Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant V (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante


ÉNÉIDE, LIVRE V

 

ESCALE EN SICILE. JEUX FUNÈBRES

Retrouvailles - Hommage à Anchise (5, 1-113)

 

Troyens accueillis en Sicile (5, 1-41)

Énée vogue résolument vers l'Italie, malgré les mauvais pressentiments que suscite la vue de flammes sur les remparts de Carthage. En pleine mer, Palinure le pilote suggère de gagner la Sicile proche, vu la menace d'une tempête (5, 1-25).

Énée est convaincu d'emblée, d'autant que des souvenirs chers l'attachent à la Sicile. La flotte aborde joyeusement à Drépane, où le Troyen Aceste réserve à ses compatriotes un accueil chaleureux (5, 26-41).

Interea medium Aeneas iam classe tenebat

certus iter fluctusque atros Aquilone secabat

moenia respiciens, quae iam infelicis Elissae

conlucent flammis. Quae tantum accenderit ignem

Pendant ce temps, Énée, en pleine mer déjà, avec sa flotte

fendait résolument les flots assombris par l'Aquilon,

regardant derrière lui les remparts de l'infortunée Élissa,

éclairés par des flammes. Pourquoi avoir mis le feu à un pareil brasier,

5, 1

causa latet ; duri magno sed amore dolores

polluto, notumque furens quid femina possit,

triste per augurium Teucrorum pectora ducunt.

Vt pelagus tenuere rates nec iam amplius ulla

occurrit tellus, maria undique et undique caelum,

on l'ignore ; mais les dures souffrances d'un grand amour brisé

et l'expérience de ce que peut une femme en proie au délire

provoquent dans les coeurs des Teucères de tristes pressentiments.

Dès que les navires eurent gagné le large, sans désormais

aucune terre en vue mais uniquement et partout le ciel et la mer,

5, 5

olli caeruleus supra caput astitit imber

noctem hiememque ferens et inhorruit unda tenebris.

Ipse gubernator puppi Palinurus ab alta :

« Heu quianam tanti cinxerunt aethera nimbi  ?

Quidue, pater Neptune, paras ? » Sic deinde locutus

au-dessus de leurs têtes s'arrêta une sombre nuée,

chargée de nuit et d'orage, et la mer se couvrit de ténèbres.

Le pilote Palinure lui-même cria du haut de la poupe :

« Pourquoi ces nuages si lourds ont-ils investi le ciel ?

Que prépares-tu donc, seigneur Neptune ? » Puis, sur ces paroles,

5, 10

colligere arma iubet ualidisque incumbere remis,

obliquatque sinus in uentum ac talia fatur :

« Magnanime Aenea, non, si mihi Iuppiter auctor

spondeat, hoc sperem Italiam contingere caelo.

Mutati transuersa fremunt et uespere ab atro

il ordonne de resserrer les voiles, de se rabattre sur les fortes rames,

puis de biais il présente au vent ses voiles pliées, en disant :

« Magnanime Énée, même si Jupiter m'offrait sa garantie,

non, je n'espérerais pas, sous un tel ciel, atteindre l'Italie.

Les vents ont tourné, mugissant sur nos flancs,

5, 15

consurgunt uenti, atque in nubem cogitur aer.

Nec nos obniti contra nec tendere tantum

sufficimus. Superat quoniam Fortuna, sequamur,

quoque uocat uertamus iter. Nec litora longe

fida reor fraterna Erycis portusque Sicanos,

surgissant du sombre Couchant, et l'air se condense en nuages.

Et nous, malgré nos efforts, nous ne parvenons ni à leur résister

ni même à tenir le cap. Puisque la Fortune est souveraine, suivons-la,

et tournons-nous là où elle nous appelle. Du reste, à mon avis,

les rivages sûrs d'Éryx ton frère et les ports de Sicanie ne sont pas loin,

5, 20

si modo rite memor seruata remetior astra. »

 

Tum pius Aeneas : « Equidem sic poscere uentos

iamdudum et frustra cerno te tendere contra.

