Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant V (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante
ÉNÉIDE, LIVRE V
ESCALE EN SICILE. JEUX FUNÈBRES
Régates (5, 114-285)
Préliminaires (5, 114-150)
Quatre trirèmes (la « Pristis » dirigée par Mnesthée ; la « Chimère », par Gyas ; le « Centaure », par Sergeste ; la « Scylla », par Cloanthe) participent à la course. Le parcours est défini par Énée ; les emplacements sont tirés au sort ; les équipages sont en place (5, 114-135).
Au signal donné, tous partent en ramant avec ardeur, comme des biges lors d'une course de chars, suscitant les applaudissements des spectateurs (5, 136-150).
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Prima pares ineunt grauibus certamina remis |
Pour les premières épreuves, quatre navires de même catégorie |
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quattuor ex omni delectae classe carinae. Velocem Mnestheus agit acri remige Pristim, mox Italus Mnestheus, genus a quo nomine Memmi, ingentemque Gyas ingenti mole Chimaeram, urbis opus, triplici pubes quam Dardana uersu |
choisis parmi toute la flotte s'avancent avec leurs lourdes rames. Mnesthée commande la rapide « Pristis » et ses ardents rameurs, Mnesthée, qui, Italien bientôt, donnera son nom à la famille de Memmius ; Gyas dirige l'énorme « Chimère », à la masse énorme aussi, vraie ville flottante, qu'actionne le triple banc de rameurs |
5, 115 |
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impellunt, terno consurgunt ordine remi ; Sergestusque, domus tenet a quo Sergia nomen, Centauro inuehitur magna, Scyllaque Cloanthus caerulea, genus unde tibi, Romane Cluenti. Est procul in pelago saxum spumantia contra |
des jeunes Dardaniens, dont les rames se soulèvent en cadence ; Sergeste, de qui la famille Sergia tient son nom, se déplace sur le grand « Centaure », et la « Scylla » couleur bleu sombre transporte Cloanthe, d'où ta maison tire son origine, ô Romain Cluentius. Loin au large, face au rivage écumant, on voit un rocher |
5, 120 |
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litora, quod tumidis summersum tunditur olim fluctibus, hiberni condunt ubi sidera Cori ; tranquillo silet immotaque attollitur unda campus et apricis statio gratissima mergis. hic uiridem Aeneas frondenti ex ilice metam |
que parfois les flots gonflés viennent battre et recouvrir, lorsque les bises hivernales dissimulent les constellations. Par temps calme, c'est le silence ; vraie terrasse, il émerge de l'onde immobile, séjour recherché des plongeons amis du soleil. Là, d'une yeuse au vert feuillage, le sage Énée fait une borne, |
5, 125 |
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constituit signum nautis pater, unde reuerti scirent et longos ubi circumflectere cursus. tum loca sorte legunt ipsique in puppibus auro ductores longe effulgent ostroque decori ; cetera populea uelatur fronde iuuentus |
signal dressé pour que les marins sachent d'où revenir et où tourner en décrivant de longues courbes. Ensuite le sort désigne les emplacements. Debout sur les poupes, parés d'or et de pourpre, les capitaines resplendissent au loin. Les jeunes marins, couverts de feuillage de peuplier, |
5, 130 |
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nudatosque umeros oleo perfusa nitescit.
Considunt transtris, intentaque bracchia remis ; intenti exspectant signum, exsultantiaque haurit corda pauor pulsans laudumque arrecta cupido. Inde ubi clara dedit sonitum tuba, finibus omnes, |
sont tout luisants de l'huile versée sur leurs épaules nues.
