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ÉNÉIDE, LIVRE X

 

COMBATS - MORTS DE PALLAS,  LAUSUS ET MÉZENCE

Forces en présence - Premiers affrontements (10, 118-361)

 

Retour d'Énée avec des renforts (10, 118-214)

Tandis que les Rutules poursuivent le siège du camp, les Troyens entourant Ascagne organisent au mieux la résistance entre eux et se battent avec acharnement. (10, 118-145)

Énée, ramenant les forces qu'il s'est conciliées chez les Étrusques de Tarchon sur les conseils d'Évandre, fait voile vers son propre camp, accompagné de Pallas. (10, 146-162)

Après une invocation aux Muses, Virgile dresse le catalogue des forces envoyées de différentes cités d'Étrurie, dont Mantoue entre autres, qui se mobilisent contre leur compatriote Mézence et ses alliés Latins. Une flotte de trente navires se porte ainsi au secours des Troyens. (10, 163-214)

Interea Rutuli portis circum omnibus instant

sternere caede uiros et moenia cingere flammis.

Pendant ce temps, les Rutules devant toutes les portes menacent

d'abattre, de massacrer les hommes et d'entourer les murs de flammes.

At legio Aeneadum uallis obsessa tenetur,

nec spes ulla fugae. Miseri stant turribus altis

nequiquam et rara muros cinxere corona

Asius Imbrasides Hicetaoniusque Thymoetes

Assaracique duo et senior cum Castore Thymbris,

De son côté, l'armée des Énéades est assiégée dans ses retranchements,

sans nul espoir de fuite. Les malheureux, debout sur leurs hautes tours,

bien en vain, ont ceint les murs d'une couronne de quelques hommes.

Asius, le fils d'Imbrasus, et Thymétès, le fils d'Hicétaon,

les deux Assaracus, et leur aîné Thymbris avec Castor,

10, 120

prima acies ; hos germani Sarpedonis ambo

et Clarus et Thaemon Lycia comitantur ab alta.

Fert ingens toto conixus corpore saxum,

haud partem exiguam montis, Lyrnesius Acmon,

nec Clytio genitore minor nec fratre Menestheo.

sont en première ligne ; leurs compagnons, les frères de Sarpédon,

Clarus et Thémon, sont tous deux venus de la haute Lycie.

Acmon de Lyrnesse qui, tendant tout son corps,

apporte un énorme roc, pan impressionnant de la montagne,

est tout aussi fort que son père Clytius, que son frère Ménesthée.

10, 125

 Hi iaculis, illi certant defendere saxis

molirique ignem neruoque aptare sagittas.

Ipse inter medios, Veneris iustissima cura,

Dardanius caput ecce puer detectus honestum,

qualis gemma micat, fuluum quae diuidit aurum,

Ils rivalisent pour se défendre, les uns avec des traits, les autres

avec des pierres, pour bouter le feu, pour ajuster arcs et flèches.

Parmi eux, voici le souci le plus légitime de Vénus,

l'enfant dardanien, la tête découverte, pleine de noblesse ;

il a l'éclat d'une gemme sertie dans l'or fauve

10, 130

aut collo decus aut capiti ; uel quale per artem

inclusum buxo aut Oricia terebintho

lucet ebur ; fusos ceruix cui lactea crinis

accipit et molli subnectens circulus auro.

Te quoque magnanimae uiderunt, Ismare, gentes

ornant un collier ou un diadème ; il est étincelant

comme l'ivoire artistement incrusté dans le buis

ou le térébinthe d'Oricos ; sur sa nuque d'un blanc laiteux

se répandent ses cheveux, retenus par un souple anneau d'or.

Toi aussi, Ismarus, les peuples valeureux t'ont vu

10, 135

uolnera dirigere et calamos armare ueneno,

Maeonia generose domo, ubi pinguia culta

exercentque uiri Pactolusque inrigat auro.

Adfuit et Mnestheus, quem pulsi pristina Turni

aggere moerorum sublimem gloria tollit,

diriger tes coups et enduire de venin des roseaux,

toi, noble membre d'une famille de Méonie, où les hommes

cultivent de riches campagnes arrosées d'or par le Pactole.

Il y avait aussi Mnesthée, porté aux nues déjà par la gloire

d'avoir refoulé Turnus loin du talus des murailles,

10, 140

et Capys : hinc nomen Campanae ducitur urbi.

 

Illi inter sese duri certamina belli

contulerant : media Aeneas freta nocte secabat.

Namque ut ab Euandro castris ingressus Etruscis

regem adit et regi memorat nomenque genusque,

ainsi que Capys, qui laissa son nom à une ville de Campanie.

 

Les deux armées avaient mené les combats d'une guerre sauvage,

tandis qu'Énée, en pleine nuit, fendait les flots.

Après avoir quitté Évandre, il pénètre dans le camp étrusque,

approche le roi, dit son nom, sa race, fait part de sa demande

10, 145

quidue petat quidue ipse ferat, Mezentius arma

quae sibi conciliet, uiolentaque pectora Turni

edocet, humanis quae sit fiducia rebus

admonet immiscetque preces : haud fit mora, Tarchon

iungit opes foedusque ferit ; tum libera fati

et de ses propositions ; il l'instruit des forces dont s'entoure Mézence,

et de la violence qui habite le coeur de Turnus ; y mêlant des prières,

il évoque quelle confiance on peut attendre des choses humaines ;

sans hésiter, Tarchon unit ses forces aux siennes,

une alliance est conclue ; alors, affranchie du destin,

10, 150

classem conscendit iussis gens Lydia diuom,

externo commissa duci. Aeneia puppis

prima tenet, rostro Phrygios subiuncta leones,

imminet Ida super, profugis gratissima Teucris.

Hic magnus sedet Aeneas secumque uolutat

la nation lydienne s'embarque et, selon les ordres des dieux,

elle s'en remet à un chef étranger. Le navire d'Énée est en tête,

sa proue semble attelée à des lions phrygiens dominés par l'Ida,

image bien agréable pour les exilés Troyens.

Là siège le grand Énée, qui retourne dans sa tête

10, 155

euentus belli uarios, Pallasque sinistro

adfixus lateri iam quaerit sidera, opacae

noctis iter, iam quae passus terraque marique.

 

Pandite nunc Helicona, deae, cantusque mouete,

quae manus interea Tuscis comitetur ab oris

les issues posiblesde la guerre ; près de lui, à sa gauche,

Pallas l'interroge sur les astres qui les guident dans la nuit noire,

puis bientôt sur les épreuves qu'il endura sur terre et sur mer.

 

Maintenant, déesses, ouvrez l'Hélicon, inspirez mes chants ;

dites quelle  troupe, pendant ce temps, venue des rivages d' Étrurie,

10, 160

Aenean armetque rates pelagoque uehatur.

Massicus aerata princeps secat aequora tigri :

sub quo mille manus iuuenum, qui moenia Clusi

quique urbem liquere Cosas, quis tela sagittae

gorytique leues umeris et letifer arcus.

accompagne Énée, voguant sur la mer.sur des navires équités.

En tête, Massicus fend les flots sur son «Tigre» d'airain ;

sous ses ordres, mille jeunes gens, ayant quitté les murs de Clusium

et la ville de Cosa ; pour armes, ils ont des flèches et,

à l'épaule, de légers carquois et un arc porteur de mort.

10, 165

Vna toruus Abas : huic totum insignibus armis

agmen et aurato fulgebat Apolline puppis.

Sescentos illi dederat Populonia mater

expertos belli iuuenes, ast Ilua trecentos

insula inexhaustis Chalybum generosa metallis.

Avec eux, l'inquiétant Abas : il a une armée tout équipée

d'armes magnifiques et sur sa poupe resplendit un Apollon d'or.

Populonia sa patrie lui avait donné six cents jeunes gens,

guerriers experts, tandis qu'Ilua, l'île généreuse des Chalybes

aux inépuisables mines d'acier, lui en avait fourni trois cents.

