Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant II (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante
ÉNÉIDE, LIVRE II
CHUTE DE TROIE - MISSION D'ÉNÉE
Énée quitte Troie (2, 559-804)
Vénus persuade Énée de quitter Troie (2, 559-633)
Énée, ayant vu le cadavre de Priam et constaté que ses compagnons de lutte renoncent à vivre, se met à penser à ses proches. C'est alors qu'il croit apercevoir Hélène, qui se cachait près du temple de Vesta et redoutait à la fois les Grecs et les Troyens. La pensée qu'Hélène pourrait être sauvée suscite chez Énée un grand désir de vengeance (2, 559-587).
Mais soudain Vénus apparaît et apaise la colère de son fils. Elle lui rappelle son devoir envers elle et ses proches, et lui démontre que les responsables de la ruine de Troie ne sont ni Hélène, ni Pâris, mais bien la volonté conjuguée de plusieurs dieux (Neptune, Junon, Pallas, Jupiter). Avant de disparaître, elle lui conseille de fuir, en l'assurant de son soutien jusqu'à ce qu'il rejoigne le pays de ses pères (2, 588-621).
Énée, mis devant l'évidence par la vision des dieux en action et par le spectacle du désastre, s'enfuit du terrain des combats, grâce à une intervention divine (2, 622-633).
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At me tum primum saeuus circumstetit horror. |
Alors, pour la première fois, l'horreur cruelle m'enveloppe. |
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Obstipui ; subiit cari genitoris imago, ut regem aequaeuum crudeli uolnere uidi uitam exhalantem ; subiit deserta Creusa, et direpta domus, et parui casus Iuli. Respicio, et quae sit me circum copia lustro. |
J'étais stupéfié ; l'image de mon père chéri surgit en moi, quand je vis le roi cruellement blessé et rendant son dernier soupir – ils avaient le même âge – ; je vis Créuse laissée seule, notre demeure pillée et je pensai à l'infortune du petit Iule. Me retournant, je parcours des yeux la troupe autour de moi. |
2, 560 |
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Deseruere omnes defessi, et corpora saltu ad terram misere aut ignibus aegra dedere. Iamque adeo super unus eram, cum limina Vestae seruantem et tacitam secreta in sede latentem Tyndarida aspicio : dant clara incendia lucem |
Épuisés, tous ont renoncé ; ils ont sauté, se jetant à terre ou livrant aux flammes leurs corps éprouvés. Je me trouvais donc seul, lorsque j'aperçus la Tyndaride, près du seuil de Vesta, silencieuse, se cachant, assise en retrait. Les incendies m'offraient leur claire lueur, tandis que j'errais, |
2, 565 |
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erranti passimque oculos per cuncta ferenti. Illa sibi infestos euersa ob Pergama Teucros et poenas Danaum et deserti coniugis iras praemetuens, Troiae et patriae communis Erinys, abdiderat sese atque aris inuisa sedebat. |
portant partout mes regards sur toutes choses. Une fois Pergame détruite, cette créature redoutait pour elle l'hostilité des Troyens, le châtiment des Danaens, et les fureurs d'un époux trahi ; Érinye, funeste tant à Troie qu'à sa patrie, s'était cachée et se tenait assise, invisible, près des autels. |
2, 570 |
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Exarsere ignes animo ; subit ira cadentem ulcisci patriam et sceleratas sumere poenas. ʻ Scilicet haec Spartam incolumis patriasque Mycenas aspiciet, partoque ibit regina triumpho, coniugiumque, domumque, patres, natosque uidebit, |
Un feu ardent m'embrasa l'esprit ; la colère me poussait à venger ma patrie en ruine et à châtier ce crime. ʻ Cette femme reverra sans doute Sparte et la Mycènes de ses pères, en toute impunité ; elle rentrera en reine, honorée d'un triomphe ! Elle reverra son époux, sa maison, ses parents et ses enfants, |
2, 575 |
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Iliadum turba et Phrygiis comitata ministris ? Occiderit ferro Priamus, Troia arserit igni ? Dardanium totiens sudarit sanguine litus ? Non ita : namque etsi nullum memorabile nomen feminea in poena est, nec habet uictoria laudem, |
entourée d'une foule de Troyennes et de serviteurs phrygiens ! Priam sera mort par le fer ! Et Troie se sera consumée dans les flammes ! Et tant de fois le rivage de Dardanie aura suinté de sang ! Non, il n'en sera pas ainsi ! Car, s'il n'y a nul titre de gloire à châtier une femme, ma victoire sur celle-ci comporte du mérite : |
2, 580 |
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extinxisse nefas tamen et sumpsisse merentis laudabor poenas, animumque explesse iuuabit ultricis flammae, et cineres satiasse meorum. ʼ
Talia iactabam, et furiata mente ferebar : cum mihi se, non ante oculis tam clara, uidendam |
on me louera d'avoir exterminé ce monstre et d'avoir puni une créature qui le méritait ; il me sera doux aussi d'avoir assouvi mon coeur dans le feu de la vengeance et apaisé les cendres de tous les miens ʼ.
