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Métamorphoses d'Ovide : Avant-Propos - Notices - Livre XIII (Plan) - Hypertexte louvaniste - Iconographie ovidienne - Page précédente - Page suivante


OVIDE, MÉTAMORPHOSES, LIVRE XIII

[Trad. et notes de A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2008]

 

Quelques victimes d'Achille : Hécube - Memnon (13, 399-622)

 

Hécube : introduction (13, 399-428)

Ayant triomphé d'Ajax, Ulysse se rendit à Lemnos pour convaincre Philoctète de rejoindre l'armée grecque, puisque le malheureux détenait les armes qui devaient permettre la ruine de Troie et la mort de Priam. Les femmes troyennes ne furent pas épargnées : Hécube, qui sera bientôt métamorphosée en chienne, la prêtresse Cassandre et d'autres femmes, arrachées des temples en flammes et emmenées en esclavage, Astyanax précipité du haut des remparts. Hécube, arrachée aux tombeaux de ses enfants, est emmenée de force par Ulysse, emportant avec elle les cendres d'Hector. (13, 399-428)

  Victor ad Hypsipyles patriam clarique Thoantis
 
Vainqueur, Ulysse gagne la patrie d'Hypsipylé et de l'illustre Thoas,
 

13, 400

et ueterum terras infames caede uirorum

uela dat, ut referat Tirynthia tela, sagittas.

Quae postquam ad Graios, domino comitante, reuexit,

imposita est sero tandem manus ultima bello.

Troia simul Priamusque cadunt. Priameia coniunx
 

ces terres mal famées depuis l'antique massacre des époux infidèles.

Il déploie ses voiles pour y quérir les armes, les flèches du Tirynthien.

Une fois celles-ci ramenées avec leur maître au camp des Grecs,

on mit enfin la toute dernière main à l'interminable guerre.

Troie tombe, et Priam tombe avec elle. L'épouse de Priam,

 

13, 405

perdidit infelix hominis post omnia formam

externasque nouo latratu terruit auras,

longus in angustum qua clauditur Hellespontus.

Ilion ardebat neque adhuc consederat ignis

exiguumque senis Priami Iouis ara cruorem
 

la malheureuse, perdit, après tout le reste, sa forme humaine,

et de ses aboiements d'un genre nouveau, elle terrifia les airs

des cieux étrangers, dans le long détroit qui enferme l'Hellespont.

Ilion brûlait et les feux ne s'étaient pas encore éteints ;

l'autel de Jupiter était imbibé du sang affaibli du vieux Priam ;
 

13, 410

combiberat ; tractata comis antistita Phoebi

non profecturas tendebat ad aethera palmas.

Dardanidas matres patriorum signa deorum,

dum licet, amplexas succensaque templa tenentes

inuidiosa trahunt uictores praemia Grai.
 

traînée par les cheveux, la prêtresse de Phébus tendait

vers le ciel des mains qui n'allaient pas obtenir satisfaction.

Les mères dardaniennes, tant qu'elles le peuvent encore,

étreignent les statues de leurs dieux et occupent les temples en feu ;

les Grecs victorieux entraînent avec eux ces proies enviées.
 

13, 415

Mittitur Astyanax illis de turribus, unde

pugnantem pro se proauitaque regna tuentem

saepe uidere patrem monstratum a matre solebat.

Iamque uiam suadet Boreas, flatuque secundo

carbasa mota sonant, iubet uti nauita uentis.
 

Astyanax est jeté en bas des tours d'où il avait l'habitude de voir,

sur les indications de sa mère, son père qui, en combattant,

le protégeait, lui ainsi que le royaume de ses ancêtres.

Et déjà Borée pousse au départ, les voiles s'agitent et claquent

sous une brise favorable, le pilote ordonne de profiter des vents.
 

13, 420

« Troia, uale ! rapimur » clamant ; dant oscula terrae

Troades et patriae fumantia tecta relinquunt.


Vltima conscendit classem, miserabile uisu,

in mediis Hecube natorum inuenta sepulcris ;

prensantem tumulos atque ossibus oscula dantem
 

« Adieu, Troie ! on nous enlève » crient-elles ; elles baisent la terre,

les pauvres Troyennes et abandonnent les toits fumants de leur patrie.


La toute dernière à embarquer, – douloureux spectacle –

c'est Hécube, qu'on a trouvée parmi les tombes de ses enfants,

agrippée à leurs tertres et donnant des baisers à leurs ossements.

 

13, 425

Dulichiae traxere manus ; tamen unius hausit

inque sinu cineres secum tulit Hectoris haustos ;

Hectoris in tumulo canum de uertice crinem,

inferias inopes, crinem lacrimasque reliquit.
 

Des mains dulichiennes l'entraînèrent ; pourtant elle vida la tombe

d'un seul de ses fils, et emporta sur son sein les cendres d'Hector.

Sur le tombeau d'Hector, elle laissa un cheveu blanc de sa tête,

modeste offrande funèbre : un cheveu et ses larmes.
 