10, 170

Tertius ille hominum diuomque interpres Asilas,

cui pecudum fibrae, caeli cui sidera parent

et linguae uolucrum et praesagi fulminis ignes,

mille rapit densos acie atque horrentibus hastis.

Hos parere iubent Alpheae ab origine Pisae,

Le troisième est Asilas, l'illustre interprète des dieux et des hommes,

qui maîtrise les secrets des foies des victimes,  des astres du ciel,

du langage des oiseaux et des feux prophétiques de la foudre ;

il emmène une colonne serrée de mille hommes, hérissée de lances.

C'est Pise, ville  étrusque, originaire des bords de l'Alphée,

10, 175

urbs Etrusca solo. Sequitur pulcherrimus Astur,

Astur equo fidens et uersicoloribus armis.

Tercentum adiciunt mens omnibus una sequendi

qui Caerete domo, qui sunt Minionis in aruis,

et Pyrgi ueteres intempestaeque Grauiscae.

qui les a placés sous ses ordres. Magnifique, Astyr le suit,

Astyr, sûr de son cheval et de ses armes si colorées.

Trois cents hommes l'ont rejoint, tous le suivant d'un même coeur,

envoyés par les gens de Caeré, habitant les campagnes du Minio,

ainsi que par ceux de l'antique Pyrgi et Gravisca à l'orageux climat.

10, 180

Non ego te, Ligurum ductor fortissime bello,

transierim, Cinyre, et paucis comitate Cupauo,

cuius olorinae surgunt de uertice pennae,

crimen, Amor, uestrum formaeque insigne paternae.

Namque ferunt luctu Cycnum Phaethontis amati,

Non, je ne te passerai pas sous silence, Cinyrus, chef des Ligures,

très vaillant guerrier, ni toi, avec ta maigre escorte, Cupavo,

dont le cimier est orné de hautes plumes de cygne,

à la fois reproche, amour des vôtres et rappel de la figure d'un père ;

car, dit-on, Cygnus, à la mort de Phaéthon qu'il aimait, chantait

10, 185

populeas inter frondes umbramque sororum

dum canit et maestum Musa solatur amorem,

canentem molli pluma duxisse senectam,

linquentem terras et sidera uoce sequentem.

Filius, aequalis comitatus classe cateruas,

sous les feuillages des peupliers, à l'ombre des soeurs de son ami,

et consolait de sa muse son douloureux amour ;

il passa  en chantant sa vieillesse chenue couvert d'un souple plumage,

tandis qu'il délaissait la terre et poursuivait les étoiles de son chant .

Son fils, accompagné d'une troupe d'hommes de son âge,

10, 190

ingentem remis Centaurum promouet : ille

instat aquae saxumque undis immane minatur

arduus et longa sulcat maria alta carina.

Ille etiam patriis agmen ciet Ocnus ab oris,

fatidicae Mantus et Tusci filius amnis,

pousse à force de rames son immense « Centaure » :

surplombant les flots, il les menace d'un énorme rocher,

et de sa longue  carène, il sillonne la mer profonde.

Lui aussi  Ocnus, le fils de la prophétesse Mantô

et du fleuve toscan, arrive des rivages de sa patrie,

10, 195

qui muros matrisque dedit tibi, Mantua, nomen,

Mantua, diues auis ; sed non genus omnibus unum :

gens illi triplex, populi sub gente quaterni,

ipsa caput populis, Tusco de sanguine uires.

Hinc quoque quingentos in se Mezentius armat,

il te donna, ô Mantoue, des murailles et le nom de sa mère,

Mantoue, riche d'aïeux, mais pas tous de même race :

elle compte trois branches, constituées chacune de quatre peuples ;

elle en est la capitale, ses forces lui viennent de son sang toscan.

De là aussi Mézence a armé contre lui cinq cents  hommes ;

10, 200

quos patre Benaco uelatus harundine glauca

Mincius infesta ducebat in aequora pinu.

It grauis Aulestes centenaque arbore fluctum

uerberat adsurgens, spumant uada marmore uerso.

Hunc uehit immanis Triton et caerula concha

le Mincius, né du Bénacus, sous ses voiles de roseaux glauques

les emportait au large, sur leur menaçant bateau de pin.

De tout son poids, Aulestès s'avance et, debout, de ses cent rames,

 frappe les flots et couvre d'écume le marbre de l'eau qu'il a retourné.

Le géant Triton le mène, effrayant de sa conque les flots sombres ;

10, 205

exterrens freta, cui laterum tenus hispida nanti

frons hominem praefert, in pristim desinit aluus :

spumea semifero sub pectore murmurat unda.

Tot lecti proceres ter denis nauibus ibant

subsidio Troiae et campos salis aera secabant.

tandis qu'il vogue, sa figure velue jusqu'aux flancs

est celle d'un humain, son ventre finit en une queue de baleine,

et l'onde écumeuse gronde sous sa poitrine à demi sauvage.

Ces chefs d'élite, si nombreux, sur trente navires, se portaient

au secours de Troie, leurs proues d'airain fendant les champs salés.

10, 210

 

Les Nymphes encouragent Énée à combattre (10, 215-286)

Durant la traversée, des nymphes marines, en fait les navires métamorphosés par Cybèle, apparaissent à Énée. L'une d'elles, Cymodocée, le renseigne sur leur métamorphose, sur la situation difficile de son camp assiégé par Turnus, malgré la présence sur place de troupes arcadiennes et étrusques. Puis elle l'exhorte à engager dès l'aube le combat contre les Rutules. Cette apparition encourage grandement le chef troyen. (10, 215-250)

Après une prière à Cybèle, Énée au lever du jour arrive en vue du camp et, de son navire, indique à ses alliés déjà présents dans la plaine les positions à prendre. Les Troyens retranchés, qui ont reconnu leur chef, retrouvent de l'ardeur au combat. (10, 251-266)

Turnus qui, lui aussi a vu la flotte et sait qu'Énée s'approche du rivage, a l'intention d'occuper le terrain le premier pour refouler les envahisseurs
 ; il exhorte ses troupes et en appelle à leur audace. (10, 267-286)

Iamque dies caelo concesserat almaque curru

noctiuago Phoebe medium pulsabat Olympum :

Aeneas neque enim membris dat cura quietem

ipse sedens clauumque regit uelisque ministrat.

Atque illi medio in spatio chorus ecce suarum

Et déjà le jour avait quitté le ciel, et la tendre Phébé,

sur son char nocturne, foulait le milieu de l'Olympe :

Énée, que les soucis ne laissent point en repos,

s'est installé à la barre, et manoeuvre les voiles.

Et au milieu de sa course, se présente le choeur de ses compagnes,

10, 215

occurrit comitum : nymphae, quas alma Cybebe

numen habere maris nymphasque e nauibus esse

iusserat, innabant pariter fluctusque secabant,

quot prius aeratae steterant ad litora prorae.

Agnoscunt longe regem lustrantque choreis,

 les nymphes à qui Cybèle la bienfaisante avait ordonné

d'être les divinités de la mer et de bateaux qu'elles étaient, de se muer

en nymphes ; elles nageaient en bon ordre et fendaient les ondes ;

leur nombre était celui des proues de bronze mouillant jadis près du rivage.

De loin elles reconnaissent leur roi, l'entourent de leurs choeurs dansants ;

10, 220

quarum quae fandi doctissima Cymodocea

pone sequens dextra puppim tenet ipsaque dorso

eminet ac laeua tacitis subremigat undis,

tum sic ignarum adloquitur : «Vigilasne, deum gens,

Aenea ? Vigila et uelis immitte rudentis.

Cymodocée, la plus éloquente d'entre elles, suit le bateau, 

tenant de la main droite la poupe , le dos hors de l'eau,

elle repousse de la main gauche l'onde silencieuse.

Il ignore tout du prodige et elle l'interpelle : « Es-tu éveillé, Énée,

rejeton des dieux ? Reste éveillé et largue l'écoute de tes voiles.

