Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant VII (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante


ÉNÉIDE, LIVRE VII

 

 ARRIVÉE AU LATIUM - MENACE DE GUERRE

La guerre embrase l'Italie - Début du catalogue des Italiens (7, 623-705)

 

Préparatifs de guerre et invocation aux muses (7, 623-646)

La fièvre de la guerre se communique à toute l'Italie. Chacun veut combattre et fourbit ses armes. C'est notamment le cas dans cinq cités importantes du Latium. (7, 623-640)

Invocation aux Muses. (7, 641-646)

Ardet inexcita Ausonia atque immobilis ante ;

Pars pedes ire parat campis, pars arduus altis

L'Ausonie, tranquille et immobile auparavant, s'embrase ;

les uns s'apprêtent à marcher dans les plaines, d'autres, hissés

puluerulentus equis furit ; omnes arma requirunt.

Pars leuis clipeos et spicula lucida tergent

aruina pingui subiguntque in cote secures ;

signaque ferre iuuat sonitusque audire tubarum.

Quinque adeo magnae positis incudibus urbes

sur de fières montures se déchaînent dans la poussière ;

tous cherchent des armes. Certains enduisent d'une graisse généreuse

boucliers polis et traits brillants ou aiguisent leurs haches sur une pierre ;

on aime voir les enseignes se lever et entendre le son des trompettes.

Et même, cinq grandes villes ont dressé des enclumes et y forgent

7, 625

tela nouant, Atina potens Tiburque superbum,

Ardea Crustumerique et turrigerae Antemnae.

Tegmina tuta cauant capitum flectuntque salignas

umbonum cratis ; alii thoracas aenos

aut leuis ocreas lento ducunt argento ;

des armes neuves : la puissante Atina , et la fièreTibur,

Ardée et Crustuméries et Antemnes avec sa couronne de tours.

On façonne des casques pour protéger les têtes ; on ploie

les claies d'osier des boucliers ; on enduit d'argent malléable

des cuirasses de bronze ou des jambières polies ;

7, 630

uomeris huc et falcis honos, huc omnis aratri

cessit amor ; recoquunt patrios fornacibus enses.

Classica iamque sonant ; it bello tessera signum.

Hic galeam tectis trepidus rapit, ille frementis

ad iuga cogit equos clipeumque auroque trilicem

voilà devant quoi se sont effacés l'estime pour le soc et la faucille,

tout l'amour porté à la charrue ;  les épées des ancêtres sont reforgées.

Et déjà sonnent les clairons  et circule la tessère, appel à la guerre.

L'un, tout excité, va chercher chez lui  son casque ;

un autre attèle ses chevaux frissonnants, s'équipe de son bouclier,

7, 635

loricam induitur fidoque accingitur ense.

 

Pandite nunc Helicona, deae, cantusque mouete,

qui bello exciti reges, quae quemque secutae

complerint campos acies, quibus Itala iam tum

floruerit terra alma uiris, quibus arserit armis.

et de sa cuirasse aux triples fils d'or et ceint sa fidèle épée.

 

Maintenant, déesses, ouvrez l'Hélicon et entonnez vos chants.

Quels ont été ces rois poussés à la guerre ? Quelles forces les ont suivis ?

Quelles armées ont couvert nos plaines ? Quels héros ont fait fleurir

alors l'Italie, notre terre nourricière ? Quelles armes l'ont embrasée ?

7, 640

Et meministis enim, diuae, et memorare potestis ;

ad nos uix tenuis famae perlabitur aura.

Vous, ô déesses, vous gardez ces souvenirs et pouvez les rappeler ;

car jusqu'à nous se glisse à peine un souffle ténu de ce passé.

7, 645

 

Début du Catalogue des Italiens (7, 647-705)

Suit une liste impressionnante de guerriers provenant de diverses contrées de l'Italie et prêts à s'opposer aux Troyens. Les premiers cités sont
- Mézence l'Étrusque et son fils Lausus (7, 647-654)
- Aventinus, fils d'Hercule (7, 655-669)
- Catillus et Cora, de Tibur (7, 670-677)
- Caeculus, de Préneste (7, 678-690)
- Messapus, à la tête de contingents falisques et capénates (7, 691-705).

