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Métamorphoses d'Ovide : Avant-Propos - Notices - Livre XV (Plan) - Hypertexte louvaniste - Iconographie ovidienne - Page précédente - Page suivante


OVIDE, Métamorphoses, Livre XV

[Trad. et notes de A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2009]

 

Introduction du culte d'Esculape à Rome (15, 622-744)

 

Esculape métamorphosé en serpent quitte Épidaure (15, 622-694)

Les Romains décimés par la peste envoient une délégation à Delphes pour implorer l'aide d'Apollon, qui leur conseille de faire venir à Rome son fils Esculape. (15, 622-640)

Le sénat envoie alors une mission à Épidaure, qui, en se recommandant de l'oracle, demande à l'assemblée grecque de leur céder Esculape pour mettre fin à leurs maux. Pendant que les Grecs hésitent, l'envoyé romain voit en songe Esculape, qui lui promet de partir à Rome, sous forme d'un serpent, ne laissant sur place que sa statue. (15, 641-662)

Devant les notables qui ont demandé au dieu de manifester sa volonté, le dieu apparaît sous la forme d'un serpent, que son prêtre reconnaît solennellement comme étant le dieu Esculape et qu'il invoque pour tous ceux qui le vénèrent. Toute l'assistance approuve et imite le prêtre. Alors, le dieu métamorphosé, après avoir manifesté sa satisfaction, quitte son temple et rampe à travers la ville vers le port, recevant sur son passage les hommages de la foule. Il s'intalle sur le bateau des Romains. (15, 663-694)

15, 622

Pandite nunc, Musae, praesentia numina uatum,

(scitis enim, nec uos fallit spatiosa uetustas,)

unde Coroniden circumflua Thybridis alti
 

Maintenant, Muses, divinités tutélaires des poètes,

 – car vous êtes savantes et vous connaissez le lointain passé  –

révélez-moi comment l'île que baigne le Tibre aux ondes profondes
 

15, 625

insula Romuleae sacris adiecerit urbis.

Dira lues quondam Latias uitiauerat auras

pallidaque exsangui squalebant corpora morbo.

Funeribus fessi postquam mortalia cernunt

temptamenta nihil, nihil artes posse medentum,
 

a ajouté le fils de Coronis aux dieux vénérés dans la cité de Romulus.

Autrefois, un fléau terrible avait empoisonné l'air du Latium,

et la maladie qui rongeait leur sang rendait les corps livides et hideux.

Lorsque les habitants, las d'enterrer leurs morts, voient qu'il n'y a rien

que puissent les efforts humains, rien que puisse l'art des médecins,
 

15, 630

auxilium caeleste petunt mediamque tenentes

orbis humum Delphos adeunt, oracula Phoebi,

utque salutifera miseris succurrere rebus

sorte uelit tantaeque urbis mala finiat, orant.

Et locus et laurus et, quas habet ipse, pharetras,
 

ils demandent l'aide du ciel et se rendent à Delphes,

centre de l'univers,
pour consulter l'oracle de Phébus :

ils prient le dieu qu'il veuille leur donner une réponse salutaire,

secourir leur détresse et mettre fin aux maux d'une si grande cité.

Alors, le temple et le laurier et le carquois que portait le dieu,
 

15, 635

intremuere simul ; cortinaque reddidit imo

hanc adyto uocem pauefactaque pectora mouit :

« Quod petis hinc, propiore loco, Romane, petisses,

et pete nunc propiore loco nec Apolline uobis,

qui minuat luctus, opus est, sed Apolline nato.
 

tout trembla en même temps, et le trépied, du fond du sanctuaire,

fit retentir cette parole qui impressionna les esprits épouvantés :

« Romain, ce que tu cherches ici, que ne l'as-tu cherché plus près !

Cherche-le maintenant en un lieu plus proche : ce n'est pas Apollon

qu'il vous faut pour réduire vos deuils, mais le fils d'Apollon.
 