10, 225

Nos sumus, Idaeae sacro de uertice pinus,

nunc pelagi nymphae, classis tua Perfidus ut nos

praecipitis ferro Rutulus flammaque premebat,

rupimus inuitae tua uincula teque per aequor

quaerimus. Hanc Genetrix faciem miserata refecit

Nous voici, pins du mont sacré de l'Ida, les nefs de ta flotte,

à présent nymphes de la mer. Tandis que, dans sa perfidie,

le Rutule nous faisait couler, pressées par le fer et les flammes,

à regret, nous avons rompu tes amarres et, sur la vaste mer,

nous te cherchons. Notre mère, apitoyée, a transformé notre apparence,

10, 230

et dedit esse deas aeuumque agitare sub undis.

At puer Ascanius muro fossisque tenetur

tela inter media atque horrentis Marte Latinos.

Iam loca iussa tenent forti permixtus Etrusco

Arcas eques : medias illis opponere turmas,

nous accordant d'être déesses et de passer notre vie sous les flots.

Cependant le jeune Ascagne, retranché, est retenu dans ses murs

parmi les traits des Latins, rendus effrayants par Mars.

Déjà la cavalerie arcadienne, mêlée de valeureux Étrusques,

occupe les endroits choisis ; Turnus a l'intention bien arrêtée

10, 235

ne castris iungant, certast sententia Turno.

Surge age et Aurora socios ueniente uocari

primus in arma iube et clipeum cape, quem dedit ipse

inuictum Ignipotens atque oras ambiit auro.

Crastina lux, mea si non inrita dicta putaris,

d'interposer ses escadrons, pour les empêcher de rejoindre le camp.

Allons, debout et, dès l'Aurore, sois le premier à ordonner

l'appel aux armes de tes hommes ; prends ton bouclier invincible,

bordé d'un cercle d'or, présent du maître du feu en personne.

La journée de demain, si tu ne juges point vaines mes paroles,

10, 240

ingentis Rutulae spectabit caedis aceruos. »

Dixerat, et dextra discedens impulit altam

haud ignara modi puppim : fugit illa per undas

ocior et iaculo et uentos aequante sagitta.

Inde aliae celerant cursus. Stupet inscius ipse

verra d'énormes monceaux du massacre des Rutules. »

Elle avait parlé et, tout en s'éloignant, de sa main experte,

elle pousse la haute poupe : la nymphe file sur les vagues,

plus rapide que le trait, que la flèche rivalisant avec les vents.

Les autres alors accélèrent leur course. Stupéfait, sans comprendre,

10, 245

Tros Anchisiades, animos tamen omine tollit.

 

Tum breuiter super adspectans conuexa precatur :

« Alma parens Idaea deum, cui Dindyma cordi

turrigeraeque urbis biiugique ad frena leones,

tu mihi nunc pugnae princeps, tu rite propinques

le Troyen, fils d'Anchise, reprend pourtant courage devant ce présage.

 

Alors, contemplant la voûte céleste, Énée fait cette brève prière :

« Bienfaisante Idéenne, mère des dieux, toi qui chéris le Dindyme

et les villes ceintes de tours, et les deux lions de ton attelage,

toi, désormais mon guide au combat, accomplis vite ton augure

10, 250

augurium Phrygibusque adsis pede, diua, secundo. »'

Tantum effatus. Et interea reuoluta rubebat

matura iam luce dies noctemque fugarat :

principio sociis edicit, signa sequantur

atque animos aptent armis pugnaeque parent se.

 comme il se doit et, viens d'un pied favorable, secourir les Phrygiens ».

Il n'en dit pas plus et, pendant ce temps, le jour déjà s'élançait

et le retour de la pleine lumière avait fait fuir la nuit.

Il ordonne d'abord à ses alliés de suivre leurs enseignes,

de centrer leurs pensées sur les armes et de se préparer au combat.

10, 255

Iamque in conspectu Teucros habet et sua castra,

stans celsa in puppi ; clipeum cum deinde sinistra

extulit ardentem. Clamorem ad sidera tollunt

Dardanidae e muris, spes addita suscitat iras,

tela manu iaciunt : quales sub nubibus atris

Et déjà, debout en haut de sa poupe, il a sous les yeux

les Troyens et  leur camp ; de la main gauche aussitôt il soulève

son bouclier étincelant. Une clameur des Dardanides s'élève

des murailles vers les astres ; l'espoir revenu réveille les colères,

les mains lancent des traits ; ainsi sous les sombres nuages,

10, 260

Strymoniae dant signa grues atque aethera tranant

cum sonitu fugiuntque notos clamore secundo.

 

At Rutulo regi ducibusque ea mira uideri

Ausoniis, donec uersas ad litora puppes

respiciunt totumque adlabi classibus aequor.

les grues du Strymon signalent l'orage et voguent à travers l'éther

à grand bruit, fuyant les Notus avec des cris de joie.

 

Mais ce spectacle paraissait étrange au roi rutule et aux chefs ausoniens

quand, se retournant, ils voient les poupes tournées vers le rivage

et la mer entière couverte de vaisseaux glissant vers eux.

10, 265

Ardet apex capiti cristisque a uertice flamma

funditur et uastos umbo uomit aureus ignes :

non secus ac liquida siquando nocte cometae

sanguinei lugubre rubent aut Sirius ardor,

ille sitim morbosque ferens mortalibus aegris,

Une aigrette brille sur la tête d'Énée, et du sommet de son cimier

monte une flamme ; de son bouclier d'or jaillissent de grands éclairs :

c'est ainsi que parfois dans la nuit limpide rougeoient, sinistres,

des comètes couleur de sang, ou que se lève l'ardent Sirius,

apportant la soif et les maladies aux faibles mortels

10, 270

nascitur et laeuo contristat lumine caelum.

Haud tamen audaci Turno fiducia cessit

litora praecipere et uenientis pellere terra.

ultro animos tollit dictis atque increpat ultro

« Quod uotis optastis, adest, perfringere dextra ;

et attristant le ciel d'une lumière inquiétante.

Pourtant l'audacieux Turnus n'a pas renoncé à son assurance,

résolu à occuper  le premier le rivage et à refouler les arrivants.

[Il se met à relever les courages, à invectiver les siens, en ces termes] :

« Voici enfin l'objet de vos voeux : abattre l'ennemi, l'arme au poing.

10, 275

in manibus Mars ipse uiris. Nunc coniugis esto

quisque suae tectique memor, nunc magna referto

facta, patrum laudes. Vltro occurramus ad undam,

dum trepidi egressisque labant uestigia prima.

Audentis Fortuna iuuat. [Piger ipse sibi obstat ]»

C'est Mars même que les héros tiennent dans leurs mains.

Que chacun maintenant se remémore son épouse, sa maison,

les hauts faits, les mérites de ses pères. Vite, courons vers la mer,

tandis que, effrayés à leur sortie, ils s'avancent d'un pas peu assuré.

La Fortune sourit aux audacieux. [Le paresseux s'empêche lui-même] ».

10, 280

Haec ait et secum uersat, quos ducere contra

uel quibus obsessos possit concredere muros.

Sur ces paroles, il se demande quels hommes  mener à l'attaque,

et quels sont ceux à qui il confiera le siège des remparts.

10, 285

 

Débarquement et affrontements indécis (10, 287-361)

Le débarquement des alliés d'Énée s'effectue sans trop de dommages, à l'exception de la perte du navire de l'Étrusque Tarchon. (10, 287-307)

Des combats rudes vont se dérouler sur le rivage entre les forces d'Énée et celles de Turnus. Énée terrasse un bon nombre d'adversaires en combat singulier, mais la lutte reste indécise. (10, 308-361)

Interea Aeneas socios de puppibus altis

pontibus exponit. Multi seruare recursus

languentis pelagi et breuibus se credere saltu,

Pendant ce temps, Énée fait descendre ses hommes des hautes poupes

par des passerelles. Beaucoup guettent le reflux des vagues alanguies,

 pour sauter en confiance où l'eau est peu profonde ; d'autres se laissent

per remos alii. Speculatus litora Tarchon,

qua uada non sperat nec fracta remurmurat unda,

sed mare inoffensum crescenti adlabitur aestu,

aduertit subito proram sociosque precatur :

« Nunc, o lecta manus, ualidis incumbite remis ;

glisser le long des rames. Tarchon a observé sur le rivage un lieu

sans bas-fonds bouillonnants, où la mer vient se briser sans fracas

mais glisse inoffensive vers la côte à la marée montante ;

vite, il y dirige ses proues et insiste auprès de ses compagnons :

« Maintenant, troupes d'élite, penchez-vous sur vos fortes rames,

10, 290

tollite, ferte rates ; inimicam findite rostris

hanc terram, sulcumque sibi premat ipsa carina.

