Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant VII (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante


ÉNÉIDE, LIVRE VII

 

 ARRIVÉE AU LATIUM - MENACE DE GUERRE

La guerre embrase l'Italie (2) - Suite du catalogue des Italiens (7, 706-817)

 

Suite du catalogue des Italiens (7, 706-782)

Les forces italiennes coalisées contre les Troyens comprennent encore :

- Clausus le Sabin (7, 706-722)
- Halésus, rejeton d'Agamemnon (7, 723-732)
- Oebalus, fils de Télon (7, 733-743);
- Ufens et les Èques (7, 744-749)
- Umbro, de Marruvium (7, 750-760)
- Virbius, fils d'Hippolyte (7, 761-782).

Ecce Sabinorum prisco de sanguine magnum

agmen agens Clausus magnique ipse agminis instar,

Claudia nunc a quo diffunditur et tribus et gens

per Latium, postquam in partem data Roma Sabinis.

Voici Clausus, issu du sang antique des Sabins ;

il amène une grande armée, et il en vaut une à lui seul ;

il est à l'origine de la tribu et de la famille Claudia, présentes aujourd'hui

dans le Latium, depuis qu'une part de Rome est échue aux Sabins.

Vna ingens Amiterna cohors priscique Quirites,

Ereti manus omnis oliuiferaeque Mutuscae ;

qui Nomentum urbem, qui Rosea rura Velini,

qui Tetricae horrentis rupes montemque Seuerum

Casperiamque colunt Forulosque et flumen Himellae,

Avec eux, l'immense cohorte d'Amiterne et les vieux Quirites,

toute la troupe d'Eretum et de Mutusca riche en oliviers ;

voici les gens de Nomentum, des fraîches campagnes du Vélinus ;

voici ceux qui habitent les rochers effrayants de Tétrica et le Mont Severus,

et Caspérie, et Foruli, et le fleuve Himella ;

7, 710

qui Tiberim Fabarimque bibunt, quos frigida misit

Nursia, et Hortinae classes populique Latini,

quosque secans infaustum interluit Allia nomen ;

quam multi Libyco uoluuntur marmore fluctus

saeuus ubi Orion hibernis conditur undis ;

voici ceux qui s'abreuvent au Tibre et au Fabaris ; ceux qui viennent

de la froide Nursie ; voici les troupes d'Orta et du peuple de Latinium,

et ceux que baigne, en les isolant, l'Allia au nom sinistre :

nombreux comme les flots qui roulent sur le marbre de la mer de Libye,

lorsque le cruel Orion s'enfonce dans les houles de l'hiver,

7, 715

uel cum sole nouo densae torrentur aristae

aut Hermi campo aut Lyciae flauentibus aruis.

Scuta sonant pulsuque pedum conterrita tellus.

 

Hinc Agamemnonius, Troiani nominis hostis,

curru iungit Halaesus equos Turnoque ferocis

ou comme les riches épis qui mûrissent sous un soleil nouveau,

dans la plaine de l'Hermus ou dans les champs blondissants de Lycie.

Les boucliers résonnent, et la terre s'effraie sous le piétinement des soldats.

 

Ici, un rejeton d'Agamemnon, Halésus, hostile au nom troyen,

attelle ses chevaux à son char et rallie à Turnus mille peuples ardents :

7, 720

mille rapit populos, uertunt felicia Baccho

Massica qui rastris et quos de collibus altis

Aurunci misere patres, Sidicinaque iuxta

aequora quique Cales linquunt, amnisque uadosi

accola Volturni, pariterque Saticulus asper

ceux dont les bêches retournent les flancs du Massique,

la riche terre de Bacchus ; ceux qu'envoyèrent, de leurs hautes collines,

les vieux Auronques et, près d'eux, ceux qui occupent

les plaines de Sidicinum ; ceux qui viennent de Calès ;

et les voisins des bas-fonds du Volturne, ainsi que l'âpre Saticule

7, 725

Oscorumque manus. Teretes sunt aclydes illis

tela, sed haec lento mos est aptare flagello ;

laeuas caetra tegit, falcati comminus enses.