Mort de deux enfants d'Hécube : Polydore et Polyxène (13, 429-480)

Priam avait confié au roi de Thrace Polymestor l'éducation de son fils Polydore, lequel était dépositaire d'un important trésor. Mais Polymestor, poussé par la cupidité, précipita dans la mer le jeune Troyen dont il avait la charge. (13, 429-438)

Agamemnon, sur le chemin du retour après la chute de Troie, avait arrêté sa flotte en Thrace, où l'ombre d'Achille était apparue aux Grecs, exigeant pour ses Mânes le sacrifice de Polyxène. Les proches d'Achille obéirent à cette requête. (13, 439-452)

Polyxène, amenée près de l'autel du sacrifice, tint à ses bourreaux un discours plein de noblesse, disant qu'elle accueillait avec joie une mort qui lui éviterait l'esclavage, mais, s'apitoyant sur sa mère, elle demanda comme faveur que son cadavre après sa mort soit rendu à sa mère. Ce discours émouvant n'empêcha pas l'immolation de la malheureuse, qui fit preuve jusqu'au bout d'une dignité exemplaire. (13, 453-480)

Est, ubi Troia fuit, Phrygiae contraria tellus
 
À l'endroit où s'éleva Troie, face à la Phrygie, il existe une terre
 

13, 430

Bistoniis habitata uiris ; Polymestoris illic

regia diues erat, cui te commisit alendum

clam, Polydore, pater Phrygiisque remouit ab armis,

consilium sapiens, sceleris nisi praemia magnas

adiecisset opes, animi irritamen auari.
 

habitée par les Bistoniens : on y trouvait le riche palais de Polymestor.

Ton père lui avait confié secrètement ton éducation,

Polydore, et t'avait tenu à l'écart de la pratique des armes ;

sage décision, s'il n'y avait ajouté des richesses considérables,

devenues le prix d'un crime, un puissant stimulant pour un esprit cupide.
 

13, 435

Vt cecidit fortuna Phrygum, capit impius ensem

rex Thracum iuguloque sui demisit alumni ;

et, tamquam tolli cum corpore crimina possent,

exanimem scopulo subiectas misit in undas.


Litore Threicio classem religarat Atrides,
 

Dès que se mit à somber la bonne étoile des Phrygiens,

l'impie roi des Thraces saisit son épée et trancha la gorge de son pupille.

Et, comme si sa faute pouvait disparaître avec le cadavre,

il expédia le corps sans vie dans les flots que surplombait un rocher.


Le fils d'Atrée avait amarré sa flotte près du rivage de Thrace,

13, 440

dum mare pacatum, dum uentus amicior esset.

Hic subito, quantus cum uiueret esse solebat,

exit humo late rupta similisque minanti

temporis illius uultum referebat Achilles,

quo ferus iniusto petiit Agamemnona ferro :
 

dans l'attente d'une mer calme et d'un vent plus favorable.

Tout à coup, surgi d'une large crevasse déchirant la terre,

avec la taille qu'il avait de son vivant et un air menaçant,

arborant le visage du jour fameux où dans sa fureur, il brandit son arme

 et s'en prit injustement à Agamemnon, Achille sortit et dit :
 

13, 445

« Immemores » que « mei disceditis, » inquit « Achiui,

obrutaque est mecum uirtutis gratia nostrae ?

Ne facite ; utque meum non sit sine honore sepulcrum,

placet Achilleos mactata Polyxena manes ! »

Dixit, et inmiti sociis parentibus umbrae
 

« Achéens, vous éloignez-vous sans vous souvenir de moi,

et la reconnaissance de ma valeur a-t-elle été ensevelie avec moi ?

N'agissez pas ainsi ; ne laissez pas mon sépulcre sans honneur :

que l'immolation de Polyxène apaise les Mânes d'Achille ! »

Il dit et, obéissant à l'ombre cruelle, les alliés arrachèrent l'enfant
 

13, 450

rapta sinu matris, quam iam prope sola fouebat,

fortis et infelix et plus quam femina uirgo

ducitur ad tumulum diroque fit hostia busto.


Quae memor ipsa sui, postquam crudelibus aris

admota est sensitque sibi fera sacra parari
 

aux bras de sa mère, le seul être presque qui la chérissait désormais,

vierge courageuse et infortunée, plus forte qu'une femme normale.

Ils la menèrent près du tombeau, victime destinée au terrible bûcher.


Et quand, amenée près de l'autel cruel, se souvenant de sa naissance,

elle eut compris le sauvage sacrifice qui se préparait pour elle,
 

13, 455

utque Neoptolemum stantem ferrumque tenentem

utque suo uidit figentem lumina uultu :

« Vtere iamdudum generoso sanguine, » dixit

« nulla mora est ; aut tu iugulo uel pectore telum

conde meo ; » iugulumque simul pectusque retexit.
 

dès qu'elle aperçut Néoptolème debout, l'arme à la main,

qui fixait ses regards sur son visage, elle lui dit :

« Répands tout de suite un sang noble ; il ne faut pas attendre ;

enfonce donc ta pique dans ma nuque ou dans mon coeur »,

et dénudant en même temps
son cou et sa gorge, elle ajoute :
 

13, 460

« Scilicet haud ulli seruire Polyxena uellem.

Haud per tale sacrum numen placabitis ullum.

Mors tantum uellem matrem mea fallere posset ;

mater obest minuitque necis mihi gaudia, quamuis

non mea mors illi, uerum sua uita gemenda est.
 