15, 640

Ite bonis auibus prolemque accersite nostram. »


Iussa dei prudens postquam accepere senatus,

quam colat, explorant, iuuenis Phoebeius urbem,

quique petant uentis Epidauria litora, mittunt.

Quae postquam curua missi tetigere carina,
 

Partez sous de bons auspices et faites venir mon fils chez vous. »


Après avoir reçu les ordres du dieu, les sages sénateurs

cherchent à savoir en quelle ville habite le jeune fils de Phébus,

et confient aux vents une mission vers les rivages d'Épidaure.

Lorsque, sur leur carène creuse, les envoyés arrivèrent à destination,
 

15, 645

concilium Graiosque patres adiere darentque

orauere deum, qui praesens funera gentis

finiat Ausoniae ; certas ita dicere sortes.

Dissidet et uariat sententia parsque negandum

non putat auxilium ; multi retinere suamque
 

ils se rendirent à l'assemblée et prièrent les sénateurs grecs

de leur donner le dieu dont la présence pourrait mettre fin

aux deuils du peuple d'Ausonie : c'était le message d'un oracle clair.

On ne s'accorde pas, les avis divergent. Pour les uns, on ne peut pas

refuser cette aide, mais beaucoup conseillent de garder leur protection,
 

15, 650 non emittere opem nec numina tradere suadent.

Dum dubitant, seram pepulere crepuscula lucem

umbraque telluris tenebras induxerat orbi,

cum deus in somnis opifer consistere uisus

ante tuum, Romane, torum, sed qualis in aede
 
de ne pas s'en défaire et de ne pas livrer leurs divinités.

Ils hésitaient, et le crépuscule avait chassé la lumière du soir

tandis que l'ombre avait couvert de ténèbres l'ensemble de la terre.

À ce moment, tu crus voir dans ton sommeil le dieu secourable

debout devant ton lit, ô Romain, sous l'aspect qu'il présente
 

15, 655

esse solet ; baculumque tenens agreste sinistra

caesariem longae dextra deducere barbae

et placido tales emittere pectore uoces :

« Pone metus, ueniam, simulacraque nostra relinquam.

Hunc modo serpentem, baculum qui nexibus ambit,
 

dans son temple, sa main gauche tenant un bâton rustique

et sa droite lissant de haut en bas les longs poils de sa barbe,

et, d'un ton paisible il prononça les paroles que voici :

« Laisse toute crainte, je viendrai, et je quitterai mon image.

Observe seulement ce serpent qui entoure de ses noeuds ce bâton,
 

15, 660

perspice et usque nota, uisum ut cognoscere possis.

Vertar in hunc ; sed maior ero tantusque uidebor,

in quantum uerti caelestia corpora debent ».


Extemplo cum uoce deus, cum uoce deoque

somnus abit somnique fugam lux alma secuta est.
 

et regarde-le bien pour pouvoir reconnaître ce que tu as vu.

Je prendrai cette forme ; mais je serai plus grand et j'apparaîtrai

aussi grand que doivent l'être les corps divins métamorphosés. »


Aussitôt, avec la voix, le dieu disparaît, et avec la voix et le dieu,

le sommeil s'éloigne et, après sa fuite revient la lumière bienfaisante.
 

15, 665

Postera sidereos aurora fugauerat ignes ;

incerti, quid agant, proceres ad templa petiti

conueniunt operosa dei quaque ipse morari

sede uelit, signis caelestibus indicet, orant.

Vix bene desierant, cum cristis aureus altis
 

L'aurore nouvelle avait chassé les feux des étoiles ;

indécis sur la conduite à suivre, les notables se réunissent

au temple magnifique du dieu réclamé, et le prient d'indiquer

par des signes célestes l'endroit où lui-même veut résider.