Agitant ces pensées, j'étais transporté d'une folle fureur, lorsque s'offrit à moi la vision de ma mère vénérable ; |
2, 585 |
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obtulit et pura per noctem in luce refulsit alma parens, confessa deam, qualisque uideri caelicolis et quanta solet, dextraque prehensum continuit, roseoque haec insuper addidit ore : ʻ Nate, quis indomitas tantus dolor excitat iras? |
jamais mes yeux ne l'avaient vue si brillante ; dans la nuit, elle resplendissait dans une pure lumière ; en elle se révélait la déesse, belle, majestueuse, telle qu'elle apparaît d'habitude aux dieux du ciel. Elle me saisit la main, me retient et de sa bouche de rose ajoute ces paroles : ʻ Mon fils, quelle grande douleur provoque cette colère sans retenue ? |
2, 590 |
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Quid furis, aut quonam nostri tibi cura recessit? Non prius aspicies, ubi fessum aetate parentem liqueris Anchisen ; superet coniunxne Creusa, Ascaniusque puer? Quos omnes undique Graiae circum errant acies, et, ni mea cura resistat, |
Pourquoi cette fureur ? Où donc s'en est allé ton zèle à mon égard ? N'iras-tu pas plutôt voir où tu as abandonné ton père Anchise, épuisé par l'âge ? Et Créuse, ton épouse, et ton petit Ascagne, sont-ils toujours en vie ? De toutes parts, autour d'eux, rôdent les troupes grecques et, si je ne veillais à les défendre, |
2, 595 |
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iam flammae tulerint inimicus et hauserit ensis. Non tibi Tyndaridis facies inuisa Lacaenae culpatusue Paris : diuom inclementia, diuom, has euertit opes sternitque a culmine Troiam. Aspice – namque omnem, quae nunc obducta tuenti |
déjà ils seraient emportés par les flammes, et passés par l'épée ennemie. Non, je t'assure, ni la beauté odieuse de la Tyndaride de Laconie, ni Pâris ne sont coupables : c'est la défaveur des dieux, oui, des dieux, qui renverse ce royaume et fait tomber Troie de son faîte. Regarde – car, ce nuage qui en ce moment arrête tes regards, |
2, 600 |
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mortalis hebetat uisus tibi et umida circum caligat, nubem eripiam ; tu ne qua parentis iussa time, neu praeceptis parere recusa : – hic, ubi disiectas moles auolsaque saxis saxa uides mixtoque undantem puluere fumum. |
affaiblit ta vue de mortel et de son enveloppe humide obscurcit tout, je vais le dissiper ; toi, tu n'as pas à craindre les ordres de ta mère et ne refuse pas d'obéir à ses préceptes. – Ici, où tu vois ces masses ébranlées, ces pierres arrachées à d'autres pierres et ce flot de fumée mêlée de poussière, |
2, 605 |
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Neptunus muros magnoque emota tridenti fundamenta quatit, totamque a sedibus urbem eruit ; hic Iuno Scaeas saeuissima portas prima tenet, sociumque furens a nauibus agmen ferro accincta uocat. |
c'est Neptune qui de son énorme trident déplace la muraille, ébranle ses fondements et arrache de ses bases la ville entière. Ici, au premier rang, la très cruelle Junon occupe les Portes Scées et, dans sa fureur, ceinte de son épée, elle appelle hors des navires la troupe de ses alliés. |
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Iam summas arces Tritonia, respice, Pallas insedit, nimbo effulgens et Gorgone saeua. Ipse pater Danais animos uiresque secundas sufficit, ipse deos in Dardana suscitat arma. Eripe, nate, fugam, finemque impone labori. |
Et maintenant, vois, en haut de la citadelle, Pallas la Tritonienne qui siège, toute nimbée de lumière et arborant la cruelle Gorgone. Jupiter lui-même aide les Danaens ; il les encourage et leur donne des forces salutaires ; il pousse même les dieux à combattre les Dardaniens. Prends la fuite, mon fils, et mets un terme à ton épreuve. |
2, 615 |
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Nusquam abero, et tutum patrio te limine sistam.ʼ Dixerat, et spissis noctis se condidit umbris.
Adparent dirae facies inimicaque Troiae numina magna deum. Tum uero omne mihi uisum considere in ignis |
Nulle part,je ne te manquerai et je t'établirai à l'abri au palais paternel.ʼ Ayant fini de parler, elle s'évanouit dans les ombres épaisses de la nuit.
Apparaissent alors les faces redoutables des dieux, puissances souveraines, s'acharnant contre la ville de Troie. Alors il me sembla vraiment qu'Ilion tout entière était en flammes, |
2, 620 |
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Ilium et ex imo uerti Neptunia Troia ; ac ueluti summis antiquam in montibus ornum cum ferro accisam crebrisque bipennibus instant eruere agricolae certatim, illa usque minatur et tremefacta comam concusso uertice nutat, |
que la Troie de Neptune s'écroulait de fond en comble : ainsi, au sommet des monts, un frêne vénérable entaillé à la cognée par des paysans qui s'acharnent à l'abattre à coups redoublés ; l'arbre reste menaçant, il se met à trembler et agite son feuillage, quand sa cime est secouée ; mais peu à peu vaincu par ses blessures, |
2, 625 |
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uolneribus donec paulatim euicta, supremum congemuit, traxitque iugis auolsa ruinam. Descendo, ac ducente deo flammam inter et hostis expedior ; dant tela locum, flammaeque recedunt. |
il émet un ultime gémissement et entraîne dans sa chute des blocs de rochers arrachés aux crêtes des monts. Je descends et, guidé par un dieu, j'échappe à l'incendie et aux ennemis ; les traits me livrent passage et les flammes s'écartent. |
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Anchise consent à fuir avec Énée (2, 634-704)
Énée, décidé à fuir avec les siens, cherche d'abord son père Anchise qui refuse de l'accompagner, prétextant sa vieillesse, sa faiblesse, et surtout la malédiction divine dont il est l'objet (2, 634-650).
En dépit des pleurs et de l'insistance d'Énée, Anchise reste inflexible ; Énée refuse de partir sans lui et veut reprendre le combat, résolu à lutter jusqu'à la mort (2, 651-672).
Créuse cherchait à le retenir, quand un prodige sous forme d'une flamme se manifesta sur la tête de Iule. Ce signe est interprété comme positif par Anchise, qui demande à Jupiter une confirmation. Aussitôt une étoile brillante parcourt le ciel, indiquant la direction de l'Ida. Anchise qui voit dans ce prodige une réponse décisive, se montre dès lors très pressé de partir avec Énée (2, 673-704).
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Atque ubi iam patriae peruentum ad limina sedis |
Dès que j'arrivai au seuil de la demeure paternelle, |
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antiquasque domos, genitor, quem tollere in altos optabam primum montis primumque petebam, abnegat excisa uitam producere Troia exsiliumque pati. ʻ Vos O, quibus integer aeui sanguis, ʼ ait ʻ solidaeque suo stant robore uires, |
dans notre antique maison, mon père, le premier que je souhaitais emmener dans la montagne, et que je cherchais en premier lieu, refuse de survivre au désastre de Troie et de subir l'exil. ʻ Vous ʼ, dit-il, ʻ dont le sang n'est pas altéré par les ans, dont les forces ont gardé leur vigueur intacte, |
2, 635 |
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uos agitate fugam : me si caelicolae uoluissent ducere uitam, has mihi seruassent sedes. Satis una superque uidimus exscidia et captae superauimus urbi. Sic O, sic positum adfati discedite corpus. |
vous, pensez à la fuite. Pour moi, si les dieux du ciel avaient voulu que je vive, ils auraient sauvé ma maison. C'est assez, plus qu'assez, d'avoir vu pareilles ruines et survécu à la prise de la ville. Ainsi, dites-moi adieu, éloignez-vous de ce corps déjà sur le bûcher. |
2, 640 |
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Ipse manu mortem inueniam ; miserebitur hostis exuuiasque petet ; facilis iactura sepulcri. Iam pridem inuisus diuis et inutilis annos demoror, ex quo me diuom pater atque hominum rex fulminis adflauit uentis et contigit igni. ʼ |
Je trouverai bien la mort, arme en main ; l'ennemi me prendra en pitié et voudra me dépouiller. C'est facile de renoncer à une sépulture. Depuis longtemps, honni des dieux et traînant une vie inutile, je m'attarde, depuis que le père des dieux et le roi des hommes lança sur moi ses vents et m'atteignit de sa foudre ʼ. |
2, 645 |
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Talia perstabat memorans, fixusque manebat.