Frangere nec tali puppim statione recuso

arrepta tellure semel. » Quae talia postquam

effatus Tarchon, socii consurgere tonsis

soulevez, emportez vos bateaux ; fendez de vos étraves

cette terre hostile, et que votre carène elle-même y trace un sillon.

Et je veux bien briser ma poupe dans cette rade,

une fois que j'aurai touché cette terre ». Sur ces paroles de Tarchon,

ses compagnons en bloc se lèvent et, à force de rames,

10, 295

spumantisque rates aruis inferre Latinis,

donec rostra tenent siccum et sedere carinae

omnes innocuae, sed non puppis tua, Tarchon.

Namque inflicta uadis dorso dum pendet iniquo,

anceps sustentata diu fluctusque fatigat,

dirigent leurs vaisseaux écumants vers les champs des Latins ;

bientôt les rostres touchent la terre ferme, et les embarcations s'arrêtent,

toutes intactes. Mais ce n'est pas le cas de ta poupe, ô Tarchon :

car elle a heurté des bancs de sable, suspendue à un écueil hostile,

longtemps  en équilibre instable elle vacille, battue par les vagues,

10, 300

soluitur atque uiros mediis exponit in undis

fragmina remorum quos et fluitantia transtra

impediunt, retrahitque pedem simul unda relabens.

 

Nec Turnum segnis retinet mora, sed rapit acer

totam aciem in Teucros et contra in litore sistit.

puis se brise, exposant au milieu des flots les hommes embarrassés

par les débris de rames et les bancs de rameurs à la dérive,

tandis que le reflux de l'eau les ramène en arrière.

 

Et Turnus réagit sans tarder ; plein de fougue, il lance toute son armée

 contre les Teucères, et lui fait prendre position face au rivage.

10, 305

Signa canunt. Primus turmas inuasit agrestis

Aeneas, omen pugnae, strauitque Latinos

occiso Therone, uirum qui maximus ultro

Aenean petit : huic gladio perque aerea suta,

per tunicam squalentem auro latus haurit apertum.

Les clairons sonnent. Le premier à se ruer sur ces bataillons de paysans,

c'est Énée,  heureux présage pour le combat ; il terrassa des Latins,

 après avoir tué Théron, guerrier de haute taille, qui l'avait

personnellement provoqué : de son épée, il lui a percé le flanc,

traversant sa cuirasse d'airain et sa tunique aux écailles d'or.

10, 310

Inde Lichan ferit, exsectum iam matre perempta

et tibi, Phoebe, sacrum : casus euadere ferri

quo licuit paruo ? Nec longe Cissea durum

immanemque Gyan, sternentis agmina claua,

deiecit Leto : nihil illos Herculis arma

Ensuite, il frappa Lichas, arraché à sa mère déjà morte

et qui t'était consacré, ô Phébus : à quoi bon a-t-il pu, 

tout petit échapper aux risques d'une lame ? Non loin de là,

le cruel Cissée et le grand Gyas de leur massue abattaient des armées :

Énée les précipita dans la mort ; rien ne les aida, ni les armes d'Hercule,

10, 315

nec ualidae iuuere manus genitorque Melampus,

Alcidae comes usque grauis dum terra labores

praebuit. Ecce Pharo, uoces dum iactat inertis,

intorquens iaculum clamanti sistit in ore.

Tu quoque, flauentem prima lanugine malas

 ni  la vaillance de leur bras, ni leur père Mélampus,

le fidèle compagnon de l'Alcide, quand il accomplissait sur terre

ses lourds travaux. Tandis que Pharon profère des paroles vaines,

Énée fait tournoyer son javelot qu'il lui fiche dans la bouche qui criait.

Toi aussi, malheureux Cydon, au lieu de poursuivre ton nouvel amour,

10, 320

dum sequeris Clytium infelix, noua gaudia, Cydon,

Dardania stratus dextra, securus amorum,

qui iuuenum tibi semper erant, miserande iaceres,

ni fratrum stipata cohors foret obuia, Phorci

progenies, septem numero, septenaque tela

Clytius, l'enfant aux joues blondes de leur premier duvet,

loin de te soucier des jeunes amants qui toujours t'entouraient,

tu serais étendu, pitoyable, abattu par la main du Dardanien,

si ne lui faisait face une cohorte serrée de frères,

les sept fils de Phorcus, qui lancent chacun leur trait ;

10, 325

coniciunt ; partim galea clipeoque resultant

inrita, deflexit partim stringentia corpus

alma Venus. Fidum Aeneas adfatur Achaten :

« Suggere tela mihi : non ullum dextera frustra

torserit in Rutulos, steterunt quae in corpore Graium

les uns, sans effet, rebondissent sur le casque et le bouclier d'Énée ;

les autres effleurent son corps, mais sont détournés

par sa mère Vénus. Énée dit alors à son fidèle Achate :

« Apporte-moi des javelots : contre les Rutules ma main ne lancera

 en vain aucun de ces traits qui se fichèrent dans le corps des Grecs,

10, 330

Iliacis campis. » Tum magnam corripit hastam

et iacit : illa uolans clipei transuerberat aera

Maeonis et thoraca simul cum pectore rumpit.

Huic frater subit Alcanor fratremque ruentem

sustentat dextra : traiecto missa lacerto

aux plaines d'Ilion. » Alors il saisit une longue pique et la lance :

celle-ci s'envole et transperce le bronze du bouclier de Méon,

et en même temps que sa cuirasse, elle lui fracasse la poitrine.

Son frère Alcanor s'approche de lui et le soutient de la main

tandis qu'il s'écroule : aussitôt une autre pique lui traverse le bras,

10, 335

protinus hasta fugit seruatque cruenta tenorem,

dexteraque ex umero neruis moribunda pependit.

Tum Numitor iaculo fratris de corpore rapto

Aenean petiit ; sed non et figere contra

est licitum, magnique femur perstrinxit Achatae.

s'échappe et toute sanglante poursuit sa trajectoire ; sa main droite,

mourante, reste suspendue à son épaule par des ligaments.

Alors Numitor, avec la pique extraite du corps de son frère, visa Énée :

mais il ne lui fut pas donné non plus d'atteindre le héros ;

l'arme effleura seulement la cuisse du grand Achate.

10, 340

Hic Curibus fidens primaeuo corpore Clausus

aduenit et rigida Dryopem ferit eminus hasta

sub mentum grauiter pressa pariterque loquentis

uocem animamque rapit traiecto gutture ; at ille

fronte ferit terram et crassum uomit ore cruorem.

Puis voici qu'arrive de Cures, avec toute l'assurance de sa jeunesse,

Clausus ; de haut, pressant fortement sa dure pique, il frappe Dryops

sous le menton, pendant qu'il parlait ; et, en un même instant,

lui tranchant la gorge, il lui retire la parole et la vie ;

son front alors heurte le sol et sa bouche vomit un sang épais.

10, 345

Tres quoque Threicios Boreae de gente suprema

et tris, quos Idas pater et patria Ismara mittit,

per uarios sternit casus. Accurrit Halaesus

Auruncaeque manus, subit et Neptunia proles,

insignis Messapus equis. Expellere tendunt

Trois Thraces aussi, issus de la lointaine race de Borée,

ainsi que les trois guerriers envoyés par leur père Idas d'Ismare,

leur patrie, sont abattus, diversement frappés. Halésus accourt,

avec les troupes auronques ; le fils de Neptune s'amène aussi,

Messapus, réputé pour ses chevaux. Chaque groupe, tour à tour,

10, 350

nunc hi, nunc illi ; certatur limine in ipso

Ausoniae. Magno discordes aethere uenti

proelia ceu tollunt animis et uiribus aequis ;

non ipsi inter se, non nubila, non mare cedit ;

anceps pugna diu, stant obnixa omnia contra :

tente de repousser l'autre : on se bat au seuil même de l'Ausonie.