À peine avaient-ils fini cette prière que le dieu, serpent doré,
 

15, 670

in serpente deus praenuntia sibila misit

aduentuque suo signumque arasque foresque

marmoreumque solum fastigiaque aurea mouit

pectoribusque tenus media sublimis in aede

constitit atque oculos circumtulit igne micantes.
 

paré d'une haute crête, s'annonça par un sifflement.

À son arrivée, tout se mit à bouger : sa statue, ses autels,

les portes, le sol de marbre et le faîte doré du temple.

Dressé jusqu'à la poitrine, il s'arrêta au milieu du temple,

et porta autour de lui des regards qui lançaient des étincelles.
 

15, 675

Territa turba pauet ; cognouit numina castos

euinctus uitta crines albente sacerdos :

« En deus est, deus est ! Animis linguisque fauete,

quisquis ades ; » dixit « sis, o pulcherrime, uisus

utiliter, populosque iuues tua sacra colentes. »
 

La foule est frappée d'épouvante ; le prêtre qui, selon les rites,

portait autour de ses cheveux un bandeau blanc, reconnut son dieu :

«Voilà le dieu, c'est le dieu ! Par vos pensées et votre silence, aidez-moi,

tous tant que vous êtes» dit-il. «Que ton apparition, dieu sublime,

nous serve ; viens en aide aux gens qui te rendent un culte.»
 

15, 680

Quisquis adest, uisum ueneratur numen et omnes

uerba sacerdotis referunt geminata piumque

Aeneadae praestant et mente et uoce fauorem.

Adnuit his motisque deus rata pignora cristis

et repetita dedit uibrata sibila lingua.
 

Tous les assistants vénèrent la divinité qu'ils ont sous les yeux,

ils disent et redisent les paroles du prêtre, tandis que les Énéades

par leurs pensées et leur silence participent pieusement à la cérémonie.

Le dieu fit un signe et manifesta son approbation, agitant sa crête

et émettant des sifflements répétés avec les vibrations de sa langue.
 

15, 685

Tum gradibus nitidis delabitur oraque retro

flectit et antiquas abiturus respicit aras

adsuetasque domos habitataque templa salutat.

Inde per iniectis adopertam floribus ingens

serpit humum flectitque sinus mediamque per urbem
 

Ensuite il glisse le long des marches brillantes, tourne la tête

et, sur le point de partir, regarde derrière lui ses anciens autels.

Il salue sa résidence familière et le temple qu'il habitait.

Ensuite, sur la terre couverte de fleurs jetées sur son passage,

il rampe, immense. Déroulant ses replis sinueux à travers le ville,
 

15, 690

tendit ad incuruo munitos aggere portus.

Restitit hic agmenque suum turbaeque sequentis

officium placido uisus dimittere uultu

corpus in Ausonia posuit rate ; numinis illa

sensit onus pressa estque dei grauitate carina.
 

il se dirige vers le port protégé par une digue en forme d'arc.

Il s'y arrêta, parut  renvoyer d'un visage serein son escorte

et la foule qui se faisait un devoir de le suivre,

puis il s'installa sur le navire d'Ausonie. Celui-ci sentit la charge

de la divinité, et la carène s'enfonça sous le poids du dieu.
 

Esculape installé à Rome sur l'île Tibérine (15, 695-744)

Les envoyés romains, après avoir offert un sacrifice, s'empressent d'appareiller avec le dieu à leur bord. Ils traversent la mer Ionienne, rejoignent le sud de l'Italie, franchissent le détroit de Messine et remontent par la mer Tyrrhénienne en longeant une série de lieux célèbres, légendaires ou historiques, pour aboutir à l'embouchure du Tibre. (15, 695-728)

Le navire amenant le dieu est accueilli par une foule très dense de personnalités et de gens du peuple. Tandis qu'il remonte le Tibre, des offrandes et des sacrifices accomplis sur les autels dressés le long des berges honorent le dieu-serpent qui quitte le bateau à hauteur de l'île Tibérine à Rome. Il s'y installe, après avoir repris sa forme divine et mis fin à la peste. (15, 729-744)

15, 695

Aeneadae gaudent caesoque in litore tauro

torta coronatae soluunt retinacula nauis.