Installés sur les bancs, bras tendus sur les rames, attentifs, ils attendent le signal ; leurs coeurs exaltés s'épuisent, dans la peur qui les frappe et dans leur désir exacerbé de louanges. Dès que la trompette eut donné son éclatant signal, tous aussitôt |
5, 135 |
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haud mora, prosiluere suis ; ferit aethera clamor nauticus, adductis spumant freta uersa lacertis. Infindunt pariter sulcos, totumque dehiscit conuulsum remis rostrisque tridentibus aequor. Non tam praecipites biiugo certamine campum |
bondissent de leurs lignes ; les cris des marins frappent l'éther ; les bras agités retournent les flots qui se couvrent d'écume. Des sillons égaux se creusent, et toute la plaine marine s'entrouve, déchirée par les rames et les éperons à trois dents. Dans une course de biges, les chars ne se précipitent pas avec tant d'ardeur, |
5, 140 |
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corripuere ruuntque effusi carcere currus, nec sic immissis aurigae undantia lora concussere iugis pronique in uerbera pendent. Tum plausu fremituque uirum studiisque fauentum consonat omne nemus, uocemque inclusa uolutant |
quand, sortis des carcères, ils ont gagné la plaine et s'y ruent, et les auriges, une fois lancés les atellages, ne sont pas ainsi penchés, tête en avant, pendus à leurs fouets, agitant leurs brides ondoyantes. Alors tout le bois résonne des applaudissements bruyants des spectateurs et des cris ardents des supporters ; l'anse du rivage répercute les voix ; |
5, 145 |
| litora, pulsati colles clamore resultant. |
les collines frappées par les clameurs en renvoient l'écho. |
5, 150 |
Premières phases de la course (5, 151-224)
Gyas (la « Chimère ») prend la tête, suivi de près par Cloanthe (la « Scylla »), Mnesthée (la « Pristis ») et Sergeste (le « Centaure ») rivalisant pour la troisième place. Parvenu le premier à hauteur du rocher à contourner, Gyas ordonne à son pilote Ménétès de serrer la borne au plus près ; le pilote, par prudence, n'obéit pas, ce qui permet à Cloanthe de passer en tête, en se frayant un passage entre le rocher et la « Chimère ». De dépit, Gyas jette à l'eau son pilote, qui parvient à se hisser sur le rocher, au grand amusement des marins (5, 151-182).
Sergeste et Mnesthée espèrent la seconde place ; Sergeste a d'abord l'avantage, mais Mnesthée harangue ses hommes, qui tous rament avec ardeur (5, 183-200).
Sergeste s'est trop approché du rocher et va s'y échouer, brisant ses rames, ce qui permet à Mnesthée de remporter la seconde place, laissant derrière lui Sergeste bloqué sur son rocher, et Gyas qui navigue sans pilote (5, 201-224).
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Effugit ante alios primisque elabitur undis turbam inter fremitumque Gyas ; quem deinde Cloanthus consequitur, melior remis, sed pondere pinus tarda tenet. post hos aequo discrimine Pristis |
Avant les autres, Gyas s'échappe et le premier glisse sur les vagues, au milieu d'une foule frémissante ; Cloanthe le suit, meilleur à la rame ; mais, à cause de son poids, le bateau prend du retard. Derrière eux, à distance égale, |
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Centaurusque locum tendunt superare priorem ; et nunc Pristis habet, nunc uictam praeterit ingens Centaurus, nunc una ambae iunctisque feruntur frontibus et longa sulcant uada salsa carina. Iamque propinquabant scopulo metamque tenebant, |
la « Pristis » et le « Centaure » cherchent chacun à se dépasser ; tantôt la « Pristis » est en tête ; tantôt l'énorme « Centaure » l'emporte et la double ; tantôt tous deux ensemble avancent de front, et de leurs longues carènes sillonnent les ondes salées. |
5, 155 |
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cum princeps medioque Gyas in gurgite uictor rectorem nauis compellat uoce Menoeten : « Quo tantum mihi dexter abis ? Huc derige cursum ; litus ama et laeua stringat sine palmula cautes ; altum alii teneant » dixit ; sed caeca Menoetes |
quand Gyas, en tête et vainqueur à la mi-course, appelle à haute voix Ménétès, le pilote de son navire : « Où vas-tu tellement à droite ? Serre plutôt de ce côté ; longe le bord, et sur la gauche laisse les rames frôler les écueils ; que les autres prennent le large », dit-il ; mais Ménétès, |
5, 160 |
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saxa timens proram pelagi detorquet ad undas. « Quo diuersus abis ? » iterum « pete saxa, Menoete ! » Cum clamore Gyas reuocabat, et ecce Cloanthum respicit instantem tergo et propiora tenentem. Ille inter nauemque Gyae scopulosque sonantis |