Nos contra effusi lacrimis, coniunxque Creusa Ascaniusque omnisque domus, ne uertere secum cuncta pater fatoque urguenti incumbere uellet. Abnegat, inceptoque et sedibus haeret in isdem. |
Il persistait à évoquer ces souvenirs et restait inflexible.
Face à lui, nous fondons en larmes, mon épouse Créuse et Ascagne et toute la maison, suppliant que le père ne pas veuille pas voir tout sombrer avec lui, et ni ajouter ce poids à un destin si pesant. Il refuse et reste accroché à sa décision et à sa demeure. |
2, 650 |
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Rursus in arma feror, mortemque miserrimus opto : nam quod consilium aut quae iam fortuna dabatur? ʻ Mene efferre pedem, genitor, te posse relicto sperasti, tantumque nefas patrio excidit ore? Si nihil ex tanta Superis placet urbe relinqui, |
À nouveau, je reprends les armes et, désespéré, je souhaite la mort. En effet, quelle décision prendre ? Que m'offrait désormais la fortune ? ʻ Mon père, as-tu espéré que je pourrais partir en t'abandonnant ? Comment un ordre si impie peut-il sortir de la bouche d'un père ? Si les dieux veulent que rien ne subsiste d'une si grande ville, |
2, 655 |
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et sedet hoc animo, perituraeque addere Troiae teque tuosque iuuat, patet isti ianua leto, iamque aderit multo Priami de sanguine Pyrrhus, natum ante ora patris, patrem qui obtruncat ad aras. Hoc erat, alma parens, quod me per tela, per ignis |
si tu es bien décidé, et s'il te plaît d'ajouter à la perte imminente de Troie la tienne propre et celle des tiens, la porte est ouverte pour ce trépas ; bientôt, tout souillé du sang de Priam, Pyrrhus sera là, lui qui égorge le fils sous les yeux d'un père, et le père sur les autels. Est-ce pour cela, mère chérie, que tu m'arraches |
2, 660 |
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eripis, ut mediis hostem in penetralibus, utque Ascanium patremque meum iuxtaque Creusam alterum in alterius mactatos sanguine cernam? Arma, uiri, ferte arma ; uocat lux ultima uictos. Reddite me Danais ; sinite instaurata reuisam |
aux traits et au feu, pour que au coeur de notre demeure j'aperçoive mon ennemi, et , près de Créuse, Ascagne et mon père abattus, baignant dans le sang l'un de l'autre ? Mes amis, apportez mes armes ; l'heure ultime appelle les vaincus. Livrez-moi aux Danaens ; laissez-moi reprendre les combats. |
2, 665 |
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proelia : Numquam omnes hodie moriemur inulti.ʼ Hinc ferro accingor rursus clipeoque sinistram insertabam aptans, meque extra tecta ferebam.
Ecce autem complexa pedes in limine coniunx haerebat, paruumque patri tendebat Iulum : |
Jamais nous ne mourrons tous aujourd'hui sans nous venger ʼ. Alors, une nouvelle fois, je saisis mon arme, glissai la main gauche sous mon bouclier, pour bien le fixer, et m'élançai hors de la maison.
Or voilà que sur le seuil mon épouse m'embrassait les pieds, s'accrochait à moi et tendait le petit Iule à son père : |
2, 670 |
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ʻ Si periturus abis, et nos rape in omnia tecum ; sin aliquam expertus sumptis spem ponis in armis, hanc primum tutare domum. Cui paruus Iulus, cui pater et coniunx quondam tua dicta relinquor? ʼ' Talia uociferans gemitu tectum omne replebat, |
ʻ Si tu t'en vas pour mourir, emmène-nous partager tous tes dangers ; mais si, vu ton expérience, tu vois un espoir à reprendre les armes, protège en premier lieu notre maison. À qui nous abandonnes-tu, ton petit Iule, et ton père, et moi que naguère on disait ton épouse ? ʼ En criant cela, elle emplissait toute la demeure de ses gémissements, |
2, 675 |
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cum subitum dictuque oritur mirabile monstrum. Namque manus inter maestorumque ora parentum ecce leuis summo de uertice uisus Iuli fundere lumen apex, tactuque innoxia mollis lambere flamma comas et circum tempora pasci. |
lorsque se manifesta un prodige soudain, étonnant à décrire. Car, comme Iule se trouvait dans les bras de ses parents attristés, sous leurs yeux, voici qu'apparaît au sommet de sa tête une faible lumière, une aigrette dont la flamme, inoffensive, paraît le toucher, lécher sa souple chevelure, se nourrir de ses tempes. |
2, 680 |
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Nos pauidi trepidare metu, crinemque flagrantem excutere et sanctos restinguere fontibus ignis. At pater Anchises oculos ad sidera laetus extulit, et caelo palmas cum uoce tetendit : ʻ Iuppiter omnipotens, precibus si flecteris ullis, |
Atterrés, nous tremblons de crainte, secouons les cheveux enflammés, et éteignons ces flammes sacrées, en y versant de l'eau. Mais mon père Anchise, heureux, leva les yeux vers les astres et tendit les mains vers le ciel en criant : ʻ Jupiter tout-puissant, si des prières peuvent te fléchir, |
2, 685 |
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aspice nos ; hoc tantum, et, si pietate meremur, da deinde auxilium, pater, atque haec omina firma.ʼ Vix ea fatus erat senior, subitoque fragore intonuit laeuum, et de caelo lapsa per umbras stella facem ducens multa cum luce cucurrit. |
regarde-nous, tout simplement ; et, si notre piété le mérite, accorde-nous ton aide, ô père, et confirme ces présages. ʼ Le vieillard avait à peine prononcé ces paroles que, sur la gauche, le tonnerre retentit soudain à grand fracas et qu'une étoile glissa du ciel, traversa les ténèbres, traînant un flambeau d'une grande clarté. |
2, 690 |
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Illam, summa super labentem culmina tecti, cernimus Idaea claram se condere silua signantemque uias ; tum longo limite sulcus dat lucem, et late circum loca sulphure fumant. Hic uero uictus genitor se tollit ad auras, |
Nous la voyons glisser par-dessus le toit, éclatante, puis se cacher, dans la forêt de l'Ida, traçant une route. Elle laisse derrière elle un long sillon de lumière, et ses abords répandent au loin une fumée de soufre. |
2, 695 |
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adfaturque deos et sanctum sidus adorat. ʻ Iam iam nulla mora est ; sequor et qua ducitis adsum. Di patrii, seruate domum, seruate nepotem. Vestrum hoc augurium, uestroque in numine Troia est. Cedo equidem, nec, nate, tibi comes ire recuso. ʼ |
puis s'adresse aux dieux et adore l'astre sacré. ʻ Désormais, il ne faut plus tarder ; je vous suis, et où vous que me meniez, dieux de ma patrie, je suis là ; sauvez ma maison ; sauvez mon petit-fils. Ce présage vient de vous ; Troie dépend de votre toute-puissance. Je cède donc, mon fils, et ne refuse pas de partir avec toi ʼ. |
2, 700 |
Un départ retardé par Créuse (2, 705-804)
Énée organise les modalités du départ : il se chargera lui-même d'Anchise et de Iule ; Créuse marchera derrière eux ; le point de ralliement des fugitifs sera le temple de Cérès. Ensuite, une fois confiés à Anchise les objets sacrés et les Pénates de Troie, tous se mettent en route comme prévu, dans l'obscurité et dans la peur (2, 705-729).
