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Métamorphoses d'Ovide : Avant-Propos - Notices - Hypertexte louvaniste - Iconographie ovidienne - Page précédente - Page suivante


 

OVIDE - MÉTAMORPHOSES

 Livre XV

 

Traduction nouvelle annotée

par

Anne-Marie Boxus et Jacques Poucet (2009)

 

 

Pythagore et Numa, disciple de Pythagore
(Matthaeus Merian l'Ancien, 1619)

Source


Plan

Numa, disciple de Pythagore (1) (15, 1-236)

Pythagore (suite) (15, 237-478)

Quelques légendes du Latium et d'Étrurie (15, 479-621)

Introduction du culte d'Esculape à Rome (15, 622-744)

Deux nouveaux dieux à Rome : César et Auguste – Épilogue (15, 745-879)


Résumé

Numa, disciple de Pythagore (1) (15, 1-236)

Numa à Crotone – Histoire de Crotone et rôle d'une métamorphose (15, 1-59)

Le Sabin Numa, esprit sage et curieux, destiné à succéder plus tard à Romulus comme roi de Rome, se rend à Crotone, où un vieillard du lieu propose de le renseigner sur l'origine de la ville. Il raconte donc qu'Hercule, de passage près de Lacinium, avait prédit à son hôte Croton la naissance future d'une ville à cet endroit.(15, 1-18)

 Rentré en Argolide, Hercule apparaît en songe à Myscélos, fils d'Alémon, et le somme, menaces à l'appui, de quitter sa patrie pour rejoindre le sud de l'Italie. Myscélos, prêt au départ en dépit des lois qui lui interdisent de quitter sa patrie, est traduit en justice et invoque Hercule, responsable de ce départ. Myscélos, que les juges avaient condamné, fut pourtant grâcié, car Hercule avait métamorphosé les cailloux noirs déposés dans l'urne en cailloux blancs. (15, 19-48a)

 Myscélos gagne alors avec ses pénates l'Italie du sud où il fonde Crotone, près du tumulus de Croton, non loin des sources de l'Ésar. (15, 48b-59)

Les théories de Pythagore : le végétarisme (15, 60-142)

Le Samien Pythagore, exilé à Crotone, sage réputé, qui avait pénétré les secrets du cosmos et de la nature, dispensait son enseignement à des cercles de disciples. Ovide lui prête un long discours, qui commence par un exposé sur le végétarisme, où il conseille aux hommes de s'abstenir de toute alimentation carnée, puisque la terre produit abondamment de quoi les nourrir. (15, 60-95)

À l'appui de sa thèse, le sage évoque l'époque bénie de l'âge d'or, quand tous les êtres animés vivaient des fruits de la terre, dans une paix totale, sans crainte d'un prédateur. Pourtant l'impiété s'installa dès que l'homme ne se borna plus à tuer les bêtes sauvages pour se défendre, mais commença à s'en nourrir. (15, 96-110)

Suit une sorte d'historique de l'escalade sacrilège : on sacrifia non seulement des animaux coupables de méfaits, tels le porc et le bouc, mais aussi des bêtes inoffensives et surtout très utiles aux hommes, comme les brebis et les boeufs. Et le paroxysme du sacrilège, c'est de sacrifier des animaux sous prétexte d'honorer les dieux, comme si ceux-ci pouvaient se complaire à des sacrifices impliquant une telle barbarie. Il faut se garder de manger la chair des animaux. (15, 111-142)

Théories de Pythagore (suite) : Métempsychose et végétarisme (15, 143-175)

Pythagore, se disant inspiré par le dieu de Delphes, annonce de nouvelles révélations. Il voit les humains insensés en proie à la crainte de la mort et tente de les rassurer en leur enseignant d'abord que les âmes ne meurent pas. Ainsi lui-même avait été, à l'époque de la guerre de Troie, Euphorbe, un Argien : en effet, il a vu récemment dans le temple d'Héra à Argos un bouclier d'Euphorbe, que lui, Pythagore, avait reconnu pour l'avoir porté personnellement. (15, 143-164)

