Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant VIII (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante


ÉNÉIDE, LIVRE VIII

 

LA ROME FUTURE : PALLANTÉE - BOUCLIER D'ÉNÉE

Recours aux Étrusques - Soutien de Vénus (8, 454 - 540)

 

 Énée et ses alliés étrusques et arcadiens (8, 454-519)

Le lendemain, Évandre et Énée discutent de la demande de secours. Évandre propose à Énée de prendre la tête d'une coalition d'Étrusques désireux de se débarrasser d 'un des leurs, Mézence, un abominable tyran, allié et protégé de Turnus. (8, 454-495)

En effet, un oracle leur ayant intimé l'ordre de se choisir pour chef un étranger, les Étrusques s'étaient adressés à Évandre qui, se sentant trop vieux et voyant en Énée ce chef providentiel, lui propose ce rôle. Il lui assure aussi l'aide de son fils Pallas et d'un contingent de cavaliers arcadiens. (8, 496-519)

Haec pater Aeoliis properat dum Lemnius oris,

Tandis qu'aux rivages d'Éole le dieu de Lemnos s'active,

Euandrum ex humili tecto lux suscitat alma

et matutini uolucrum sub culmine cantus.

Consurgit senior tunicaque inducitur artus

et Tyrrhena pedum circumdat uincula plantis ;

tum lateri atque umeris Tegeaeum subligat ensem,

Évandre quitte son humble logis, réveillé par la douce lumière

et le chant matinal des oiseaux sous son toit.

Le vieillard se lève, revêt une tunique,

et attache à ses pieds des sandales tyrrhéniennes,

fixe ensuite à son flanc et à ses épaules une épée tégéenne,

8, 455

demissa ab laeua pantherae terga retorquens.

Nec non et gemini custodes limine ab alto

praecedunt gressumque canes comitantur erilem.

Hospitis Aeneae sedem et secreta petebat

sermonum memor et promissi muneris heros.

rejetant en arrière une peau de panthère tombant de son épaule gauche .

Quand il quitte le haut seuil de sa demeure, deux chiens de garde

précèdent leur maître et l'accompagnent dans sa marche.

Le héros se rendait à l'endroit où s'était retiré son hôte Énée,

tout en repensant à leurs entretiens et à l'aide qu'il avait promise.

8, 460

Nec minus Aeneas se matutinus agebat.

Filius huic Pallas, illi comes ibat Achates.

Congressi iungunt dextras mediisque residunt

aedibus et licito tandem sermone fruuntur.

Rex prior haec :

De son côté Énée, tout aussi matinal, s'activait.

L'un était accompagné de son fils Pallas, l'autre d'Achate.

Ils se rejoignent, se serrent la main, s'installent au centre de la maison,

où ils peuvent enfin échanger librement quelques propos.

Le roi parla le premier :

8, 465

« Maxume Teucrorum ductor, quo sospite numquam

res equidem Troiae uictas aut regna fatebor,

nobis ad belli auxilium pro nomine tanto

exiguae uires : hinc Tusco claudimur amni,

hinc Rutulus premit et murum circumsonat armis.

« Très puissant chef des Troyens, jamais, tant que tu vivras,

je ne dirai  que la puissance de Troie ou son royaume ont été vaincus.

Devant un nom si considérable, pour vous aider dans la guerre,

nos forces sont modestes ; d'un côté, le fleuve étrusque nous enferme,

de l'autre, le Rutule nous presse et ses armes résonnent  près de nos murs.

8, 470

Sed tibi ego ingentis populos opulentaque regnis

iungere castra paro, quam fors inopina salutem

ostentat : fatis huc te poscentibus adfers.

 

Haud procul hinc saxo incolitur fundata uetusto

urbis Agyllinae sedes, ubi Lydia quondam

Mais je me prépare à  t'associer des peuples importants,

les troupes de riches royaumes ; ce salut un hasard inespéré

le laisse entrevoir : tu te présentes ici quand  le destin te réclame.

 

Non loin d'ici se trouve, bien assise sur un antique rocher,

la ville d'Agylla, à l'endroit où jadis une tribu de Lydie,

8, 475

gens, bello praeclara, iugis insedit Etruscis.