Flecte uiam uelis. An sit mihi gratior ulla,

quoue magis fessas optem dimittere nauis,

si j'ai bon souvenir des distances calculées sur les astres observés naguère. »

 

Alors le pieux Énée : « C'est assurément ce qu'exigent les vents

et, depuis un moment déjà, je te vois en vain lutter contre les éléments.

Change de direction, hisse les voiles. Pourrait-il être à mes yeux

coin plus agréable ou havre plus désirable pour mes navires épuisés

5, 25

quam quae Dardanium tellus mihi seruat Acesten

et patris Anchisae gremio complectitur ossa ? »

Haec ubi dicta, petunt portus et uela secundi

intendunt Zephyri ; fertur cita gurgite classis,

et tandem laeti notae aduertuntur harenae.

que cette terre qui par bonheur pour moi héberge le Dardanien Aceste,

et qui renferme en son sein les ossements de mon père Anchise ? »

Sur ces paroles, on tend vers le port ; des Zéphyrs favorables

gonflent les voiles ; un remous rapidement emporte la flotte ;

et finalement, on accoste  joyeusement sur une plage familière.

5, 30

At procul ex celso miratus uertice montis

aduentum sociasque rates occurrit Acestes,

horridus in iaculis et pelle Libystidis ursae,

Troia Criniso conceptum flumine mater

quem genuit. Veterum non immemor ille parentum

D'ailleurs, ayant observé de loin, du haut d'un mont élevé,

l'arrivée de vaisseaux amis, Aceste, court à leur rencontre,

hérissé de javelots et revêtu de la peau d'une ourse de Libye ;

la mère Troyenne qui le mit au monde l'avait conçu du fleuve Crinisus.

Il n'a pas oublié ses lointains ancêtres, applaudit à leur retour

5, 35

gratatur reduces et gaza laetus agresti

excipit, ac fessos opibus solatur amicis.

et, tout heureux, les accueille avec un faste rustique,

réconfortant des ressources de son amitié des hommes épuisés.

5, 40

 

Institution d'une fête en l'honneur d'Anchise (5, 42-71)

Dès l'aube du lendemain, qui coïncidait avec le premier anniversaire de la mort d'Anchise, Énée informe ses compagnons que chaque année il célébrera des cérémonies rituelles en l'honneur de son père (5, 42-54).

Interprétant leur arrivée près du tombeau d'Anchise comme un signe bienveillant des dieux, il ordonne aussitôt d'organiser en commun avec Aceste une cérémonie qui sera suivie, neuf jours plus tard de jeux : régates, course à pied, lutte et tir à l'arc (5, 55-71).

Postera cum primo stellas Oriente fugarat

clara dies, socios in coetum litore ab omni

aduocat Aeneas tumulique ex aggere fatur :

Le lendemain, au lever du Soleil, quand la clarté du jour

eut fait fuir les étoiles, de tous les points du rivage

Énée convoqua ses compagnons et du haut d'un tertre dit :

« Dardanidae magni, genus alto a sanguine diuum,

annuus exactis completur mensibus orbis,

ex quo reliquias diuinique ossa parentis

condidimus terra maestasque sacrauimus aras ;

iamque dies, nisi fallor, adest, quem semper acerbum,

« Illustres Dardanides, race issue du noble sang des dieux,

les mois ont passé, accomplissant leur cycle annuel,

depuis que nous avons mis en terre les os, restes de mon divin père,

et que nous lui avons consacré deux autels, témoins de notre douleur.

Voici revenu, si je ne m'abuse, le jour qui à jamais sera pour moi

5, 45

semper honoratum sic di uoluistis habebo.

Hunc ego Gaetulis agerem si Syrtibus exsul,

Argolicoue mari deprensus et urbe Mycenae,

annua uota tamen sollemnisque ordine pompas

exsequerer strueremque suis altaria donis.