« Jamais, c'est sûr, moi, Polyxène, je n'aurais accepté de vivre esclave.

Et vous n'apaiserez aucune divinité avec un sacrifice comme celui-ci.

Mon seul voeu serait que ma mère puisse ignorer ma mort ;

ma mère entrave et diminue la joie que j'ai à mourir, et pourtant,

ce qu'elle doit déplorer, ce n'est pas ma mort, mais sa propre vie.

 

13, 465

Vos modo, ne Stygios adeam non libera manes,

este procul, si iusta peto, tactuque uiriles

uirgineo remouete manus ; acceptior illi,

quisquis is est, quem caede mea placare paratis,

liber erit sanguis. Siquos tamen ultima nostri
 

Vous au moins, laissez-moi rejoindre en être libre les Mânes du Styx,

et, si ma requête est juste, écartez-vous, écartez vos mains d'homme,

qu'elles ne touchent pas une vierge. Celui que vous cherchez à apaiser

par mon sacrifice, agréera mieux, qui qu'il soit, le sang d'un être libre.

Mais si les ultimes paroles de ma bouche touchent certains d'entre vous,
 

13, 470

uerba mouent oris (Priami uos filia regis,

non captiua rogat), genetrici corpus inemptum

reddite ; neue auro redimat ius triste sepulcri,

sed lacrimis. Tunc, cum poterat, redimebat et auro. »

Dixerat ; at populus lacrimas, quas illa tenebat,
 

(c'est la fille du roi Priam qui vous prie, et non une captive),

rendez à ma mère mon corps, sans qu'elle ait à le racheter ;

que le triste droit de me donner une sépulture, elle l'obtienne non par l'or,

mais par ses larmes. Quand elle le pouvait, elle aussi payait avec de l'or. »


Elle avait fini de parler. L'assistance ne contient pas les larmes

 

13, 475

non tenet ; ipse etiam flens inuitusque sacerdos

praebita coniecto rupit praecordia ferro.

Illa, super terram defecto poplite labens,

pertulit intrepidos ad fata nouissima uultus.

Tunc quoque cura fuit partes uelare tegendas,
 

qu'elle-même parvenait à contenir ; et c'est en pleurant, à contre-coeur

que le prêtre abattit sa lame et brisa la poitrine qui s'offrait.

Polyxène, qui glissa par terre en sentant ses genoux se dérober,

montra un visage intrépide face à ses ultimes instants.

Au moment de sa chute encore, ce qu'elle devait cacher de son corps,
 

13, 480

cum caderet, castique decus seruare pudoris.
 

elle se soucia de le voiler et de sauvegarder son honneur de fille pudique.
 

Douleur d'Hécube (13, 481-532)

Les captives Troyennes pleurent la mort de Polyxène et celles des nombreux princes Troyens, victimes de la guerre. Elles s'apitoient surtout sur Hécube, dont un discours poignant rappelle que Polyxène, victime d'Achille elle aussi, était l'ultime consolation de ses vieux jours. Hécube évoque de façon pathétique sa puissance passée, les malheurs accablants qui ont frappé sa famille, et l'avenir d'esclave qui lui est résevé à Ithaque. (13, 481-513)

Véritablement désespérée, elle envie la mort de son époux Priam. Seule la pensée de son dernier fils Polydore l'accroche encore un peu à la vie, et elle décide alors de cesser ses gémissements et de procéder concrètement aux funérailles de sa fille. (13, 514-532)

 

Troades excipiunt deploratosque recensent

Priamidas et quid dederit domus una cruoris ;

teque gemunt, uirgo, teque, o modo regia coniunx,

regia dicta parens, Asiae florentis imago,
 

Les Troyennes la recueillent ; elles comptent les enfants de Priam

qu'elles ont pleurés et tout le sang que versa une seule maison.

Elles te pleurent, ô jeune fille, et toi aussi qui naguère étais épouse de roi,

qui portais le titre de mère de rois, emblème de la florissante Asie.
 

13, 485

nunc etiam praedae mala sors, quam uictor Vlixes

esse suam nollet, nisi quod tamen Hectora partu

ediderat : dominum matri uix repperit Hector.

Quae corpus complexa animae tam fortis inane,

quas totiens patriae dederat natisque uiroque,
 

Tu es maintenant un piètre lot du butin qu'Ulysse vainqueur

ne voudrait même pas pour lui, si ce n'est qu'Hector tout de même

était né de toi : c'est Hector qui finalement valut un maître à sa mère.

Hécube étreignit le corps de sa fille privé de son âme énergique,

et elle qui tant de fois a pleuré sur sa patrie, ses enfants et son époux,
 

13, 490

huic quoque dat lacrimas ; lacrimas in uulnera fundit

osculaque ore tegit consuetaque pectora plangit

canitiemque suam concreto sanguine uerrens

plura quidem, sed et haec laniato pectore, dixit :

« Nata, tuae (quid enim superest ?) dolor ultime matris,
 

elle pleure aussi sur cet enfant, inonde de larmes ses blessures,

couvre sa bouche de baisers, se frappe la poitrine, si souvent frappée,

et, laissant traîner ses cheveux blancs sur le sang figé, elle dit encore,

parmi beaucoup d'autres propos, après s'être lacéré la poitrine :

« Ma fille, ultime souffrance de ta mère (que me reste-t-il en effet ?),
 

13, 495

nata, iaces ; uideoque tuum, mea uulnera, pectus.