Ainsi sont les vents qui s'affrontent dans l'immense éther,

menant leurs combats avec une ardeur et des forces égales,

ne se cédant mutuellement ni les nuages, ni la mer ;

le combat est longtemps incertain ; tous s'affrontent et résistent ;

10, 355

haud aliter Troianae acies aciesque Latinae

concurrunt ; haeret pede pes densusque uiro uir.

ainsi se rencontrent les armées latines et les armées troyennes,

on lutte pied à pied, et dans des corps à corps serrés.

10, 360

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Notes  (10, 118-361)

Pendant ce temps, etc. (10, 118-147). On a l'impression que ces vers reprennent et prolongent les événements rapportés en 9, 459-818. On se reportera aux observations de J. Perret, Virgile. Énéide, III, 1980, p. 192-3.

couronne (10, 122). Sur le sens de cette « couronne » (corona), cfr 9, 508n.

Asius, etc. (10, 123-129). Sauf pour Thymétès (cfr note suivante), nous ne commenterons pas dans le détail les noms des guerriers troyens ; Virgile s'est souvent inspiré d'Homère (par exemple Asius au vers 123, cfr Iliade, 2, 837, et 16, 716), mais il a aussi puisé dans la géographie (le Thymbris, vers 124, est un fleuve de Bithynie, cfr Liv., 36, 18) , ou dans la mythologie (Castor, au vers 124). Mais certains noms (par exemple Acmon, vers 128) n'ont pas de répondant ailleurs : ce pourraient être des créations virgiliennes. Cette longue énumération de guerriers contribue surtout à mettre en évidence le personnage d'Ascagne qui va être présenté immédiatement après.

Thymétès (10, 123). En 2, 32-34, ce guerrier faisait partie du groupe des Troyens favorables à l'introduction du cheval à l'intérieur des murs, et il fut même le premier à se manifester dans ce sens. Il meurt en 12, 364, tombé de cheval et écrasé sous sa monture ; il fait partie de la longue liste des victimes troyennes de Turnus, qui s'était déchaîné et avait repris le combat après avoir appris la blessure d'Énée.

Clarus et Thémon (10, 126). Ces deux frères sont tués par Turnus en 12, 516.

Lyrnesse (10, 128). Lyrnesse, qu'Homère mentionne plusieurs fois (c'est là qu'Achille enleva Briséis), était une ville de Troade, au sud du mont Ida (cfr 12, 547).

le souci le plus légitime de Vénus (10, 132). C'est Ascagne.

térébinthe d'Oricos (10, 135-6). Le térébinthe ou pistachier est un bois de teinte noire, dur et souple (Pline, 13, 12, 1) ; Oricos est une ville d'Épire, où aboutit Andromaque, après la guerre de Troie.

Ismarus, etc. (10, 139-142). Après la présentation très soignée d'Ascagne, Virgile revient à d'autres guerriers. Ismarus, qui n'est cité qu'ici dans l'Énéide, porte le nom d'une montagne de Thrace, liée à la légende d'Orphée (sur la ville thrace d'Ismare, cfr 10, 351). Le personnage est traité sur plus de trois vers, mais avec des précisions géographiques qui n'orientent pas vers la Thrace. La Méonie en effet est une partie de la Lydie, où coule effectivement le Pactole, réputé pour les paillettes d'or qu'il roulait depuis que Midas s'y était baigné (Ovide, Mét., 11, 85-144). Virgile joue librement avec les noms propres et les réalités qu'ils peuvent évoquer. On aura noté le détail des flèches enduites de poison, dont il a déjà été question en 9, 773.

Mnesthée (10, 143). Mnesthée est un héros troyen d'une tout autre envergure qu'Ismarus. Largement cité dans l'Énéide, il est notamment intervenu en 9, 778-789 lorsque Turnus est enfermé dans le camp troyen.

Capys (10, 145). La ville de Campanie dont Capys passait pour être le fondateur est Capoue. Il a déjà été question de ce personnage en 1, 183, en 2, 35, et en 9, 576.

Énée, etc. (10, 147). On sait par le livre 8 que le héros, en quittant Évandre, est allé rejoindre à Caeré l'armée des Étrusques de Tarchon (8, 585-607) et que Vénus est venue lui apporter là les armes divines (8, 607-731). Au livre 9, il n'a plus été question des activités d'Énée. On va retrouver le héros ici, après l'évocation des opérations qui se prolongent autour du camp troyen. Le vers 147 présente Énée naviguant pour regagner le camp troyen avec la flotte étrusque. Les vers suivants feront un bref retour en arrière pour expliquer au lecteur ce qui s'est passé depuis la fin du chant huit. Les analystes modernes s'interrogent sur la durée exacte de l'absence d'Énée : trois ou quatre jours, pense-t-on (cfr J. Perret, Virgile. Énéide, III, 1980, p. 193-194).

il pénètre dans le camp étrusque, etc. (10, 148-154). Récit, au présent, des événements qui ont dû suivre l'arrivée d'Énée et de ses compagnons au camp de Tarchon, en 8, 606-607. Pour Tarchon, voir par exemple 8, 505, et pour Mézence, 7, 647.

affranchie vis-à-vis du destin, etc. (10, 154-156). Évandre a expliqué à Énée (8, 496-503) qu'un oracle avait interdit aux Étrusques, la nation venue de Lydie, d'obéir à un chef italien, leur prescrivant de prendre un chef venu de l'étranger. Énée sera ce chef.

Le navire d'Énée (10, 156). À la lecture de 8, 546-551, on avait cru comprendre qu'Énée avait rejoint par terre l'armée de Tarchon, accompagné de l'élite de ses compagnons troyens et de renforts arcadiens, tout le groupe étant à cheval. Énée semblait avoir renvoyé à Ascagne les deux bateaux qui avaient amené les Troyens à Pallantée et qui avaient donc reconduit au camp les hommes non sélectionnés pour le voyage en Étrurie. On ne voit donc pas très bien ce que Virgile entend par « le navire d'Énée ». Il serait possible de comprendre qu'Énée est monté sur le vaisseau amiral étrusque pour conduire la flotte et que ce bateau est ainsi devenu « le navire d'Énée », mais la décoration de la proue semble en faire un bateau typiquement troyen.

sa proue, etc. (10, 157-158). Des lions et l'image d'une montagne décorent la proue de ce navire ; cet ensemble évoque d'une part les lions tirant le char de Cybèle, la Phrygienne, déesse protectrice des Troyens, d'autre part le mont Ida, également en Phrygie, où les Troyens avaient trouvé les arbres pour construire leurs navires (9, 80-83). Ou bien Virgile, par une légère incohérence par rapport au récit du chant 8, imagine qu'Énée monte ici son propre navire ; ou bien il s'agit d'un navire étrusque dont la décoration, peut-être de signification autre, aurait rappelé aux Troyens Cybèle, la Phrygie et l'Ida. À moins que les Étrusques aussi n'aient vénéré Cybèle et n'aient orné de ses attributs les proues de leurs navires.

à sa gauche, Pallas (10, 160-161). Pallas, le fils d'Évandre, parti avec Énée (8, 558-584), est à la gauche du héros, laissant à ce dernier la place d'honneur ( cfr Horace, Ep., I, 6, 50 ; Sat., II, 5, 17).

déesses, ouvrez l'Hélicon (10, 163-165). Avant de dresser le catalogue des forces étrusques, Virgile invoque les Muses, comme il l'avait fait (7,641-646) avant le dénombrement des forces italiennes. L'Hélicon est une montagne de Béotie consacrée à Apollon et aux Muses.

Massicus (10, 166). L'Étrusque Massicus n'est cité qu'ici.

son « Tigre » (10, 166). Les bateaux étaient désignés par le nom de la figure qui ornait leur proue, par exemple, la « Baleine », la « Chimère », le « Centaure », la « Scylla » (5, 114-123).

