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Métamorphoses d'Ovide : Avant-Propos - Notices - Livre IX (Plan) - Hypertexte louvaniste - Iconographie ovidienne - Page précédente - Page suivante


OVIDE, MÉTAMORPHOSES, LIVRE IX

[Trad. et notes de A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2007]

 

 Un amour impossible qui finit bien : Iphis (9, 666-797)

 

Naissance et enfance d'Iphis - Intervention d' Isis (9, 666-713)

En Crète, la métamorphose d'Iphis fit oublier la triste histoire des amours de Byblis. Ligdus, un citoyen crétois honorable, mais pauvre, ordonna à sa femme Téléthusa de supprimer l'enfant qu'elle attendait si c'était une fille. Ce choix les chagrine tous les deux. (9, 666-681)

Insensible aux prières de sa femme, Ligdus, intraitable, justifie cette décision cruelle par leur pauvreté. Arrivée presqu'à terme, Téléthusa voit durant son sommeil lui apparaître Isis, qui la rassure et lui conseille de ne pas tenir compte de l'ordre de son mari. Quand elle eut donné naissance à une fille, Téléthusa s'arrangea pour la faire passer pour un garçon, que Ligdus nomma Iphis, un nom pouvant s'appliquer aux deux sexes. Et la supercherie dura des années. (9, 681-713)

 

Fama noui centum Cretaeas forsitan urbes

implesset monstri, si non miracula nuper

Iphide mutata Crete propiora tulisset.

Proxima Gnosiaco nam quondam Phaestia regno
 

Les cent villes de Crète auraient peut-être résonné du bruit

suscité par ce nouveau prodige, si récemment ne s'était produit

en Crète une merveille plus proche, la métamorphose d'Iphis.

Jadis donc sur la terre de
 Phaestos, toute proche de la royale Cnossos,
 

9, 670
 

progenuit tellus ignotum nomine Ligdum

ingenua de plebe uirum ; nec census in illo

nobilitate sua maior, sed uita fidesque

inculpata fuit ; grauidae qui coniugis aures

uocibus his monuit, cum iam prope partus adesset :
 

naquit un certain Ligdus, plébéien, de nom inconnu,

mais de condition libre ; sa fortune n'était pas plus grande

que sa notoriété, mais sa vie et sa droiture étaient irréprochables.


Lorsque son épouse enceinte était près de s' accoucher,

il lui glissa à l'oreille ces recommandations : « J'ai deux souhaits :
 

9, 675
 

« Quae uoueam, duo sunt ; minimo ut releuere dolore

utque marem parias ; onerosior altera sors est

et uires fortuna negat. Quod abominor, ergo

edita forte tuo fuerit si femina partu,

 – inuitus mando ; pietas, ignosce !– necetur. »
 

que ta délivrance se fasse avec un minimum de souffrance,

et que tu mettes au monde un garçon ; élever une fille est trop lourd

et la fortune m'en refuse les moyens. Aussi, ce qu'aux dieux ne plaise !,

si jamais tu accouchais d'une fille, – et je parle à contre-coeur,

pardonne-moi, amour paternel ! – qu'elle soit mise à mort. »
 

9, 680
 

Dixerat et lacrimis uultum lauere profusis

tam qui mandabat quam cui mandata dabantur.


Sed tamen usque suum uanis Telethusa maritum

sollicitat precibus, ne spem sibi ponat in arto.

Certa sua est Ligdo sententia. Iamque ferendo
 

Il finit de parler et tous deux, tant celui qui donnait cet ordre

que celle qui le recevait, avaient le visage baigné de larmes.


Cependant Téléthusa sans cesse sollicite son époux,

le prie en vain de ne pas réduire ainsi ses espoirs.