redoutant d'invisibles rochers, fait virer sa proue vers la mer. « Où vas-tu par là ? » Puis encore : « Gagne les rochers, Ménétès ! » lui criait Gyas en le rappelant ; et voici qu'il se retourne et voit dans son dos, tout proche, Cloanthe qui le presse. Ce dernier se faufile entre le bateau de Gyas et les écueils sonores, |
5, 165 |
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radit iter laeuum interior subitoque priorem praeterit et metis tenet aequora tuta relictis. Tum uero exarsit iuueni dolor ossibus ingens nec lacrimis caruere genae, segnemque Menoeten oblitus decorisque sui sociumque salutis |
par la gauche, à l'intérieur ; brusquement il passe le premier et gagne les eaux sûres, laissant la borne derrière lui. Une souffrance sans bornes brûle jusqu'aux os le jeune homme ; des larmes lui inondent les joues ; oublieux de sa dignité et du salut de ses compagnons, il pousse le trop lent Ménétès |
5, 170 |
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in mare praecipitem puppi deturbat ab alta ; ipse gubernaclo rector subit, ipse magister hortaturque uiros clauumque ad litora torquet. At grauis ut fundo uix tandem redditus imo est , iam senior madidaque fluens in ueste Menoetes |
du haut de la poupe, et le précipite tête en avant dans la mer. Lui, le capitaine, prend la place du pilote ; il est le maître, exhorte les hommes et dirige la barre vers le rivage. Et, lorsque il est enfin sorti de l'eau, accablé, âgé déjà, et ruisselant dans ses vêtements mouillés, |
5, 175 |
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summa petit scopuli siccaque in rupe resedit. Illum et labentem Teucri et risere natantem et salsos rident reuomentem pectore fluctus.
Hic laeta extremis spes est accensa duobus, Sergesto Mnestheique, Gyan superare morantem. |
Ménétès gagne le sommet de l'écueil et s'assied au sec sur le rocher. Les Teucères ont ri, lorsqu'ils l'ont vu glisser et nager, et ils rient à le voir recracher de sa poitrine des flots d'eau salée.
Alors, les deux derniers, Sergeste et Mnesthée, sont heureux en voyant s'allumer l'espoir de l'emporter sur Gyas, mis en retard. |
5, 180 |
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Sergestus capit ante locum scopuloque propinquat, nec tota tamen ille prior praeeunte carina ; parte prior, partim rostro premit aemula Pristis. At media socios incedens naue per ipsos hortatur Mnestheus : « Nunc, nunc insurgite remis,
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Sergeste prend la tête et s'approche du rocher, mais pourtant il n'a pas une longueur entière d'avance ; il n'est premier qu'en partie, l'éperon de sa rivale « Pristis » le serrant à l'arrière. Alors, s'avançant du milieu du bateau parmi ses compagnons, Mnesthée les encourage : « Allons, allons pressez sur les rames, |
5, 185 |
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Hectorei socii, Troiae quos sorte suprema delegi comites ; nunc illas promite uiris, nunc animos, quibus in Gaetulis Syrtibus usi Ionioque mari Maleaeque sequacibus undis. non iam prima peto Mnestheus neque uincere certo |
compagnons d'Hector, vous que, lors du jour suprême de Troie, j'ai choisis pour me suivre; c'est le moment de faire éclater ces forces, ce courage, qui vous ont servi dans les Syrtes gétules, et sur la mer Ionienne et parmi les flots tumultueux du cap Malée. Désormais Mnesthée renonce au premier prix ; je ne lutte pas pour vaincre, |
5, 190 |
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quamquam o...! Sed superent quibus hoc, Neptune, dedisti ! Extremos pudeat rediisse : hoc uincite, ciues, et prohibete nefas. » Olli certamine summo procumbunt : uastis tremit ictibus aerea puppis subtrahiturque solum, tum creber anhelitus artus |
quoique...! Ô Neptune, que l'emporte celui à qui tu as réservé la palme ! Ce serait honteux d'être les derniers : remportez au moins cette victoire, mes amis, empêchez ce déshonneur ». Les hommes dans un effort ultime se penchent sur les rames : la poupe d'airain tremble et le sol se dérobe sous leurs amples battements ; une respiration haletante secoue les membres |
5, 195 |
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aridaque ora quatit, sudor fluit undique riuis.
Attulit ipse uiris optatum casus honorem : namque furens animi dum proram ad saxa suburget interior spatioque subit Sergestus iniquo, infelix saxis in procurrentibus haesit. |
et dessèche les bouches ; sur les corps, partout, ruisselle la sueur.