Impulerat leuis aura ratem ; deus eminet alte

impositaque premens puppim ceruice recuruam

caeruleas despectat aquas ; modicisque per aequor
 

Joyeux, les Énéades immolent un taureau sur le rivage,

et détachent les câbles tressés retenant le navire couronné de fleurs.

Une brise légère avait lancé le bateau ; le dieu, tout en haut,

domine, et pesant de sa tête qui repose sur la poupe recourbée,

il regarde en bas la mer d'azur. Poussé par de doux zéphyrs
 

15, 700

Ionium zephyris sextae Pallantidos ortu

Italiam tenuit praeterque Lacinia templo

nobilitata deae Scylaceaque litora fertur.

Linquit Iapygiam laeuisque Amphrisa remis

saxa fugit, dextra praerupta Celennia parte,
 

sur la mer Ionienne, le navire, au lever de la sixième aurore,

atteint l'Italie, double le cap de Lacinium, célèbre par le temple

de sa déesse, et il longe le rivage de Scylacium.

Il laisse l'Iapygie et, à force de rames, sur la gauche,

il évite Amphrisa et ses rochers, sur la droite l'abrupte Célennia.
 

15, 705

Rhomethiumque legit Caulonaque Naryciamque

euincitque fretum Siculique angusta Pelori

Hippotadaeque domos regis Temesesque metalla

Leucosiamque petit tepidique rosaria Paesti.

Inde legit Capreas promunturiumque Mineruae
 

Puis il choisit de longer Rométhium, Caulon et Narycie,

triomphe du détroit sicule du Pélore, gagne les demeures

du royaume du fils d'Hippotès, les mines de Témèse,

puis Leucosia et la tiède Paestum aux belles roseraies.

Ensuite, il longe Caprée, le promontoire de Minerve,
 

15, 710

et Surrentino generosos palmite colles

Herculeamque urbem Stabiasque et in otia natam

Parthenopen et ab hac Cumaeae templa Sibyllae.

Hinc calidi fontes lentisciferumque tenetur

Liternum multamque trahens sub gurgite harenam
 

et les collines de Sorrente aux généreux vignobles,

la cité d'HerculeStabies et la ville née pour les loisirs,

Parthénopé, avant de doubler le temple de la Sibylle de Cumes.

De là, on atteint les sources chaudes, Literne, à l'ombre de ses lentisques,

 puis, charriant tant de sable dans ses tourbillons,
 

15, 715

Volturnus niueisque frequens Sinuessa columbis

Minturnaeque graues et quam tumulauit alumnus

Antiphataeque domus Trachasque obsessa palude

et tellus Circaea et spissi litoris Antium.

Huc ubi ueliferam nautae aduertere carinam,
 

le Volturne, et Sinuessa, peuplée de blanches colombes,

et l'oppressante Minternes, et la tombe élevée à une nourrice,

et le séjour d'Antiphatès, et Trachas entourée de marais,

et la terre de Circé et Antium au rivage solide.

Les matelots dirigèrent le navire, voiles déployées, vers cet endroit,
 

15, 720

(asper enim iam pontus erat), deus explicat orbes

perque sinus crebros et magna uolumina labens

templa parentis init flauum tangentia litus.

Aequore placato patrias Epidaurius aras

linquit et hospitio iuncti sibi numinis usus
 

car la mer était devenue houleuse. Déroulant ses anneaux, le dieu rampe

et dessine, avec son corps sinueux, nombre d'immenses replis,

avant de pénétrer dans le temple de son père, près du rivage doré.

Une fois la mer calmée, le dieu d'Épidaure quitta les autels paternels

et, après avoir bénéficié de l'hospitalité d'une divinité de sa parenté,
 

15, 725

litoream tractu squamae crepitantis harenam

sulcat et innixus moderamine nauis in alta

puppe caput posuit, donec Castrumque sacrasque

Lauini sedes Tiberinaque ad ostia uenit.