 

un jour de deuil, toujours vénérable. Dieux, vous l'avez voulu ainsi !

Même si j'étais exilé dans les Syrtes gétules, ou surpris sur la mer d'Argos,

ou captif dans la ville de Mycènes, je le célébrerais et chaque année

j'accomplirais ces voeux, j'organiserais des processions solennelles,

et j'élèverais des autels, chargés des offrandes qui lui reviennent.

5, 50

Nunc ultro ad cineres ipsius et ossa parentis

haud equidem sine mente, reor, sine numine diuum

adsumus et portus delati intramus amicos.

Ergo agite et laetum cuncti celebremus honorem :

poscamus uentos, atque haec me sacra quotannis

Et par miracle, nous voici près des ossements, des cendres de mon père ;

ce n'est pas, à mon avis, sans l'intention, sans la volonté des dieux

que nous avons été déportés ici et avons pénétré dans un port ami.

Venez donc, et tous ensemble honorons-le dans la joie :

implorons des vents favorables, et que chaque année, dans ma future cité,

5, 55

urbe uelit posita templis sibi ferre dicatis.

bina boum uobis Troia generatus Acestes

dat numero capita in nauis ; adhibete penatis

et patrios epulis et quos colit hospes Acestes.

Praeterea, si nona diem mortalibus almum

il veuille que soient apportées ces offrandes aux temples dédiés à son nom.

Aceste, originaire de Troie, vous offre à chacun des boeufs,

deux têtes de bétail par navire ; invitez au banquet les Pénates,

ceux de notre patrie et ceux qu'honore notre hôte Aceste.

Et, comme la neuvième Aurore fait se lever pour les mortels un jour béni,

5, 60

Aurora extulerit radiisque retexerit orbem,

prima citae Teucris ponam certamina classis ;

quique pedum cursu ualet, et qui uiribus audax

aut iaculo incedit melior leuibusque sagittis,

seu crudo fidit pugnam committere caestu,

quand les rayons du soleil auront dégagé l'univers de ses voiles,

j'instaurerai les premières courses de vitesse pour la flotte des Troyens.

Ceux qui se distinguent à la course à pied, ceux qui, sûrs de leurs forces,

excellent au lancement du javelot ou des flèches légères,

ou ceux qui osent engager la lutte, armés du ceste en cuir cru,

5, 65

cuncti adsint meritaeque exspectent praemia palmae.

Ore fauete omnes et cingite tempora ramis. »

que tous se présentent, en espérant la récompense d'une palme méritée.

Tous, faites silence, et ceignez vos tempes de rameaux de feuillage ».

5, 70

 

Cérémonie funèbre et inauguration des jeux (5, 72-113)

Énée, le front ceint de myrte, suivi d'une foule nombreuse, se rend au tombeau d'Anchise, fait des libations et s'adresse à l'ombre de son père (5, 72-83).

Un énorme serpent sorti du tombeau effraye Énée, mais se révèle inoffensif, rampant parmi les offrandes qu'il goûte avant de disparaître. Ce prodige rassurant manifeste la présence d'Anchise, et n'interrompt pas la cérémonie du sacrifice (5, 84-103).

Neuf jours plus tard, nombreux sont les concurrents et les spectateurs réunis pour les jeux. Les prix sont exposés et le son de la trompette ouvre les jeux (5, 104-113).

Sic fatus uelat materna tempora myrto.

hoc Helymus facit, hoc aeui maturus Acestes,

hoc puer Ascanius, sequitur quos cetera pubes.

Après ce discours, Énée se voile les tempes du myrte sacré de sa mère.

Hélymus fait de même, et aussi Aceste, dans la maturité de son âge ;

et puis le jeune Ascagne, imité par le reste de la jeunesse.

Ille e concilio multis cum milibus ibat

ad tumulum magna medius comitante caterua.

Hic duo rite mero libans carchesia Baccho

fundit humi, duo lacte nouo, duo sanguine sacro,

purpureosque iacit flores ac talia fatur :

Quant à Énée, à l'issue de l'assemblée, il se dirige vers le tumulus,

suivi de milliers de personnes et entouré d'une puissante escorte.