En cours de route, le groupe croit entendre un bruit de pas, qu'Anchise interprète comme étant celui d'ennemis lancés à leur poursuite. Troublé, Énée poursuit sa fuite par des chemins inconnus ; au point de ralliement, il s'aperçoit de la disparition inexpliquée de Créuse (2, 730-744).
Malgré les risques, il part à la recherche de sa femme. Faisant le trajet en sens inverse, il se retrouve à Troie ; ce qui l'amène à décrire la progression du désastre, en particulier dans sa demeure en proie à un incendie ; il revoit le palais et la citadelle et le temple de Junon, où les occupants ont rassemblé le butin et les captives (2, 745-770).
Créuse lui apparaît enfin, lui rappelle la volonté des destins et lui assure qu'il atteindra l'Italie, après bien des épreuves ; elle se dit heureuse d'échapper à la servitude, pour suivre désormais la mère des dieux, puis elle disparaît. Énée rejoint ses compagnons, dont le nombre s'est multiplié durant son absence, et à la tête de la troupe, il quitte la ville dès le lever du jour, pour gagner les montagnes (2, 771-804).
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Dixerat ille ; et iam per moenia clarior ignis auditur, propiusque aestus incendia uoluunt. ʻ Ergo age, care pater, ceruici imponere nostrae ; ipse subibo umeris, nec me labor iste grauabit : quo res cumque cadent, unum et commune periclum, |
Il a fini de parler, et déjà on entend distinctement le crépitement du feu sur les remparts, et les incendies qui s'approchent, roulant leurs vagues. ʻ Viens donc, père bien-aimé, prends place sur mon dos, moi, je marcherai, et ton poids sur mes épaules ne me pèsera pas ; quoi qu'il arrive, un seul et même danger ou un seul salut |
2,705 |
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una salus ambobus erit. Mihi paruus Iulus sit comes, et longe seruet uestigia coniunx : uos, famuli, quae dicam, animis aduertite uestris. Est urbe egressis tumulus templumque uetustum desertae Cereris, iuxtaque antiqua cupressus |
nous attendra tous deux. Que le petit Iule m'accompagne et que ma femme suive nos pas, à quelque distance. Vous, mes amis, prêtez attention à ce que je vais dire. À la sortie de la ville, on trouve à l'écart un tumulus et un ancien temple, dédié à Cérès, et, tout près de là, un antique cyprès |
2, 710 |
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religione patrum multos seruata per annos. Hanc ex diuerso sedem ueniemus in unam. Tu, genitor, cape sacra manu patriosque Penatis ; me, bello e tanto digressum et caede recenti, attrectare nefas, donec me flumine uiuo |
que la piété de nos pères a sauvegardé depuis de nombreuses années ; nous rejoindrons tous ce point par des routes diverses. Toi, père, tiens dans tes mains les objets sacrés et les Pénates de notre patrie ; pour moi, qui viens de sortir d'une guerre si terrible et de ce carnage, ce serait sacrilège de les toucher, avant de m'être purifié |
2, 715 |
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abluero. ʼ Haec fatus, latos umeros subiectaque colla ueste super fuluique insternor pelle leonis, succedoque oneri ; dextrae se paruus Iulus implicuit sequiturque patrem non passibus aequis ; |
dans l'eau courante d'un fleuve. ʼ Cela dit, inclinant la nuque, j'étends sur mes fortes épaules la peau fauve d'un lion en guise de couverture, et me charge de mon fardeau. Le petit Iule, à droite de son père, a mis sa main dans la sienne et le suit de ses pas inégaux. |
2, 720 |
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pone subit coniunx : ferimur per opaca locorum ; et me, quem dudum non ulla iniecta mouebant tela neque aduerso glomerati ex agmine Grai, nunc omnes terrent aurae, sonus excitat omnis suspensum et pariter comitique onerique timentem.
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Derrière marche mon épouse. Nous traversons des endroits obscurs et moi, que naguère n'émouvaient ni une pluie de traits, ni un groupe de Grecs surgissant d'un bataillon hostile, maintenant, un souffle me terrifie, un bruit me tient en éveil, m'angoisse, et j'ai peur tant pour mon compagnon que pour mon fardeau.
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2, 725 |
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Iamque propinquabam portis, omnemque uidebar euasisse uiam, subito cum creber ad auris uisus adesse pedum sonitus, genitorque per umbram prospiciens ; ʻ Nate, exclamat, fuge nate, propinquant. Ardentis clipeos atque aera micantia cerno. ʼ |
Et déjà j'étais près des portes, me croyant au bout de la route, lorsque soudain un bruit répété de pas sembla frapper nos oreilles, et mon père, scrutant l'obscurité, s'écria : ʻ Mon fils, sauve-toi, mon fils, ils approchent. Je distingue l'éclat des boucliers et des armes qui brillent ʼ. |
2, 730 |
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Hic mihi nescio quod trepido male numen amicum confusam eripuit mentem. Namque auia cursu dum sequor, et nota excedo regione uiarum, heu, misero coniunx fatone erepta Creusa substitit, errauitne uia, seu lassa resedit, |
Alors, je ne sais quelle divinité malveillante me fait trembler, m'enlève toute clairvoyance. Car, pendant que j'avançais par des chemins inconnus et hors des routes familières, hélas ma femme Créuse disparut : fut-elle emportée par un destin malheureux ? s'est-elle égarée en chemin ? s'est-elle arrêtée d'épuisement ? |
2, 735 |
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incertum ; nec post oculis est reddita nostris. Nec prius amissam respexi animumque reflexi, quam tumulum antiquae Cereris sedemque sacratam uenimus ; hic demum collectis omnibus una defuit, et comites natumque uirumque fefellit.