 

Nec tu carminibus nostris indictus abibis,

Oebale, quem generasse Telon Sebethide nympha

et la troupe des Osques. Ils ont comme armes de jet des aclys arrondies,

qu'ils ont coutume de fixer à l'aide d'une lanière souple. Au bras gauche,

un bouclier de cuir, et pour le corps à corps, des épées recourbées.

 

Et toi, Oebalus, tu ne t'en iras pas sans être cité dans nos poèmes.

Télon, dit-on, t'a engendré avec une nymphe du Sébéthos,

7, 730

fertur, Teleboum Capreas cum regna teneret,

iam senior ; patriis sed non et filius aruis

contentus late iam tum dicione premebat

Sarrastis populos et quae rigat aequora Sarnus

quique Rufras Batulumque tenent atque arua Celemnae

lorsque, déjà âgé, il régnait sur Capri, l'île des Téléboens ;

mais son fils, qui ne se contentait plus des champs paternels,

déjà alors faisait peser au loin sa domination,

sur les Sarrastes, sur les plaines que draine le Sarno,

sur les habitants de Rufrae, de Batulum et des campagnes de Célemne,

7, 735

et quos maliferae despectant moenia Abellae,

Teutonico ritu soliti torquere cateias,

tegmina quis capitum raptus de subere cortex,

aerataeque micant peltae, micat aereus ensis.

 

Et te montosae misere in proelia Nersae,

et sur ceux que dominent les hauts remparts d'Abella, riche en pommiers.

Ils sont habitués à lancer la cateia, à la manière teutonne ;

une écorce arrachée au chêne-liège protège leurs têtes ;

leurs peltes garnies de bronze scintillent ; scintille aussi leur épée d'airain.

 

Et toi, Ufens, la montueuse Nersa t'a envoyé à la guerre,

7, 740

Vfens, insignem fama et felicibus armis ;

horrida praecipue cui gens adsuetaque multo

uenatu nemorum, duris Aequicula glaebis.

Armati terram exercent, semperque recentis

conuectare iuuat praedas et uiuere rapto.

 

toi qu'illustrèrent ton renom et tes heureux faits d'armes,

et dont le peuple redoutable est rompu aux grandes chasses en forêt ;

c'est la race des Èques, rivés à une âpre contrée.

Ils travaillent la terre, revêtus de leurs armes, et leur plaisir constant,

c'est de rapporter de nouvelles proies et de vivre de rapines.

7, 745

Quin et Marruuia uenit de gente sacerdos,

fronde super galeam et felici comptus oliua.

Archippi regis missu, fortissimus Vmbro,

uipereo generi et grauiter spirantibus hydris

spargere qui somnos cantuque manuque solebat

De plus arriva aussi, du peuple de Marruvium, un prêtre,

coiffé d'un casque orné de feuillage et de fertile olivier.

Envoyé du roi Archippus, c'est le très vaillant Umbro,

dont les gestes et les chants d'habitude répandaient le sommeil

sur la race des vipères et des hydres aux intenses sifflements.

7, 750

mulcebatque iras et morsus arte leuabat.

Sed non Dardaniae medicari cuspidis ictum

eualuit, neque eum iuuere in uolnera cantus

somniferi et Marsis quaesitae montibus herbae.

Te nemus Angitiae, uitrea te Fucinus unda,

Il avait l'art d'apaiser leurs colères et soulageait leurs morsures,

mais il ne réussit pas à se guérir du coup d'une pointe dardanienne,

et contre sa blessure ses chants envoûtants ne furent d'aucun secours,

pas plus que les herbes cueillies dans les montagnes des Marses.

Le bois d'Angitia, le Fucin et ses eaux cristallines,

7, 755

te liquidi fleuere lacus.

 

Ibat et Hippolyti proles pulcherrima bello,

Virbius, insignem quem mater Aricia misit,

eductum Egeriae lucis umentia circum

litora, pinguis ubi et placabilis ara Dianae.

les lacs limpides ont pleuré sur toi.

 

S'avançait aussi, très beau guerrier, le rejeton d'Hippolyte,

le brillant Virbius ; c'est la vénérable Aricie qui l'envoie.

Il avait été élevé dans le bois sacré d'Égérie, près du rivage humide

où se dresse l'autel de Diane, apaisante et regorgeant d'offrandes.