Primus init bellum Tyrrhenis asper ab oris

contemptor diuom Mezentius agminaque armat.

Filius huic iuxta Lausus, quo pulchrior alter

Le premier à entrer en guerre et à armer ses troupes fut le cruel

Mézence, contempteur des dieux, venu des bords tyrrhéniens.

Auprès de lui se tient Lausus son fils ; nul ne le surpassait

non fuit excepto Laurentis corpore Turni,

Lausus, equum domitor debellatorque ferarum,

ducit Agyllina nequiquam ex urbe secutos

mille uiros, dignus, patriis qui laetior esset

imperiis et cui pater haud Mezentius esset.

 

 en beauté, hormis Turnus le Laurente au corps vigoureux.

Lausus, dompteur de chevaux et chasseur de fauves,

amène de la ville d'Agylla  mille guerriers, – apport bien  vain – :

il était diigne d'être plus satisfait d'obéir aux ordres paternels,

et digne de n'avoir pas Mézence pour père.

7, 650

Post hos insignem palma per gramina currum

uictoresque ostentat equos satus Hercule pulchro

pulcher Auentinus, clipeoque insigne paternum

centum angues cinctamque gerit serpentibus hydram ;

collis Auentini silua quem Rhea sacerdos

Derrière eux,  exhibant dans un pré un char orné d'une palme

et ses chevaux victorieux, voici un fils du bel Hercule,

le bel Aventinus ;  sur son bouclier, l'insigne paternel :

cent reptiles et une hydre entourée de ces serpents.

Cet enfant, Rhéa la prêtresse dans les bois de l'Aventin,

7, 655

furtiuum partu sub luminis edidit oras,

mixta deo mulier, postquam Laurentia uictor

Geryone extincto Tirynthius attigit arua

Tyrrhenoque boues in flumine lauit Hiberas.

Pila manu saeuosque gerunt in bella dolones

clandestinement le fit naître aux rives de la lumière.

Mortelle, elle fut unie au dieu, lorsque Hercule le Tirynthien,

vainqueur après la mort de Géryon, arriva chez les Laurentes

et baigna ses boeufs d'Hibérie dans le fleuve tyrrhénien.

À la guerre, ses hommes ont des traits et de redoutables gourdins ferrés ;

7, 660

et tereti pugnant mucrone ueruque Sabello.

Ipse pedes, tegumen torquens immane leonis,

terribili impexum saetacum dentibus albis

indutus capiti, sic regia tecta subibat,

horridus, Herculeoque umeros innexus amictu.

 

ils combattent avec un poignard arrondi et une pointe sabellique.

Lui, debout, enroulant autour de lui une immense peau de lion,

aux poils hirsutes et effrayants, et la tête couverte d'un mufle

 aux crocs blancs,  il pénétrait ainsi dans le palais royal,

 effrayant, avec la peau de lion d'Hercule nouée sur ses épaules.

7, 665

Tum gemini fratres Tiburtia moenia linquunt,

fratris Tiburti dictam cognomine gentem,

Catillusque acerque Coras, Argiua iuuentus,

et primam ante aciem densa inter tela feruntur ;

ceu duo nubigenae cum uertice montis ab alto

Puis deux jumeaux quittent les murailles de Tibur,

nation qui tient son nom de leur frère Tiburtus ;

ce sont Catillus et l'ardent Coras, de jeunes Argiens,

qui se portent entre les traits au premier rang du combat.

On dirait deux Centaures, nés de la Nuée, quand ils descendent

7, 670

descendunt centauri, Homolen Othrymque niualem

linquentes cursu rapido ; dat euntibus ingens

silua locum et magno cedunt uirgulta fragore.

 

Nec Praenestinae fundator defuit urbis,

Volcano genitum pecora inter agrestia regem

du sommet de la montagne, délaissant l'Homole et l'Othrys enneigés

dans leur course rapide ; l'immense forêt leur ouvre le passage,

et les broussailles cèdent devant eux à grand fracas.

