient de lire aussi les textes de Tite-Live, 9, 30 et de Plutarque, Questions Romaines, 55.

Tritonienne (6,655). Athéna-Minerve était née sur les bords du Triton, un fleuve dont le site est mal défini (Béotie, Crète, Libye, etc.). Depuis Virgile, Minerve est souvent désignée par ce qualificatif.

flûte… (6,657-660). À Rome, la musique de la flûte (tibia) accompagnait de nombreuses cérémonies religieuses : prières, sacrifices, défilés triomphaux au Capitole, processions au Grand Cirque, cortèges funèbres. Les flûtistes (tibicines) accompagnaient aussi les parties chantées dans les pièces de théâtre. On comprend dans ces conditions l'émoi que provoqua en 311 a.C. la grève des joueurs de flûte dont il est question dans les vers suivants.

vint un temps (6,661). Il faut lire Tite-Live (9, 30, 5) pour avoir une idée plus précise des circonstances : "Il arriva la même année [en 311 a.C.] un événement peu digne d'être raconté, et que je passerais sous silence, s'il n'eût paru intéresser la religion. Les joueurs de flûte, mécontents de ce que les derniers censeurs leur avaient interdit de prendre part aux banquets dans le temple de Jupiter, ce qui était consacré par un antique usage, se retirèrent tous à Tibur, en sorte qu'il ne resta personne à Rome pour jouer pendant les sacrifices."

art venu de Grèce (6,662). Le texte est peu sûr et nous adoptons ici celui de R. Schilling. En fait, les Romains étaient partagés : certains songeaient à une origine étrusque ; d'autres renvoyaient au monde grec.

Ajoute à cela (6,663). Ce motif qu'Ovide ajoute fait difficulté. En effet, si l'on en croit Cicéron (Des lois, 2, 59), la limitation à dix du nombre des joueurs de flûte lors des cortèges funèbres semble remonter à la Loi des Douze Tables, au milieu du sixième siècle, et serait donc beaucoup plus ancienne que l'événement de 311, à moins qu'elle n'ait été remise en vigueur à cette époque.

un édile (6,663-664). Non autrement précisé.

Tibur (6,665). Actuellement Tivoli, à quelques kilomètres à l'est de Rome, sur l'Anio. Le ton du vers suivant a fait penser à certains modernes qu'il aurait été écrit après l'exil d'Ovide.

Un homme... (6,669). Les récits de Tite-Live et de Plutarque montrent que cet affranchi s'était entendu avec des Romains pour organiser le retour des musiciens de Tibur à Rome.

Esquilies (6,683). Quartier situé sur l'Esquilin, où aboutissait la route de Tibur (via Tiburtina), par la Porte de Tibur (Porta Tiburtina).

Plautius (6,685). La tradition manuscrite hésite entre "Plautius" et "Claudius". Ce sont les noms des deux censeurs nommés en 312 (Caius Plautius et Appius Claudius). La sévérité de Claudius étant bien connue, beaucoup d'éditeurs modernes préfèrent faire intervenir ici son collègue Plautius, qui aurait ainsi joué un rôle de conciliation.

son collègue (6,690). Cela pourrait donc être Appius Claudius Cacus, le collègue censeur de Caius Plautius, qui aurait été le responsable de l'exil volontaire des flûtistes à Tibur. Mais nous n'avons aucune information précise sur ce qui s'est réellement passé.

On approuva la chose (6,691). Tite-Live (9, 30, 10), qui ne dit rien de l'intervention de Plautius, précise : "il leur fut accordé de se promener chaque année, durant trois jours, par la ville, en chantant et en se livrant à cette joie licencieuse qu'ils font éclater encore aujourd'hui. On leur rendit aussi le droit de prendre part aux banquets dans le temple du dieu, toutes les fois qu'ils joueraient pendant les sacrifices." Plutarque non plus (Questions romaines, 55) ne prête aucun rôle à Plautius. Pour lui, les vêtements de femmes que portaient les joueurs de flûte lorsqu'ils arrivèrent à Rome étaient ceux qu'ils avaient lors du banquet à Tibur. "Quand il se furent laissés convaincre par les magistrats et qu'ils se réconcilièrent, la coutume s'établit qu'ils courraient, à travers la cité, à pareil jour, dans le même accoutrement" (trad. Le Livre de Poche).

des fêtes du même nom (6,695). Voir 3, 815-834, où Minerve est présentée comme la protectrice de tous les artisans et artistes.