7, 760

Namque ferunt fama Hippolytum, postquam arte nouercae

occiderit patriasque explerit sanguine poenas

turbatis distractus equis, ad sidera rursus

aetheria et superas caeli uenisse sub auras,

Paeoniis reuocatum herbis et amore Dianae.

Selon la légende en effet, Hippolyte, mort victime de la ruse de sa belle-mère,

après avoir payé de son sang la vengeance paternelle,

écartelé par des chevaux affolés, vit une seconde fois

les astres de l'éther et les hautes brises célestes :

les herbes de Péon et l'amour de Diane l'avaient rappelé à la vie.

7, 765

Tum pater omnipotens, aliquem indignatus ab umbris

mortalem infernis ad lumina surgere uitae,

ipse repertorem medicinae talis et artis

fulmine Phoebigenam Stygias detrusit ad undas.

At Triuia Hippolytum secretis alma recondit

Alors le père tout puissant, indigné de voir un mortel

revenir des ombres infernales vers la lumière de la vie,

précipita lui-même, de son foudre, dans les ondes du Styx,

l'inventeur d'un tel art médical, le fils de Phébus.

Mais Trivia la généreuse cacha Hippolyte en un lieu secret,

7, 770

sedibus et nymphae Egeriae nemorique relegat,

solus ubi in siluis Italis ignobilis aeuom

exigeret uersoque ubi nomine Virbius esset.

Vnde etiam templo Triuiae lucisque sacratis

cornipedes arcentur equi, quod litore currum

et le relégua dans le bois de la nymphe Égérie, pour y mener,

solitaire, une vie obscure dans les forêts d'Italie,

où son nom serait transformé en Virbius.

C'est pourquoi aussi on écarte du temple et des bois sacrés de Trivia

les chevaux aux sabots de corne qui, effrayés par des monstres marins,

7, 775

et iuuenem monstris pauidi effudere marinis.

Filius ardentis haud setius aequore campi

exercebat equos curruque in bella ruebat.

ont versé sur le rivage le char et le jeune Hippolyte.

Dans l'étendue de la plaine, son fils n'en poussait pas moins

ses chevaux ardents et, sur son char, il se ruait aux combats.

7, 780

 

Fin du catalogue des Italiens (7, 783-817) 

La liste se termine avec l'évocation de deux personnages dont le rôle sera très important dans la suite du poème :

- Turnus le Rutule (7, 783-802)
- Camille la Volsque (7, 803-817).

Ipse inter primos praestanti corpore Turnus

uertitur arma tenens et toto uertice supra est.

Turnus en personne, de toute sa prestance, va et vient

parmi les premiers, les armes à la main, dominant la foule de la tête.

Cui triplici crinita iuba galea alta Chimaeram

sustinet, Aetnaeos efflantem faucibus ignis ;

tam magis illa fremens et tristibus effera flammis,

quam magis effuso crudescunt sanguine pugnae.

At leuem clipeum sublatis cornibus Io

Son haut casque, empanaché d'une triple crête,

soutient une Chimère, dont la gueule souffle du feu comme l'Etna ;

plus les combats se font cruels et baignent dans le sang,

plus elle rugit et devient farouche sous l'effet des sinistres flammes.

Sur le fin bouclier, Io, les cornes levées, en une empreinte d'or,

7, 785

auro insignibat, iam saetis obsita, iam bos

argumentum ingens, et custos uirginis Argus

caelataque amnem fundens pater Inachus urna.

Insequitur nimbus peditum clipeataque totis

agmina densentur campis, Argiuaque pubes

figurait, déjà couverte de soies, déjà génisse,

 thème si répandu !   avec Argus, le gardien de la jeune vierge,

et son père Inachus déversant un fleuve d'une urne ciselée.