Huc omnis populi passim matrumque patrumque
 

en déplaçant ses bruissantes écailles, il sillonne le sable du rivage.

Il remonta alors le long du gouvernail du navire

et posa la tête en haut de la poupe, jusqu'à l'arrivée à Castrum

et dans la ville sacrée de Lavinium, puis à l'embouchure du Tibre.


Là une foule constituée de tout le peuple se rue à sa rencontre,
 

15, 730

obuia turba ruit quaeque ignes, Troica, seruant,

Vesta, tuos, laetoque deum clamore salutant ;

quaque per aduersas nauis cita ducitur undas,

tura super ripas, aris ex ordine factis,

parte ab utraque sonant et odorant aera fumis,
 

des mères et des pères, et les prêtresses qui gardent tes feux,

Troyenne Vesta. Tous saluent le dieu avec des cris de joie.

Partout où le navire se dirige rapide en remontant le courant,

sur la série d'autels dressés de part et d'autre des rives,

des grains d'encens crépitent et parfument l'air de leurs fumées,
 

15, 735

ictaque coniectos incalfacit hostia cultros.

Iamque caput rerum, Romanam intrauerat urbem ;

Erigitur serpens summoque acclinia malo

colla mouet sedesque sibi circumspicit aptas.

Scinditur in geminas partes circumfluus amnis,
 

et des victimes tiédissent de leur sang les couteaux qui les frappent.

Et déjà il avait pénétré dans la capitale du monde, la ville de Rome.

Le serpent se dresse, bouge son cou appuyé en haut du mât,

et cherche autour de lui un endroit qui lui convienne.

Le fleuve se scinde en deux parties, coulant autour d'une terre
 

15, 740

insula nomen habet, laterumque a parte duorum

porrigit aequales media tellure lacertos.

Huc se de Latia pinu Phoebeius anguis

contulit et finem, specie caeleste resumpta,

luctibus imposuit uenitque salutifer urbi.
 

qu'on appelle l'Île, et des deux côtés, le fleuve étend

deux bras égaux, autour du terrain qu'il enferme.

C'est là que, au sortir de son bateau fait de bois latin,

se porta le serpent né de Phébus. Il y reprit son apparence divine,

et mit fin aux deuils dans la ville, à qui il vint apporter le salut.

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NOTES

Maintenant, Muses... (15, 622-640). Invocation aux Muses, les divinités protectrices et inspiratrices des poètes, au début du récit racontant l'introduction du culte d'Esculape à Rome, au début du IIIe siècle.

île du Tibre (15, 624). L'île Tibérine est la grande île (actuellement quelque 270 m sur 70 m) située dans la courbe du Tibre entre le Janicule et le Capitole, au centre donc de Rome. La tradition attribue sa première origine à un événement qui suivit immédiatement l'expulsion des rois. On aurait jeté dans le fleuve le grain qui était moissonné sur le domaine des Tarquins et que les Romains considéraient sacrilège de consommer. « S'arrêtant sur les bancs de sable, des tas de blé restèrent pris dans la vase. Une île se forma ainsi peu à peu, grâce à l'apport aussi de tout ce que le fleuve charrie accidentellement » (Tite-Live, 2, 5, 3-4). Cette île Tibérine abritait certains sanctuaires, mais elle était surtout célèbre pour le temple d'Esculape, objet de la suite du récit.

fils de Coronis  (15, 625). Esculape était le fils d'Apollon et Coronis. Toutefois Coronis avait trompé le dieu avec un mortel, et Apollon, ayant appris son infidélité, lui avait planté une de ses flèches dans la poitrine. Sur le point de mourir, Coronis révéla au dieu qu'elle attendait un enfant de lui. Apollon, regrettant alors son geste, voulut la rappeler à la vie, mais sans y réussir. Il sauva toutefois l'enfant et le confia au centaure Chiron, lequel l'initia à l'art de la médecine. Telle est l'histoire d'Esculape, qui a déjà été abordée dans les Fastes, 1, 289-294 (avec les notes) et dans les Mét., 2, 541-632 (avec les notes). – Le culte d'Esculape, vénéré comme dieu de la médecine, avait son centre à Épidaure mais il était répandu dans tout le monde grec. Tite-Live, Epit. 11, raconte comment il fut introduit à Rome en 291 a.C., suite à une épidémie de peste, survenue deux ans plus tôt.