Un hasard leur apporta précisément l'honneur qu'ils souhaitaient. Car tandis que, dans sa fougue, il presse sa proue vers le rocher, se faufilant et s'avançant dans le passage dangereux, l'infortuné Sergeste va s'échouer sur les rocs en saillie. |
5, 200 |
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Concussae cautes et acuto in murice remi obnixi crepuere inlisaque prora pependit. Consurgunt nautae et magno clamore morantur ferratasque trudes et acuta cuspide contos expediunt fractosque legunt in gurgite remos. |
Le récif est ébranlé ; les rames, heurtant les arêtes du rocher, ont craqué, tandis que la proue défoncée reste suspendue. Les matelots se dressent, et poussant des cris, tentent de se dégager ; ils saisissent des piques de fer et des épieux garnis de pointes et recueillent du gouffre leurs rames brisées. |
5, 205 |
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At laetus Mnestheus successuque acrior ipso agmine remorum celeri uentisque uocatis prona petit maria et pelago decurrit aperto. Qualis spelunca subito commota columba, cui domus et dulces latebroso in pumice nidi, |
Quant à l'heureux Mnesthée, plus ardent encore après le succès, grâce à sa troupe de rapides rameurs, et les vents qu'il a invoqués, il gagne des zones calmes et file sur la mer qui s'ouvre à lui. On dirait une colombe subitement chassée de la caverne où, au creux d'une pierre, elle a fait sa demeure et son nid douillet, |
5, 210 |
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fertur in arua uolans plausumque exterrita pennis dat tecto ingentem, mox aere lapsa quieto radit iter liquidum celeris neque commouet alas : sic Mnestheus, sic ipsa fuga secat ultima Pristis aequora, sic illam fert impetus ipse uolantem. |
et qui prend son envol vers les champs ; effrayée, dans son abri, elle bat vigoureusement des ailes, mais bientôt, glissant dans l'air limpide, elle rase la surface de l'eau, sans plus mouvoir ses ailes rapides. Comme elle, la « Pristis » de Mnesthée, s'échappe, fend les ultimes flots qui restent à franchir, entraînée dans son vol par son élan même. |
5, 215 |
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Et primum in scopulo luctantem deserit alto Sergestum breuibusque uadis frustraque uocantem auxilia et fractis discentem currere remis. inde Gyan ipsamque ingenti mole Chimaeram consequitur ; cedit, quoniam spoliata magistro est. |
D'abord elle laisse derrière elle Sergeste, qui se débat en haut du récif et dans les bas-fonds, appelant vainement à l'aide, s'essayant à faire la course avec des débris de rames. Puis elle rejoint Gyas et la très massive « Chimère » qui, privée de son pilote, cède devant elle. |
5, 220 |
Fin de la course et remise des prix (5, 225-285)
Mnesthée, encouragé par les spectateurs, est très près de gagner la première place, mais Cloanthe adresse aux dieux de la mer des prières et des voeux, ce qui lui vaut la victoire (5, 227-243).
Cloanthe, proclamé vainqueur, est gratifié d'une couronne de laurier ; les trois premiers équipages reçoivent chacun trois jeunes taureaux, du vin et un talent d'argent ; et des récompenses particulières sont attribuées aux trois capitaines : Cloanthe reçoit une chlamyde d'or, ornée d'une broderie évoquant le rapt de Ganymède ; Mnesthée la cuirasse de Démoléos, que lui avait arrachée Énée à Troie ; Gyas deux bassins de bronze et des vases d'argent (5, 244-267).
Sergeste, parvenu enfin à ramener son équipage et son navire au port, reçoit lui aussi une récompense : l'esclave Pholoé et ses deux enfants nouveau-nés (5, 268-285).