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Nul ne le sait. Dès cet instant en tout cas, nos yeux ne l'ont plus revue. Je ne me suis pas retourné, et je n'ai pas pensé à la disparue avant notre arrivée au tumulus et au temple sacré de l'antique Cérès. Lorsque enfin tous se retrouvèrent là, elle seule manquait, trompant l'attente de nos compagnons, de son fils, de son époux. |
2, 740 |
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Quem non incusaui amens hominumque deorumque, aut quid in euersa uidi crudelius urbe? Ascanium Anchisenque patrem Teucrosque Penatis commendo sociis et curua ualle recondo ; ipse urbem repeto et cingor fulgentibus armis. |
Dans mon égarement, qui des hommes et des dieux n'ai-je pas accusé ? Qu'ai-je vu de plus cruel dans notre cité anéantie ? Je confie à mes compagnons Ascagne, mon père Anchise, les Pénates de Troie, et les dissimule au creux d'un val. Moi, je regagne la ville, ceint de mes armes brillantes. |
2, 745 |
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Stat casus renouare omnis, omnemque reuerti per Troiam, et rursus caput obiectare periclis. Principio muros obscuraque limina portae, qua gressum extuleram, repeto, et uestigia retro obseruata sequor per noctem et lumine lustro. |
Il s'agit d'affronter à nouveau tous les hasards, de reparcourir Troie tout entière, d'exposer encore ma vie aux dangers. D'abord je gagne les murailles et le seuil obscur de la porte d'où j'étais parti ; j'observai nos traces, que je suivais en sens inverse, dans la nuit, laissant courir partout mes regards : |
2, 750 |
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Horror ubique animo, simul ipsa silentia terrent. Inde domum, si forte pedem, si forte tulisset, me refero : inruerant Danai, et tectum omne tenebant. Ilicet ignis edax summa ad fastigia uento uoluitur ; exsuperant flammae, furit aestus ad auras. |
partout je sens l'horreur, en même temps qu'un silence terrifiant ! Alors, je cours chez moi, au cas où peut-être elle y aurait porté ses pas ; les Danaens avaient envahi toute la maison et l'occupaient. Soudain, un feu dévorant attisé par le vent se propage au faîte du toit ; les flammes apparaissent et leur tourbillon furieux monte dans les airs. |
2, 755 |
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Procedo et Priami sedes arcemque reuiso. Et iam porticibus uacuis Iunonis asylo custodes lecti Phoenix et dirus Vlixes praedam adseruabant. Huc undique Troia gaza incensis erepta adytis, mensaeque deorum, |
Je poursuis ma quête et revois le palais de Priam et la citadelle. Déjà, sous les portiques déserts de l'asile de Junon, des gardes choisis, Phoenix et le cruel Ulysse, surveillent le butin. De partout c'est ici que convergent les trésors de Troie, arrachés aux sanctuaires incendiés, |
2, 760 |
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crateresque auro solidi, captiuaque uestis congeritur ; pueri et pauidae longo ordine matres stant circum. Ausus quin etiam uoces iactare per umbram impleui clamore uias, maestusque Creusam |
tables d'offrande aux dieux, solides cratères d'or, étoffes dérobées. Des enfants, des mères apeurées, en une longue file, se tiennent dressés tout autour. En fait, j'eus même l'audace de crier dans l'obscurité, je remplis les rues de mes cris ; et dans mon accablement, |
2, 765 |
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nequiquam ingeminans iterumque iterumque uocaui.
Quaerenti et tectis urbis sine fine furenti infelix simulacrum atque ipsius umbra Creusae uisa mihi ante oculos et nota maior imago. Obstipui, steteruntque comae et uox faucibus haesit. |
je gémis en vain, inlassablement j'appelais Créuse.
Je la cherchais, parcourant sans répit les bâtiments de la ville, quand un pitoyable fantôme, l'ombre même de Créuse, se présenta à mes yeux, paraissant plus grande que nature. Je restai stupéfait, cheveux dressés, et voix étranglée dans la gorge. |
2, 770 |
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Tum sic adfari et curas his demere dictis : ʻ Quid tantum insano iuuat indulgere dolori, O dulcis coniunx ? Non haec sine numine diuom eueniunt ; nec te hinc comitem asportare Creusam fas, aut ille sinit superi regnator Olympi. |
Alors, elle me parla, et ses paroles apaisèrent mes inquiétudes : ʻ À quoi bon te complaire tellement dans une douleur insane, mon tendre époux ? Ces événements ne surviennent pas sans que les dieux le veuillent ; il t'est interdit d'emmener d'ici Créuse pour compagne ; le roi du haut Olympe ne le permet pas. |
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Longa tibi exsilia, et uastum maris aequor arandum, et terram Hesperiam uenies, ubi Lydius arua inter opima uirum leni fluit agmine Thybris : illic res laetae regnumque et regia coniunx parta tibi. Lacrimas dilectae pelle Creusae. |
Un long exil t'attend ; tu devras sillonner l'immensité de la mer ; tu parviendras en terre d'Hespérie, où s'écoule le Thybris lydien, de son cours paisible, dans de riches terres cultivées. Là-bas, la prospérité, un royaume et une épouse royale te sont réservés ; renonce à verser des larmes pour ta chère Créuse : |
2, 780 |
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Non ego Myrmidonum sedes Dolopumue superbas aspiciam, aut Graiis seruitum matribus ibo, Dardanis, et diuae Veneris nurus. Sed me magna deum genetrix his detinet oris : iamque uale, et nati serua communis amorem. ʼ |
non, je ne verrai pas les demeures orgueilleuses des Myrmidons ni des Dolopes et je n'irai pas servir des matrones grecques, moi, issue de Dardanus et bru de la divine Vénus ; car la grande mère des dieux me retient sur ces rivages. Et maintenant, adieu ; garde ton amour pour notre enfant commun ʼ. |
2, 785 |