Hanc multos florentem annos rex deinde superbo

imperio et saeuis tenuit Mezentius armis.

Quid memorem infandas caedes, quid facta tyranni

effera ? Di capiti ipsius generique reseruent !

illustre guerrière, vint occuper les collines étrusques.

Elle fut longtemps florissante, et ensuite le roi Mézence la maintint

sous sa domination orgueilleuse par la cruauté de ses armes.

Pourquoi rappeler les meurtres abominables, les atrocités de ce tyran ?

Puissent les dieux lui réserver le même sort, à lui et à sa descendance !

8, 480

Mortua quin etiam iungebat corpora uiuis

componens manibusque manus atque oribus ora,

tormenti genus, et sanie taboque fluentis

complexu in misero longa sic morte necabat.

At fessi tandem ciues infanda furentem

Il allait même jusqu'à lier des cadavres à des vivants,

mains contre mains, visages contre visages, en guise de torture,

et ainsi infligeait une mort lente à ces êtres qui se liquéfiaient

en pus et en pourriture, dans une misérable étreinte.

Mais les citoyens, las finalement des abominations de ce fou furieux,

8, 485

armati circumsistunt ipsumque domumque,

obtruncant socios, ignem ad fastigia iactant.

Ille inter caedem Rutulorum elapsus in agros

confugere et Turni defendier hospitis armis.

Ergo omnis furiis surrexit Etruria iustis :

s'arment et l'assiègent, lui et sa demeure, massacrent ses compagnons

et lancent sur  son toit des torches enflammées. Mais lui,

s'étant dégagé en plein massacre s'enfuit chez les Rutules,

et est protégé maintenant par les armes de son hôte Turnus.

Donc l'Étrurie tout entière, saisie d'une juste fureur, s'est soulevée,

8, 490

regem ad supplicium praesenti Marte reposcunt.

 

His ego te, Aenea, ductorem milibus addam.

Toto namque fremunt condensae litore puppes

Signaque ferre iubent ; retinet longaeuus haruspex

fata canens : ʻ O Maeoniae delecta iuuentus,

la guerre est bien présente, on réclame le roi pour l'envoyer au supplice.

 

C'est toi, ô Énée, que je donnerai pour chef.à ces milliers d'hommes

En effet, massés tout le long du rivage, leurs navires frémissent

et demandent la levée des étendards, mais un vieil haruspice les retient,

chantant les arrêts du destin : ʻ Ô jeunes gens, élite de la Méonie,

8, 495

flos ueterum uirtusque uirum, quos iustus in hostem

fert dolor et merita accendit Mezentius ira,

nulli fas Italo tantam subiungere gentem :

externos optate duces ʼ ; tum Etrusca resedit

hoc acies campo, monitis exterrita diuom.

fleuron de la vaillance des anciens héros, une juste rancoeur

et une fureur bien méritées vous excitent contre Mézence ;

réunir sous ses ordres un si grand peuple, nul Italien n'en a le droit :

choisissez pour chefs des étrangers ʼ. Alors l'armée étrusque,

s'est arrêtée dans la plaine, terrifiée par ces avertissements divins.

8, 500

Ipse oratores ad me regnique coronam

cum sceptro misit mandatque insignia Tarchon,

succedam castris Tyrrhenaque regna capessam.

Sed mihi tarda gelu saeclisque effeta senectus

inuidet imperium seraeque ad fortia uires.

Tarchon en personne m'a envoyé des ambassadeurs,

porteurs de la couronne royale et du sceptre ; il me remet ces insignes

pour que je me rende au camp et accepte le trône de Tyrrhénie.

Mais la vieillesse, lente et glacée, épuisée par les ans, me refuse le pouvoir 

et mes forces sont trop tardives pour accomplir des actes de courage !

8, 505

Natum exhortarer, ni mixtus matre Sabella

hinc partem patriae traheret. Tu, cuius et annis

et generi fatum indulgent, quem numina poscunt,

ingredere, o Teucrum atque Italum fortissime ductor.