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Solus iamque ipso superest in fine Cloanthus, quem petit et summis adnixus uiribus urget. Tum uero ingeminat clamor cunctique sequentem instigant studiis, resonatque fragoribus aether. Hi proprium decus et partum indignantur honorem |
Désormais, à la fin du parcours, Cloanthe reste seul en tête ; Mnesthée veut le rejoindre et, de toutes ses forces, le serre de près. Alors les cris redoublent et tous encouragent le poursuivant de leurs voeux, tandis que dans l'éther retentissent les cris. Les uns s'indignent à l'idée de perdre la palme qui leur revient, |
5, 225 |
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ni teneant, uitamque uolunt pro laude pacisci ; hos successus alit : possunt, quia posse uidentur. Et fors aequatis cepissent praemia rostris, ni palmas ponto tendens utrasque Cloanthus fudissetque preces diuosque in uota uocasset : |
la gloire déjà conquise ; et pour l'honneur, ils risqueraient leur vie. Les autres savourent leur succès : ils peuvent, puisque ils croient pouvoir. Et leurs proues étant alignées, la « Pristis » l'aurait peut-être emporté, si Cloanthe, les deux mains tendues vers le large, ne s'était répandu en prières et n'avait invoqué les dieux en faisant des voeux : |
5, 230 |
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« Di, quibus imperium est pelagi, quorum aequora curro, uobis laetus ego hoc candentem in litore taurum constituam ante aras uoti reus, extaque salsos proiciam in fluctus et uina liquentia fundam. » Dixit, eumque imis sub fluctibus audiit omnis |
« Dieux qui détenez l'empire de la mer, maîtres des flots que je parcours, je serai heureux de consacrer sur ce rivage un taureau éclatant, en votre honneur, pour m'acquitter de ce voeu devant vos autels ; je jetterai ses entrailles dans l'onde salée, et ferai des libations de vin. » Il parla, et dans les profondeurs des flots, tous l'entendirent : |
5, 235 |
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Nereidum Phorcique chorus Panopeaque uirgo, et pater ipse manu magna Portunus euntem impulit : illa Noto citius uolucrique sagitta ad terram fugit et portu se condidit alto.
Tum satus Anchisa cunctis ex more uocatis |
le choeur des Néréides et de Phorcus, et la vierge Panopée ; le vénérable Portunus en personne le poussa de sa main puissante ; plus rapide que le Notus et qu'une flèche ailée, le navire vola vers le rivage et disparut au fond du port.
Alors, le fils d'Anchise convoque tous les concurrents, |
5, 240 |
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uictorem magna praeconis uoce Cloanthum declarat uiridique aduelat tempora lauro, muneraque in nauis ternos optare iuuencos uinaque et argenti magnum dat ferre talentum. ipsis praecipuos ductoribus addit honores : |
selon la coutume ; par la voix puissante du héraut il proclame Cloanthe vainqueur et lui couronne les tempes de vert laurier ; il accorde aussi à chacun de choisir trois jeunes taureaux par navire, et d'emporter du vin et un grand talent d'argent. Aux capitaines il accorde encore des honneurs particuliers : |
5, 245 |
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uictori chlamydem auratam, quam plurima circum purpura maeandro duplici Meliboea cucurrit. Intextusque puer frondosa regius Ida uelocis iaculo ceruos cursuque fatigat acer, anhelanti similis, quem praepes ab Ida |
au vainqueur, une chlamyde d'or, avec son double méandre de pourpre mélibéenne, qui court autour en une large bordure. Tissée dans la toile, une image représente le jeune prince courant dans l'Ida feuillu, harassant de son javelot des cerfs rapides ; il est ardent, semble essoufflé. Un aigle rapide, le porte-foudre de Jupiter, |
5, 250 |
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sublimem pedibus rapuit Iouis armiger uncis ; longaeui palmas nequiquam ad sidera tendunt custodes, saeuitque canum latratus in auras. At qui deinde locum tenuit uirtute secundum, leuibus huic hamis consertam auroque trilicem |
l'enlève de l'Ida, l'emportant au ciel dans ses serres crochues ; ses vieux gardiens en vain tendent les mains vers les astres, et les aboiements des chiens s'élèvent rageusement dans les airs. Celui qui, par sa valeur, a conquis la seconde place, reçoit une cotte de mailles d'or à triple épaisseur, fixée par des crochets polis. |
5, 255 |
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loricam, quam Demoleo detraxerat ipse uictor apud rapidum Simoenta sub Ilio alto, donat habere, uiro decus et tutamen in armis. Vix illam famuli Phegeus Sagarisque ferebant multiplicem conixi umeris ; indutus at olim |
Énée, vainqueur, l'avait arrachée à Démoléos, près du rapide Simoïs, au pied de la fière Ilion ; il la donne pour qu'elle serve au héros de marque d'honneur et de protection sous les armes. Ses serviteurs Phégée et Sagaris, avaient du mal à porter à deux sur leurs épaules cette cuirasse aux multiples mailles, qu'avait pourtant |
5, 260 |
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Demoleos cursu palantis Troas agebat. tertia dona facit geminos ex aere lebetas cymbiaque argento perfecta atque aspera signis.