Ligdus reste fermement décidé. Et déjà la pauvre femme,
 

9, 685
 

uix erat illa grauem maturo pondere uentrem,

cum medio noctis spatio sub imagine somni

Inachis ante torum, pompa comitata sacrorum,

aut stetit aut uisa est ; inerant lunaria fronti

cornua cum spicis nitido flauentibus auro
 

arrivée à terme, portait avec peine son ventre alourdi,

quand, au milieu de la nuit, sous forme de songe, elle vit,

ou crut voir, se dresser devant son lit la fille d'Inachus,

escortée de son cortège sacré. Elle avait sur le front

un croissant de lune orné de blonds épis rutilants d'or
 

9, 690
 

et regale decus ; cum qua latrator Anubis

sanctaque Bubastis uariusque coloribus Apis

quique premit uocem digitoque silentia suadet ;

sistraque erant, numquamque satis quaesitus Osiris,

plenaque somniferis serpens peregrina uenenis.
 

et un insigne royal ; elle était accompagnée d'Anubis, l'aboyeur,

de la sainte Bubastis, d'Apis aux couleurs chamarrées,

et du dieu qui  réprime  la voix et du doigt impose le silence.

Il y avait aussi
des sistres, et Osiris, à la quête jamais aboutie,

et le serpent étranger, plein de poisons anesthésiants.
 

9, 695
 

Tum uelut excussam somno et manifesta uidentem

sic adfata dea est : « Pars o Telethusa mearum,

pone graues curas mandataque falle mariti.

Nec dubita, cum te partu Lucina leuarit,

tollere quicquid erit. Dea sum auxiliaris opemque
 

Alors, comme si elle la tirait de son sommeil et apparaissait vraiment,

la déesse lui parla ainsi : « Téléthusa, qui fais partie de mes fidèles,

oublie tes lourds soucis et désobéis à l'ordre de ton mari.

Quand Lucina t'aura délivrée, n'hésite pas à accueillir ton enfant,

quel que soit son sexe. Déesse secourable, j'apporte mon aide
 

9, 700
 

exorata fero ; nec te coluisse quereris

ingratum numen. » Monuit thalamoque recessit.


Laeta toro surgit purasque ad sidera supplex

Cressa manus tollens, rata sint sua uisa, precatur.

Vt dolor increuit, seque ipsum pondus in auras
 

quand on m'a implorée ; et tu ne regretteras pas d'avoir honoré

une déesse ingrate. » Elle délivra son message et quitta la chambre.


Heureuse, la Crétoise se lève de son lit et, en suppliante, elle prie,

ses mains pures tendues vers les astres, pour que ses visions se réalisent.

Dès que s'intensifièrent ses douleurs, que le fardeau de lui-même
 

9, 705
 

expulit et nata est ignaro femina patre,

iussit ali mater puerum mentita ; fidemque

res habuit neque erat ficti nisi conscia nutrix.

Vota pater soluit nomenque inponit auitum ;

Iphis auus fuerat. Gauisa est nomine mater,
 

s'expulsa au grand jour, et que naquit une fillette, à l'insu de son père,

la mère, dissimulant la vérité, ordonna que l'on nourrisse son fils.

On la crut et nul, hormis la nourrice, n'eut conscience du mensonge.

Le père s'acquitta de ses voeux et donna à l'enfant le nom de son aïeul ;

le grand-père s'appelait Iphis. La mère se réjouit du choix de ce nom,
 

9, 710
 

quod commune foret, nec quemquam falleret illo.

Indecepta pia mendacia fraude latebant.

Cultus erat pueri ; facies, quam siue puellae,

siue dares puero, fuerat formosus uterque.
 

parce qu'il était commun aux deux sexes, et qu'ainsi elle ne trompait personne.

Le mensonge qu'elle avait lancé restait caché, grâce à un pieux artifice :

l'enfant portait des vêtements de garçon ; son visage était beau,

de toute façon, qu'on le prît pour celui d'une fille ou d'un garçon.
 