Et, ne perdiderim quemquam sine caede meorum,

tu quoque uulnus habes. At te, quia femina, rebar

a ferro tutam ; cecidisti et femina ferro ;

totque tuos idem fratres, te perdidit idem,
 

ma fille, tu es ici gisante, et les blessures que je vois sur ta poitrine,

sont mes blessures. Et, pour que nul des miens ne meure autrement

que de mort violente, toi aussi, tu portes une blessure. Pourtant,

puisque tu étais femme, je te croyais à l'abri d'une arme. Mais femme,

tu as péri par le fer ; le même homme qui a perdu tant de tes frères,
 

13, 500

exitium Troiae nostrique orbator, Achilles.

At postquam cecidit Paridis Phoebique sagittis,

nunc certe, dixi, non est metuendus Achilles ;

nunc quoque mi metuendus erat ; cinis ipse sepulti

in genus hoc saeuit ; tumulo quoque sensimus hostem ;
 

t'a perdue aussi, Achille, tombeur de Troie, qui nous enleva nos enfants.

Lorsqu'il a succombé aux flèches de Pâris et de Phébus,

je m'étais dit que Achille désormais n'était plus à craindre ;

pourtant, maintenant encore, il était redoutable ; même en cendres,

il sévit contre notre race ; devant sa tombe, nous avons senti l'ennemi.
 

13, 505

Aeacidae fecunda fui. Iacet Ilion ingens,

euentuque graui finita est publica clades,

sed finita tamen ; soli mihi Pergama restant.

In cursuque meus dolor est. Modo maxima rerum,

tot generis gnatisque potens nuribusque uiroque,
 

C'est pour l'Éacide que j'ai été féconde. La grande Ilion a été terrassée,

et les malheurs du peuple se sont terminés par un pénible désastre,

mais ils sont terminés : Pergame n'existe plus que pour moi seule.

Et ma douleur poursuit son cours. Naguère au faîte de la grandeur,

puissante par tant de gendres et de fils, par mes brus et mon époux,
 

13, 510

nunc trahor exul, inops, tumulis auulsa meorum,

Penelopae munus ; quae me data pensa trahentem

matribus ostendens Ithacis :  “Haec Hectoris illa est

clara parens, haec est” dicet    “Priameia coniunx.”


Postque tot amissos tu nunc, quae sola leuabas
 

je suis maintenant traînée en exil, pauvre, arrachée à mes tombeaux,

présent destiné à Pénélope. Quand je filerai la quantité de laine

qu'elle aura pesée, elle dira, me montrant aux femmes d'Ithaque :

 “Voici, c'est elle, l'illustre mère d'Hector ; c'est elle l'épouse de Priam.”


Après tant de mes enfants disparus, toi qui seule soulageais maintenant
 

13, 515

maternos luctus, hostilia busta piasti.

Inferias hosti peperi ! Quo ferrea resto ?

Quidue moror ? Quo me seruas, annosa senectus ?

Quo, di crudeles, nisi uti noua funera cernam,

uiuacem differtis anum ? Quis posse putaret
 

les pleurs d'une mère, tu es victime expiatoire sur le tombeau d'un ennemi.

J'ai enfanté une offrande pour mon ennemi ! Pourquoi, âme inflexible,

rester en vie ? Qu'attendre ? Pourquoi, vieillesse chargée d'ans,

me gardes-tu ? Dieux cruels, pourquoi maintenir en vie une vieille,

sinon pour lui faire voir d'autres funérailles ? Qui aurait pu penser
 

13, 520

felicem Priamum post diruta Pergama dici ?

Felix morte sua est ; nec te, mea nata, peremptam

adspicit et uitam pariter regnumque reliquit.

At, puto, funeribus donabere, regia uirgo,

condeturque tuum monumentis corpus auitis.
 

que Priam serait proclamé heureux après la chute deTroie ?

Heureux est-il d'être mort ; d'abord, chère enfant, il ne te voit pas morte,

et il a perdu son royaume en même temps qu'il a perdu la vie.

Mais, j'y pense, comme fille de roi, tu dois être honorée de funérailles,

et ton corps doit être enseveli dans le monument de tes ancêtres !

 

13, 525

Non haec est fortuna domus ; tibi munera matris

contingent fletus peregrinaeque haustus harenae.

Omnia perdidimus ; superest, cur uiuere tempus

in breue sustineam, proles gratissima matri,

nunc solus, quondam minimus de stirpe uirili,
 

Non, ce sort n'est pas celui de notre maison ; pour toute offrande

tu auras les pleurs de ta mère et une poignée de sable étranger.

Nous avons tout perdu. Il me reste une raison de supporter

de vivre encore un bref moment, un enfant très cher à sa mère.

Maintenant il est seul, lui qui naguère était le plus petit de mes fils,
 

13, 530

has datus Ismario regi Polydorus in oras.

Quid moror interea crudelia uulnera lymphis

abluere et sparsos immiti sanguine uultus ? »
 

c'est Polydore qui fut confié sur ce rivage au roi de l'Ismarus.