Une nuée de fantassins suit Turnus, et des armées portant boucliers

emplissent les plaines ; il y a la jeunesse argienne,

7, 790

Auruncaeque manus, Rutuli ueteresque Sicani

et Sacranae acies et picti scuta Labici ;

qui saltus, Tiberine, tuos sacrumque Numici

litus arant Rutulosque exercent uomere colles

Circaeumque iugum, quis Iuppiter Anxurus aruis

et la troupe des Auronques, les Rutules et les Sicanes antiques,

la troupe des Sacranes, les Labicans avec leurs boucliers peints ;

et ceux qui labourent tes vallons, Tibérinus, et les saintes rives du Numicus ;

ceux qui retournent à la charrue les collines des Rutules,

et la crête de Circé. Sur ces champs règnent

7, 795

praesidet et uiridi gaudens Feronia luco ;

qua Saturae iacet atra palus gelidusque per imas

quaerit iter uallis atque in mare conditur Vfens.

 

Hos super aduenit Volsca de gente Camilla

agmen agens equitum et florentis aere cateruas,

Jupiter Anxurus et Féronia, qui se complaît dans un bois verdoyant ;

là s'étend le sombre marais de Satura, et l'Ufens glacé cherche sa voie

à travers de profondes vallées, avant de disparaître dans la mer.

 

Après eux, de chez les Volsques, arrive Camille

avec une colonne de cavaliers et des bataillons rutilants sous le bronze.

7, 800

bellatrix, non illa colo calathisue Mineruae

femineas adsueta manus, sed proelia uirgo

dura pati cursuque pedum praeuertere uentos.

Illa uel intactae segetis per summa uolaret

gramina nec teneras cursu laesisset aristas,

Guerrière, elle n'a pas accoutumé ses mains de femme

à la quenouille ni aux corbeilles de Minerve ; mais fille endurante

aux durs combats, ses pieds à la course devancent les vents.

Elle aurait pu survoler un champ de blé, sans le toucher,

et sans abîmer, dans sa course, les tendres épis ;

7, 805

uel mare per medium fluctu suspensa tumenti

ferret iter celeris nec tingueret aequore plantas.

Illam omnis tectis agrisque effusa iuuentus

turbaque miratur matrum et prospectat euntem,

attonitis inhians animis, ut regius ostro

ou, suspendue à une vague gonflée, elle aurait pu marcher

en pleine mer, sans y tremper les plantes de ses pieds agiles.

Tous les jeunes sortent des maisons et des champs,

et aussi la foule des matrones ; tous l'admirent et la regardent passer ;

l'esprit stupéfait, ils restent bouche bée en contemplant la pourpre,

7, 810

uelet honos leuis umeros, ut fibula crinem

auro internectat, Lyciam ut gerat ipsa pharetram

et pastoralem praefixa cuspide myrtum.

parure royale, qui voile ses frêles épaules, la fibule d'or

qui enserre sa chevelure, sa manière de porter un carquois de Lycie

et le myrte champêtre fixé sur sa lance.

7, 815

Page suivante


Notes (7, 706-817)

Clausus (7, 706-709). Pour conduire l'imposant contingent venu de Sabine, Virgile a fait appel à un personnage historique, Attus Clausus, venu s'établir dans le territoire romain en provenance de Sabine à l'extrême fin du 6e siècle. Très vite intégré à Rome, il deviendra même consul sous le nom d'Appius Claudius. Il est l'ancêtre de la gens Claudia, la puissante famille des Claudii  (à laquelle appartenait le premier mari de Livie), et ses nombreux compagnons sabins formèrent une des tribus rustiques, la tribus Claudia. On retrouvera le guerrier Clausus dans les combats du livre 10 (10, 345).

Immense cohorte (7, 710-721). Va suivre une longue énumération de termes géographiques sabins : des villes, des fleuves, des montagnes. Virgile manifestement (cfr les comparaisons en 7, 718-721) veut insister sur l'importance du contingent de Clausus. La plupart des toponymes sabins sont parfaitement identifiables (Latinium toutefois, en 7, 716, fait problème), mais comme ils ne seront plus utilisés par Virgile dans la suite du récit, nous nous limitons ici à l'une ou l'autre observation ponctuelle.

Vieux Quirites (7, 710). Dans la vie politique romaine, le terme Quirites est utilisé pour désigner les citoyens romains dans leur ensemble, par exemple, lorsqu'un orateur s'adressait à eux à l'assemblée du peuple. Une pseudo-étymologie très répandue dans l'antiquité faisait dériver ce terme de la ville sabine de Cures. Virgile l'utilise ici, dans cette perspective, lui donnant donc le sens de « habitants de Cures ». En fait, dans la langue latine, les gens de Cures s'appellent normalement Curenses.