Je fus la première... (6,697). L'invention de la flûte est attribuée tantôt à Hermès (5, 104 note), tantôt à Marsyas, tantôt à Athéna (Ovide, Métamorphoses, 6, 384). La légende d'Athéna mentionnée ici, est évoquée notamment, et comme toujours avec des variantes, par Aristote, Politique, VIII, 1341 b 4-5, par Apollodore, 1, 4, 2, par Hygin, Fabulae, 165, par Plutarque, Alcibiade, 2, 5-6).

un satyre (6,703). C'est Marsyas, jouant de la flûte, qui avait défié Phébus, jouant de la lyre. Battu, le satyre sera écorché vif. Voir par exemple Ovide, Métamorphoses, 6, 382-400.

Thioné de Dodone (6,711). Une des Hyades, représentant l'ensemble de la constellation. Voir 3, 105; 4, 678, 5, 164. Une tradition faisait des Hyades des nymphes de Dodone, qui furent les nourrices de Bacchus.

Taureau lié à Agénor (6,712). Le roi de Tyr, Agénor, dont la fille Europe avait été enlevée par Jupiter ayant pris l'apparence du Taureau (cfr 5, 605). Pour la localisation des Hyades sur le front du Taureau, cfr 5, 165-166 et 6, 197.

Thybris (6,713). Le Tibre, fleuve venu d'Étrurie. Voir par exemple 1, 233; 1, 500; 4, 48.

ordures (du temple) de Vesta (6, 714). Le 15 juin est marqué dans les Calendriers par les lettres Q St D F, c'est-à-dire  Q(uando) St(ercus) D(elatum) F(as), ce qui signifie "Quand les immondices [stercus signifie littéralement le fumier] ont été enlevées, le jour est faste". Du 7 au 15 juin, le sanctuaire de Vesta était ouvert, quoique accessible exclusivement aux femmes, qui, pieds nus, pouvaient y pénétrer. Pendant toute cette période, les jours sont néfastes (religiosi), jusqu'au moment du 15 juin où il était balayé rituellement et les ordures jetées dans le Tibre. La journée devenait alors faste. La fin de l'opération était consignée dans le calendrier par les lettres Q.St.D.F. Cette notice archaïque détone évidemment dans la cité urbanisée, mais elle rappelle le temps "où une société pastorale campée avait à nettoyer du stercus des troupeaux l'emplacement de son feu sacré".

Zéphyr (6,715). Le zéphyr (5, 201; 5, 319) est un vent doux, donc appréciable pour les marins; Ovide signale sa présence, pour le lendemain, c'est-à-dire le 16 juin.

père des Héliades (6,717). Le Soleil.

les deux pôles (6,718). Le pôle nord et le pôle sud, signalés aussi en 3, 106. Tournure recherchée pour signaler que le soleil s'est couché (6, 717) et que la nuit est venue (6, 718).

rejeton d'Hyriée (6,719). Il s'agit d'Orion, censé ici se lever au soir du 16 juin. Son histoire et son catastérisme sont racontés en 5, 493-544.

Dauphin (6,720). Lever vespéral du Dauphin la nuit du 16 au 17 juin. Il a été question de cette constellation en 1, 457-458; en 2, 79-118 (récit de son catastérisme) et en 6, 471.

Algide... Tubertus... (6,721-724). Le 17 juin 431 a.C., A. Postumius Tubertus remporta dans les plaines de l'Algide, au nord du mont Albain, une victoire sur les Volsques et les Èques. Il reçut à Rome les honneurs du triomphe. Voir Tite-Live, 4, 29, 4. Que Tubertus ait triomphé sur un char attelé de chevaux blancs est historiquement contestable. C'est le dictateur Camille, lors de son troimphe sur les Véiens en 396, qui semble être le premier à le faire.