Fiançailles d'Iphis (9, 714-763)

À l'âge de 13 ans, Iphis se vit fiancé à la plus jolie de ses compagnes d'enfance, Ianthé. Tous deux éprouvent immédiatement une véritable passion mutuelle. Ianthé attend dans la joie et la sérénité le moment de leur union, tandis qu'Iphis, ayant conscience de se trouver dans une impasse, vit dans le désespoir. (9, 714-725)

Dans un monologue intérieur, Iphis prend conscience du caractère contre-nature de sa passion et se désespère, se trouvant plus à plaindre encore que la crétoise Pasiphaé ; en effet, victime elle aussi d'une passion interdite, celle-ci put l'assouvir grâce à un stratagème imaginé par Dédale. N'attendant rien de personne, Iphis fait alors appel à sa raison, mais sans grande conviction, et son désespoir résigné grandit en même temps que son désir, à l'approche du jour des noces. (9, 726-763)

  Tertius interea decimo successerat annus,
 
Cependant, trois ans après ton dixième anniversaire,
 
9, 715
 

cum pater, Iphi, tibi flauam despondet Ianthen,

inter Phaestiadas quae laudatissima formae

dote fuit uirgo, Dictaeo nata Teleste.

Par aetas, par forma fuit, primasque magistris

accepere artes, elementa aetatis, ab isdem.
 

ton père, Iphis, te fiança à la blonde Ianthé,

qui, parmi les filles de Phaestos, était la plus célébrée

pour sa beauté, et dont le père était Télestès du Dicté.

Les deux avaient le même âge, la même beauté, et avaient appris

des mêmes maîtres les rudiments des arts propres à leur âge.
 

9, 720
 

Hinc amor ambarum tetigit rude pectus et aequum

uulnus utrique dedit, sed erat fiducia dispar ;

coniugium pactaeque exspectat tempora taedae,

quemque uirum putat esse, uirum fore credit Ianthe ;

Iphis amat, qua posse frui desperat et auget
 

Dès ce moment, l'amour toucha leurs deux coeurs naïfs :

leurs deux blessures étaient égales, mais leur attente différente.

Ianthé attend le mariage et la date convenue des torches nuptiales ;

elle pense que celui qu'elle prend pour un homme deviendra son époux.

Iphis aime mais désespère de pouvoir jouir de son amour ; et
 

9, 725
 

hoc ipsum flammas ardetque in uirgine uirgo.


Vixque tenens lacrimas : « Quis me manet exitus » inquit

« cognita quam nulli, quam prodigiosa nouaeque

cura tenet Veneris ? Si di mihi parcere uellent,

parcere debuerant ; si non, et perdere uellent,
 

(ce qui avive encore sa flamme) étant fille, elle se consume pour une fille.


Retenant ses larmes à grand peine, elle se dit : « Quelle fin m'attend ?

moi qu'une Vénus nouvelle, inconnue de tous, monstrueuse,

tourmente et possède ? Si les dieux voulaient m'épargner,

ils auraient dû m'épargner ; sinon, s'ils voulaient me perdre,
 

9, 730
 

naturale malum saltem et de more dedissent.

Nec uaccam uaccae, nec equas amor urit equarum ;

urit oues aries, sequitur sua femina ceruum.

Sic et aues coeunt interque animalia cuncta

femina femineo correpta cupidine nulla est.
 

ils auraient pu au moins me réserver un mal naturel, courant.

Une vache ne s'éprend pas d'une vache, ni une cavale d'une cavale ;

le bélier brûle pour les brebis, le cerf est suivi par sa femelle.

Les oiseaux aussi s'unissent ainsi et dans l'ensemble des vivants

jamais une femelle n'est prise de désir pour une femelle.
 

9, 735
 

Vellem nulla forem ! Ne non tamen omnia Crete

monstra ferat, taurum dilexit filia Solis,

femina nempe marem. Meus est furiosior illo,

si uerum profitemur, amor. Tamen illa secuta est

spem Veneris, tamen illa dolis et imagine uaccae
 

Je voudrais ne pas exister ! Il fallait peut-être que la Crète porte

tous les monstres, admettons : la fille du Soleil a aimé un taureau,

mais ils étaient femelle et mâle. Mon amour est plus furieux

que celui-là, à vrai dire. Toutefois, cette femme a réalisé l'espoir

que lui inspirait Vénus ; un stratagème et la forme d'une vache
 

9, 740
 

passa bouem est et erat, qui deciperetur, adulter.