Qu'est-ce que j'attends entre-temps pour laver avec de l'eau

ces blessures cruelles et ce visage couvert d'un sang affreux ? »
 

Vengeance et métamorphose d'Hécube (13, 533-575)

Sur le rivage où elle voulait puiser de l'eau, Hécube découvre le cadavre de Polydore, criblé de coups. Furieuse elle décide de se venger. Elle va proposer à Polymestor de lui remettre une autre somme destinée à son fils. Le Thrace, aussi fourbe que cupide, lui promet de remettre le trésor à Polydore. Dans sa colère, avec l'aide des captives, Hécube saisit le roi, et lui arrache les yeux. (13, 533-564)

Le peuple des Thraces poursuit alors Hécube en lui lançant des traits et des pierres, mais bientôt elle est métamorphosée en chienne, et il subsiste un endroit commémorant cet événement. Les Troyens ainsi que les Grecs, et même les dieux, dont Héra/Junon, furent touchés par la douleur imméritée d'Hécube. (13, 565-575)

 

Dixit et ad litus passu processit anili,

albentes lacerata comas. « Date, Troades, urnam ! »
 

Elle finit de parler et s'avance vers le rivage de son pas de vieillarde,

arrachant ses cheveux blancs. « 
Troyennes, donnez-moi une urne ! »,
 

13, 535

dixerat infelix, liquidas hauriret ut undas ;

adspicit eiectum Polydori in litore corpus

factaque Threiciis ingentia uulnera telis.

Troades exclamant ; obmutuit illa dolore,

et pariter uocem lacrimasque introrsus obortas
 

avait dit la malheureuse, qui voulait puiser de l'eau claire.

Elle remarque le corps de Polydore, échoué sur le rivage,

et les larges blessures produites par les javelots du Thrace.

Les Troyennes poussent des cris ; Hécube reste muette de douleur,

et dans sa douleur même elle avale à la fois sa voix et les larmes

 

13, 540

deuorat ipse dolor ; duroque simillima saxo

torpet et aduersa figit modo lumina terra,

interdum toruos sustollit ad aethera uultus,

nunc positi spectat uultum, nunc uulnera nati,

uulnera praecipue ; seque armat et instruit ira.
 

qui montent de l'intérieur. Comme changée en une pierre dure,

elle reste figée sur place et regarde fixement à terre, devant elle.

Parfois elle lève vers le ciel un visage menaçant, ensuite,

elle regarde le visage de son fils étendu, ou tantôt ses blessures,

ses blessures surtout ; et elle s'arme et se nourrit de colère.

 

13, 545

Qua simul exarsit, tamquam regina maneret,

ulcisci statuit poenaeque in imagine tota est ;

utque furit catulo lactente orbata leaena,

signaque nacta pedum sequitur,quem non uidet,hostem,

sic Hecube, postquam cum luctu miscuit iram,
 

Tandis qu'elle bouillonne de rage, comme si elle était reine encore,

décidée à se venger, elle s'absorbe entièrement à imaginer un châtiment.

Telle une lionne, privée de son lionceau à la mamelle, qui poursuit,

quand elle a trouvé des traces de pas, un ennemi qu'elle ne voit pas,

ainsi Hécube, animée de douleur et de colère mêlées,

 

13, 550

non oblita animorum, annorum oblita suorum,

uadit ad artificem dirae, Polymestora, caedis

colloquiumque petit ; nam se monstrare relictum

uelle latens illi, quod nato redderet, aurum.

Credidit Odrysius praedaeque adsuetus amore
 

et n'ayant pas oublié ses sentiments mais bien son âge,

se rend chez l'auteur de ce sauvage massacre, Polymestor,

et demande un entretien ; car elle voulait lui montrer, disait-elle,

de l'or qui était resté caché et qu'elle voulait rendre à son fils.

Le roi des Odryses la crut et, vu son amour invétéré de profit,

 

13, 555

in secreta uenit. Tum blando callidus ore :

« Tolle moras, Hecube, » dixit, « da munera nato ;

omne fore illius, quod das, quod et ante dedisti,

per superos iuro. » Spectat truculenta loquentem

falsaque iurantem tumidaque exaestuat ira
 

il vint en grand secret. Alors, d'une voix mielleuse, il dit :

« N'attends pas davantage, Hécube, remets-moi ce trésor pour ton fils ;

tout lui reviendra, ce que tu donnes et ce que tu as donné auparavant,

je le jure par les dieux. » Farouche, elle le regarde tandis qu'il parle

et se parjure, et elle bouillonne, toute gonflée de colère.

 

13, 560

atque ita correpto captiuarum agmina matrum

inuocat et digitos in perfida lumina condit

expilatque genis oculos (facit ira nocentem)

immergitque manus foedataque sanguine sonti

non lumen (neque enim superest), loca luminis haurit.

 

Elle se saisit alors de lui, fait appel à la troupe des captives,

enfonce ses doigts dans les yeux du roi perfide, arrache les globes

de leurs orbites (la colère la rend méchante), plonge les mains

dans la plaie et, souillée de ce sang coupable, elle creuse

non les yeux, (il n'en a plus), mais la place où ils étaient.