Le souffle vital (ou âme), comme toute chose, ne meurt pas, mais se transforme, passant du corps qu'il animait à un autre corps (humain ou animal, quand ce corps cesse de vivre pour se transformer à son tour), sans disparaître. Raison suffisante pour rester végétarien, pour éviter de se souiller du sang d'un être qui pourrait être un parent. (15, 165-175)

Tout se métamorphose : exemples de la mutation universelle (15, 176-236)

Pour Pythagore, rien dans l'univers ne reste stable et tout s'écoule comme un fleuve et comme le temps : les nuits succèdent aux jours, le soleil et la lune changent sans cesse d'aspect, de même que les saisons de l'année. (15, 176-198)

Les âges de la vie, enfance, jeunesse, âge mûr et vieillesse, sont habilement mis en parallèle avec les saisons, avec les changements continus qui s'enchaînent, comme c'est le cas aussi des modifications du corps humain, depuis la fragilité de l'enfance jusqu'à la décrépitude de la vieillesse. Puis, déviant quelque peu de son raisonnement, Pythagore (ou Ovide ?), se met à maudire cette vieillesse, comme le firent Milon ou Hélène, constatant la perte de leurs forces ou de leur beauté en même temps que celle de leur jeunesse. (15, 199-236)
 

Pythagore (suite) (15, 237-478)

Changement universel : tout change dans la nature (15, 237-355)

Les quatre « éléments », terre, eau, air et feu, générateurs de tout l'univers, sont répartis dans l'espace en fonction de leur poids, qui ne reste pas stable, la terre devenant eau, l'eau devenant air, et l'air regagnant les feux de l'éther, avant que le cycle des transformations ne s'accomplisse à nouveau dans l'ordre inverse. Ainsi, dans l'univers, les différents composants des choses se modifient en revêtant sans cesse des formes nouvelles, tandis que leur somme reste constante. (15, 237-258)

Ainsi en va-t-il des âges du monde, avec le passage de l'or au fer ; des paysages, avec les terres devenues mers, et les montagnes devenues plaines, l'apparition ou la disparition de fleuves, de villes, d'îles, de sources, de collines. (15, 259-306)

Pour prouver l'instabilité de toutes les choses, Pythagore évoque de nombreux exemples, observés dans divers points du monde concernant les vertus étonnantes des eaux des cours d'eau et des lacs, qui subissent des métamorphoses diverses. (15, 307-334)

Des changements s'observent aussi à propos de la stabilité de certaines îles, à propos des volcans comme l'Etna, dont Pythagore attribue les éruptions soit à des mouvements de la terre cherchant à respirer, ou à de l'air confiné qui s'enflamme pour finir par s'éteindre quand il ne sera plus alimenté. Bref, rien ne reste stable. (15, 335-355)

Exemples de métamorphoses diverses dans le monde animal (15, 356-417)

L'évocation à l'aptitude à la transformation en oiseaux de certains Hyperboréens et de certaines femmes de Scythie, fantaisiste selon le narrateur, est aussitôt suivie de considérations sur des métamorphoses constatées dans le monde animal. Ainsi, des chairs en putréfaction de taureaux et de chevaux naissent abeilles et frelons, et d'un crabe mutilé enfoui sous le rivage naît un scorpion. De plus, les chenilles deviennent papillons, et des animaux nés informes ou incomplets, tels l'ourson, les grenouilles, les abeilles se transforment encore après leur naissance. Que dire du paon, de l'aigle, des colombes, et de tous les oiseaux, qui naissent d'un oeuf, et du serpent qui proviendrait de la moelle humaine ? (16, 356-390)

Outre ces êtres qui naissent d'un autre être, il y a des animaux aux caractéristiques fabuleuses : le phénix, le seul à naître de lui-même, l'hyène qui change de sexe, le caméléon qui change de couleurs, le lynx dont l'urine se pétrifie au contact de l'air, tout comme le corail. (15, 391-417)

Changements dans les villes et les États – Passage à Rome – Fin du discours de Pythagore (15, 418-478)

Ensuite s'interrompt cette longue énumération inspirée du règne animal. Ovide aborde les changements qui surviennent dans les nations et les villes. C'est notamment le cas des villes déchues de leur ancienne puissance, comme Troie, Sparte, Mycènes, Athènes, Thèbes. (15, 418-430)