Huc licet ex toto sollertia confluat orbe,

ipse licet reuolet ceratis Daedalus alis,

quid faciet ? Num me puerum de uirgine doctis

artibus efficiet ? Num te mutabit, Ianthe ?
 

la firent s'unir au taureau, et celui qu'elle abusait était son amant.

Même si l'ingéniosité du monde entier affluait ici,

même si Dédale en personne revenait avec ses ailes de cire,

que pourra-t-il faire ? Fera-t-il de la fille que je suis un garçon

avec ses artifices savants ? Pourra-t-il te transformer, toi, Ianthé ?
 

9, 745
 

Quin animum firmas teque ipsa recolligis, Iphi,

consiliique inopes et stultos excutis ignes ?

Quid sis nata, uide, nisi te quoque decipis ipsam,

et pete quod fas est, et ama quod femina debes !

Spes est quae capiat, spes est quae pascat amorem ;
 

Pourquoi ne pas retrouver ta fermeté d'âme et te reprendre, Iphis,

pourquoi ne pas rejeter cette passion inepte, dépourvue de sens ?

Vois ce que tu étais en naissant, à moins de te mentir aussi à toi-même,

aspire à ce qui est permis et aime ce que, femme, tu dois aimer !

C'est l'espoir qui suscite l'amour, c'est l'espoir qui le nourrit ;
 

9, 750
 

hanc tibi res adimit. Non te custodia caro

arcet ab amplexu, nec cauti cura mariti,

non patris asperitas, non se negat ipsa roganti,

nec tamen est potiunda tibi ; nec, ut omnia fiant,

esse potes felix, ut dique hominesque laborent.
 

les circonstances te l'interdisent. Ce qui t'écarte de l'étreinte désirée,

ce n'est ni un gardien, ni un mari inquiet et défiant, ni non plus

la dureté d'un père ; ta bien-aimée même ne rejette pas ta prière,

et pourtant tu ne peux la faire tienne ; et on pourrait tout tenter,

dieux et hommes s'y emploieraient, tu ne peux être heureuse.
 

9, 755
 

Nunc quoque uotorum nulla est pars una meorum,

dique mihi faciles, quicquid ualuere, dederunt ;

quodque ego, uult genitor, uult ipsa, socerque futurus.

At non uult natura, potentior omnibus istis,

quae mihi sola nocet. Venit ecce optabile tempus
 

Ici encore, une seule partie de mes voeux n'est pas accomplie,

et les dieux, bienveillants pour moi, m'ont donné ce qu'ils ont pu ;

ce que je veux, mon père, Ianthé et mon futur beau-père aussi le veulent.

Mais c'est la nature, plus puissante que nous tous, qui ne le veut pas,

elle, la seule à faire mon malheur. Voici venir le moment tant désiré,
 

9, 760
 

luxque iugalis adest et iam mea fiet Ianthe,

nec mihi continget ; mediis sitiemus in undis.

Pronuba quid Iuno, quid ad haec, Hymenaee, uenitis

sacra, quibus qui ducat abest, ubi nubimus ambae ? »
 

c'est le jour de notre union et bientôt Ianthé sera mienne ;

mais elle ne me rejoindra pas : nous aurons soif au milieu des flots.

Junon Pronuba, Hyménée, pourquoi assistez-vous à cette cérémonie

d'où l'époux est absent, où nous sommes deux épousées ? »
 

Heureux dénouement : métamorphose d'Iphis en homme (9, 764-797)

Téléthusa, ne pouvant plus différer le jour fatidique des noces, et se souvenant de l'apparition d'Isis, se rend avec sa fille à son temple, implore la pitié et la protection de la déesse, à qui Iphis doit d'être en vie, contrairement à la volonté de son père. Suite à cette prière, Isis sembla manifester ce que Téléthusa prit comme un présage favorable. (9, 764-784)

Rassurée, elle quitta le temple, suivie de sa fille, qui peu à peu se sent métamorphosée en homme. La liesse et les offrandes à la déesse peuvent se donner libre cours et le lendemain, Iphis, devenu vraiment un homme, peut épouser Ianthé, sa bien-aimée. (9, 785-797)

  Pressit ab his uocem ; nec lenius altera uirgo
 
Après ces paroles, Iphis se tut. Ianthé, l'autre jeune fille,
 
9, 765
 

aestuat utque celer uenias, Hymenaee, precatur.