Là, faisant une libation rituelle à Bacchus, il verse sur le sol

deux coupes de vin pur, deux de lait frais et deux de sang consacré,

puis jette des fleurs couleur de pourpre en déclarant :

5, 75

« Salue, sancte parens, iterum ; saluete, recepti

nequiquam cineres animaeque umbraeque paternae.

Non licuit finis Italos fataliaque arua

nec tecum Ausonium, quicumque est, quaerere Thybrim. »

 

Dixerat haec, adytis cum lubricus anguis ab imis

« Salut, père divin, une seconde fois ; salut à vous, cendres,

âmes et ombres de mon père, que j'ai retrouvées, bien en vain.

Il ne nous a pas été accordé de chercher ensemble l'Italie

et les terres promises, ni le Thybris ausonien, quel qu'il soit ».

 

Il avait fini de parler, quand du fond du sanctuaire se glissa

5, 80

septem ingens gyros, septena uolumina traxit

amplexus placide tumulum lapsusque per aras,

caeruleae cui terga notae maculosus et auro

squamam incendebat fulgor, ceu nubibus arcus

mille iacit uarios aduerso sole colores.

un énorme serpent, traînant sept anneaux, sept replis ondoyants.

Il enlaça paisiblement le tombeau, avant de se couler entre les autels.

Son échine marquée de taches bleu sombre et ses écailles flamboyantes

avaient l'éclat de l'or, tel un arc-en-ciel qui, face au soleil,

lance à travers les nuages tout l'éventail de ses couleurs.

5, 85

Obstipuit uisu Aeneas. Ille agmine longo

tandem inter pateras et leuia pocula serpens

libauitque dapes rursusque innoxius imo

successit tumulo et depasta altaria liquit.

Hoc magis inceptos genitori instaurat honores,

À cette vue, Énée se figea de stupeur. Enfin, en une longue progression,

le serpent rampa parmi les patères et les coupes délicates,

goûta aux offrandes sacrées, puis s'en retourna, sans faire de mal,

au fond du tombeau, délaissant les autels où il s'était nourri.

Avec une ardeur accrue, Énée reprend les cérémonies commencées

5, 90

incertus geniumne loci famulumne parentis

esse putet ; caedit binas de more bidentis

totque sues, totidem nigrantis terga iuuencos,

uinaque fundebat pateris animamque uocabat

Anchisae magni manisque Acheronte remissos.

en l'honneur de son père, ne sachant s'il s'agit du génie du lieu

ou d'un servant de son père ; il immole deux brebis de deux ans,

selon les rites, autant de porcs et de jeunes taureaux aux noires échines ;

il répand le vin des patères, invoque l'âme du grand Anchise

et ses Mânes renvoyés de l'Achéron.

5, 95

Nec non et socii, quae cuique est copia, laeti

dona ferunt, onerant aras mactantque iuuencos ;

ordine aena locant alii fusique per herbam

subiciunt ueribus prunas et uiscera torrent.

 

Exspectata dies aderat nonamque serena

Ses compagnons aussi, chacun selon ses moyens, très épanouis,

apportent leurs offrandes, en chargent les autels et immolent des boeufs ;

d'autres disposent en bonne place les ustensiles et, assis dans l'herbe,

attisent les braises sous les broches et font griller les viandes.

 

Le jour attendu était arrivé, et maintenant, dans la lumière limpide,

5, 100

Auroram Phaethontis equi iam luce uehebant,

famaque finitimos et clari nomen Acestae

excierat ; laeto complerant litora coetu

uisuri Aeneadas, pars et certare parati.

Munera principio ante oculos circoque locantur :

la neuvième Aurore apparaissait, tirée par les chevaux de Phaéthon.