 

Le fondateur de Préneste non plus n'a pas manqué à l'appel,

le roi, né de Vulcain au milieu de troupeaux champêtres,

7, 675

inuentumque focis omnis quem credidit aetas

Caeculus. Hunc late legio comitatur agrestis ;

quique altum Praeneste uiri quique arua Gabinae

Iunonis gelidumque Anienem et roscida riuis

Hernica saxa colunt, quos diues Anagnia pascit,

et trouvé dans un foyer, comme on l'a cru à toutes les époques.

C'est Caeculus, accompagné par une foule de campagnards :

ceux de la haute Préneste et les paysans de Gabies chère à Junon, 

les riverains du frais Anio et les habitants des monts herniques,

humides de la rosée des rivières, et ceux que nourrit la  riche Anagnia,

7, 680

quos, Amasene pater. Non illis omnibus arma,

nec clipei currusue sonant ; pars maxima glandes

liuentis plumbi spargit, pars spicula gestat

bina manu, fuluosque lupi de pelle galeros

tegmen habent capiti, uestigia nuda sinistri

et tes protégés, vénérable Amasénus. Tous ne sont pas équipés

d' armes, de boucliers et de chars bruyants. La plupart  lancent

des glands de plomb bleuâtre ; certains ont en main deux épieux ;

ils se protègent la tête avec de bonnets fauves en peau de loup

et ont coutume de marquer les traces de leur pied gauche nu,

7, 685

instituere pedis, crudus tegit altera pero.

 

At Messapus, equum domitor, Neptunia proles,

quem neque fas igni cuiquam nec sternere ferro,

iam pridem resides populos desuetaque bello

agmina in arma uocat subito ferrumque retractat.

tandis qu'une botte de cuir brut couvre l'autre pied.

 

Cependant, le fils de Neptune, Messapus, dompteur de chevaux,

que par ordre divin nul ne peut abattre ni par le feu, ni par le fer,

appelle soudain aux armes des peuples depuis longtemps pacifiés

et des troupes déshabituées de la guerre ; il reprend les armes.

7, 690

Hi Fescenninas acies Aequosque Faliscos.

Hi Soractis habent arces Flauiniaque arua

et Cimini cum monte lacum lucosque Capenos.

Ibant aequati numero regemque canebant,

ceu quondam niuei liquida inter nubila cycni,

Ce sont les armées de Fescennium, et les Èques Falisques, 

ceux qui occupent les sommets du Soracte et les champs de Flavina,

ainsi que le lac de Ciminus et sa montagne, et les bois de Capène.

Ils avançaient en rangs égaux, et chantaient leur roi :

Ainsi, quand  dans une brume transparente des cygnes  neigeux

7, 695

cum sese e pastu referunt et longa canoros

dant per colla modos, sonat amnis et Asia longe

pulsa palus.

Nec quisquam aeratas acies ex agmine tanto

misceri putet, aeriam sed gorgite ab alto

rentrent de leur pâture et émettent de leurs longs cous

des chants mélodieux, le fleuve retentit d'un son 

répercuté au loin jusqu'au  marais d'Asie.

Nul ne penserait, devant un si grand attroupement,

à un mélange de rangs armés d'airain, mais à une nuée aérienne

7, 700

urgueri uolucrum raucarum ad litora nubem.

d'oiseaux criards, poussés du tourbillon du large vers le rivage.