Quod petit haec, Telethusa timens modo tempora differt,

nunc ficto languore moram trahit, omina saepe

uisaque causatur ; sed iam consumpserat omnem

materiam ficti dilataque tempora taedae
 

n'est pas moins impatiente et te prie, Hyménée, d'accélérer ta venue.

Ce qu'elle demande, Téléthusa le redoute, et tantôt, reportant la date,

tantôt, feignant une faiblesse, elle fait traîner les choses,

prétextant maints songes et présages. Mais déjà elle avait épuisé

les ressources de son imagination ; le moment fixé pour les noces,
 

9, 770
 

institerant unusque dies restabat ; at illa

crinalem capiti uittam nataeque sibique

detrahit, et passis aram complexa capillis :

« Isi, Paraetonium Mareoticaque arua Pharonque

quae colis et septem digestum in cornua Nilum,
 

souvent reporté, était imminent et il ne restait plus qu'un jour. Alors

Téléthusa arrache la bandelette qui orne leur tête, à elle et à sa fille ;

cheveux épars, elle entoura de ses bras l'autel, en disant :

« Isis, protectrice de Parétonium et des champs de la Maréotide

et de Pharos, et du Nil qui se répartit en sept bras, je t'en supplie,
 

9, 775
 

fer, precor, » inquit « opem, nostroque medere timori !

Te, dea, te quondam tuaque haec insignia uidi

cunctaque cognoui, sonitum comitesque facesque...

sistrorum, memorique animo tua iussa notaui.

Quod uidet haec lucem, quod non ego punior, ecce
 

accorde-nous ton aide, et guéris-nous de notre crainte !

C'est toi, déesse, que j'ai vue un jour, toi et tes insignes propres,

j'ai tout reconnu, le bruit, tes compagnons, tes torches...

(le son) de tes sistres, et j'ai gravé tes ordres dans ma mémoire.

Si Iphis voit la lumière du jour, si moi je ne subis aucun châtiment,
 

9, 780
 

consilium munusque tuum est. Miserere duarum,

auxilioque iuua ! » Lacrimae sunt uerba secutae.

Visa dea est mouisse suas (et mouerat) aras

et templi tremuere fores imitataque lunam

cornua fulserunt crepuitque sonabile sistrum.

 

c'est par ton conseil et ton bienfait. Prends-nous toutes deux en pitié,

apporte-nous ton aide ! » Des larmes suivirent cette prière. La déesse

sembla avoir fait bouger (et elle les avait faits bouger) ses autels,

les portes de son temple tremblèrent, ses cornes en forme de lune

se mirent à briller, et l'on entendit retentir son sistre sonore.

 

9, 785
 

Non secura quidem, fausto tamen omine laeta

mater abit templo ; sequitur comes Iphis euntem,

quam solita est, maiore gradu ; nec candor in ore

permanet et uires augentur et acrior ipse est

uultus et incomptis breuior mensura capillis ;
 

Non rassurée il est vrai, mais heureuse d'un présage favorable,

la mère d'Iphis quitta le temple. Iphis l'accompagne,

la suivant avec des pas plus grands que d'habitude.

Son teint perd
sa blancheur et ses forces s'accroissent,

son visage se durcit et ses cheveux sans apprêt sont moins longs ;
 

9, 790
 

plusque uigoris adest, habuit quam femina. Nam quae

femina nuper eras, puer es ! Date munera templis,

nec timida gaudete fide ! Dant munera templis,

addunt et titulum ; titulus breue carmen habebat :

« Dona puer soluit quae femina uouerat Iphis ».
 

sa force est plus grande que quand elle était femme. En effet,

toi naguère fille, tu es un garçon ! Faites des offrandes aux temples

et réjouissez-vous en confiance ! On apporte des offrandes aux temples,

ajoutant aussi une inscription. L'inscription tenait en un bref poème :

« Iphis, devenu
garçon, s'est acquitté du voeu que, femme, il avait fait  ».
 