Il existe aussi des puissances montantes, telle Rome, la nouvelle Troie, comme l'avait prophétisé Hélénus à Énée, lequel, lors de la chute de Troie, avait emporté les pénates de sa patrie pour les sauver dans une nouvelle Troie, c'est-à-dire à Rome, la ville destinée à devenir la capitale de l'univers, sous la conduite d'Auguste, un futur dieu. (15, 431-452)

En conclusion, Pythagore rappelle ses thèmes fondamentaux : le changement universel et la métempsychose, qui entraîne le végétarisme. Évitons de faire couler le sang d'un animal qui fut peut-être un de nos proches. Usons des animaux pour les services et les produits qu'ils nous offrent et bornons-nous à éliminer les animaux nuisibles, sans consommer leur chair. (15, 453-478)
 

Quelques légendes du Latium et d'Étrurie (15, 479-621)

Égérie et Hippolyte/Virbius : leurs métamorphoses (479-551)

Après sa formation « pythagoricenne » à Crotone, Numa devint roi des Latins belliqueux qu'il transforma en une nation religieuse et pacifique. Lorsqu'il meurt, pleuré de tous, son épouse Égérie se retire à Aricie, où elle entrave par ses plaintes le déroulement du culte de Diane. Mais elle est inconsolable, malgré les efforts de ses compagnes nymphes, et surtout du fils de Thésée, qui tente de la ramener à plus de mesure en lui proposant le récit de ses propres malheurs. (15, 479-496)

Hippolyte raconte à Égérie comment sa belle-mère, Phèdre, dépitée de voir ses avances repoussées, l'accuse auprès de Thésée d'avoir voulu abuser d'elle. Injustement condamné par Thésée, Hippolyte s'exile, mais en route vers Trézène, ses chevaux, affolés par un taureau prodigieux surgi soudainement de la mer, le précipitent sur un rocher, et le traînent sur le rivage où il meurt, dans des souffrances abominables. Ressuscité par Apollon, il est protégé par Diane/Cynthie/Artémis, la déesse qu'il a toujours vénérée. Celle-ci le métamorphose, vieillissant ses traits, changeant son nom en Virbius, et déplaçant en Italie son lieu de séjour. (15, 497-546)

Le récit d'Hippolyte/Virbius ne consola pas Égérie. Diane, apitoyée, la métamorphosa en une source intarissable. (15, 547-551)

Trois autres métamorphoses : Tagès – La javeline de Romulus – Cipus (15, 552-621)

D'autres prodiges étonnants se produisirent, comme l'apparition, sous les yeux d'un laboureur tyrrhénien, de Tagès, un homme qui provenait de la métamorphose d'une motte de terre et qui enseigna aux Étrusques l'art de prédire l'avenir, comme aussi la métamorphose en un arbre vivant, de la javeline de Romulus plantée sur le sol du Palatin. (15, 552-564)

Cipus était un homme de guerre, qui constata un jour qu'il portait des cornes de cerf sur la tête. Au retour d'une bataille victorieuse, il voulut connaître le sens de ce prodige. Ayant appris par un haruspice que ces cornes le désignaient comme roi des Latins, et étant invité à entrer dans la ville pour y être sacré roi, il refusa catégoriquement ce destin. (15, 565-589)

Après avoir dissimulé ses cornes sous une couronne de laurier, il déclara au peuple et au sénat qu'il fallait exiler ou tuer un homme au front armé de cornes qui risque de devenir roi à Rome. Puis il exhiba ses cornes. Le peuple lui laissa sa couronne et se résolut à l'exiler, tout en lui octroyant comme récompense un terrain à l'extérieur des murs de la ville. (15, 590-621)
 

Introduction du culte d'Esculape à Rome (15, 622-744)

Esculape métamorphosé en serpent quitte Épidaure (15, 622-694)

Les Romains décimés par la peste envoient une délégation à Delphes pour implorer l'aide d'Apollon, qui leur conseille de faire venir à Rome son fils Esculape. (15, 622-640)

Le sénat envoie alors une mission à Épidaure, qui, en se recommandant de l'oracle, demande à l'assemblée grecque de leur céder Esculape pour mettre fin à leurs maux. Pendant que les Grecs hésitent, l'envoyé romain voit en songe Esculape, qui lui promet de partir à Rome, sous forme d'un serpent, ne laissant sur place que sa statue. (15, 641-662)