7, 705

Page suivante


Notes (7, 623-705)

Cinq grandes villes (7, 629-631). Il est difficile d'expliquer avec précision pourquoi Virgile a choisi ces cinq noms. Atina (auj. Atina) était une cité volsque au pied des Apennins, conquise par les Romains en 293 a.C.n. ; Ardée (auj. Ardea, un tout petit village) était dans la légende la capitale des Rutules de Turnus, mais elle a également joué un rôle important dans l'histoire du Ve siècle ; Tibur (auj. Tivoli), qualifiée ici d'« orgueilleuse » probablement à cause de sa situation élevée qui lui permettait de contrôler la vallée de l'Anio, était une cité latine importante, sous l'Empire encore ; Crustumérie (sur l'actuelle colline de Marcigliana Vecchia ; auj. disparue) et Antemnes (au confluent de l'Anio et du Tibre ; auj. disparue) sont surtout connues pour le rôle qu'elles avaient joué aux origines de Rome dans la légende de l'enlèvement des femmes, plus généralement appelé l'enlèvement des Sabines, mais les textes anciens hésitent sur leur appartenance au monde latin ou sabin. Dans ces conditions, on pourrait déceler un certain rapport entre les cinq villes et le Catalogue des Italiens qui va suivre immédiatement : Atina renverrait aux Volsques de Camille (7, 803), Ardée à Turnus et aux troupes qu'il commande (7, 783-802), Tibur aux contingents de Catillus et de Coras (7, 670-673), Crustumérie et Antemnes aux Sabins de Clausus (7, 706-709). Ces cinq villes semblent en tout cas aux yeux de Virgile symboliser l'Ausonie (cfr 7, 623) qui se lève contre Énée, mais cette Ausonie n'évoque pas l'ensemble de l'Italie ; elle a en fait toutes les apparences du Latium augustéen. On sait en effet qu'Auguste avait réorganisé l'Italie en onze régions administratives ; les cinq villes retenues par Virgile faisaient toutes partie de la première de ces régions, appelée Latium.

Tessère (7, 637). Tablette de métal ou d'ivoire, utilisée par les Romains dans la vie courante, pour divers usages (jetons de vote, d'entrée au spectacle), et notamment comme signe de reconnaissance.

Cuirasse aux triples fils d'or (7, 640). En 3, 467, parmi les cadeaux d'Hélénus et d'Andromaque à Énée lors de son départ de Buthrote, figure « une cuirasse en mailles tressée de trois fils d'or » (trad. J. Perret). On n'imagine guère qu'on utilisait pour combattre de pareilles pièces d'apparat.

Déesses (7, 641). Nouvelle invocation aux Muses (cfr 7, 37), pour marquer une étape importante dans le récit. C'est le véritable début des combats dans le Latium. Ici, toutes les Muses sont invoquées, et non plus une seule, comme Érato (7, 37). Dans la mythologie, les Muses sont « filles de Mémoire » ; elles se souviennent de tout. Cfr aussi 1, 8n.

Hélicon (7, 641). Montagne de la Grèce, aux confins de la Phocide et de la Béotie, l'Hélicon était consacré aux Muses.

Le catalogue des Italiens en général (7, 647-817). Le catalogue des Italiens, auquel répondra celui des Étrusques au livre 10 (10, 163-214, précédé lui aussi d'une invocation aux Muses), est calqué sur le catalogue de l'armée grecque qui occupe plus de trois cents vers chez Homère (IIiade, 2, 484-785, avec là encore une invocation aux Muses). Les Italiens qui, dans la suite du récit, joueront le rôle le plus important, sont placés au début (Mézence et Lausus) et à la fin (Turnus, Camille) de la liste. Les autres sont classés dans un ordre assez proche de l'ordre alphabétique : Aventinus, Catillus et Coras, Céculus, Messapus, Clausus, Halésus, Oebalus, Ufens, Umbro et Virbius. Cet élément, joint à d'autres observations de contenu, a fait penser que la seule exception (Messapus et Halésus) serait due à un accident dans la tradition manuscrite.

Mézence (7, 648). Première mention du nom d'un personnage très important pour la suite. Dans la tradition prévirgilienne, tous les Étrusques étaient opposés aux Troyens ; Mézence était leur chef et régnait sur Caeré (auj. Cerveteri). Virgile a profondément transformé sur ce point la tradition ancienne. Il a fait de Mézence un tyran coupable de tels excès que Caeré même dut le chasser (cfr 8, 478-494). Dans la version virgilienne toujours, le roi exilé trouva refuge auprès de Turnus qu'il secondera dans sa guerre contre les Troyens. Le reste des Étrusques, par contre, dressé contre Mézence, s'alliera à Énée. On assiste donc chez Virgile à un dédoublement des Étrusques et à un renversement des alliances.