Delphes, centre de l'univers (15, 630-631). On raconte que Zeus avait lâché un aigle de chacune des deux extrémités de la terre et que les oiseaux s'étaient rencontrés à Delphes, lieu considéré comme le centre et le nombril du monde. Devant le temple d'Apollon se dressait d'ailleurs une pierre conique, appelée omphalos (mot grec pour « nombril »). C'était, comme on le sait, le siège d'un oracle très célèbre d'Apollon, où officiait la Pythie.

le trépied (15, 635). Le trépied est dans l'Antiquité un objet (table, siège ou vase) à trois pieds. À Delphes, disait-on, « la Pythie rendait ses oracles assise sur la cuve d'un trépied de bronze », et « on voit quelquefois Apollon représenté lui-même dans cette attitude sur les monuments figurés » (J. Chamonard).

sages sénateurs (15, 641). Il s'agit des sénateurs romains. La première mission est donc rentrée à Rome, et a fait rapport au sénat.

Épidaure (15, 643). Au nord-est de l'Argolide, sur la côte du golfe Saronique, où se trouvait le temple le plus important dédié à Esculape/Aesclépios. Des ruines très importantes, dont un théâtre, s'y visitent encore de nos jours. C'était un centre où se rendaient les malades, qui étaient logés dans des dortoirs, où ils attendaient que le dieu leur indique par des songes les remèdes qui les guériraient.

les sénateurs grecs (15, 645). Cette fois, il s'agit des Grecs, qu'Ovide, en romain, qualifie de patres (« les Pères »).

Ausonie (15, 647). L'Italie bien sûr, souvent désignée ainsi en poésie, aussi bien chez Virgile que chez Ovide.

leur protection (15, 649). Les gens d'Épidaure ne veulent pas abandonner le dieu qui les protège, pour le donner aux Romains. La solution viendra d'Esculape lui-même.

aspect qu'il a dans son temple (15, 655-655). Thème courant, dans les récits épiques, de l'apparition d'un dieu en songe. D'après Ovide, la vision qui se présente au Romain endormi (vers 654 : probablement le chef de la délégation) est celle d'un personnage barbu, tenant en main un bâton sur lequel s'enroule un serpent. Pausanias (2, 27, 2) nous a laissé la description de la statue chryséléphantine du IVe siècle a.C., qui se dressait dans le temple du dieu à Épidaure : « Elle est toute en or et en ivoire [...]. Le Dieu est assis sur un trône ; il tient un bâton d'une main, touche de l'autre la tête d'un serpent; un chien est couché auprès de lui ». Cette statue est souvent reproduite sur des monnaies et des bas-reliefs.

ce serpent (15, 659). Le serpent était associé au culte de plusieurs divinités, en particulier d'Asclépios et de sa fille Hygieia.

plus grand (15, 661-662). « Comme nous le voyons sur les monuments de l'art, on attribuait toujours aux dieux des proportions supérieures à celles de la figure humaine » (J. Chamonard). Ce sera effectivement le cas, quand Esculape apparaîtra aux vers suivants sous sa forme de serpent (v. 670-674). Son arrivée ébranle tout dans le bâtiment.

notables (15, 666). Le latin utilise le terme proceres. Il s'agit des chefs de la cité, des sénateurs locaux.

temple magnifique (15, 666-667). « Ce temple construit en 380-375 a.C. était situé à 15 kilomètres de la ville d'Épidaure ; on a tiré de ses ruines des oeuvres d'art et des documents du plus haut intérêt » (J. Chamonard).

il s'installa sur le navire d'Ausonie (15, 693). Pour Ovide, le dieu lui-même, sous la forme d'un serpent, aurait quitté son temple d'Épidaure pour aller à Rome. En fait, « Les prêtres d'Épidaure avaient remis aux envoyés romains un des serpents sacrés nourris dans le sanctuaire » (J. Chamonard).