Vélinus (7, 712). Il a déjà été question de ce fleuve en 7, 517.

Allia au nom sinistre (7, 717). L'Allia est une rivière (peut-être aujourd'hui Fosso della Bettina) qui se jette dans le Tibre au nord de Rome. Elle est célèbre dans la littérature antique parce que sur ses rives les Romains furent battus par les Gaulois lorsque ces derniers attaquèrent la Ville au début du IVe siècle (cfr 8, 652-662, dans la description du bouclier d'Énée). L'anniversaire de cette défaite était marqué dans les calendriers comme un « jour noir ».

Le marbre de la mer (7, 718). Ce n'est pas la première fois dans l'Énéide que Virgile compare à du marbre une mer tout à fait calme (cfr 6, 729 ; 7, 28).

Le cruel Orion (7, 719). Le coucher d'Orion (en hiver) était marqué par des tempêtes. Il est question à plusieurs reprises dans l'Énéide (cfr 1, 535 ; 3, 517 ; 4, 52) de cette constellation, chaque fois avec une connotation négative. Dans la mythologie, Orion était un chasseur béotien d'une taille gigantesque (cfr 10, 763-765) et d'une grande beauté. Après sa mort, Diane le transforma en constellation en même temps que son chien Sirius.

Un soleil nouveau (7, 720). C'est-à-dire au début de l'été.

Hermus (7, 721). C'était le fleuve le plus important d'Asie mineure après le Méandre. Traversant la Lydie, il se jetait dans la mer Égée, un peu au sud de Phocée.

Lycie (7, 721). La Lycie, une autre région de l'Asie mineure, est beaucoup plus au sud que la Lydie.

Halésus (7, 723-724). Halésus passe pour le fondateur et l'éponyme des Falisques de Faléries. On se serait attendu à le voir diriger les contingents falisques et capénates en lieu et place de Messapus (cfr 7, 691-705). Il est ici à la tête des troupes originaires de Campanie, où Messapus aurait peut-être fait mieux l'affaire. Aussi J. Perret croit-il que Messapus et Halésus auraient, « par suite d'un accident textuel ancien, échangé leurs troupes ». Quoi qu'il en soit, les mythographes rattachaient le personnage tantôt à Neptune, tantôt (comme ici) à Agamenon.

Mille peuples ardents (7, 724-731).Virgile fait de Halésus le chef des Osques, des Auronques et en général des peuples de la Campanie. Ici encore, nous nous limiterons à relever l'une ou l'autre donnée du texte, sans viser un commentaire géographique exhaustif.

Massique (7, 725). Le Massique (auj. Massico) était une montagne de Campanie, dont les vins étaient particulièrement appréciés, immédiatement après le Cécube et le Falerne, autres crus de la région campanienne.

Auronques (7, 727). Il a déjà été question des Auronques en 7, 206.

Sidicinum (7, 728). Voisins des Auronques, les Sidicins avaient pour capitale Teanum Sidicinum (auj. Teano), dont l'attaque par les Samnites en 343 a.C.n. fut à l'origine de la guerre du Samnium.

Calès (7, 728). Calès (auj. Calvi), ville de Campanie, près de Capoue.

Les bas-fonds du Volturne (7, 729). Rivière de Campanie, le Volturnus (auj. Voltorno) arrose Capoue et se jette dans la mer à Volturnum (auj. Castel Volturno). Il est ici présenté comme sablonneux et peu profond.

Saticule (7, 729). Celui qui habite Saticula, une ville située à l'est de Capoue, non loin du Samnium.

Osques (7, 730). Les Osques ne sont cités qu'ici dans l'ensemble de l'Énéide, comme un peuple de Campanie parmi d'autres. En linguistique, le mot « osque » a un sens beaucoup plus large ; il caractérise le dialecte italique parlé par beaucoup de peuplades de l'Italie au sud et à l'est du Latium (Samnites, Frentani, Campaniens, Lucaniens, Bruttiens, Mamertins, Apuliens). Ce dialecte fut progressivement remplacé par le latin, mais il était encore parlé à Pompéi en 79 p.C.n.