Gémeaux... Cancer (6,727). Le 19 juin le soleil sort de la constellation des Gémeaux (5, 694), et entre dans celle du Cancer (1, 313).

culte de Pallas (6,728). En 3, 809-812, à la date du 19 mars, début des Grandes Quinquatries, Ovide signalait l'anniversaire de la dédicace du temple de Minerve sur l'Aventin. Y aurait-il ici, à la date du 19 juin, un rappel ou une duplication de l'anniversaire du temple ? La chose n'est pas claire.

ta bru, Laomédon (6,729). L'Aurore, épouse de Tithon, fils de Laomédon (cfr notamment 1, 461). Nouvelle périphrase, pour désigner le 20 juin.

Summanus... Pyrrhus (6,731-732). Summanus est une divinité, dont la nature n'est pas très claire. Il est lié à Jupiter, mais on ne sait pas s'il représente "un aspect de Jupiter, dissocié ensuite plus ou moins du grand dieu, ou bien un dieu distinct [à l'origine] de Jupiter, confondu ensuite plus ou moins avec lui" (G. Dumézil, La religion romaine archaïque, 1974, p. 209). Si l'on en croit Festus (p. 188 L), il faut l'apaiser après les foudres nocturnes. Quoi qu'il en soit, le 20 juin est la date anniversaire de la dédicace de son temple près du Grand Cirque construit en 278 a.C. au temps de la guerre contre Pyrrhus (sur Pyrrhus, cfr aussi 6, 203).

Galatée (6,733). C'est-à-dire la mer, désignée ici par métonymie par le nom de la plus illustre des Néréides. Les vers 733-734 désignent le soir ou la nuit du 20 juin.

jeune homme... (6,735). Ce jeune homme est Esculape, et la constellation, dont Ovide fixe le lever vespéral au 20 juin, est connue sous plusieurs noms différents : soit Esculape, soit Serpentaire, soit Ophiouchos (en grec "qui tient un serpent", d'où le latin anguitenens). L'histoire de son catastérisme est la suivante. Fils d'Apollon et de la nymphe Coronis et donc petit-fils de Zeus, Asclépios-Esculape était non seulement un dieu guérisseur, mais il lui arrivait de ressusciter les morts, ce dont prit ombrage Hadès, le dieu des enfers. Zeus-Jupiter foudroya son petit-fils, mais finalement, à la demande d'Apollon, il l'éleva au rang des étoiles, tenant un serpent en mains. Ovide ici lui en prête deux. Voir aussi 1, 291-294, et Mét., 2, 633-654; 8, 182, avec la note.

deux serpents (6,736). Généralement, comme le précisent les dénominations grecque et latine, le Serpentaire est censé ne tenir qu'un seul serpent, le symbole d'Esculape lui-même. Ovide ici lui en donne deux. Le poète aurait-il été influencé par le caducée, attribut de Mercure, qui consistait en une baguette surmontée de deux ailes et entourée de deux serpents entrelacés ? Dans le cas de Mercure, les serpents symbolisaient la prudence, la ruse, tandis que les ailes désignaient l'activité et la rapidité. Esculape, pour en revenir à lui, intervient également dans la légende de Phèdre, d'Hippolyte et de Thésée, dont il va être question dans la suite : Esculape avait en effet ressuscité Hippolyte.

Phèdre... Thésée (6,737). Phèdre, s'étant éprise de son beau-fils Hippolyte, un dévôt d'Artémis-Diane qui s'était voué à la chasteté, se vengea de l'indifférence du jeune homme, en l'accusant auprès de son époux Thésée d'avoir voulu abuser d'elle. Thésée maudit et chassa son fils. On trouvera un récit plus détaillé de la légende d'Hippolyte dans les Métamorphoses, 15, 497-547.

Trézène (6,739). Ville d'Argolide, patrie d'origine de Thésée. En chemin, le jeune homme périt dans des conditions atroces. C'est Thésée lui-même qui avait demandé à Poséidon de faire périr Hippolyte.

indignation de Diane (6,745). Artémis-Diane, la déesse vierge, qui exigeait de ses fidèles qu'ils respectent la chasteté et dont Hippolyte était un fidèle dévôt. Hippolyte n'étant pas coupable, l'indignation de la déesse était compréhensible.

fils de Coronis (6,746). Asclépios-Esculape, fils d'Apollon et Coronis.