Contempteur des dieux (7, 648). Dans la tradition prévirgilienne déjà (Caton, Origines, 1, 12 Chassignet), on racontait que Mézence avait exigé que les Rutules lui offrent les prémices de la récolte de vin au lieu de l'offrir à Jupiter.

Lausus (7, 649). Le fils de Mézence jouera lui aussi un grand rôle dans la suite de l'histoire, essentiellement au chant dix, où il sera tué par Énée (10, 789-820). Virgile souligne ici sa beauté, qui ne le cédait qu'à celle de Turnus. Les vers 653-654 tendent aussi à le dissocier moralement de son père.

Turnus le Laurente (7, 650). Turnus est au sens strict un Rutule, mais il est ici qualifié de Laurente parce qu'il est allié aux Laurentes.

Dompteur de chevaux et chasseur de fauves (7, 651). « Dompteur de chevaux » et « chasseur de fauves » parce que, comme tous les héros, il est un excellent cavalier et un excellent chasseur. Les deux épithètes sont ornementales (cfr en 7, 189 la caractérisation de Picus comme « dompteur de chevaux »).

vain (7, 652). Parce que cette force imposante ne protégera pas Lausus de la mort ni ses troupes de la défaite.

Agylla (652). Agylla est le nom grec de Caeré. Cfr aussi 8, 479.

Aventinus (7, 655-669). D'après Servius (7, 657), la tradition connaissait plusieurs personnages de ce nom, un roi des Aborigènes d'abord, un roi de la dynastie albaine des Siluii ensuite (cfr aussi Tite-Live, 1, 9).  Dans les deux cas, les perspectives étiologiques sont évidentes : le personnage est censé avoir donné son nom à la colline romaine où il aurait été enterré. Virgile a repris à la fois le nom et la liaison avec l'Aventin, mais il a créé un nouveau personnage : un fils qu'Hercule, de passage à Rome, aurait eu, dans les bois de l'Aventin, avec une prêtresse du nom de Rhéa. Pour imaginer ce fils d'Hercule dont il est le seul à parler, Virgile pouvait utiliser certaines données traditionnelles. Il y avait d'abord le récit de l'union miraculeuse de Mars et de la prêtresse Rhéa Silvia qui avait donné naissance à Romulus et à Rémus. En outre, on attribuait au dieu Hercule plusieurs fils lors de son séjour à Rome, un Pallas qu'il aurait eu d'une fille d'Évandre, un Fabius qu'il aurait eu d'une nymphe, et même le roi Latinus. Une tradition racontait en effet qu'Hercule aurait donné en mariage à Faunus une jeune femme, Pallantô, qu'il avait rendue enceinte. Latinus qu'elle mettra plus tard au monde n'était donc pas le fils de Faunus (cfr 7, 47), mais celui d'Hercule. Donc, l'Aventinus présenté par Virgile était aussi beau que son père, fait rappelé également par ses armes et ses vêtements. Sa beauté est soulignée avec insistance, comme l'est en 7, 649-650, celle de Lausus et celle de Turnus. Virgile, qui ne reparlera plus de ce personnage dans la suite de son récit, ne précise d'ailleurs pas de quel endroit d'Italie il est originaire ni quel peuple il représente.

Cent reptiles et une hydre entourée de serpents (7, 658). Sur le bouclier était représentée l'Hydre de Lerne, dont la destruction constitue un des douze travaux d'Hercule. Ce serpent monstrueux, qui sévissait dans les marais de Lerne, près d'Argos, avait plusieurs têtes (de 5 à 100 selon les auteurs), qui toutes repoussaient, aussitôt coupées (cfr aussi 8, 300). Hercule ne put en venir à bout qu'avec l'aide d'un compagnon d'armes, Iolaos, qui cautérisait la plaie avec un tison ardent, dès que Hercule coupait une tête. En lisant la description virgilienne, on pourrait penser que les reptiles (le chiffre de cent est symbolique) étaient différents de l'hydre, mais peut-être s'agit-il d'une figure de style.