Aclys arrondies (7, 730). Servius, dans son commentaire à ce passage, dit que c'est une arme tellement ancienne qu'on ne la trouve mentionnée nulle part dans des récits de bataille. Les précisions qu'il donne permettent toutefois de penser à quelque chose qui ressemblerait à un fléau. Il la rapproche de la cateia,dont il sera question en 7, 741.

Oebalus (7, 733-743). Cet Oebalus n'est connu que par ce passage et le commentaire qu'en donne Servius. Son père, Télon, était le chef des Téléboens, peuple d'Acarnanie venu coloniser l'île de Capri. Il y avait épousé une nymphe, fille d'un dieu-fleuve local Sébéthos (auj. Fiume de la Maddelena), et en avait eu un fils, Oebalos. Ce dernier, trouvant trop petite l'île de son père, était passé sur le continent, en Campanie, où il avait fondé son propre royaume entre le Sarno et Nola. Plusieurs des endroits cités ici par Virgile sont aujourd'hui très mal connus ; certains même sont mal attestés par la tradition manuscrite ; aucun en tout cas n'interviendra dans la suite du récit, non plus qu'Oebalus d'ailleurs.

Abella (7, 740). Si c'est bien ce mot qu'il faut lire dans les manuscrits, il s'agirait d'une ville non loin de Nola (auj. Avella Vecchia). Elle était réputée dans l'antiquité, non pour ses pommes, mais pour ses noix (Auellinae nuces).

Cateia (7, 741). Une arme peu connue, que Servius rapproche de l'aclys (7, 730) et qui pourrait être d'origine barbare (« à la manière teutonne »), les Teutons étant un peuple de la Germanie.

Peltes (7, 743). Le pelte est un petit bouclier, en forme de croissant. Il connote une forme d'armement encore rudimentaire ou sauvage, comme le casque en écorce de chêne.

Ufens (7, 744-749). Comme Almon (7, 532) et Galèse (7, 536), ce guerrier porte le nom d'une rivière de Campanie (auj. Ufente) qui traverse une partie des Marais Pontins et se jette dans l'Amasène (7, 685). Le héros, dont on reparlera dans la suite (8, 6 ; 10, 518 ; 12, 460 et 641), n'a rien à voir avec cette région ; il conduit les Èques, une population rude et sauvage habitant la zone montagneuse à l'est du Latium et au sud de la Sabine. Nersa, qui semble leur capitale, n'est pas connue par ailleurs.

Marruvium (7, 750). Marruvium (ou Marrubium), d'où proviendrait le prêtre Umbro (v. 752), était la capitale des Marses, un peuple guerrier, habitant sur les rives du lac Fucin, et réputé comme une terre de magiciens et de charmeurs de serpents.

Archippus (7, 752). Virgile donne au roi des Marses un nom tiré d'une ville, Archippa, censée fondée par Marsyas, éponyme des Marses, et engloutie dans les eaux du lac Fucin (cfr Pline, Histoire naturelle, 3, 12, 17).

Umbro (7, 750-760). Le héros, dont la mort, suggérée ici (7, 756), est rapportée en 10, 544, où il meurt victime du Dardanien Énée, porte le nom d'une rivière d'Étrurie, l'Umbro (auj. Ombrone), qui a donné son nom à l'Ombrie et aux Ombriens. En linguistique, l'ombrien est, à côté de l'osque (cfr 7, 730), le second en importance des dialectes italiques, en dehors évidemment du latin. On le rencontre dans des inscriptions qui datent de 400 environ à 90 a.C.n, date à laquelle il disparut totalement devant le latin.

Bois d'Angitia (7, 759). Le bois sacré d'Angitie (lucus Angitiae) était situé sur la rive sud du lac Fucin (auj. Luco). Angitie, dont le nom local, si l'on en croit les inscriptions retrouvées, semble être Anagtia, était une déesse marse de la santé.