Glaucus... devin... serpent (6,750-752). Glaucus était un fils de Minos, mort étouffé après être tombé en jouant dans une jarre de miel ; il aurait été ramené à la vie, soit par un devin, Polyidios (Hygin, Fables, 136), soit par Esculape (Hygin, Fables, 49 et Astron., 2, 14, 5). On a un peu l'impression qu'Ovide mêle ici subtilement les deux versions. Quoi qu'il en soit, pour comprendre l'allusion aux deux serpents, il faut connaître quelques détails supplémentaires : le devin, enfermé avec le cadavre de Glaucus dans un caveau, avait vu s'avancer un serpent et l'avait tué ; un autre serpent était venu et avait ressuscité son compagnon avec une herbe, dont le devin se serait servi à son tour pour ressusciter Glaucus. -- La résurrection de Glaucus est également mentionnée dans Métam., 7, 233.

Dictynna (6,755). Dictynna, synonyme ici de Diane, est une déesse crétoise, qui fut identifiée à Artémis-Diane (3, 81note). Après sa résurrection, Hippolyte sera transporté par la déesse dans le bois d'Aricie.

Virbius (6,756). C'est le nouveau nom d'Hippolyte, une fois ressuscité par Esculape et protégé par Diane, dans son bois d'Aricie. Voir 3, 263-266 et surtout Virgile, Énéide, 7, 765-782.

Clymenus... Clotho (6,757). Clymenus, qui est le nom d'un petit dieu grec, désigne ici Pluton-Hadès à qui il fut assimilé. En ce qui concerne le second nom, le texte n'est pas sûr. Certains éditeurs proposent Clotho, d'autres Lachésis : il s'agit en tout cas d'une des trois Parques, qui réglaient la destinée des humains. Esculape sera donc foudroyé par Jupiter, parce que Pluton et les Parques étaient frustrés de voir leur échapper des mortels !

ton fils est dieu (6,761). Apollon n'a plus à se plaindre, puisque son fils Esculape est devenu un dieu, grâce à l'intervention de Zeus, qui s'est donc chargé lui-même de la ressusciter, ce qu'il interdit aux autres de faire.

César (6,763). Ovide s'adresse ici à Auguste.

Flaminius... lac Trasimène... (6,765-768). Le 21 juin est donné ici comme le jour anniversaire de la défaite, en 217 a.C., de l'armée romaine par Hannibal près du lac Trasimène : le consul Caius Flaminius avait méprisé tous les avertissements divins qui lui déconseillaient de livrer bataille. Pour un récit plus complet de cette bataille, voir Tite-Live, 22, 4-7.

Masinissa... (6,769). Le 22 juin est l'anniversaire de la victoire de Scipion et de son allié, le Numide Masinissa, sur Syphax, un autre Numide, près de Cirta, en 203 a.C. Il s'agit toujours des guerres puniques. Cfr Tite-Live 30, 8-9.

Hasdrubal (6,770). Fils d'Hamilcar et frère d'Hannibal, ce général carthaginois n'aurait pas survécu (tué au combat, ou suicidé) à la défaite carthaginoise de 207 a.C. sur le Métaure (en Ombrie). Voir Tite-Live, 27, 49, 4. Ovide est seul, ici comme dans le cas précédent, à donner le jour exact de la victoire romaine.

Fors Fortuna (6,773-774). Le 24 juin (7 jours avant la fin du mois) est un jour de fête en l'honneur de Fors Fortuna, une des nombreuses désignations que connaît à Rome Fortuna (cfr 6, 569 note). C'était l'anniversaire de deux temples qui lui étaient consacrés sur la rive droite du Tibre, le long de la via Portuensis, l'un au premier mille, l'autre au sixième. Le plus proche de la ville était attribué à Servius Tullius; le plus éloigné fut construit en 193 a.C. par le consul Sp. Carvilius.

son origine modeste (6,782). Il s'agit du roi Servius Tullius; il a été question plus haut de ses origines et de ses rapports avec la Fortune (notamment 6, 571-584, et 6, 625-636, chaque fois avec les notes). Rappelons que certaines versions donnaient au roi une origine divine (fils de Vulcain), d'autres une origine beaucoup plus modeste, allant jusqu'à en faire un esclave, fils d'esclave. L'exemple même de Servius montrait toutes les possibilités d'action de Fortuna. D'où l'intérêt des petites gens, voire des esclaves, pour son culte. Ils en attendaient beaucoup.