Hercule le Tirynthien (7, 661). Hercule est souvent qualifié de Tirynthien, soit parce qu'il était le fils supposé d'Amphitryon, roi de Tirynthe, en Argolide, soit parce qu'il fut longtemps au service d'Eurysthée, un autre roi de Tirynthe.

Après la mort de Géryon (7, 662-663). Un des travaux d'Hercule fut de se rendre aux confins extrêmes de l'Occident (en Hibérie), dans l'île mythique d'Érythie (« l'île rouge »), pour y dérober un troupeau de boeufs merveilleux, surveillé par Géryon, un monstre à trois corps ou à trois têtes. Après l'avoir tué, Hercule ramena les bêtes en Grèce au cours d'un long voyage par voie de terre, ce qui l'amena dans le Latium (les terres des Laurentes), sur les bords du Tibre (le fleuve Tyrrhénien). Là, il dut affronter Cacus, en un combat que Virgile détaillera dans le livre huit (8, 190-267), lors de la visite qu'Énée rendra à Évandre sur le site de Pallantée.

Pointe sabellique (7, 665). Une lance courte commune à beaucoup de peuples italiques, qui est parfois appelée « volsque ». Sur l'adjectif sabellique, cfr aussi 8, 510.

Immense peau de lion (7, 666-669). Allusion à la manière dont l'iconographie présente souvent Hercule. Il porte la peau du lion de Némée, tandis que le mufle de l'animal lui sert de casque (Hercule avait tué ce monstre, qui ravageait la vallée de Némée, en Argolide). Aventinus, son fils avait donc adopté la même tenue, résumée en 7, 669, par l'expression « manteau d'Hercule ». Pour le Lion de Némée, voir aussi 8, 295.

Deux jumeaux (7, 670). Ce sont Coras et Catillus. Plusieurs récits couraient sur la fondation de Tibur (auj. Tivoli). D'après l'un d'eux, la ville aurait une lointaine origine argienne. À la mort d'Amphiaraos, héros argien, son fils Catillus serait parti pour l'Italie. Il y aurait eu trois fils, un certain Tiburtus, qui aurait donné son nom à Tibur, et deux jumeaux, Coras et Catillus junior, qui sont censés ici rejoindre les forces latines. Ils apparaîtront brièvement au chant onze (11, 465, 604 et 640).

Centaures, nés de la Nuée (7, 674). Les deux frères sont comparés à des Centaures, dont il a déjà été question plus haut (7, 304-305) et qu'on retrouvera en 8, 293-294. L'expression « nés de la Nuée » fait référence à l'origine des Centaures dans la mythologie. Ixion étant tombé amoureux d'Héra et ayant même tenté de la violer, Zeus avait façonné une nuée ressemblant à la déesse, fantôme auquel se serait uni Ixion. Cette union aurait donné naissance, soit à Centauros, le père des Centaures, soit aux Centaures eux-mêmes. Virgile (6, 601) a placé Ixion au Tartare parmi les grands criminels. Pour en revenir aux deux frères, la comparaison avec les Centaures laisse penser que Virgile les voyait comme des cavaliers exceptionnels.

Homole et Othrys (7, 676). Ce sont là deux montagnes de Thessalie, pays des Centaures.

Fondateur de Préneste (7, 678-681). Préneste (auj. Palestrina) est une cité du Latium au sud de Tibur, bâtie sur la pente d'une montagne (d'où l'épithète « haute » en 7, 682). La légende raconte que son fondateur, Caeculus, avait bénéficié d'une conception merveilleuse. Il serait né d'une étincelle, jaillie du feu, qui avait frappé la poitrine d'une jeune fille, d'où l'expression virgilienne : « né de Vulcain ». Il fut découvert près du foyer d'un temple de Jupiter où sa mère l'avait exposé.