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Haec ubi dicta dedit, lacrimantem et multa uolentem dicere deseruit, tenuisque recessit in auras. Ter conatus ibi collo dare bracchia circum : ter frustra comprensa manus effugit imago, par leuibus uentis uolucrique simillima somno. |
Après avoir prononcé ces paroles, elle me quitta ; je pleurais, voulant lui dire tant de choses, mais elle se retira dans l'air léger. Trois fois je tentai d'entourer son cou de mes bras, trois fois je saisis en vain son image qui m'échappa des mains, semblable aux brises légères, toute pareille à un songe fugitif. |
2, 790 |
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Sic demum socios consumpta nocte reuiso. Atque hic ingentem comitum adfluxisse nouorum inuenio admirans numerum, matresque uirosque, collectam exsilio pubem, miserabile uolgus. Vndique conuenere, animis opibusque parati, |
Alors, une fois la nuit passée, je retrouvai enfin mes compagnons. Là, je découvre que des nouveaux venus ont afflué en masse ; je m'étonne de leur nombre : des mères de famille et des époux, des jeunes gens réunis pour l'exil, pitoyable multitude. Ils étaient venus de partout, avec leur courage et leurs biens, |
2, 795 |
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in quascumque uelim pelago deducere terras. Iamque iugis summae surgebat Lucifer Idae ducebatque diem, Danaique obsessa tenebant limina portarum, nec spes opis ulla dabatur ; cessi, et sublato montes genitore petiui. |
prêts à embarquer, pour n'importe quelle terre où je voudrais les conduire. Déjà sur les crêtes du haut Ida se levait Lucifer, amenant le jour avec lui ; les Danaens tenaient assiégées les portes de la ville, et aucun espoir de secours ne s'offrait. Je cédai, soulevai mon père et gagnai les montagnes. |
2, 800 |
Notes (2, 559-804)
mon père (2, 560). Anchise. Cfr 1, 617, et 2, 299-300.
Créuse (2, 562). Fille de Priam et d'Hécube, elle est l'épouse d'Énée. Son sort après la prise de Troie varie selon les traditions ; certains auteurs en font une captive, d'autres la rangent parmi les Troyens qui purent fuir la ville. Virgile propose une autre version encore : Créuse ne quitte pas Troie avec Énée (cfr 2, 730-795) ; le héros pourra ainsi être libre pour son aventure avec Didon et pour épouser Lavinia en Italie.
Iule (2, 563). Le fils d'Énée et de Créuse s'appelait Ascagne ou Iule (cfr 1, 267-268).
Tyndaride (2, 567-570). Il s'agit d'Hélène, dont le rapt par Pâris avait provoqué la guerre de Troie. Elle était née des amours de Jupiter avec Léda, l'épouse de Tyndare, d'où le terme de « Tyndaride ». Cfr 1, 650-653.
Vesta (2, 568). Pour Vesta, qui avait son temple à Troie, comme elle l'eut à Rome, cfr 1, 292, et 2, 296.
Les vers 567-588, qui rapportent la rencontre avec Hélène, sont absents de certains manuscrits : ils auraient été retirés par les éditeurs de Virgile, Tusca et Varius. Servius toutefois, le commentateur de Virgile, les considérait comme authentiques.
cette créature redoutait (2, 571). Elle avait fait le malheur tant des Grecs que des Troyens et avait abandonné son époux Ménélas ; elle avait donc des raisons de redouter leurs diverses réactions.
Érinye (2, 573). Sur les Érynies, cfr 2, 337-338. Ici le terme évoque un être maléfique, plutôt qu'une déesse de la vengeance.
autels (2, 574). Les autels où elle avait trouvé refuge, comme le faisaient souvent les suppliants dans l'antiquité. Cfr 2, 403n.
Cette femme... (2, 577-587). Ce monologue intérieur d'Énée pourrait être inspiré de celui de Pylade qui, chez Euripide (Oreste, 1132-1152), se demande lui aussi s'il va tuer Hélène.
Sparte et la Mycènes de ses pères (2, 577). Ménélas, le mari d'Hélène, était roi de Sparte ; quant à Mycènes, patrie d'Agamemnon, elle désigne ici la Grèce en général.
ses enfants (2, 579). En fait, à l'époque de la guerre de Troie, la légende n'attribue à Hélène et à Ménélas qu'une fille, nommée Hermione, qui sera la fiancée ou l'épouse d'Oreste, avant d'être promise à Néoptolème/Pyrrhus.
la vision de ma mère (2, 589-591). Nouvelle manifestation de merveilleux. Tant chez Homère que chez Virgile, les dieux apparaissent aux mortels. On se souviendra en 1, 314-409, de Vénus se présentant à Énée sous les traits d'une simple chasseresse, avant de se révéler à lui dans tout l'éclat de sa nature divine.
Laconie (2, 601). Sparte, la patrie d'Hélène, se trouvait en Laconie.
Neptune (2, 610). Cfr 1, 124. Neptune, le Poséidon grec, participe ici à la destruction de la ville. Pour expliquer son opposition à Troie, il faut remonter à la construction de la ville à l'époque du roi Laomédon (par exemple Homère, Iliade, 21, 441-460). À la demande du roi, Poséidon avait participé, avec Apollon et Éaque, à la construction des murs, mais une fois le travail terminé, le roi avait refusé de payer le salaire convenu. D'où la rancune tenace du dieu à l'égard des Troyens : malgré quelques hésitations, Poséidon interviendra régulièrement pendant la Guerre de Troie en faveur des Grecs. Mais son hostilité était en fait dirigée contre les descendants directs de Laomédon, c'est-à-dire Priam et les Priamides ; elle ne s'appliquait pas à Anchise ni à ses descendants. Ainsi lorsqu'Achille est sur le point de tuer Énée, c'est Poséidon qui sauve le héros (Iliade, 20,273-352). On a vu aussi (1, 124-156) Poséidon calmer la tempête suscitée par Junon et qui risquait d'anéantir la flotte troyenne.
Junon (2, 612). Son hostilité aux Troyens est bien connue, et se manifeste dans toute l'Énéide, jusqu'à son revirement à la fin du chant 12. Cfr notamment 1, 4.
les Portes Scées (2, 612). Ce sont des portes de la ville de Troie, très souvent citées dans l'Iliade. C'est par exemple de là qu'Hélène décrit les héros grecs à Priam et à son entourage (Iliade, 3, 146-149) ; c'est là qu'auront lieu les adieux célèbres d'Hector et d'Andromaque (Iliade, 6, 393).