Devant les notables qui ont demandé au dieu de manifester sa volonté, le dieu apparaît sous la forme d'un serpent, que son prêtre reconnaît solennellement comme étant le dieu Esculape et qu'il invoque pour tous ceux qui le vénèrent. Toute l'assistance approuve et imite le prêtre. Alors, le dieu métamorphosé, après avoir manifesté sa satisfaction, quitte son temple et rampe à travers la ville vers le port, recevant sur son passage les hommages de la foule. Il s'intalle sur le bateau des Romains. (15, 663-694)

Esculape installé à Rome sur l'île Tibérine (15, 695-744)

Les envoyés romains, après avoir offert un sacrifice, s'empressent d'appareiller avec le dieu à leur bord. Ils traversent la mer Ionienne, rejoignent le sud de l'Italie, franchissent le détroit de Messine et remontent par la mer Tyrrhénienne en longeant une série de lieux célèbres, légendaires ou historiques, pour aboutir à l'embouchure du Tibre. (15, 695-728)

Le navire amenant le dieu est accueilli par une foule très dense de personnalités et de gens du peuple. Tandis qu'il remonte le Tibre, des offrandes et des sacrifices accomplis sur les autels dressés le long des berges honorent le dieu-serpent qui quitte le bateau à hauteur de l'île Tibérine à Rome. Il s'y installe, après avoir repris sa forme divine et mis fin à la peste. (15, 729-744)
 

Deux nouveaux dieux à Rome : César et Auguste – Épilogue (15, 745-879)

Métamorphose en astre de César, dieu père d'un autre dieu, Octave/Auguste (15, 745-802)

Après Esculape, Rome voit apparaître d'autres dieux nouveaux, locaux cette fois. Il va être question de Jules César et de son fils adoptif, Auguste. Le plus grand titre de gloire de Jules César est d'être le père d'Auguste. Celui-ci, vu sa grandeur, ne peut être qu'un dieu, descendant d'un dieu. C'est parce qu'il est le père d'Auguste que César connaît l'apothéose. Vénus, pressentant l'apothéose de Jules César, mais aussi son assassinat, et se souvenant des épreuves qu'elle-même et son fils Énée ont subies, supplie tous les dieux d'assurer la sauvegarde de César, le dernier rejeton de sa race. (15, 745-778)

Mais les dieux compatissants ne peuvent s'opposer aux décrets des Parques et, malgré les phénomènes extraordinaires, sinistres présages, avertissant de l'imminence d'un danger, ils ne peuvent empêcher la mise en oeuvre du meurtre de César. (15, 779-802)

La destinée de Jules César et celle d'Auguste - Prière pour Auguste (15, 803-870)

Vénus tente de protéger César en le dissimulant dans un nuage puis, à l'invitation de Jupiter, elle consulte les tables de bronze conservées dans la demeure des Parques, sur lesquelles sont gravés les incontournables décrets du destin, et singulièrement ceux qui attendent sa descendance romaine : la divinisation de Jules César, vengé et remplacé par Auguste ; ce dernier, avec l'aide des dieux, mènera avec succès de nombreuses guerres, de Modène à Actium, deviendra le maître du monde, instaurera la paix universelle, et désignera Tibère comme son successeur, avant de mourir très âgé, et d'être divinisé à son tour. Enfin, Jupiter recommande à Vénus de veiller à la transformation en astre de Jules César. (15, 803-842)

Vénus s'empresse de transporter l'âme de Jules César vers le ciel, sous la forme d'une comète. Vénus et Auguste affirment la supériorité de César, mais la Renommée porte les mérites d'Auguste au premier rang, au même titre que certains fils, connus par la mythologie, qui ont surpassé leur père. (15, 843-860)

Enfin une invocation du poète supplie tous les dieux liés à la famille de César et d'Auguste d'accorder au prince une très longue vie, avant son apothéose. (15, 861-870)

Épilogue (15, 871-879)

Fierté et confiance du poète en son oeuvre, pour lui assurer un renom impérissable !


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