Foule de campagnards (7, 681-685). Caeculus vient rejoindre les alliés, accompagné d'une foule de campagnards voisins que Virgile énumère rapidement. À côté des Prénestins, on trouve des gens de Gabies (cfr 7, 612 et surtout 6, 773), une ville connue notamment pour son temple de Junon. L'Anio (auj. Aniene) est un affluent de la rive gauche du Tibre. Les Herniques habitaient un pays de montagnes, un peu à l'est de Préneste. Virgile fait peut-être allusion à des torrents. En tout cas, leur capitale, Anagnia (auj. Anagni), s'élevait dans une région fertile. Quant à l'Amasénus (auj. Amaseno), c'est un fleuve, plus au sud, qui passe à Privernum. On le retrouvera en 11, 547, dans l'histoire de Camille. L'adjectif français « vénérable » traduit le latin pater, qui caractérise le dieu du fleuve.

Armes, boucliers et chars (7, 686-689). Ils ne sont pas lourdement armés. La plupart sont des frondeurs ; certains portent deux piques. Comme casques, ils n'ont que des bonnets en peau d'animal.

Pour coutume (7, 689-690). Curieuse coutume de n'avoir que le pied droit chaussé. En 4, 518, Didon, qui prépare son suicide, a elle aussi un pied nu, mais le geste doit avoir là une valeur magique (cfr P. Veyne, p. 241, n 3). Ce n'est probablement pas le cas ici. Macrobe (Saturnales, 5, 18, 17-21), s'appuyant sur Euripide et Aristote, affirme qu'il s'agissait d'une pratique de chasseurs étoliens.

Messapus (7, 691-695). La présence d'un Messapus surprend quelque peu, car Messapus est, traditionnellement, le héros éponyme de la Messapie, dans l'Italie du Sud. Virgile innove donc en plaçant un personnage du même nom à la tête de contingents falisques et capénates, qu'il est d'ailleurs un peu surprenant de voir présentés comme des gens pacifiques. De ce Messapus ainsi créé, le poète fait un fils de Neptune et lui accorde l'invulnérabité au feu et au fer. C'est probablement un emprunt à la légende de Cycnos, lui aussi fils de Neptune et invulnérable. Achille n'en viendra à bout qu'en le repoussant devant lui à coups de bouclier, jusqu'au moment où Cycnos, en reculant, tombera sur une pierre et périra, étouffé sous le poids d'Achille. Ce Messapus interviendra à plusieurs reprises dans les combats des livres neuf à douze (par exemple en 10, 354), mais à aucun moment, Virgile n'utilisera le motif de son invulnérabilité.

Ce sont les armées... (7, 695-697). Virgile aligne ici une série de noms qui se rapportent tous à la région falisque (autour de Faléries) et capénate (autour de Capène). On se trouve dans le sud-est de l'Étrurie, sur la rive droite du Tibre, en face du pays sabin. À l'exception notoire du Soracte (11, 785), la plupart de ces termes géographiques ne reviendront plus dans la suite de l'Énéide. Mis à part Flavina (ou Flavinium) en 7, 696, ils sont toutefois bien localisables.

des cygnes (7, 699-705). La comparaison est empruntée à Homère (Iliade, 2, 459-468) : « Comme on voit, par troupes nombreuses, des oiseaux ailés, oies, ou grues, ou cygnes, sur les deux rives du Caÿstre, voler en tous sens, battant fièrement des ailes, dont toute la prairie bruit ; ainsi, des nefs et des baraques, des troupes sans nombre se répandent dans le plaine [etc.] » (trad. P. Mazon). Le « fleuve » dont parle Virgile fait donc partie de la citation, c'est le Caÿstre, qui se jette dans la mer Égée, près d'Éphèse. Le « marais d'Asie » renvoie lui aussi au passage d'Homère, que Virgile utilise également en Géorgiques, I, 383-386.


Énéide - Chant VII (Plan) - Page précédente - Page suivante

Bibliotheca Classica Selecta - UCL (FLTR)