Hippolyte (7, 761-782). La légende de Phèdre et d'Hippolyte est bien connue. Fils de Thésée, Hippolyte honorait tout particulièrement Artémis, et méprisait Aphrodite. Pour se venger, cette dernière suscita dans le coeur de Phèdre, la seconde épouse de Thésée, une passion violente pour le jeune homme, qui repoussa ses avances. De dépit, Phèdre alors écrivit à son mari une lettre dénonçant Hippolyte en prétendant qu'il avait voulu la violer. Thésée la crut et demanda à Poséidon d'envoyer un monstre marin, lequel, sortant de la mer, effraya les chevaux d'Hippolyte qui tomba de son char et mourut. En apprenant le mal qu'elle avait causé, Phèdre se donna la mort. Telle est la version traditionnelle, à laquelle on imagina une suite, dont Virgile se fait ici l'écho. À la prière d'Artémis-Diane, le médecin Asclépios, fils du dieu guérisseur Phébus-Apollon et désigné ici par Péon (7, 769), une de ses épithètes, aurait rendu la vie au jeune homme. Indigné, Jupiter aurait puni lui-même Asclépios en le précipitant aux enfers. Quant au miraculé Hippolyte, Artémis-Diane, appelée aussi Triuia, dont il était le protégé, serait venue le cacher dans son sanctuaire italien d'Aricie, sur les rives du lac de Némi, dans les monts Albains (cfr aussi 7, 516).

Virbius (7, 762-777). Le versant italique de cette histoire n'est pas encore terminé. Si l'on en croit le commentaire de Servius, à Aricie, Artémis-Diane aurait confié Hippolyte, ressuscité des morts, à une nymphe locale, nommée Égérie, et elle l'aurait fait appeler Virbius, parce qu'il avait été deux fois (bis) un homme (uir), allusion à sa résurrection. C'est son fils, portant donc le même nom que lui, Virbius, qui aurait fait partie des alliés italiens contre Énée. Cette filiation embarrassait déjà Servius, d'une part parce qu'Hippolyte est partout et toujours considéré comme rétif à l'amour et parce que d'autre part Virgile lui-même souligne le caractère solitaire de sa vie à Aricie. Quoi qu'il en soit de cette légende, il est sûr que dans le bois sacré d'Aricie, près du lac de Némi, on vénérait non seulement Diane, mais aussi une nymphe qui s'appelait Égérie, ainsi qu'une divinité masculine, nommée Virbius, dont la nature précise n'est pas claire. Tous ces cultes, à l'origine, n'avaient strictement rien à voir avec l'histoire d'Hippolyte et de Phèdre. Les liens tressés par la légende, totalement artificiels, sont le résultat de constructions savantes. Voir aussi Ovide, Mét., 15, 479-546.

Vénérable Aricie (7, 760). Le texte latin porte mater Aricia, qu'il faut se garder de traduire, comme on le fait parfois, par « sa mère Aricie ». Aricie n'est pas la mère de Virbius, mais la cité qui l'a envoyé. En utilisant cette formule, Virgile veut rendre un hommage appuyé à Aricie, parce que, comme le précise Servius, la mère d'Auguste était originaire de cette cité. Ce n'est pas le seul cas dans l'Énéide où le terme mater est accolé à un nom de ville (cfr 10, 172, Populonia mater,mater a le sens de « patrie »). Il ne sera plus question dans la suite du récit, ni d'Aricie, ni d'ailleurs de Virbius.

Les chevaux (7, 779). Il était interdit aux chevaux de pénétrer dans ce bois d'Aricie. Peut-être ce détail rituel, qui reste sans explication, est-il en partie responsable de la mise en rapport du lieu avec la légende grecque d'Hippolyte.

Turnus (7, 783-802). Avec Turnus et Camille, on retrouve des personnages qui, comme Mézence et Lausus (7, 647-654), joueront un rôle important dans la suite. Virgile manifestement les a disposés au début et à la fin de son catalogue.

Chimère (7, 786). Monstre fabuleux de Lycie dont le corps tenait moitié du lion, moitié de la chèvre, et qui avait une queue de serpent. Sa tête vomissait des flammes. En 6, 288, elle est présente aux Enfers, au nombre des bêtes monstrueuses. Nous apprenons donc ici qu'elle décorait le sommet du casque de Turnus.  Peut-être ornait-elle aussi celui d'Énée en 8, 620. C'était également le nom que portait le navire de Gyas, dans les régates du livre 5 (5, 118).