Énéades (15, 695). Les Romains, descendants d'Énée. L'expression rappelle Lucrèce, 1, 1-2 : « Vénus, mère des Énéades ».

poussé par de doux zéphyrs... (15, 699-728). Un très long passage va maintenant évoquer la traversée du navire, depuis Épidaure jusqu'à l'embouchure du Tibre, près de Rome. Ce parcours s'inspire tant des voyages d'Énée (au chant 3 de l'Énéide),  et avant lui de ceux d'Ulysse (dans l'Odyssée) ; Ovide avait déjà eu recours à ce topos des voyages (parmi les exemples récents, Mét., 14, 75-105 ; 14, 223-250, et Mét., 15, 48-57). Dans ce genre du voyage, l'érudition a très souvent la part belle. Ce sera le cas ici.

Lacinium... Scylacium (15, 701-702). Après avoir franchi la mer Ionienne, le navire longe les côtes du Bruttium antique, doublant le promontoire Lacinium (aujourd'hui Capo delle Colonne), non loin de la ville de Crotone, célèbre pour son temple à Héra Lacinia (Én., 3, 552), et longeant le rivage de Scylacium, Scylacée (aujourd'hui Squillace), au sud-ouest (Én., 3, 553).

Iapygie (15, 703). Ancien nom de la Lucanie, cette contrée, sur un plan strictement géographique, aurait logiquement dû être citée avant les régions du Bruttium.

Amphrisa... Celennia... Rhometium (15, 704-705). Ces trois localités ne semblent pas avoir été identifiées, « mais elles devaient nécessairement être situées au bord de la mer, un peu au sud de Squillace » (J. Chamonard).

Caulon et Narycie (15, 705). Le navire descend vers le sud, Caulon et Narycie sont des localités proches de Locres.

Pélore (15, 706). Le promontoire qui, au nord de Messine, forme l'extrémité nord orientale de la Sicile. Le bateau franchit le détroit de Messine.

royaume du fils d'Hippotès (15, 707). Le fils d'Hippotès est Éole, le roi des vents, censé habiter les îles Lipari (insulae Liparaeae, dites encore Aeoliae ou Vulcaniae). Le fils d'Hippotès a été cité plusieurs fois par Ovide (cfr Mét., 4, 663 ; 11, 431 ; 14, 86, et 14, 224).

mines de Témèse (17, 707). Le bateau qui a laissé les îles Lipari sur sa gauche, remonte dans la mer Tyrrhénienne, le long de la côte occidentale du Bruttium, évoquée par la mention de Témèse (appelée aussi Tempsa), une ville connue, semble-t-il, pour ses mines de cuivre (Mét., 7, 207, et Fast., 5, 441).

Leucosia... Paestum (17, 708). L'île de Leucosia (aujourd'hui Licosia) à la hauteur de Paestum (= Posidonia), célèbre pour ses roseraies et son climat agréable.

Caprée... promontoire de Minerve (15, 709). Le parcours continue, longeant Caprée (= la célèbre île de Capri) et le promontoire de Minerve (cap Campanella), en face de Capri.

Sorrente... etc. (15, 710-712). Énumération de cités prestigieuses et bien connues : Sorrente (et ses vins), Herculanum (la ville d'Hercule), Stabies (une station à la mode dans l'antiquité ; aujourd'hui Castellamare di Stabia), Parthénopé (= Naples ; cfr Mét., 14, 101), puis, toujours en remontant vers le Nord, Cumes, avec le temple de la Sibylle. Des commentaires détaillés sont superflus.

les sources chaudes (15, 713). Pour certains modernes (G. Lafaye), il s'agirait de Baïes et de sa station balnéaire et thermale, très à la mode dans l'antiquité, pour d'autres (J. Chamonard), de Puteoli (Pouzzoles).