9, 795
 

Postera lux radiis latum patefecerat orbem,

cum Venus et Iuno sociusque Hymenaeus ad ignes

conueniunt, potiturque sua puer Iphis Ianthe.
 

Le jour suivant avait couvert de ses rayons l'étendue de l'univers,

lorsque convergent près des torches Vénus, Junon et Hyménée,

leur associé, et que le jeune Iphis épouse sa chère Ianthé.
 

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NOTES

nouveau prodige (9, 667). Le récit précédent s'achevait (9, 659-666) par la métamorphose en fontaine de la malheureuse Byblis.

Crète (9, 668). Les trois vers servent de transition. Le récit précédent (9, 443-665) se passait en Asie mineure mais était lié d'une certaine façon à la Crète, pays d'origine de Milétos, père de Byblis et de Caunus. Le lecteur se voit donc ramené un peu artificiellement en Crète, l'île aux cent villes ou aux cent peuples (7, 481).

Iphis (9, 668). La légende d'Iphis métamorphosée en garçon, que va rapporter Ovide en détail, rappelle, avec certaines différences, celle de Leucippos (Antoninus Liberalis, Métamorphoses, 17). « La scène se situe aussi à Phaistos, mais le héros porte le nom de Leucippe et doit sa métamorphose de fille en garçon à l'intervention de Léto, et non d'Isis. Nicandre [la source d'Antoninus Liberalis] rappelait à ce propos les noms de tous ceux à qui même faveur était échue, parmi lesquels le devin Tirésias et le Lapithe Caineus, desquels parle aussi Ovide aux livres 3, 324 et 12, 172 » (J. Chamonard).

Phaestos... Cnossos (9, 669). Deux villes de Crète, situées respectivement près de la côte Sud et de la côte Nord de l'île, et où ont été découverts d'importants vestiges de palais d'époque minoenne.

plébéien  (9, 670). Anachronisme d'Ovide qui transporte en Crète les classifications sociales romaines.

mise à mort (9, 679). La coutume d'exposer des nouveau-nés, sous divers prétextes, surtout lorsqu'il s'agissait de filles, était très courante dans l'Antiquité. Elle nous paraît difficilement supportable, mais elle ne l'était pas aux yeux d'Ovide, puisque il nous dit que Ligdus passait pour avoir une conduite irréprochable et nous le décrit d'ailleurs comme très affecté par la chose.

fille d'Inachus (9, 687). C'est Io, la fille du fleuve Inachus, que Jupiter avait transformée en génisse pour la soustraire à Junon (1, 568-667). Jupiter lui ayant rendu sa forme première, elle parcourut l'Égypte, où elle fut assimilée à Isis, déesse égyptienne, honorée dans les temples (1, 724-749). Ovide la présente avec ses attributs caractéristiques, le disque lunaire entre deux cornes (ce qui explique en partie son assimilation avec Io), des épis, et l'insigne royal égyptien, « l'uraeus, c'est-à-dire le cobra lové, formant diadème, réservé aux divinités et aux rois » (J. Chamonard). Dans la mythologie égyptienne, Isis est l'épouse d'Osiris, et la mère de Horus, dieu du soleil. Sans appartenir vraiment aux mythologies grecque et romaine, Isis fut identifiée à Io ainsi qu'à Déméter, et à Sélénè. Son culte et ses mythes se répandirent largement dans le monde greco-romain dès le 3ème siècle a.C., et surtout à l'époque impériale.

Anubis (9, 690). Dans l'escorte d'Isis, Ovide a convoqué divers dieux égyptiens, nouvelle occasion pour lui de faire étalage d'érudition. Le premier cité est Anubis, un des dieux égyptiens de la mort, représenté avec une tête de chien ou de chacal. Virgile, Én., 8, 698, parle aussi de ses aboiements.

Bubastis (9, 691). Bubastis est une ville de Basse-Égypte, où était vénérée Bast, déesse à tête de chatte, appelée aussi Bubastis et qui représentait la chaleur fécondante du soleil.