 

13, 565

Clade sui Thracum gens irritata tyranni

Troada telorum lapidumque incessere iactu

coepit ; at haec missum rauco cum murmure saxum

morsibus insequitur rictuque in uerba parato

latrauit, conata loqui ; locus exstat et ex re
 

Les Thraces, irrités par le massacre de leur souverain,

se mettent à attaquer la Troyenne, lui lançant des traits et des pierres.

Mais elle, avec un rauque grognement, cherche à mordre les cailloux

qu'on lui lance et, la bouche ouverte prête à dire des mots,

elle aboya, quand elle essaya de parler. Il subsiste un endroit

 

13, 570

nomen habet ueterumque diu memor illa malorum

tum quoque Sithonios ululauit maesta per agros.

Illius Troasque suos hostesque Pelasgos,

illius fortuna deos quoque mouerat omnes,

sic omnes, ut et ipsa Iouis coniunxque sororque
 

qui tient son nom de l'événement ; longtemps Hécube se souvint

de ses malheurs passés et à travers les champs Sithoniens

elle continua alors à hurler sa tristesse. Les Troyens, ses amis,

et les Pélasges, ses ennemis, avaient été émus par sa destinée,

ainsi que tous les dieux. L'épouse et la soeur de Jupiter elle-même

 

13, 575

euentus Hecubam meruisse negauerit illos.
 

déclara qu'Hécube n'avait pas mérité de vivre ces événements.

Memnon et les Memnonnides (13, 576-622)

La déesse Aurore vient solliciter Jupiter, humblement mais sans négliger d'insister sur les services qu'elle rend au monde en présidant quotidiennement au lever du jour. Elle demande que des honneurs soient rendus à son fils, Memnon, lui aussi victime d'Achille. (13, 576-599)

L'acquiescement de Jupiter à la requête d'Aurore est immédiatement suivi de la métamorphose des cendres du bûcher de Memnon en une foule d'oiseaux qui, liés aux cérémonies des défunts, sont d'abord unis, et rendent hommage à Memnon avant de se séparer en deux groupes, se faisant la guerre, oiseaux qui sont appelés Memnonides. (13, 600-619)

Trois vers de conclusion rapprochent les histoires d'Hécube et d'Aurore, deux mères endeuillées. (13, 620-622)

13, 576 Non uacat Aurorae, quamquam isdem fauerat armis,

cladibus et casu Troiaeque Hecubaeque moueri.

Cura deam propior luctusque domesticus angit

Memnonis amissi, Phrygiis quem lutea campis
 
Bien qu'elle ait soutenu le même camp, Aurore n'a pas l'esprit

à s'émouvoir des malheurs et de la chute de Troie et d'Hécube.

La déesse souffre d'un souci plus immédiat et d'un deuil familial,

la perte de son fils Memnon, qu'elle, la déesse aux lueurs de safran,
 
13, 580 uidit Achillea pereuntem cuspide mater ;

uidit et ille color, quo matutina rubescunt

tempora, palluerat, latuitque in nubibus aether.

At non impositos supremis ignibus artus

sustinuit spectare parens, sed crine soluto,
 
a vu mourir dans les champs de Phrygie sous la lance d'Achille.

Elle l'a vu, et aussitôt la couleur rose qui embrase les instants du matin

était devenue pâle, et le ciel resta caché dans les nuages.

Cependant, la mère qu'elle était ne supporta pas de voir 

les membres de son fils exposés sur un bûcher funèbre.
 
13, 585 sicut erat, magni genibus procumbere non est

dedignata Iouis lacrimisque has addere uoces :

« Omnibus inferior, quas sustinet aureus aether,

(nam mihi sunt totum rarissima templa per orbem),

diua tamen ueni, non ut delubra diesque
 
Elle ne crut pas indigne de se prosterner, cheveux défaits, sans apprêt,

aux genoux du grand Jupiter, ajoutant ces mots à ses larmes :

« Moins importante que toutes les déesses qu'abrite l'éther d'or,

(car très rares sont mes temples à travers l'univers entier),

je suis venue, en déesse pourtant, non pour que tu m'accordes
 
13, 590 des mihi sacrificos caliturasque ignibus aras ;

Si tamen adspicias, quantum tibi femina praestem,

tum cum luce noua noctis confinia seruo,

praemia danda putes ; sed non ea cura neque hic est

nunc status Aurorae, meritos ut poscat honores ;
 
sanctuaires, jours de sacrifices et autels où s'allumeront des feux.

Et pourtant, si tu considérais le bien que t'apporte la femme que je suis,

quand, avec la lumière nouvelle, je maintiens la nuit dans ses limites,

tu penserais devoir me récompenser. Mais tel n'est pas mon souci :

Aurore n'est pas en état d'exiger ces honneurs, même mérités.
 
13, 595 Memnonis orba mei uenio, qui fortia frustra

pro patruo tulit arma suo primisque sub annis

occidit a forti (sic uos uoluistis) Achille.

Da, precor, huic aliquem, solacia mortis, honorem,

summe deum rector, maternaque uulnera leni ! »

 
Je viens, car j'ai perdu mon fils Memnon, un garçon courageux,

qui prit en vain les armes pour son oncle et mourut dans la fleur de l'âge

de la main du vaillant Achille (c'est ce que vous avez voulu).