Literne (15, 713). Literne, une colonie romaine fondée au début du IIe siècle avant Jésus-Christ, à 8 km au nord de Cumes (aujourd'hui Lago di Patria).

Volturne... Sinuessa... Minturnes (15, 715-716). Le voyage se poursuit : l'embouchure du Volturne, le principal cours d'eau de Campanie ; puis Sinuessa ; puis Minturnes, à l'embouchure du Liris, Ovide caractérisant chaque endroit par un détail précis.

la tombe (15, 716). Caiète, où fut ensevelie la nourrice d'Énée (cfr par exemple Mét., 14, 157, et 14, 441).

le séjour d'Antiphatès (15, 717). Antiphatès est le roi des Lestrygons, un peuple mythique dont il est question dans l'Odyssée (cfr Mét., 14, 233-247). Sa localisation relève de l'Imaginaire. Manifestement Ovide place la capitale de ce roi entre Caiète et Terracine ; peut-être songe-t-il à Formies.

Trachas (15, 717). Autre nom (savant) de Tarracina (l'actuelle Terracina), ancienne forteresse volsque, colonie romaine depuis 329 a.C.

la terre de Circé (15, 718). Le cap Circéi dans le Latium (aujourd'hui Circello). Il en a été largement question dans Mét., 14, 245-319.

Antium (15, 718). Á Antium (aujourd'hui Anzio) s'élevaient plusieurs temples, mais les Modernes n'osent pas prendre l'affirmation d'Ovide comme une certitude historique : s'agissait-il vraiment d'un temple d'Apollon, ou d'un temple d'Esculape, ou d'une simple statue d'Apollon dans un des temples ? On ne le sait pas. Toujours est-il qu'Ovide imagine que le serpent, représentant Esculape, fait là une escale pour aller saluer son père.

Castrum (15, 727). Le voyage reprend pour arriver à Castrum Inui, une petite ville près d'Ardée. Cfr Virg., Én., 6, 775.

Lavinium (15, 728). Cité dont la légende attribue la fondation à Énée, qui l'aurait ainsi appelée du nom de son épouse Lavinia (cfr Mét., 14, 570).

l'embouchure du Tibre (15, 728). Ostie bien sûr, une fondation attribuée par la tradition à Ancus Marcius et qui, à l'époque de Virgile et d'Ovide, était devenue un grand port et le grand entrepôt commercial de Rome. Aux lecteurs d'Ovide, ce passage doit évoquer le récit de l'arrivée d'Énée à l'embouchure du Tibre (cfr Virg., Én., 7, 25-36).

Là une foule... (15, 729-735). L'accueil réservé à Esculape qu'Ovide décrit ici n'est pas sans rappeler l'arrivée à Rome de la Magna Mater, qu'une ambassade romaine était allée chercher en Phrygie, à Pessinonte (cfr Fast., 4, 290-297, ainsi que Tite-Live, 29, 10, et 14).

prêtresses... Vesta  (15, 730-731). Les Vestales, prêtresses de Vesta. Vesta est dite « troyenne », parce que, dans son temple rond du Forum, elle garde les Pénates de Troie apportés par Énée et qui y étaient entreposés (cfr. Ovid., Fast., 1, 528, et Mét., 15, 450).

l'Île (15, 740). L'ïle Tibérine (voir 15, 624-625, avec les notes), dont le temple d'Esculape, inauguré en 289 a.C., occupait la partie sud. « Pour commémorer le voyage du serpent miraculeux, on avait artificiellement donné à l'île la forme d'un navire, dont un obélique, au milieu, figurait le mât » (J. Chamonard).


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