La nouvelle des jeux, le nom de l'illustre Aceste avaient attiré les voisins ;

dans une joyeuse cohue, ils avaient empli le rivage,

désireux de voir les Énéades, certains étant prêts à concourir.

Tout d'abord, bien en vue, au centre du cercle, on expose les prix :

5, 105

in medio, sacri tripodes uiridesque coronae

et palmae pretium uictoribus, armaque et ostro

perfusae uestes, argenti aurique talenta ;

et tuba commissos medio canit aggere ludos.

des trépieds sacrés et des couronnes verdoyantes, et des palmes,

toutes les récompenses destinées aux vainqueurs, des armes,

et des vêtements de pourpre, des talents d'or et d'argent.

La trompette, du milieu d'un talus, sonne l'ouverture des jeux.

5, 110

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 Notes (5, 1-113)

Pendant ce temps (5, 1). Il s'agit de la mort de Didon racontée à la fin du chant 4.

avec sa flotte (5, 1). Composée désormais de 19 bateaux, sur les vingt qu'elle comptait au départ. Cfr la note à 1,399-400.

Aquilon (5,2). Vent du nord, souvent lié aux tempêtes. Cfr notamment 1, 102 ; 1, 391, etc. C'était donc un vent contraire aux Troyens qui se dirigeaient vers le nord.

Élissa (5,3). Nom phénicien de Didon. Cfr 4, 335 ; 4, 610.

de tristes pressentiments (5, 4-7). Ce passage évoque les paroles de malédiction prononcées par Didon en 4, 661-662.

Dès que les navires, etc. (5, 8-11). Quatre vers très proches de 3, 192-195, et inspirés d'Homère (Odyssée, 12, 403-406 = 14, 301-304).

Palinure (5, 12). Palinure est le pilote ou timonier d'Énée (cfr 3, 202 ; 3, 513 et 3, 562). Il mourra, victime du dieu Sommeil, à la fin du chant 5 (835-860), et encore évoqué en 6, 337-383.

Neptune (5, 14). Poséidon en grec, le dieu de la mer, généralement favorable aux Troyens. Cfr 1, 124-125 ; 1, 138-139 ; 2, 610 avec notes ; 3, 74 et 3, 119.

Les vents ont tourné, etc. (5, 19-20). Du nord (cfr le vers 2), ils soufflent maintenant du Couchant, c'est-à-dire de l'ouest.

Éryx (5, 24). Le héros Éryx (cfr 1, 570 avec les notes), fils d'Aphrodite (et donc demi-frère d'Énée), aurait été tué par Hercule, et enterré en Sicile. Il aurait donné son nom à la montagne où se dressait un temple célèbre de Vénus Érycine, à l'extrémité nord-ouest de la Sicile.

Sicanie (5, 24). Autre nom de la Sicile. Cfr 1, 557.

Aceste (5, 30ss). Sur ce roi de Sicile, fils d'une Troyenne et du dieu fleuve sicilien Crinisus, cfr 1, 195-196 avec la note ; 1, 550 et 1, 570. Appelé aussi Ségeste et considéré comme le fondateur de la ville de Ségeste, le personnage sert dans l'Énéide à illustrer les rapports historiques étroits qui ont lié Rome à la Sicile.

ossements de mon père Anchise (5, 31). Cfr 3, 709-715, où Énée raconte la mort d'Anchise à Drépane.

plage familière (5, 34). Le port de Drépane (actuel Trapani), d'où les Troyens sont partis en quittant la Sicile. On n'est pas loin de l'Éryx et de la ville de Ségeste, où régnait Aceste.

ourse de Libye (5, 37). Plusieurs textes anciens évoquent la présence d'ours en Libye, tandis que d'autres l'excluent. Peu importe pour nous, le fait est que Virgile présente ici Aceste dans un accoutrement de chasseur un peu rustique.

du haut d'un tertre (5, 44). Comme les généraux romains haranguant leurs troupes.