Pallas la Tritonienne (2, 615). Cfr 2, 171 et 11, 483. Son temple à Troie s'élevait sur la citadelle.
Gorgone (2, 616). Dans la mythologie, les Gorgones étaient trois monstres (Méduse, Euryalé et Sthéno) habitant dans l'extrême Occident, la Gorgone par excellence étant Méduse, la seule mortelle des trois. Athéna, offensée par Méduse, avait non seulement transformé en serpents la magnifique chevelure qu'elle portait ; elle avait également donné à ses yeux le pouvoir de transformer en pierre tous ceux qu'elle regardait. Persée réussira à lui couper la tête qu'il emportera dans ses expéditions, s'en servant pour pétrifier ses ennemis. Il en fit don plus tard à Pallas Athéna qui la plaça sur son bouclier (l'égide) pour obtenir le même effet. Cfr aussi 6, 289 ; 7, 341 ; 8, 354n ; 8, 435n.
au palais paternel (2, 620). Vénus s'engage à permettre à Énée de rejoindre la maison d'Anchise dans la ville assiégée, mais on peut y voir aussi d'autres allusions. Vénus aidera Énée à s'établir en Italie, « la terre de ses pères », c'est-à-dire de ses lointains ancêtres, en l'occurrence Dardanus (cfr 1, 380) ; à plus long terme encore, on n'oubliera pas qu'Énée descendait de Jupiter (cfr aussi 1, 380) et qu'il était destiné à monter au ciel (cfr 1, 257-260).
faces redoutables (2, 623-624). Celles des dieux acharnés à la ruine de Troie. L'évocation pourrait avoir été inspirée par la description d'Homère (Iliade, 20, 54-74) montrant les dieux s'affrontant dans les champs troyens.
Troie de Neptune (2, 625). Puisque Neptune, on vient de le voir (2, 610), avait aidé Laomédon à construire les murs de Troie.
ainsi, au sommet des monts (2, 626-631). Des comparaisons de ce type se retrouvent chez Homère (Iliade, 4, 482-487), chez Apollonius de Rhodes (Argonautiques, 4, 1682-1686) et chez Catulle (64,105-109).
je descends (2, 632). Énée descend de la citadelle.
arme en main (2, 645). Anchise n'est pas lâche, mais plutôt désespéré. Il veut trouver la mort en se battant.
renoncer à une sépulture (2, 646). Comme le note M. Rat, « cette réflexion d'Anchise est en désaccord avec les idées des Anciens, qui croyaient que, quand un homme n'avait pas reçu de sépulture, son âme, pendant cent ans, errait aux bords du Styx (cfr 6, 329). Mais Anchise est désespéré ; en outre, il veut décider son fils à le laisser. Au reste, du temps de Virgile, le respect de la sépulture n'était pas aussi répandu : 'Je ne me soucie pas de ma tombe, écrivait Mécène, la nature ensevelit ceux qu'on a délaissés' ».
honni des dieux (2, 647-649). Sur Anchise, voir 1, 617. L'épisode de la rencontre d'Anchise et de Vénus est raconté en détail dans L'Hymne homérique à Aphrodite. Après s'être unie au héros, Vénus, en lui révélant son identité, lui avait annoncé qu'elle lui donnerait un fils, mais lui avait recommandé de ne pas révéler le secret de la naissance divine de son fils, pour éviter la colère de Zeus-Jupiter. Plus tard Anchise, sous l'emprise de la boisson, s'était vanté de ses amours avec la déesse ; il en fut puni par Zeus, qui le foudroya, le rendant boiteux ou aveugle, selon les versions.
Pyrrhus (2, 662-663). Cfr 2, 263n. et surtout le passage relatant la mort de Politès et de Priam (2, 526-558).
mon épouse... (2, 673-678). Ce passage où Créuse tend le petit Iule à son père ne manque pas d'évoquer, malgré de nombreuses différences, le célèbre passage des adieux d'Hector et Andromaque (Homère, Iliade, 6, 369-502).
un prodige soudain... (2, 680-684). Cfr aussi 7, 73, où une flamme apparue sur la tête de Lavinia est le signe d'un grand destin. De même, dans la description du bouclier d'Énée (8, 680-681) une aigrette de feu entoure la tête d'Octave-Auguste. Un prodige comparable est rapporté à propos de Servius Tullius, qui fut ainsi désigné pour succéder à Tarquin l'Ancien (Tite-Live, 1, 39, 1).
Anchise (2, 687). Anchise, dès ce moment, va se présenter comme un interprète des prodiges, une sorte de prophète, qui d'ailleurs se trompera à diverses reprises, mais qui contribuera toujours à pousser Énée à poursuivre sa route.
sur la gauche (2, 692). La gauche est, en matière augurale, le côté favorable.
la forêt de l'Ida (2, 696). La forêt du mont Ida de Phrygie, proche de Troie, vers où iront se réfugier Énée et les fugitifs avant de quitter le pays (2, 801-804), avec des bateaux fabriqués avec les arbres d'une forêt consacrée à Cybèle, ce qui inspirera l'épisode de leur métamorphose en nymphes marines (9, 107-122).
traçant une route (2, 696). De même, chez Apollonius de Rhodes, c'est à l'aide d'un sillon lumineux que Junon indique aux Argonautes la voie à suivre (Argonautiques, 4, 294ss.).
soufre (2, 698). Le soufre serait, selon Servius, « l'odeur du feu divin ».
sauvez ma maison (2, 702). Ce vers peut se comprendre comme une annonce de la renaissance de Troie en Italie. La maison d'Anchise ne disparaîtra pas.
que ma femme suive nos pas (2, 711). « On s'est étonné, note A. Bellesort (Virgile. Énéide, I, p. 63, n. 2) qu'Énée ne s'occupât pas davantage de sa femme et la laissât ainsi derrière lui. Peut-être s'en étonnerait-on moins, si l'on songeait que nous sommes en Orient ». Pour J. Perret (Virgile. Énéide, I, p. 65, n.1), Énée aurait agi de la sorte pour que Créuse puisse surveiller les arrières, ce qui paraît une curieuse explication. Ne serait-ce pas surtout pour rendre plus plausible l'épisode de sa disparition ?
Cérès (2, 713-714). Cérès, assimilée à la Déméter des Grecs, est la Terre Mère ou la désse des moissons.