Clusium (10, 167). Clusium, actuellement Chiusi, une des douze métropoles d'Étrurie, aurait joué un rôle important dans l'histoire primitive de Rome. C'est d'elle que serait venu le roi Porsenna. C'est également un homme de Clusium, Arruns, qui aurait été à l'origine de la descente des Gaulois en Italie (Liv., 5, 33). La ville de Chiusi a livré des tombes et beaucoup d'inscriptions.

Cosa (10, 168). Cosa, aujourd'hui Ansedonia, était située sur la côte, à quelque six kilomètres au sud-est de Orbetello. On n'a rien retrouvé de la ville étrusque de Cusi, qui pourrait se trouver sur le site de Orbetello. Les restes actuels de Cosa sont ceux de la colonie latine, fondée en 273 a. C. n.

Abas (10, 170). Abas l'Étrusque (à ne pas confondre avec Abas le Troyen, cité en 1, 222 ; 1, 612 et passim) sera tué par Lausus en 10, 427-428, où son comportement explique l'adjectif « farouche » (toruus) qui le qualifie ici.

sur sa poupe (10, 171). C'était donc une statue d'Apollon qui décorait la poupe de son navire. On a déjà rencontré à plusieurs reprises des allusions à ces décorations de poupe ou de proue. Cfr les notes aux vers 10, 157-158 et 166.

Populonia... Ilua (10, 172-173). Populonia était une cité étrusque sur la côte, à la pointe du cap Faleria (aujourd'hui pointe de Piombino) en face de l'île d'Ilua, l'île d'Elbe actuelle. Ces deux sites étaient réputés pour leurs activités métallurgiques et minières au temps des Étrusques, d'où l'évocation des Chalybes qui suit immédiatement.

Chalybes (10, 174). Les Chalybes étaient un peuple de la côte sud-est du Pont, réputé pour ses mines de fer et pour le traitement de ce métal, à tel point que le terme chalybs, chalybis est utilisé en latin pour désigner le fer, l'acier, ou des masses forgées dans ce métal. Le mot a déjà été rencontré en 8, 421 dans l'évocation du travail des Cyclopes.

Asilas (10, 175-177). Comme pour le nom Abas (10, 170), Asilas a été utilisé par Virgile pour désigner des personnages différents. Asilas l'Étrusque, qui n'est cité qu'ici, ne doit pas être confondu avec Asilas le Troyen (11, 620) ni Asilas le Rutule (9, 571). De l'Asilas étrusque, Virgile fait un haruspice, lisant l'avenir dans le foie des victimes, dans les astres, dans la foudre, etc.

Pise... Alphée (10, 175-180). Pise, importante ville d'Étrurie, passait pour être une colonie de Pise, en Élide, ville arrosée par l'Alphée.

Astyr- Caeré - Minio - Pyrgi - Gravisca (10, 180-184). À ce chef étrusque Astyr, qui n'est cité que dans ce passage, Virgile donne un nom grec. Astyr amène avec lui trois cents hommes en provenance de Caeré, Pyrgi et Gravisca. Caeré est la ville étrusque près de laquelle Tarchon avait installé son camp (8, 597-599). Pyrgi (moderne Santa Severa) servait de port à Caeré : le lieu est célèbre pour les tablettes d'or et les sanctuaires étrusques archaïques qu'on y a découverts. Le Minio, aujourd'hui Mignone, se jette dans la mer Tyrrhénienne, un peu au nord de l'actuelle Cività Vecchia. Quant à Gravisca, où ont été retrouvés les restes d'un sanctuaire grec archaïque, elle servait de port à Tarquinies. D'après Servius, s'appuyant sur Caton, elle devrait sa réputation d'insalubrité à son nom, ses habitants souffrant de la lourdeur de l'air (grauem aerem). Bel exemple, parmi tant d'autres, de la fantaisie étymologique des Anciens.

Cynirus, chef des Ligures (10, 185). Au IIIe siècle av. J.-C., les Ligures vivaient dans l'angle nord-ouest de la péninsule italique, le long des côtes, du Rhône à l'Arno, et à l'intérieur du pays, jusqu'à la Durance et aux montagnes au sud du Pô. Ils étaient alors les voisins et les alliés des Celtes. Ils furent progressivement soumis à Rome et, dans la réorganisation augustéenne, la Ligurie forma une des régions d'Italie. Le chef qui leur est donné ici, Cynirus, n'est pas autrement connu. Il faut dire que le texte des manuscrits est peu sûr.

Cupavo... Cycnus (10, 186-197). Cupavo semble être un personnage inventé par Virgile, qui le présente comme le fils de Cycnus, un roi de Ligurie, parent ou ami de Phaéton. Cycnos est le nom du cygne en grec. Selon la légende, suivie ici par Virgile, Cycnus aurait été tellement affligé par la mort de Phaéton, qu'Apollon, pris de pitié, l'aurait transformé en cygne. Voir aussi Ovide, Mét., 12, 64-145.

à la fois reproche, etc. (10, 188). Le vers, énigmatique, est d'interprétation difficile. On suit ici celle de J. Perret, Virgile. Énéide, III, 1980, p. 197 : « Ces plumes sur la tête, dit le poète s'adressant à Cupavo, sont à la fois un reproche (que tu élèves contre les dieux), un témoignage de l'amour que dans ta famille toi et les tiens et plus particulièrement ton père et toi vous portez aux vôtres (Cycnus inconsolable de la mort de son ami, Cupavo en deuil de son père et reprenant à son compte le deuil dont mourut son père), un rappel de la forme de son père ». P. Veyne (Virgile Énéide, 2012, p. 316) propose autre chose : comme traduction, « elles accusent votre amour et rappellent la forme prise par ton père », avec une note 2 : « Ces plumes évoquent le père de Cupavo, Cycnus... et son amour blâmable pour Phaéton. Pourquoi l'amour de Cycnus pour Phaéton est-il blâmable ? C'est Cupavo qui fait griel à cet amour malheureux d'avoir fait dépérir de chagrin son père Cycnus, après le trépas de Phaéton tombant du char du Soleil ». Le lecteur choisira.

Phaéthon (10, 189). Phaéthon (ou Phaéton) était le fils du Soleil, mais avait ignoré cette filiation pendant son enfance ; en guise de preuve de cette origine, il voulut obtenir la permission de conduire le char du Soleil. Ce dernier, après bien des hésitations et des recommandations, y consentit et laissa les rênes des chevaux à son fils. Mais Phaéthon, effrayé par l'altitude et les animaux du Zodiaque, prit peur. Quittant la trajectoire qui lui avait été tracée, tantôt il descendait trop près de la terre qu'il menaçait de brûler, tantôt il s'élevait trop près des astres qui se plaignirent à Zeus ; celui-ci, pour éviter une catastrophe générale, foudroya le jeune Phaéthon, et le précipita dans le fleuve Éridan, identifié au Pô dans certains récits légendaires. Cfr aussi Énéide, 5, 105 et Ovide, Mét., 2, 1-366.

des soeurs de son ami (10, 190). Les soeurs de Phaéthon, les Héliades, avaient recueilli son cadavre, et l'avaient tellement pleuré sur les bords de l'Éridan qu'elles furent métamorphosées en peupliers (cfr Ovide, Mét., 2, 367 ss).

son fils (10, 194). Cupavo.

« Centaure » (10, 195). Une figure de « Centaure » à la proue du navire lui donne son nom ; vraisemblablement ce Centaure tenait dans les bras un bloc de pierre, qu'il semblait vouloir lancer dans la mer. Sur ces figures de proue, susceptibles de donner leur nom à des navires, on se souviendra des régates du chant 5, 115ss, où concourraient les bateaux appelés « Pristis », « Chimère », « Centaure » et « Scylla ».