Hunc tibi praeterea, spes et solacia nostri,

J'y pousserais bien mon fils si,  né d'une mère sabellique, il ne tirait

d'ici une part de sa patrie. C'est toi  qui, par ton âge et ta naissance,

jouis de la faveur du destin, toi que réclament les volontés divines ;

va de l'avant, ô très valeureux chef des Troyens et des Italiens.

En outre, je t'adjoindrai Pallas, mon espoir et ma consolation.

8, 510

Pallanta adiungam ; sub te tolerare magistro

militiam et graue Martis opus, tua cernere facta

adsuescat primis et te miretur ab annis.

Arcadas huic equites bis centum, robora pubis

lecta dabo totidemque suo tibi nomine Pallas. »

Puisse-t-il, avec un maître tel que toi, s'habituer

à supporter la vie militaire et les pénibles travaux de Mars,

à voir tes exploits et à t'admirer dès ses jeunes années.

Je lui donnerai deux cents cavaliers arcadiens, force d'élite

de notre armée, et Pallas t'en donnera autant, en son propre nom. »

8, 515

 

Un prodige encourage Énée (8, 520-540)

Soudain un présage qu'Énée identifie très vite comme lui venant de sa mère Vénus le tire de son abattement et, dès lors, le héros accepte le rôle providentiel annoncé par les destins et se sent désormais prêt à la guerre.

Vix ea fatus erat, defixique ora tenebant

Aeneas Anchisiades et fidus Achates

multaque dura suo tristi cum corde putabant,

ni signum caelo Cytherea dedisset aperto.

Namque inprouiso uibratus ab aethere fulgor

Il avait à peine  fini de parler, et  le fils d'Anchise, Énée

et son fidèle Achate gardaient les yeux fixés au sol, 

et pensaient, pleins de tristesse, aux multiples épreuves à endurer,

si Cythérée ne leur avait offert un signe dans un ciel dégagé.

En effet, subitement, un éclair lancé du haut de l'éther

8, 520

cum sonitu uenit, et ruere omnia uisa repente

Tyrrhenusque tubae mugire per aethera clangor.

Suspiciunt, iterum atque iterum fragor increpat ingens :

arma inter nubem caeli regione serena

per sudum rutilare uident et pulsa tonare.

apparut avec fracas, et il sembla que tout s'écroulait d'un coup

et que le son d'une trompette tyrrhénienne mugissait dans l'air.

Ils lèvent les yeux, à nouveau éclate un craquement violent, puis un autre :

au centre d'un nuage, dans un coin serein du ciel, ils voient des armes

rutiler dans la clarté, et s'entrechoquer dans un bruit de tonnerre.

8, 525

Obstipuere animis alii, sed Troius heros

agnouit sonitum et diuae promissa parentis.

Tum memorat : « Ne uero, hospes, ne quaere profecto,

quem casum portenta ferant : ego poscor Olympo.

Hoc signum cecinit missuram diua creatrix,

Tous restèrent stupéfaits ; seul le héros troyen reconnut

ce bruit et les promesses de sa mère, la déesse.

Il dit alors : « Cher hôte, ne cherche pas, je t'en prie,

ce qu'annoncent ces présages : c'est moi que réclame le ciel.

Ma mère divine m'avait prédit qu'elle m'enverrait ce signal

8, 530

si bellum ingrueret, Volcaniaque arma per auras

laturam auxilio.

Heu quantae miseris caedes Laurentibus instant ;

quas poenas mihi, Turne, dabis ; quam multa sub undas

scuta uirum galeasque et fortia corpora uolues,

si la guerre survenait, et que, pour m'aider, elle apporterait

à travers les airs des armes forgées par Vulcain.

Hélas ! Que de massacres menacent les malheureux Laurentes !

Quels châtiments tu me paieras, Turnus ! Que de boucliers, de casques,

que de cadavres de vaillants héros tu rouleras dans tes flots,

8, 535

Thybri pater ! Poscant acies et foedera rumpant.'