Accorde-lui, je t'en prie, ô maître suprême des dieux, un peu d'honneur,

qui le console de la mort, et atténue les souffrances d'une mère ! »

 
13, 600 Iuppiter adnuerat, cum Memnonis arduus alto

corruit igne rogus nigrique uolumina fumi

infecere diem, ueluti cum flumina natas

exhalant nebulas, nec sol admittitur infra ;

atra fauilla uolat glomerataque corpus in unum
 
Jupiter avait donné son accord. Alors l'imposant bûcher de Memnon

aux hautes flammes s'écroula et des tourbillons de noire fumée

obscurcirent le jour, comme lorsque de la surface des fleuves

montent des brouillards qui empêchent le passage du soleil.

Les cendres noires volent, s'agglomèrent en une seule masse,
 
13, 605 densetur faciemque capit sumitque calorem

atque animam ex igni ; leuitas sua praebuit alas

et primo similis uolucri, mox uera uolucris

insonuit pennis ; pariter sonuere sorores

innumerae, quibus est eadem natalis origo ;
 
devenue dense, qui prend une forme tirant du feu sa chaleur

et son souffle. Sa légèreté lui a offert des ailes et, d'abord

semblable à un oiseau, elle devient bientôt un oiseau véritable,

dont bruissent les plumes. On entend aussi le bruit de ses frères,

oiseaux sans nombre, de même naissance, de même origine.
 
13, 610 terque rogum lustrant et consonus exit in auras

ter plangor ; quarto seducunt castra uolatu.

Tum duo diuersa populi de parte feroces

bella gerunt rostrisque et aduncis unguibus iras

exercent alasque aduersaque pectora lassant ;
 
Trois fois les oiseaux font le tour du bûcher, et trois fois leur plainte

s'élève à l'unisson dans l'air ; au quatrième envol, ils se séparent en deux.

Alors deux peuples farouches, venus de points opposés,

se font la guerre, expriment leur rage à coups de becs et de griffes,

et épuisent leurs ailes contre les poitrines de leurs adversaires.
 
13, 615 inferiaeque cadunt cineri cognata sepulto

corpora seque uiro forti meminere creatas.

Praepetibus subitis nomen facit auctor ; ab illo

Memnonides dictae, cum sol duodena peregit

signa, parentali moriturae uoce rebellant.

 
Offrandes funéraires, corps apparentés à la cendre du défunt,

ces oiseaux tombent, rappelant qu'ils proviennent d'un héros courageux.

Ces oiseaux nés soudainement tirent leur nom de leur père, et ainsi

sont appelés Memnonides ; quand le soleil a parcouru le Zodiaque,

ils reprennent la guerre, destinés à mourir avec des cris de deuil.

 
13, 620 Ergo aliis latrasse Dymantida flebile uisum est ;

luctibus est Aurora suis intenta piasque

nunc quoque dat lacrimas et toto rorat in orbe.
 
Les autres dieux jugèrent bon de pleurer sur les aboiements de la fille de Dymas,

tandis qu'Aurore, toute à son deuil, de nos jours encore

verse des larmes pieuses, et répand sa rosée sur toute la terre.

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NOTES

Hypsipylé... Thoas... (13, 399). Ces deux noms servent à désigner l'île de Lemnos, où Ulysse est allé rechercher Philoctète (voir n. à 13, 45-54). Hypsipylé était la fille de Thoas, roi de Lemnos, à une époque où les Lemniennes, affligées d'une odeur nauséabonde par Aphrodite/Vénus qui les punissait d'avoir négligé son culte, étaient délaissées par leurs maris ; pour se venger, elles massacrèrent tous les hommes de l'île, et seule Hypsipylé avait sauvé son père du massacre. - Ovide s'inspire maintenent, non plus de l'Iliade, mais principalement des auteurs tragiques, par exemple, le Philoctète de Sophocle.

Tirynthien (13, 401). C'est-à-dire d'Hercule, fils présumé d'Amphitryon, roi de Tirynthe (voir n. 7, 410). Philoctète avait reçu les armes d'Hercule/Héraclès.

Troie tombe... (13, 404). Pour la fin de Troie et de Priam, sous les coups de Pyrrhus/Néoptolème, voir Virgile, Én., 2, 438-558.

épouse de Priam (13, 404). C'est Hécube, dont Ovide annonce d'emblée la métamorphose, et qui sera le pivot du récit jusqu'au vers 575.

Hellespont (13, 407). Aujourd'hui le détroit des Dardanelles.

prêtresse de Phébus (13, 410). Cassandre, fille de Priam, soeur d'Hélénus, aimée d'Apollon/Phébus et dotée par lui du don de prophétie. Punie pour avoir repoussé les avances du dieu, elle devient une prophétesse de malheur et personne dès lors ne croit plus en ses prédictions. Voir Virgile, Én., 2, 246-247, avec d'autres références. Arrachée de l'autel de Pallas par Ajax, et captive d'Agamemnon, elle fut tuée en même temps que lui à son retour par Clytemnestre et Égisthe.

Dardaniennes (13, 412). C'est-à-dire les Troyennes, Dardanus étant un des rois fondateurs de Troie

Astyanax (13, 415). Fils d'Hector et Andromaque, arraché aux bras de sa mère et précipité du haut des remparts de Troie, selon Euripide, Les Troyennes, vers 709-773. Voir aussi Sénèque, Les Troyennes, vers 1069-1119. Il existe aussi d'autres versions concernant cette mort.