Ocnus, etc. (10, 198-200). Virgile évoque ici Mantoue, en Gaule Transpadane, dont il est originaire. Selon lui, le fondateur de la ville est Ocnus (autre graphie : Aucnus), lequel a pour père « le fleuve toscan », c'est-à-dire le Tibre, et pour mère, Mantô « la prophétesse ». Mais d'autres textes font d'Ocnus un fils de Faunus, le fondateur de Bologne, tandis que la fondation de Mantoue est attribuée à un certain Bianor, qui avait pour père le Tibre et pour mère Mantô, fille de Tirésias et dotée comme lui du don de la prophétie. Bref, tout n'est pas clair : Ocnus et Bianor pourraient être identiques, ou avoir été confondus.

Mantoue, riche en aïeux, etc. (10, 201-203) . Les trois vers sont énigmatiques, et ont donné lieu à plusieurs tentatives d'explication. La formule « riche en aïeux » renverrait, selon Servius, aux divers peuples (Thébains, Étrusques, Gaulois, voire Vénètes) qui auraient successivement occupé et agrandi la ville, tandis que des commentateurs modernes y voient une allusion aux différents fondateurs que la tradition attribuait à la ville : on a déjà parlé d'Ocnus et de Bianor, mais Tarchon est également cité dans ce rôle. La suite, où il est question de trois branches (en latin gens... triplex) et de quatre peuples est plus difficile encore à interpréter. G. Dumézil par exemple a proposé de reconnaître, dans la mention gens triplex, une influence de la tripartition fonctionnelle indo-européenne ; on a aussi pensé que le texte faisait allusion aux douze lucumonies étrusques qui auraient eu Mantoue à leur tête.

le Mincius, né du Bénacus (10, 205-206). Le Mincius (aujourd'hui Mincio) est un fleuve de la Gaule Transpadane, qui prend sa source dans le lacus Benacus (aujourd'hui le Lac de Garde). Il s'agit à nouveau d'une figure de proue, qui représentait le dieu personnifié du fleuve, voilé de roseaux.

Aulestès (10, 207). Aulestès est, dans la légende, le nom du frère d'Ocnus (Aucnus), dont Virgile avait fait le fondateur de Mantoue (10, 200). Aulestès, pour sa part, était présenté comme le fondateur de Pérouse.

Triton (10, 209). Le navire d'Aulestès est appelé Triton, parce que sa proue est ornée d'une figure de Triton, un de ces dieux marins, faisant partie du cortège de Poséidon (cfr 5, 824). Ils sont souvent représentés soufflant dans des conques leur servant de trompe (cfr l'épisode de Misène en 6, 162-174). Le haut de leur corps était celui d'un homme, et le bas avait la forme d'un poisson, ici une baleine.

Troie (10, 214). Non pas la ville de Troade, mais le camp troyen installé à l'embouchure du Tibre et assiégé par Turnus.

Phébé (10, 216). Phoebé, en grec « la brillante », désigne ici la Lune, censée se déplacer sur un char, comme le Soleil.

le choeur de ses compagnes, etc. (10, 219-231). C'est la suite de l'épisode de la métamorphose des vaisseaux troyens, racontée en 9, 77-122.

Cybèle (10, 220). Il en a déjà été question à plusieurs reprises, sous différentes épiclèses, par exemple la Bérécyntienne (9, 82) ou la Mère des dieux (9, 109), ou encore la mère idéenne (10, 252) ; mais c'est ici le seul passage où Virgile lui donne son nom grec et orgiastique de Cybebe.

Cymodocée (10, 225). C'est un nom grec qu'on rencontre notamment chez Homère (Iliade, 18, 39) et chez Hésiode (Théogonie, 252). Ailleurs, en 5, 826, et Géorgiques, 4, 338, Virgile l'avait attribué sous la forme de Cymodocé à une Néréide. Silius Italicus (7, 427) fera plus tard de Cymodocé l'aînée des nymphes italiennes.

Es-tu éveillé, Énée, etc. (10, 228-229). Selon Servius, Virgile utilise une formule rituelle que les Vestales adressaient au roi romain des sacrifices lors de certaines cérémonies : Vigilasne rex? Vigila.

largue l'écoute de tes voiles (10, 229). Le texte n'est pas facile à comprendre. Comme l'explique A. Bellesort, Virgile. Énéide, 2, 1941, p. 123 n. 1, « l'expression soulève une difficulté. En 8, 708, Cléopâtre 'lâche ses cordages', c'est-à-dire les cargues qui tenaient les voiles serrées pendant le combat : elle déploye ainsi ses voiles pour fuir. Mais ici les voiles sont déjà dehors (vers 218). S'agit-il de larguer, non plus les cargues, mais les écoutes ? Ce faisant, Énée, loin d'accélérer sa marche, la ralentira ». J. Perret, Virgile. Énéide III, 1980, p. 201, développe cette interprétation : « Il s'agit bien des écoutes qui fixent au bordage le bas de la voile. Les larguer a pour effet de ralentir le bateau [...] Cymodocée suppose qu'Énée somnole après avoir fixé ses voiles pour prendre le vent au maximum ; elle rattrape le bateau mais, comme elle a à parler à Énée, elle lui demande d'écarter tout assoupissement et de ralentir un peu son allure. Une fois son discours terminé, elle rend vivement un bon élan au bateau qu'elle avait un temps retardé (10, 246-248) ». Nous suivrons l'interprétation et la traduction de J. Perret. Paul Veyne traduit  (p. 318) : « Sois en éveil, et lâche des ris à tes voiles. », avec la note : « pour offrir plus de voile au vent et aller plus vite ».

pins du mont sacré de l'Ida (10, 230). Cfr 9, 85-87.

le Rutule (10, 232). C'est Turnus qui, furieux de ne pouvoir pénétrer dans le camp des Troyens, avait ordonné de mettre le feu aux bateaux (9, 69-76).

notre mère (10, 234). Cybèle, la mère des dieux, mais aussi la mère de l'Ida, et des nymphes-bateaux.

Mars (10, 237). Le dieu de la guerre a rendu les Latins enragés.

la cavalerie arcadienne, etc. (10, 238-239). On doit supposer qu'une partie des effectifs fournis par Évandre, puis par Tarchon, étaient arrivés par voie de terre, et avaient occupé des positions fixées par Énée, lequel pourtant ignorait que le camp était assiégé. Ce n'est pas très clair.

ton bouclier invincible (10, 242-243). C'est le bouclier forgé par Vulcain à la demande de Vénus. Cfr 8, 369-454.

Bienfaisante Idéenne, mère des dieux (10, 252-255). Autre épiclèse de Cybèle, adorée sur l'Ida, dont fait partie le Dindyme (9, 618).

grues du Strymon (10, 265). Le Strymon (aujourd'hui Strouma) est un fleuve de Thrace, coulant du nord vers le sud, pour se jeter dans la mer Égée. La comparaison est inspirée d'Homère, Iliade, 3, 3-6, où les Troyens s'avancent « avec des cris, des appels pareils à ceux des oiseaux. On croirait entendre le cri qui s'élève devant le ciel, lorsque les grues, fuyant l'hiver et ses averses de déluge, à grands cris prennent leur vol vers le cours de l'Océan » (trad. P. Mazon). Lucrèce aussi (4, 181-182) fait intervenir « ces cris lancés par les grues dans les nuages éthérés que l'Auster nous apporte » (trad. A. Ernout). Virgile fait également allusion à la grue du Strymon en 11, 580, et donne le nom de Strymonius à un guerrier troyen en 10, 414.

Notus (10, 266). Le Notus, appelé Auster en latin, est le nom grec d'un vent du sud, porteur de nuages et annonciateur de pluies.

Une aigrette, etc. (10, 270-271). L'évocation de l'apparition d'Énée peut avoir été inspirée par Homère (Iliade, 5, 3-7), qui décrit ainsi l'entrée en scène de Diomède : « Pallas Athéné veut qu'il se distingue entre tous les Argiens et remporte une noble victoire. Sur son casque et son bouclier, elle allume un feu vivace. On dirait l'astre de l'arrière-saison, qui resplendit d'un éclat sans rival, quand il sort de son bain dans les eaux d'Océan. Tout pareil est le feu que Pallas lui allume sur le chef et sur les épaules » (trad. P. Mazon). On songera aussi à la double aigrette de feu qui apparaît sur la tête d'Auguste dans la description virgilienne de la bataille d'Actium sur le bouclier d'Énée (8, 680).

comètes (10, 272). L'apparition d'une comète était généralement perçue par les Anciens comme un signe de mauvais augure.