Dardanides (5, 45). Dans l'Énéide, les termes Teucères, Dardaniens, Dardanides et Troyens sont équivalents. Les Troyens descendent de Dardanus, fils de Zeus et d'Électre, une fille d'Atlas (cfr 7, 219-220).

cycle annuel (5, 46). Il y a donc à peu près un an qu'Anchise est mort, ce qui n'implique pas nécessairement que le séjour à Carthage ait duré une année, car il n'est pas sûr que les Troyens aient quitté Drépane immédiatement après la mort du vieillard.

divin père (5, 48). L'adjectif « divin » n'implique pas nécessairement que Anchise soit devenu un dieu au sens technique du terme. Dans la pensée romaine, les morts sont vénérés sous le nom de diui parentes, ou diui parentum, le sens de cette expression n'étant pas facile à cerner.

Syrtes gétules (5, 51). Les Syrtes étaient deux golfes formés par la Méditerranée sur la côte nord de l'Afrique entre Cyrène et Carthage. La navigation y était dangereuse, à cause de la présence de nombreux bas-fonds (cfr 1, 111 ; 4, 41 ; 6, 60 ; 7, 302). Les Gétules furent dans l'histoire une peuplade nomade d'Afrique du Nord, installée au sud du territoire des Numides (cfr aussi 4, 40). L'adjectif gétules est associé aux Syrtes, à cause de la proximité géographique.

la mer d'Argos (5, 51). Surpris, sans doute par une tempête, dans la mer Égée, qui baigne les côtes de l'Argolide.

Mycènes (5, 52). La ville d'Agamemnon, le pire ennemi des Troyens.

dans la joie (5, 58). Il s'agit bien sûr de rites funèbres, mais aussi d'une fête, Anchise étant en quelque sorte devenu une puissance protectrice.

chaque année (5, 59). Certains commentateurs modernes pensent que Virgile pourrait avoir imaginé les cérémonies en l'honneur d'Anchise, un peu sur le modèle des Parentalia, les fêtes des morts, qui, dans le calendrier romain, se déroulaient du 13 au 21 février. Pour Ovide, en tout cas (Fastes, 2, 543-544),  Énée aurait « institué » ces fêtes des morts du mois de février.

Pénates (5, 62-63). Ici encore, l'association des dieux protecteurs de Troie, qu'Énée transportait avec lui, et des dieux protecteurs de Ségeste, la ville d'Aceste, pourrait préfigurer les liens étroits qui existeront dans l'histoire ultérieure entre Rome et la Sicile.

neuvième Aurore (5, 64-65). À Rome, les Parentalia duraient 9 jours, du 13 au 21 février. La cérémonie publique des Feralia avait lieu le dernier jour. Les autres jours étaient occupés par des commémorations privées, près des tombeaux familiaux. Sur un plan plus général, une cérémonie avait lieu 9 jours après les funérailles, l'impureté résultant d'un décès cessant huit jours après la sépulture. Cela explique les expressions composées du terme « neuf », pour désigner cette cérémonie de clôture : nouendiale sacrum (Tite-Live, 21, 62) ; nouendialis cena (Tacite, Annales, 6, 5), et plus tard nouendial (Augustin, Quaestiones in Heptateuchum, 1, 172), pour ne donner que quelques exemples.

j'instaurerai (5, 66-70). Énée annonce les compétitions qui seront détaillées dans la suite du chant : les régates (5, 114-285) ; la course à pied (5, 286-361) ; la lutte au ceste (5, 362-484) ; le tir à l'arc (5, 485-544). Mais la présentation n'est pas rigoureuse : on relève une interversion entre le tir à l'arc et la lutte ; et par ailleurs, Virgile ne traitera pas le lancement de javelot annoncé en 5, 68.

ceste (5, 69). Le ceste sera présenté plus en détail en 5, 364.

palme (5, 70). La palme, comme récompense pour les vainqueurs des jeux, n'apparaît pas en Grèce avant 400 avant Jésus-Christ. Selon Tite-Live (10, 47, 3), elle ne fut introduite à Rome qu'en 293 avant Jésus-Christ. C'est donc un anachronisme, parmi beaucoup d'autres dans l'Énéide.

faites silence (5, 71). Dans les cérémonies religieuses, la coutume était de garder le silence, pour éviter de prononcer des paroles de mauvais augure. Un autre usage était de s'entourer la tête de feuillage, parfois de bandelettes. Dans le vers suivant, le front d'Énée est ceint de myrte.

myrte (5, 72). Plante odoriférante, à feuillage toujours vert et à petites fleurs blanches, consacrée à Vénus, la mère d'Énée (cfr 6, 444).