Io (7, 789). Après la décoration du casque, celle du bouclier, qui représente l'histoire d'Io. Fille d'Inachus, premier roi d'Argos (7, 372), Io avait été aimée de Jupiter. Pour la soustraire à la jalousie d'Héra, celui-ci l'avait transformée en une génisse d'une merveilleuse blancheur et jura à Héra n'avoir jamais aimé cet animal. Héra exigea qu'on le lui offre, et Io se trouva ainsi consacrée à sa rivale, qui la confia à la garde d'Argus, lequel, doté de multiples yeux, ne s'endormait jamais. Sur Io et Argus, voir aussi le long récit d'Ovide, Mét., 1, 568-723.

Inachus (7, 792). Inachus était à la fois le fleuve et le roi d'Argos ; c'était aussi (7, 372) l'ancêtre lointain de Turnus.

Une nuée de fantassins (7, 793-799). Énumération rapide, ici encore, de termes géographiques, montrant que Turnus n'a pas amené seulement les Rutules, mentionnés deux fois (7, 795 et 798), quelque peu bizarrement d'ailleurs, et auxquels fait également référence l'expression « jeunesse argienne » (7, 794), qui désigne probablement les habitants d'Ardée, fondation d'Argos (7, 372). Les peuples cités sont toutefois liés au Latium, d'une manière ou d'une autre. Apparaissent aussi : les Auronques, déjà cités en 7, 206 et 7, 727 ; les Sicanes et les Sacranes, deux peuples mythiques, au statut difficile à préciser (1, 557 ; 8, 328) ; les Labicans, habitant Labicum, une ville du Latium entre Tusculum et Préneste. Il a déjà été question dans ce chant sept du Tibre (7, 30), du Numicus (7, 150 et 7, 242) et du promontoire de Circé (7, 10).

Jupiter Anxurus (7, 800). Un Jupiter vénéré à Anxur, une ville appelée aussi Terracine.

Féronia (7, 800). Une divinité ancienne des sources et des bois, vénérée en plusieurs endroits de l'Italie centrale. Il est probablement fait allusion ici au bois sacré qu'elle possédait à trois milles de Terracine et où elle était considérée comme la protectrice des affranchis. En 8, 564-565, Virgile lui donne comme fils le Prénestin Érylus, doué de trois vies, qui fut tué par Évandre.

Satura (7, 801). Ce toponyme, qui n'est pas autrement connu, si ce n'est par l'imitation du passage par Silius Italicus (8, 380), doit se trouver dans la région des Marais Pontins.

Ufens glacé (7, 801). Un fleuve dont il a été question en 7, 745, à propos du héros du même nom.

Volsques (7, 803). Les Volsques étaient une tribu de l'Italie centrale, qui, au 5e siècle a.C.n., tentèrent de gagner la mer Tyrrhénienne en menaçant dangereusement le Latium (épisode de Coriolan).

Camille (7, 803-817). Une « amazone » italique, reine des Volsques et cavalière experte, dont l'histoire occupera une grande partie du chant 11. On ne sait d'où Virgile s'est inspiré pour créer ce personnage.

Minerve (7, 806). Minerve est adorée, avec Jupiter et Junon, dans le grand temple de Jupiter sur le Capitole. Divinité au signalement complexe, elle est présentée ici comme protectrice de l'artisanat et en particulier du travail des femmes au foyer.

Elle aurait pu survoler... (7, 808). Virgile insiste sur sa légèreté et sur sa rapidité à la course. Le passage est tiré d'Homère (Iliade, 20, 226-229), où il est question de pouliches d'origine semi-divine : « De cette saillie, douze pouliches naquirent. Quand elles voulaient s'ébattre sur la glèbe nourricière, elles couraient sans les rompre, sur la pointe des épis ; quand elles voulaient s'ébattre sur le large dos de la mer, elles couraient sur la pointe des brisants du flot blanchissant » (Trad. P. Mazon).

Un carquois de Lycie (7, 816). Les Lyciens étaient des archers renommés. Cfr 8, 167 et 11, 773.

Le myrte champêtre (7, 817). Le myrte servait à fabriquer tant les javelots des soldats que les houlettes des bergers.


Énéide - Chant VII (Plan) - Page précédente - Page suivante

 Bibliotheca Classica Selecta - UCL (FLTR)