Iamque adeo donati omnes opibusque superbi puniceis ibant euincti tempora taenis, |
revêtue jadis Démoléos, quand il pourchassait les Troyens débandés. Le troisième prix consiste en deux bassins de bronze, des vases d'argent magnifiques, ornés de figures en relief.
Et déjà tous les vainqueurs primés, fiers de leurs richesses, s'avançaient, les tempes ceintes de bandeaux de pourpre, |
5, 265 |
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cum saeuo e scopulo multa uix arte reuulsus amissis remis atque ordine debilis uno inrisam sine honore ratem Sergestus agebat. Qualis saepe uiae deprensus in aggere serpens, aerea quem obliquum rota transiit aut grauis ictu |
quand, parvenu à force d'habileté à s'arracher au cruel rocher, affaibli par la perte de ses rames et d'un rang de rameurs, Sergeste tout penaud s'avança poussant son bateau sous les quolibets. Il était comme un serpent, surpris parfois sur le bord d'une route : une roue de bronze lui est passée en travers, ou un voyageur |
5, 270 |
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seminecem liquit saxo lacerumque uiator ; nequiquam longos fugiens dat corpore tortus parte ferox ardensque oculis et sibila colla arduus attollens ; pars uulnere clauda retentat nexantem nodis seque in sua membra plicantem : |
l'a laissé à demi-mort, lourdement frappé ou lacéré par une pierre ; cherchant à fuir, tordant en vain son corps en longs replis, il reste redoutable, avec ses yeux ardents et son cou sifflant qu'il soulève bien haut ; la partie atteinte par la blessure le retient tandis qu'il lutte en se contorsionnant, et se replie sur lui. |
5, 275 |
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tali remigio nauis se tarda mouebat ; uela facit tamen et uelis subit ostia plenis. Sergestum Aeneas promisso munere donat seruatam ob nauem laetus sociosque reductos. Olli serua datur operum haud ignara Mineruae, |
Ainsi se mouvait lentement le navire, avec des rameurs affaiblis ; pourtant il hisse les voiles et, vent en poupe, pénètre dans le port. Énée gratifie Sergeste de la récompense promise, heureux de voir le bateau sauvé et ses compagnons ramenés sains et saufs. On lui donne une esclave, habile aux travaux de Minerve, |
5, 280 |
| Cressa genus, Pholoe, geminique sub ubere nati. |
d'origine crétoise, nommée Pholoé, et ses jumeaux encore à la mamelle. |
5, 285 |
Notes (5, 114-285)
premières épreuves (5, 114). Dans sa description des jeux, Virgile s'est inspiré des jeux funèbres en l'honneur de Patrocle au chant 23 de l'Iliade d'Homère. Mais le nombre des jeux ainsi que le ton général sont très différents. Ainsi par exemple Virgile a remplacé par une course de bateaux la course de chars qui chez Homère ouvrait les compétitions. Cela s'explique peut-être par l'importance qu'avait la navigation pour les compagnons d'Énée, qui avaient passé de longues années en mer. En tout cas, les régates ne faisaient pas normalement partie des jeux, sinon peut-être (et ce serait significatif) dans le cas des jeux d'Auguste à Actium, les Actiaca [à vérifier].
de même catégorie (5, 114). Comme on le verra, les navires n'ont pas tous les mêmes dimensions, mais ils ont tous le même nombre de bancs de rameurs. Ce sont des trirèmes, courantes chez les Romains, mais anachroniques à l'époque d'Énée. Selon Thucydide en effet (I, 13), elles auraient été inventées au VIIIe siècle avant Jésus-Christ.
Mnesthée (5, 116). Cité pour la première fois en 4, 288, ce compagnon d'Énée, un homme de confiance, interviendra souvent dans la suite (chants 5, 9, 10 et 12). Au chant 5, il participe non seulement aux régates, mais aussi au concours de tir à l'arc 5, 493, par exemple.
Pristis (5, 116). Les navires étaient désignés par le nom de l'animal fabuleux représenté sur leur proue (cfr aussi l'exemple du « Centaure » en 10, 195 -197, et du « Triton » d'Aulestès en 10, 207-212). Le terme « Pristis », assez vague, désigne un gros cétacé. Certains traducteurs le rendent par "« Baleine », « Scie » (sorte de squale), voire « Léviathan ».