Hélymus (5, 73). Jeune compagnon d'Aceste, il serait arrivé avec lui en Sicile, où il aurait fondé plusieurs villes, dans la région occupée par les Hélymes, qui tiendraient de lui leur nom (cfr Denys d'Halicarnasse 1, 47, 2 ; 1, 52, 1 ; 1, 53, 1). Virgile fera participer cet Hélymus à la course à pied (5, 300 ; 5, 323 ; 5, 339).

coupes (5, 78). Le même type d'offrandes (vin, lait, sang des victimes) se retrouve dans les cérémonies en l'honneur de Polydore, en 3, 66-67. On aura noté que les offrandes vont par deux. Il en sera de même des animaux sacrifiés, en 5, 96-97.

une seconde fois (5, 80). L'interprétation courante est que le « premier » salut aurait eu lieu, un an plus tôt, lors de la mise d'Anchise au tombeau. Énée n'imaginait pas revenir.

âmes et ombres (5, 81). « Ces pluriels généralisants, cette accumulation de terme [cendres, âmes, ombres] répondent à l'ignorance humaine devant la condition des morts » (J. Perret, Virgile. Énéide, II, 1982, p. 156). Il ne faut donc pas trop « presser » le texte et tenter de déterminer les distinctions que Virgile pouvait faire entre « les âmes » et « les ombres ».

bien en vain (5, 81). « Vainement retrouvées », écrit J. Perret (Virgile. Énéide, II, 1982, p. 155), « parce que la sagesse commune s'attriste souvent de l'inefficacité pratique des honneurs rendus aux morts et parce qu'Anchise ne pourra pas atteindre l'Italie » avec son fils.

Thybris ausonien (5, 83). Le Tibre italien, par l'estuaire duquel Énée pénétrera dans le Latium (7, 30-36). La première mention de Thybris, accompagné de l'adjectif « lydien », se trouve dans la prophétie de Créuse en 2, 782. Il sera souvent question dans la suite du Thybris (par exemple en 3, 500, dans la prophétie d'Hélénus à Buthrote) et passim dans les chants suivants. Quant aux termes « ausonien » et « Ausonie », on sait qu'ils sont largement utilisés dans le sens de « italien » et « Italie » (première mention en 3, 171).

sept anneaux (5, 85). Le chiffre sept a une valeur religieuse (cfr aussi 6, 38), mais Servius y voyait une allusion aux sept années d'errance d'Énée. D'autres serpents apparaissent dans l'Énéide (cfr 2, 203-227 [dans l'épisode de Laocoon] ; 2, 471-475 [dans une comparaison] ; 5, 273-280 [dans une comparaison]. L'interprétation à donner à la présente apparition sera discutée un peu plus loin par Virgile lui-même (5, 95).

un arc-en-ciel (5, 88-89). Passage à rapprocher de 4, 701.

ne sachant... (5, 95). Dans la mentalité religieuse ancienne, chaque lieu (rivière, arbre, etc...) avait son génie ou sa divinité protectrice (cfr 7, 136), qui pourrait se manifester ici sous la forme d'un serpent. Par ailleurs, l'âme d'un mort étant souvent représentée par un serpent, il pourrait tout aussi bien s'agir du génie d'Anchise. Le texte latin dit cependant famulum parentis, ce qui, traduit littéralement, signifie « un serviteur de son père ». On pourrait dans ces conditions envisager que le serpent est une sorte de garde. On sait par Pline (Histoire naturelle, 16, 234) qu'un dragon veillait sur les mânes de Scipion l'Africain, dans la grotte de Literne où il reposait.