Sirius (10, 273-275). La constellation du Chien, ou Sirius, visible à la fin de juillet, annonçait la canicule, dont la chaleur torride risquait d'entraîner maladies et épidémies. Comme l'écrit J. Perret (Virgile. Énéide, III, 1980, p. 33, n. 1), « Virgile a accentué le caractère sinistre de l'apparition d'Énée », sinistre pour ses ennemis bien sûr.

Il se met à relever, etc. (10, 278). Ce vers est omis par une partie de la tradition manuscrite.

l'objet de vos voeux (10, 279). C'est-à-dire un vrai combat sur le terrain ; jusqu'alors, les Troyens, malgré les provocations de Turnus, s'étaient retranchés dans leur camp, refusant tout engagement.

Mars (10, 280). Les braves ont Mars, l'incarnation de l'esprit guerrier, dans leurs mains, et pas sur leurs langues ou dans leurs pieds, comme le dira Turnus à Drancès en 11, 389 : « Pourquoi tardes-tu ? Ou bien Mars, chez toi, ne sera-t-il jamais que sur ta langue agile comme le vent, et dans tes pieds prompts à la fuite ? »

La Fortune sourit aux audacieux (10, 284). Il s'agit d'un vieux proverbe : fortes Fortuna iuuat, qu'on trouve par exemple chez Térence (Phormion, 1, 4, 16) et chez Cicéron (Tusculanes, 2, 4, 11). Mais c'est la formulation virgilienne qui est restée célèbre.

Le paresseux se fait obstacle à lui-même (10, 284). Ce second hémistiche est absent de toute la tradition manuscrite, et on peut supposer que le vers était incomplet. Mais il se fait que Sénèque (Lettres à Lucilius, 94, 28), immédiatement après avoir cité le passage virgilien, donne un autre adage en quatre mots (Piger ipse sibi obstat), qui pourrait en être le complément et que certains éditeurs introduisent dans le texte.

le long des rames (10, 290). Des rames qu'ils ont au préalable enfoncées dans le sable du rivage et le long desquelles ils se laissent glisser.

Tarchon (10, 291). On en a déjà parlé à plusieurs reprises. C'est le chef de l'armée étrusque rassemblée à Caeré. Cfr par exemple 8, 505 et 8, 603.

ce n'est pas le cas de ta poupe, ô Tarchon (10, 302-307). Cet accident n'est évidemment pas de bon augure, mais dans l'ensemble le débarquement est une réussite. Dans le détail de la destruction du navire de Tarchon, les intentions de Virgile ne sont pas claires. Veut-il marquer ainsi, comme le pense J. Perret (Virgile. Énéide, III, 1980, p. 204), que les Étrusques ne sont pas chez eux dans le Latium ?

bataillons de paysans (10, 310). On se rappelle la levée des paysans latins en 7, 573, après l'épisode du cerf de Silvia, blessé par Ascagne. Voir aussi 8, 8.

Théron (10, 312). Un nom grec imaginé par Virgile pour un guerrier, inconnu par ailleurs.

Lichas (10, 315-316). Lichas est un autre nom grec, pour désigner un autre guerrier, qui n'apparaît qu'ici. La suite du texte montre qu'il était né par césarienne. D'après Servius, les enfants nés de cette manière étaient consacrés au dieu de la médecine, Phébus-Apollon.

Cissée... Gyas... Mélampus (10, 317-322). Noms d'origine grecque attribués par Virgile à des guerriers latins ou rutules, qui n'apparaissent qu'ici dans l'Énéide, et qui sont mis en rapport avec la figure d'Hercule. Gyas toutefois sert aussi pour désigner un Troyen, compagnon d'Énée, qui intervient surtout dans le livre des Jeux (5, 118, 152, 160, 167, 169, 184, 223). Quant à Mélampus, il porte le nom d'un héros de la mythologie grecque, à la fois devin et médecin. Virgile puise à plusieurs sources pour créer les personnages de son histoire.

les armes d'Hercule (10, 320). La massue était l'arme caractéristique d'Hercule, surnommé l'Alcide, c'est-à-dire le descendant d'Alcée, son grand-père.

Pharon (10, 322-323). Nom d'origine grecque pour désigner un guerrier qui n'est cité qu'ici.

Cydon... Clytius (10, 324-327). Deux Latins (ou Rutules) imaginés par Virgile, et cités ici seulement, même si ces noms se retrouvent ailleurs pour désigner des Troyens (Clytius en 9, 774 ; 10, 129 et 11, 666) ou un Crétois (Cydon, en 12, 858).

Phorcus (10, 328-329). Phorcus est un dieu marin, fils d'Océan et de Terre, frère de Nérée, et père de divers enfants, dont le monstre marin Scylla, les Grées, les Hespérides. Cette figure mythologique prête son nom à Virgile pour désigner le père de guerriers redoutables, qui s'opposent vigoureusement à Énée.

sa mère Vénus (10, 333). Contrairement à la volonté exprimée au début du chant par Jupiter (10, 104-113), Vénus est donc intervenue en faveur de son fils.

Achate (10, 332). Compagnon et écuyer d'Énée, généralement qualifié de « fidèle ».

Méon... Alcanor... Numitor (10, 335-344). Il s'agit de trois des sept fils de Phorcus cité au vers 329. Leurs noms sont empruntés à des sources diverses, entre autres (pour Numitor) à la dynastie albaine.

Cures... Clausus (10, 345). Cures est une ville de la Sabine, présentée comme la patrie de Numa Pompilius, le deuxième roi de Rome. C'est de la région de Cures aussi que serait venu s'établir à Rome, après l'expulsion des Tarquins, le Sabin Clausus avec sa famille et 5.000 clients. Il s'intégrera très bien à Rome, changera son nom en celui de Claudius, deviendra consul et sera l'ancêtre de la gens Claudia, très célèbre à l'époque historique et singulièrement à partir d'Auguste (les Julio-Claudiens). Virgile a donné le nom de ce personnage historique au guerrier sabin qui fait partie de l'armée des Italiens (cfr 7, 706-722).

Dryops (10, 346). Virgile donne à Dryops, un guerrier troyen, le nom des Dryopes, un peuple de Thessalie cité aussi en 4, 146.

Thraces (10, 350). Les Thraces ici combattent avec les Troyens.

Borée (10, 350). Borée désigne à la fois le vent du nord et le dieu qui le personnifie. Il est censé habiter la Thrace, le pays froid par excellence pour les Grecs, et est présenté ici comme un lointain ancêtre des Thraces.

Idas... Ismare (10, 351). Un Idas, déjà tué en 9, 575, est peut-être un simple homonyme du père de ces trois infortunés originaires de la ville thrace d'Ismare. Une montagne de Thrace s'appelle aussi Ismarus (cfr 10, 139 et la note).

Halésus (10, 352). Halésus est un héros italique, fondateur des Falisques de Faléries, en Étrurie. Il occupe une place importante dans le Catalogue des Italiens (7, 723-732), et est abondamment cité dans le livre 10 (ici ainsi qu'en 411, 417, 422). Certaines traditions le lient à Agamemnon. Originaire d'Argos, il serait venu en Italie au temps de la guerre de Troie. Ennemi d'Énée, il prend parti pour Turnus, et sera tué par Pallas.

troupes auronques (10, 352-353). Il a déjà été question des Auronques (les vieillards auronques) au livre 7, 206, lorsque Latinus explique aux Troyens la préhistoire de l'Italie, et dans ce même livre 7, dans le Catalogue des Italiens, aux vers 727 et 795. On les retrouve encore en 11, 318 et en 12, 94.

Messapus (10, 353-354). Un des grands personnages de l'armée des Italiens, en 7, 691-705.

Ausonie (10, 356). Un des noms de l'Italie en poésie.


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