Memmius (5, 117). À l'époque de Virgile, nombre de familles romaines prétendaient descendre de familles troyennes. Des érudits comme Varron et Hygin avaient rédigé des traités intitulés de familiis Troianis. Les Memmii, rapprochant leur nom de memini correspondant au grec memnesthai, pouvaient facilement, étant donné la fantaisie des étymologies antiques, se raccrocher à Mnesthée. Le plus illustre représentant de la gens Memmia fut le propréteur de Bithynie, Memmius, protecteur de Catulle et dédicataire du de rerum natura de Lucrèce.
Gyas (5, 118). Déjà cité en 1, 222 et en 1, 612, il joue un grand rôle dans le livre 5, et reparaîtra en 12, 460. Si Virgile ne lui attribue pas de descendance, Servius (Énéide, 5, 117) en fait l'ancêtre de la gens Gegania.
Chimère (5, 118). Monstre fabuleux, la Chimère avait, chez Homère (Iliade, 6, 179-182), une tête de lion, un corps de chèvre et une queue de serpent. On retrouvera son nom en 6, 288 et en 7, 786.
Sergeste... (5, 121). Sergeste, déjà cité en 1, 510 et en 4, 288, interviendra encore en 12, 561. La famille Sergia est connue notamment par Catilina et sa fameuse conjuration.
Centaure (5, 122). Les Centaures sont des êtres fabuleux mi-hommes, mi-chevaux (6, 286 ; 7, 675). Un bateau du même nom apparaît en 10, 195.
Scylla (5, 122). Il a été question à plusieurs reprises de ce monstre redoutable au chant 3 (en 3, 420 ; 3, 424 ; 3, 432 ; 3, 685). Il sera également mentionné en 7, 302.
Cloanthe... Cluentius (5, 122-123). Sur Cloanthe, cfr 1, 222 ; 1, 510 et 1, 612. Les Cluentii ne sont pas une famille romaine particulièrement illustre : un de leurs membres a été défendu par Cicéron (dans le Pro Cluentio).
les bises (5, 126). Virgile emploie le terme Cori (Cauri), qui sont des vents de nord-ouest porteurs de tempêtes (Pline, Histoire Naturelle, 18, 338).
les emplacements (5, 132). Les emplacements des bateaux sont tirés au sort, comme dans le modèle homérique (Iliade, 23, 352 ss), on tire au sort la position des chars.
peuplier (5, 134). Le peuplier est un arbre consacré à Hercule, patron des athlètes (cfr 8, 276).
carcères (5, 145). En latin carceres. Il s'agit des emplacements d'où les chars vont s'élancer au signal donné.
Ménétès (5, 161). C'est le pilote de Gyas. Il n'interviendra que dans les régates (5, 161-189). Un autre Ménétès, Arcadien et non plus Troyen, est cité en 12, 517.
ont ri (5, 181). Passage peut-être inspiré de Homère (Iliade, 23, 784), où les Grecs, lors de la course à pied, rient d'Ajax qui avait glissé dans la bouse.
compagnons d'Hector... (5, 188-197). La harangue de Mnesthée est une variante du discours d'Antiloque à ses chevaux chez Homère (Iliade, 23, 402-416). L'allusion aux compagnons d'Hector est probablement destinée à stimuler les hommes par une allusion flatteuse à un héros prestigieux.
Syrtes gétules (5, 192-193). Dans les deux vers qui suivent, Mnesthée évoque, en ordre chronologique inverse, les difficultés rencontrées par les Troyens avant leur arrivée à Carthage. Pour les Syrtes gétules, cfr 5, 51, avec les références.
mer Ionienne (5, 193) C'est la tempête dans la mer Ionienne, après le départ de Crète (cf 3, 192-208).
cap Malée (5, 193). Le Cap Malée, aujourd'hui cap Malia, à l'extrémité sud du Péloponnèse, était redouté des navigateurs.
remportez au moins (5, 196). La palme nous échappe ; mais il nous faut éviter le déshonneur d'être les derniers. Déjà cela sera une victoire.
poupe d'airain (5, 198). Comme le signale J. Perret (Virgile. Énéide, II, Paris, 1982, p. 11, n. 1), c'est normalement la proue qui est renforcée par du bronze (l'éperon) ; le mot « poupe » désigne ici l'ensemble du bateau.