Orion (6,788). Sur la transformation d'Orion en constellation, voir le long récit d'Ovide en 5, 493-544. Comme c'est souvent le cas pour les données astronomiques fournies par Ovide, la date du 26 juin n'est pas correcte.

cette même date (6,789). Le 26 juin est donné ici comme la date du solstice d'été.

Lares (7, 791). Le 27 juin commémorait la restauration par Auguste d'un temple aux Lares, à la place de l'actuel arc de Titus. Ovide signale à cet endroit des établissements de fleuristes tressant des couronnes; peut-être veut-il simplement mentionner l'existence tout près du temple du Marché aux légumes et aux fleurs (Forum Holitorium). Il a souvent été question des Lares (par ex. 1, 136; 2, 616; 2, 634; 4, 802; 5, 129).

Jupiter Stator (6,793). Lors du combat entre Romains et Sabins aux origines de Rome, Romulus avait promis à Jupiter Stator (= qui arrête) de lui élever un temple s'il mettait fin à la fuite des Romains devant les Sabins (Tite-Live, 1, 12, 5). En réalité, le temple ne fut construit qu'en 294 a.C., suite à un vœu du consul M. Atilius Regulus lors d'une bataille contre les Samnites.

ce jour-là, Quirinus... (6,796-797). Trois jours (il y a trois Parques) avant le 1er juillet, c'est-à-dire le 29 juin, on commémorait la reconstruction par Auguste, en 16 a.C., du temple de Quirinus sur le Quirinal. L'ancien temple à Quirinus a été évoqué en 2, 511-512 : son anniversaire tombait aux Quirinalia du 17 février. Faut-il rappeler ici que Romulus fut divinisé et assimilé à Quirinus, d'où cette allusion à la trabée, manteau royal (1, 37; 2, 503; 6, 375).

Piérides (6,798). Nom donné aux Muses (2, 269).

héros... marâtre... (6,799-800). Ce héros est Hercule. Le 30 juin est l'anniversaire de la dédicace de l'aedes Herculis Musarum, du temple de "l'Hercule des Muses". Il avait été élevé en 187 a.C. par Fulvius Nobilior, près du cirque Flaminius, qui l'avait décoré de statues des neuf Muses, d'où son nom. La marâtre en question est Héra-Junon et il a été question de sa rancoeur en 6, 524 et note. La déesse devra cependant "rendre les armes" et accepter qu'Hercule soit divinisé.

Clio (6,801). La muse de l'histoire (5, 54).

Philippus... Marcia... (6,801-802). Lucius Marcius Philippus est le restaurateur du temple d'Hercule dont il vient d'être question (Suétone, Auguste, 29, 8). Lié par mariage à la famille de Jules César et donc d'Auguste, il était le père de la Marcia, citée par Ovide. Cette Marcia était une cousine d'Auguste (petite-fille d'Atius Balbus et de Julia, la soeur de Jules César; et fille d'Atia Minor) et elle avait épousé Paulus Fabius Maximus, un personnage influent proche d'Auguste et ami d'Ovide (destinataire des Pontiques, 1, 2; 3, 3; 3, 8). Elle semble avoir été liée à la troisième épouse d'Ovide. En ne tarissant pas d'éloges sur Marcia, l'exilé Ovide tenterait ici une démarche voilée pour obtenir sa grâce, si l'on admet que les Fastes ont été remaniés durant la relégation du poète à Tomes.

Ancus (6,803). La gens Marcia prétendait descendre du quatrième roi de Rome, Ancus Marcius, qu'Ovide présente ici comme particulièrement soucieux des pratiques religieuses (cfr Tite-Live, 1, 32, 1-2).

tante maternelle (6,810). Philippus avait épousé successivement les deux filles d'Atius Balbus et de Julie (soeur de Jules César), d'abord Atia Minor, la cadette (mère de Marcia), et, après sa mort, Atia Maior, la mère d'Octave-Auguste.

Alcide (6,812). Hercule. Voir 1, 575 et 2, 318.


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