ô vénérable Thybris  ! Qu'on appelle les armées et rompe les accords ! »

8, 540

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 Notes  (8, 454-540)  

dieu de Lemnos (8, 454). Allusion à un épisode de la légende d'Héphaïstos (Vulcain), évoqué par exemple par Homère (Iliade, 1, 590-594) et censé expliquer la claudicité du dieu. « Héra se querellait avec Zeus au sujet d'Héraclès, et Héphaïstos prit le parti de sa mère. Zeus le saisit alors par un pied et le lança en bas de l'Olympe. Héphaïstos tomba pendant tout un jour ; vers le soir, il atterrit dans l'île de Lemnos, où il s'abattit, respirant à peine. Là, il fut recueilli par les Sinthiens et ranimé. Mais il resta toujours boiteux » (P. Grimal, Dictionnaire, 1969, p. 185).

Évandre à quitter son humble logis (8, 455). Ce passage, où Évandre se prépare à retrouver Énée, présente plusieurs correspondances avec un texte de l'Odyssée, 2, 1-11, où l'on voit Télémaque s'équipant au lever du jour pour aller convoquer l'assemblée des Achéens. L'idée vient sans doute d'Homère, mais, comme à son habitude, Virgile l'adapte aux circonstances.

sandales tyrrhéniennes (8, 458). Virgile prête ici à Évandre des bottes à courroies qu'on trouve effectivement dans l'iconographie étrusque (« sandales tyrrhéniennes ») et qui seront également portées par les magistrats romains.

épée tégéenne (8, 459). Tégée (cfr aussi 5, 299) est une ville d'Arcadie. Si les chaussures d'Énée sont étrusques, son épée est donc arcadienne.

deux chiens (8, 461). Chez Homère, Télémaque est lui aussi accompagné de deux chiens.

Pallas (8, 466). Pallas, on en a parlé plus haut (8, 51n), est le jeune fils d'Évandre, qui accompagnera Énée et qui mourra dans la mêlée de la main de Turnus.

Achate (8, 466). Achate est un Troyen, compagnon fidèle et courageux d'Énée, qui intervient de nombreuses fois dans le cours de l'Énéide (cfr 8, 521).

au centre de la maison (8, 467). C'est-à-dire dans la cour intérieure de la maison, où ils peuvent s'isoler.

fleuve étrusque (8, 473). C'est le Tibre, fleuve « étrusque » par son cours supérieur et sa rive droite.

riches royaumes (8, 476). L'Étrurie ne doit pas être considérée comme un empire unitaire. C'était en réalité un ensemble de cités-états, de « peuples », qui se constituaient en une ligue assez souple mais capable de prendre des décisions communes.

Agylla (8, 479). Agylla est le nom grec de Caeré, aujourd'hui Cerveteri (cfr 7, 652).

tribu de Lydie (8, 479). Il existait dans l'Antiquité plusieurs versions sur l'origine des Étrusques. L'une d'elles, rapportée notamment par Hérodote (1, 94), expliquait qu'une famine, frappant la Lydie, une région de l'Asie mineure, avait obligé une partie des habitants à quitter leur pays sous la conduite de Tyrrhénos, le fils de leur roi, et à venir s'établir en Italie. C'est cette version que suit ici Virgile. On la retrouvera aussi en 9, 11.

Mézence (8, 481). Sur ce personnage et sur son fils, Lausus, cfr déjà 7, 647-649, mais le présent texte (8, 478-494) donne plus de détails sur Mézence, sur son orgueil, sa cruauté et sa barbarie.

en guise de torture (8, 485). Ce supplice était au dire de Cicéron (chez saint Augustin, Contre les Pélagiens, 4) infligé par les Étrusques à leurs prisonniers, mais on n'en a aucune confirmation. Parmi les Modernes, P. T. Eden (The Etruscans in the Aeneid, dans PVS, 4, 1964-1965, p. 31-40) y voit un acte de piété religieuse, mais cela semble difficile à admettre. On le retrouve en tout cas signalé par Diodore de Sicile. En 24, 12, cet historien, qui écrit au 1er siècle avant Jésus-Christ, raconte l'histoire de Régulus, héros romain de la première guerre punique, capturé par les Carthaginois qui l'auraient mis à mort à Carthage. Pour venger son mari, sa veuve, à Rome, aurait fait périr un prisonnier carthaginois, Hamilcar, en le liant, encore vivant, au cadavre d'un de ses compagnons, Bodostare. Il est difficile dans tout cela de savoir ce qui appartient à l'histoire.