Apis (9, 691). Apis était une autre divinité égyptienne représentée comme un taureau (cfr la description d'Hérodote, 3, 28, 3).

dieu qui réprime (9, 692). C'est Horus-Harpocrate, fils d'Isis et Osiris, représenté comme un enfant portant son index droit à la bouche, comme pour inviter au silence.

sistres (9, 693). Sortes de crécelles dont se servaient les Égyptiens dans les cérémonies du culte d'Isis.

Osiris (9, 693). Osiris, époux d'Isis et roi d'Égypte, avait été mis a mort par son frère Seth-Typhon, le dieu de l'ombre, qui l'avait dépecé et avait dispersé ses membres. Isis avait longtemps recherché la dépouille de son époux, avait recomposé ses membres dispersés et l'avait ressuscité. Cette quête d'Isis était commémorée dans des cérémonies annuelles en Égypte.

serpent étranger (9, 694). Isis, et d'autres dieux guérisseurs, tel Esculape, ont un serpent pour attribut. Le « serpent étranger » évoqué ici pourrait être l'aspic.

Lucina (9, 698). Déesse présidant aux accouchements, assimilée à Rome tantôt à Junon, tantôt à Diane ou Hécate (5, 304 ; 9, 294, et aussi Fast., 2, 449-452).

Ianthé (9, 715). Ce personnage de Ianthé ne semble pas cité par ailleurs.

Télestès du Dicté (9, 717). Père de Ianthé, qui, pas plus que sa fille, ne semble cité ailleurs. Dicté est le nom d'une montagne de Crète.

Vénus nouvelle (9, 727). Ici Vénus est synonyme de passion amoureuse. On peut s'étonner de l'épithète « nouvelle », un amour homosexuel n'étant tout de même une chose inconnue pour Ovide ! Mais il est vrai qu'il fait parler une enfant sans grande expérience.

fille du Soleil... (9, 736-740). Ce passage évoque la légende de Pasiphaé, la fille du Soleil, l'épouse de Minos, roi de Crète ; elle s'était éprise du taureau magnifique que Poséidon avait fait surgir des flots à la demande de Minos. Pasiphaé s'unit à ce taureau grâce à un stratagème imaginé par Dédale, qui avait fabriqué en bois un simulacre de génisse, dans lequel la reine avait pris place, abusant ainsi le taureau. C'est de cette union que naquit le Minotaure. Voir 8, 132-133 et aussi Virg., Én., 6, 14-30, et surtout la note à 6, 24-26 ; Ovide, Fast., 3, 499.

Dédale (9, 742). Le héros ingénieux par excellence (voir 8, 152-259) ne peut rien pour la pauvre Iphis.

Junon Pronuba... Hyménée (9, 762). Junon, qualifiée de Pronuba, passait à Rome pour la déesse présidant aux mariages. Et Hyménée, dieu du mariage chez les Grecs, était invoqué lors des cortèges nuptiaux. Voir 6, 428-429 ; 10, 2, ainsi que Fast., 2, 561.

bandelette (9, 771). L'usage était, dans les opérations magiques, de se dégager de tout lien (cfr Virg., Én., 4, 518). Le commentaire de Servius à ce passage de Virgile semble même élargir la règle à toutes les cérémonies religieuses (in sacris nihil solet esse religatum).

Parétonium ... Maréotide... Pharos (9, 773-774). Trois termes géographiques situés en (ou à proximité d') Égypte. Parétonium est un port de la Marmarique, à environ 300 km à l'ouest d'Alexandrie ; la Maréotide, région d'Égypte (aujourd'hui Mariut), se trouve au sud d'Alexandrie ; Pharos, l'île en face d'Alexandrie, est célèbre par son phare.

Nil (9, 774). Le Nil est généralement présenté comme ayant sept bras. Cfr 2, 255.

insignes (7, 776). Rappel de l'apparition d'Isis à Téléthusa (9, 686-694).

compagnons, etc... (9, 777). Le texte est lacunaire ; nous suivons celui de l'édition G. Lafaye.


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Bibliotheca Classica Selecta - UCL (FLTR)