On dirait une colombe... (5, 213-219). La comparaison entre le mouvement d'un navire et le vol d'un oiseau (épervier, faucon) se trouve chez Homère (Odyssée, 13, 86) et chez Apollonius de Rhodes (2, 932-935). L'originalité de Virgile serait entre autres d'avoir choisi la colombe, oiseau plus pacifique, consacré à Vénus et particulièrement vénéré par la gens Memmia (cfr J. Perret, Virgile. Énéide, II, Paris, 1982, p. 12, n. 1).
privée de son pilote (5, 224). Le pilote Ménétès a été jeté à l'eau par Gyas (cfr 5, 172ss).
Dieux qui détenez l'empire de la mer (5, 235-243). Cfr chez Homère (Iliade, 23, 768-770) la prière d'Ulysse à Athéna, lorsqu'il talonne de près Ajax lors de la course à pied.
je jetterai ses entrailles (5, 238). Le texte latin parle des exta, c'est-à-dire de la fressure. Dans le sacrifice romain, c'est la part du dieu qui est généralement mise à la broche ou cuite dans une marmite. Jeter ces exta à la mer est un rituel curieux, que Virgile a peut-être imaginé de toutes pièces, étant donné qu'il s'agissait d'un sacrifice aux dieux de la mer. Une partie des vers 5, 237-238 est reprise en 5, 775-776.
Néréides (5, 240). Les cinquante filles de Nérée et Doris (cfr 3, 74), étaient les nymphes bienfaisantes de la mer, dont elles habitaient le fond avec leur père. Certaines étaient célèbres : Amphitrite, Galatée, Thétis.
Phorcus (5, 240). Frère de Nérée et, comme lui, ancien dieu de la mer. On lui attribue parfois la paternité du monstre marin Scylla et celle des Gorgones. Il sera encore cité en 5, 824.
Panopée (5, 240). Une des Néréides. Elle aussi sera encore citée en 5, 824, en même temps que Thétis et Mélité.
Portunus (5, 241). Ou Portumnus, une des plus anciennes divinités romaines, présidant aux ports et aux portes. Virgile lui attribue le rôle décisif dans la victoire de Cloanthe. Une autre énumération de divinités de la mer se rencontrera en 5, 822-826.
Notus (5, 242). Au sens propre, le Notus (ou Auster) est un vent du sud. Ici, le terme désigne le vent en général. Cfr par exemple 1, 85.
talent d'argent (5, 248). Sur cette unité de poids qu'est le talent, cfr 5, 112 et 9, 265.
chlamyde d'or (5, 250). La chlamyde, comme vêtement, a été présentée en 3, 484, où la note signale d'autres mentions de chlamyde dans l'Énéide.
mélibéenne (5, 251). Mélibée, ville de Thessalie, était renommée pour sa pourpre. C'est de cette ville que Philoctète aurait été chassé (cfr 3, 401).
le jeune prince... (5, 252-257). La broderie évoque la légende de Ganymède, ce jeune prince/berger troyen, fils de Tros, que Jupiter, épris de sa beauté, avait fait enlever par un aigle et emmener dans l'Olympe, où il lui servit d'échanson et aussi (c'est explicite dans des versions plus récentes du récit) d'amant. Dans ce nouvel exemple d'ekphrasis, la représentation se développe en deux scènes : la chasse et l'enlèvement proprement dit.
Ida (5, 253). La forêt du mont Ida surplombait Troie (cfr 2, 696 et 2, 801).
porte-foudre (5, 254). Le texte latin dit « celui qui porte les armes » (armiger), mais le foudre est l'arme de Jupiter. L'aigle est ainsi le porte-foudre de Jupiter (cfr 9, 563).
cotte de mailles (5, 259). Une cuirasse du même genre a été offerte en cadeau aux Troyens par Hélénus (cfr 3, 467).
Démoléos (5, 260). Héros grec, inconnu par ailleurs.
Simoïs (5, 260). Le Simoïs est une rivière torrentueuse de Troade, qui descend du mont Ida et se jette dans le Scamandre (cfr 1, 100).
Phégée et Sagaris (5, 263). Ces personnages, au nom emprunté au répertoire grec, interviendront comme combattants dans la suite du récit : Phégée en 9, 765 et 12, 371 ; Sagaris en 9, 575.
travaux de Minerve (5, 284). Minerve est le nom de la divinité latine généralement assimilée à Pallas-Athéna. Elle patronne les travaux féminins, comme le tissage et le filage de la laine. Cfr 7, 805 et 8, 409.