il immole... (5, 96). L'énumération des animaux sacrifiés (brebis, porcs, taureaux) montre qu'on est en présence du groupement caractéristique dans les suouetaurilia (sus, ouis, taurus), un sacrifice de purification bien connu à Rome. On retrouvera en 11, 197-199 la même association générique (bovin, ovin, porcin). Il est aussi question de brebis de deux ans en 4, 57. On aura noté que les offrandes vont par deux. Il en avait été de même des libations rituelles, en 5, 77-78. Les échines sont noires, parce que les victimes étaient destinées aux divinités infernales.

renvoyés de l'Achéron (5, 99). Pour participer à la cérémonie, l'âme d'Anchise revient momentanément du monde des morts, désignés ici par un des fleuves infernaux, l'Achéron, dont c'est ici la première mention, mais qu'on retrouvera plus loin, notamment au livre 6 (6, 107 ; 6, 295) et au livre 7 (7, 91 ; 7, 312 ; 7, 569).

le jour attendu (5, 104-105). Le neuvième jour, dont il a été question en 5, 64-65.

Phaéthon (5, 105). La légende de Phaéthon (littéralement le « Brillant ») est célèbre. Il était le fils du Soleil, mais avait ignoré cette filiation pendant son enfance ; en guise de preuve de cette origine, il voulut obtenir la permission de conduire le char du Soleil. Ce dernier, après bien des hésitations et des recommandations, y consentit et laissa les rênes des chevaux à son fils. Mais Phaéthon, effrayé par l'altitude et les animaux du Zodiaque, prit peur. Quittant la trajectoire qui lui avait été tracée, tantôt il descendait trop près de la terre qu'il menaçait de brûler, tantôt il s'élevait trop près des astres qui se plaignirent à Zeus ; celui-ci, pour éviter une catastrophe générale, foudroya le jeune Phaéthon et le précipita dans le fleuve Éridan, identifié au Pô dans certains récits légendaires (cfr 10, 189). En fait, ici, Phaéthon désigne le Soleil, sur le modèle peut-être de Homère, Iliade, 11, 735.

La nouvelle des jeux... (5, 106). On pourrait rapprocher les vers 106-108 de l'épisode de l'organisation des Consualia par Romulus (Tite-Live, 1, 9, 6-8).

Énéades (5, 108). Le terme désigne ici les compagnons d'Énée, mais il s'applique parfois en poésie aux Romains en général, qui sont les lointains descendants d'Énée (cfr 1, 157 ; 1, 565 ; etc.).

au centre du cercle (5, 109-110). Il n'est pas facile de se représenter concrètement la disposition des lieux. Peut-être les spectateurs étaient-ils placés en demi-cercle (circus en latin veut dire « cercle »), face à la mer, et les prix se trouvaient-ils au centre.

prix (5, 109-112). L'énumération comporte des objets de valeur, ainsi que des récompenses seulement honorifiques, comme c'est le cas chez Homère (Iliade, 23, 259-270), dont Virgile s'inspire partiellement. Auguste, qui attachait beaucoup d'importance aux jeux, avait voulu restaurer à Rome les habitudes des Jeux Olympiques, où n'étaient décernés que des prix honorifiques.

talents (5, 112). Dans l'antiquité, le talent était une unité de poids, variable selon les régions et les époques. À l'époque historique, il oscilla entre 25 à 37 kilos, mais cela n'implique pas qu'il en était de même chez Virgile, lequel s'inspire tout simplement d'Homère. Chez ce dernier (Iliade, 23, 269), « deux talents d'or » représentent le quatrième prix de la course des chars, entre un bassin tout neuf (le troisième prix) et une amphore neuve également (le cinquième prix). Cfr aussi 5, 247 et 9, 265.


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