à l'écart (2, 713). La traduction de l'adjectif latin deserta, qui porte sur Cérès, n'est pas facile. Le temple, situé en dehors des murs, aurait-il été « abandonné » depuis le siège de Troie ? Ou bien s'agirait-il d'un coin « désert, peu fréquenté », ce qui conviendrait bien comme lieu de rassemblement (cfr J. Perret, Virgile. Énéide, I, p. 66, n. 1, à qui nous avons repris la traduction « à l'écart »).
les objets sacrés, les Pénates (2, 717). Cfr 1, 6 ; 1, 67 ; 2, 293.
sacrilège (2, 719-720). Avoir répandu le sang lors des combats constitue pour Énée une souillure. Il devrait se purifier avant de toucher des objets sacrés (cfr 2, 168).
j'étends sur mes fortes épaules... (2, 721-725). Il existe plusieurs représentations figurées de la fuite d'Énée, qu'il s'agisse de statuettes, de vases, de lampes, de pierres gravées, de peintures ou de monnaies. Voir, par exemple, la synthèse, déjà ancienne, de S. Fuchs, Die Bildgeschichte der Flucht des Aeneas (mit 32 Abbildungen), dans ANRW, Berlin, New York, I, 4, 1973, p. 615-632.
un bruit répété de pas... (2, 731). S'agit-il d'une hallucination ? Ou du bruit provoqué par ceux qui ont enlevé Créuse, et qu'Anchise prend pour des poursuivants ennemis.
Cérès (2, 742). C'était le point de ralliement convenu (cfr 2, 713-714).
l'asile de Junon (2, 761). Le temple de Junon est présenté ici comme un lieu d'asile, ce qui était courant pour les temples dans l'antiquité. Mais ce droit d'asile n'était pas toujours respecté. Cfr le sort de Cassandre arrachée au sanctuaire de Minerve en 2, 404.
Phoenix (2, 762). Phoenix était le précepteur d'Achille. Fils d'Amyntor, ce Phoenix, en dispute avec son père, s'était réfugié auprès de Pélée, qui l'avait fait roi des Dolopes et précepteur de son fils Achille. Phoenix accompagna Achille à Troie et intervient à diverses reprises comme son conseiller. Après la mort d'Achille, il fit partie avec Ulysse de la délégation qui alla chercher Néoptolème. En citant Phoenix dans ce contexte, Virgile évoque donc en fait Achille. En joignant au nom de Phoenix celui d'Ulysse, Virgile évoque les deux guerriers grecs les plus acharnés contre Troie.
tables d'offrande (2, 765). Il s'agissait de tables en or, en argent ou en marbre, sur lesquelles on disposait des offrandes et qu'on rencontrait par exemple à l'intérieur des temples devant les statues des dieux.
étoffes (2, 765). Vêtements mais aussi tapis, tentures, etc.
plus grande que nature (2, 773). Les apparitions ont souvent des dimensions plus grandes que nature (cfr par exemple Décius chez Tite-Live, 8, 9 ; Romulus chez Ovide, Fastes, 2, 503). Cfr ce qui concerne Didon en 4, 654. Il en sera de même pour la Sibylle de Cumes entrant en transe sous le souffle d'Apollon (cfr 6, 49).
Je restai stupéfait... (2, 774). Ce vers sera repris en 3, 48.
Alors, elle me parla... (2, 775). Ce vers sera repris en 3, 153 et en 8, 35. Le discours de Créuse est une prophétie, prédisant les pérégrinations d'Énée, son installation en Italie et son union avec Lavinie, mais aussi des paroles de consolation très douces et très attendrissantes.
le roi du haut Olympe (2, 779). Jupiter.
long exil (2, 780). Les pérégrinations d'Énée dureront 7 ans.
Hespérie (2, 781). C'est-à-dire l'Italie (cfr 1, 530).
Thybris lydien (2, 781). C'est le Tibre, généralement appelé Thybris dans l'Énéide. Ce fleuve, qui baigne la ville de Rome, est qualifié de lydien parce qu'il a sa source en Étrurie, que la légende considère comme une fondation de Lydiens (cfr 8, 479 et 9, 11).
une épouse royale (2, 783). Il s'agit de Lavinie, la fille de Latinus et d'Amata. Ces personnages jouent un rôle de premier plan dans les derniers chants de l'Énéide, à partir du chant 7.
Myrmidons... Dolopes (2, 786-787). Deux peuples de Thessalie, venus combattre à Troie sous les ordres d'Achille et réputés pour leur vaillance (cfr 2, 7).
issue de Dardanus et bru de la divine Vénus (2, 787). Fille de Priam, Créuse remonte à Dardanus (cfr 1, 38n.) ; épouse d'Énée, elle pouvait se prétendre la bru de Vénus.
la grande mère des dieux (2, 788). Cybèle, adorée sur le Bérécynte, un des sommets de l'Ida phrygien (d'où l'épiclèse de Bérécyntienne qui lui est parfois donnée). Grande déesse mère d'Anatolie, cette divinité orientale avait été introduite à Rome à l'époque des guerres puniques, en 204 avant Jésus-Christ. Quelques années plus tard (en -191), elle avait reçu sur le Palatin un temple, qui fut restauré beaucoup plus tard par Auguste. Elle était accompagnée d'un parèdre et amant, Attis, dont le culte, suspect aux yeux des Romains, ne fut réellement libéré qu'avec l'empereur Claude. L'intérêt d'Auguste pour cette divinité pourrait expliquer l'importance que Virgile lui donne dans l'Énéide : ici à propos de Créuse ; en 3, 111-113, où sont présentés quelques aspects de son culte et où Anchise lui attribue une origine crétoise ; en 7, 139, où Cybèle figure parmi les divinités invoquées par Énée ; puis plus loin dans le livre 9, notamment à propos de la métamorphose des vaisseaux d'Énée en nymphes marines (9, 80-83 ; 9, 109n et 9, 618n). Elle apparaît aussi en 10, 220 (sous le nom de Cybebe) ; et en 11, 768. On trouvera des renseignements sur le culte de Cybèle chez Catulle, 63 ; Lucrèce, 2, 598-643 ; Ovide, Fastes, 4, 179-372.
Trois fois je tentai... (2, 792-794). Ces trois vers seront repris en 6, 700-702. L'influence homérique est probable. On songera à l'épisode célèbre de l'Odyssée (11, 204-208), où Ulysse veut serrer dans ses bras sa mère Anticlée évoquée des enfers.
sur les crêtes du haut Ida (2, 801). Cfr 2, 696.
Lucifer (2, 801). C'est l'étoile du matin, opposée à Vesper, l'étoile du Soir (ou du Berger). Cfr 1, 374.
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