s'enfuit chez les Rutules (8, 492). Selon d'autres versions prévirgiliennes de la légende, ce serait au contraire Turnus qui aurait demandé le secours de Mézence. Il est vrai que dans ces versions prévirgiliennes, Mézence, roi de Caeré et chef de tous les Étrusques, n'est pas présenté comme un tyran aussi cruel. En ce qui concerne les Étrusques, on notera que Virgile a modifié profondément la tradition antérieure. Avant lui, les Étrusques interviennent en général comme un peuple unitaire adversaire des Troyens ; Virgile a divisé la nation étrusque : la majorité des Étrusques s'allie aux Troyens ; seule une petite partie, les fidèles de Mézence, est hostile aux nouveaux venus.

un vieil haruspice (8, 498). L'haruspice était un devin, typiquement étrusque, qui pratiquait la divination par l'examen des entrailles des animaux, surtout de leur foie.

Méonie (8, 499). La Méonie est l'ancien nom de la Lydie (cfr en 8, 479n, la tradition sur l'origine lydienne des Étrusques).

Tarchon (8, 505). C'est la première mention dans le poème de celui que Virgile considère comme le chef des Étrusques. Le personnage sera cité à plusieurs reprises dans les récits de combats aux chants 10 et 11. La tradition en fait le fondateur d'un certain nombre de villes étrusques dont Tarquinies ; il était parfois considéré aussi comme le frère de Tyrrhénos, évoqué en 8, 479n.

mère sabellique (8, 510). Il n'a pas encore été question jusqu'ici de la mère de Pallas. Pour Virgile, elle serait, sans plus de précision, une Italienne, l'adjectif « sabellique » s'appliquant à un certain nombre de populations de l'Italie centrale (cfr 7, 665). Évandre aurait donc épousé une indigène, dont il aurait eu un fils, Pallas. Aucune autre source ne nous parle de l'épouse du héros arcadien, et on a l'impression que Virgile la fait surgir du néant pour les besoins du récit.

son fidèle Achate (8, 521). Cfr1, 120n , 8, 466 et 8, 586.

pleins de tristesse (8, 522). Les Troyens sont évidemment déçus par la médiocrité des renforts que leur propose Évandre. Ils attendaient probablement davantage. Le prodige qui va suivre et qui est envoyé par Vénus va les réconforter.

Cythérée (8, 523). Un des surnoms d'Aphrodite, vénérée dans l'île de Cythère (au sud du Péloponnèse). Cfr aussi 8, 615.

offert un signe (8, 523). Outre l'éclair et le bruit éclatant du tonnerre, qui évoque celui de la trompette guerrière, on voit apparaître des armes qui, à plusieurs reprises, s'entrechoquent à grand fracas. Le signe est complexe, et seul Énée le comprend.

dans un ciel dégagé (8, 523). Un éclair apparaissant à l'improviste dans un ciel sans nuage était considéré comme un signe favorable.

trompette tyrrhénienne (8, 526). Cette trompette (tuba) était un instrument en bronze, allongé à tube droit, qui produisait des sons éclatants. Elle passait pour une invention étrusque, d'où l'épithète de « tyrrhénienne ». Les trompettes formaient, avec les cors circulaires (cornua ; cfr 8, 2), la fanfare de l'armée romaine.

les promesses de sa mère (8, 531). On pourrait s'étonner de voir Vénus, la déesse de l'amour, apparaître avec une connotation guerrière aussi nette. Mais dès la fin de la République, les grands imperatores (Sylla, César, Octave) avaient régulièrement utilisé Vénus dans une optique militaire : elle était censée donner la victoire, et des monnaies la représentaient avec des armes. Quant aux promesses en question, Énée va les détailler dans la suite (8, 534-536). Il n'en avait pas été question plus haut dans l'épopée.

Hélas (8, 537). Énée est content, bien sûr, mais triste à la pensée des malheurs de toute sorte que vont entraîner les guerres qui s'annoncent. On peut y voir surtout le sentiment de Virgile horrifié par la guerre en général.

rompe les accords (8, 540). Les arrangements qui avaient été passés naguère (7, 259-273) entre Latinus et Énée, et qui sont maintenant devenus caducs. 


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