Borée (13, 418). Équivalent du latin Aquilo, désignant le vent du Nord.

mains Dulichiennes (13, 425). Périphrase désignant Ulysse (voir 13, 107), dont Hécube est devenue l'esclave.

Bistoniens (13, 430). Autre nom pour les Thraces.

Polymestor... Polydore (13, 430-432). Polymestor était roi de Chersonnèse de Thrace, et avait épousé une fille de Priam, Ilioné. Pour épargner à son plus jeune fils, Polydore, de participer à la guerre, Priam l'avait confié à sa fille et à son gendre. Mais, quand l'étoile de Troie commença à pâlir, Polymestor prit le parti d'Agamemnon, et tua son pupille pour s'emparer de son trésor. Diverses versions de la légende existent. Celle que suit ici Ovide est présente dans Én., 3, 26-57, avec la note 45, et aussi chez Euripide, Hécube, 1-30.

fils d'Atrée (13, 439). Il s'agit ici d'Agamemnon.

fureur... (13, 443). Allusion à la célèbre dispute du début de l'Iliade (1, 54-205), qui opposa Achille à Agamemnon pour la possession de Briséis.

Mânes (13, 448). Les esprits des morts. Voir par exemple 2, 303, avec d'autres références.

Néoptolème  (13, 455). C'est Pyrrhus, le fils d'Achille, qui accompagna Ulysse à Lemnos pour aller rechercher Philoctète, et qui joua un rôle important lors de la mort de Priam et de la chute de Troie. Voir aussi n. à 13, 155.

Styx (13, 465). Un des fleuves des enfers; désigne ici le monde des morts. Voir 1, 189.

a succombé... (13, 501). Allusion à la mort d'Achille, racontée en 12, 580-609.

Pénélope... (13, 511-513). L'épouse d'Ulysse, qui allait lui faire présent de sa captive Hécube, laquelle s'imagine accomplissant les tâches usuelles des esclaves des dames romaines.

un enfant... (13, 528). C'est Polydore (voir n. 13, 430-432)

Ismarus (13, 530). Synonyme de Thrace, où se trouve une montagne de ce nom (voir par exemple 2, 257 ; 9, 642 ; 10, 305).

le corps... (13, 536-537). Ce passage semble aussi inspiré d'Euripide, Hécube, plutôt que de l'Iliade.

Odryses (13, 554). Peuplade de Thrace (voir 6, 490). Le roi des Odryses est ici Polymestor.

l'événement (13, 570). La métamorphose d'Hécube en chienne. Selon une version de la légende d'Hécube, qui semble suivie ici par Ovide, Hécube, devenue chienne, se jeta dans la mer, en un point de l'Hellespont, près d'Abydos, lieu portant le nom de Cynossema, « tombeau du chien » (sur ce terme, cfr Strabon, 13, 1, 28 ; Euripide, Hécube, 1271-1273 ; Thucydide, 8, 104).

Sithoniens (13, 571). Synonyme de Thraces, la Sithonie étant une presqu'île de Chalcidique, en Thrace. Voir 6, 588.

Aurore (13, 576). Éos, en grec, déesse fille d'Hypérion et soeur d'Hélios/le Soleil et de Séléné/la Lune. Chaque matin, elle monte sur son char tiré par des chevaux blancs et annonce ainsi aux dieux et aux hommes la naissance d'un jour nouveau. Cette déesse est réputée pour ses nombreuses passions amoureuses. Voir par exemple son aventure avec Céphale (Mét., 7, 690-713, et surtout la n. à 703). Elle s'était éprise de Tithonos, un frère de Priam, union dont était né Memnon.

Memnon (13, 579). Fils de Tithonos et d'Aurore, Memnon, élevé par les Hespérides, fut roi d'Éthiopie ; il avait la peau sombre, et était réputé d'une grande beauté. Memnon participa à la guerre de Troie dans le camp de son oncle Priam, et fut tué par Achille (voir 13, 596-597). - Sa légende semble s'être développée après Homère. Eschyle et Sophocle avaient chacun écrit une tragédie, aujourd'hui perdue, intitulée Memnon.

la femme que je suis (13, 591). Alors que je ne suis qu'une femme.

Memnonides (13, 618). La métamorphose des cendres de Memnon en oiseaux décrite ici par Ovide semble se rattacher à une version de la légende qui situe la tombe de Memnon sur les rives de l'Hellespont, où chaque année on voyait s'assembler des oiseaux pour pleurer le héros. Ces oiseaux, d'après P. Grimal, passaient pour être soit les compagnons de Memnon, métamorphosés en oiseaux, ou même ses cendres. L'histoire est mentionnée notamment par Pausanias (X, 31, 6) et par Pline l'Ancien (N.H., 10, 74). « On ne les a pas identifiés. Il s'agit évidemment [ils venaient, disait-on, tous les ans d'Afrique, se dirigeant vers le Nord] d'oiseaux migrateurs » (J. Chamonard).

avec des cris de deuil (13, 619). L'adjectif latin parentalis renvoie probablement à la fête romaine des Parentalia, en l'honneur des morts (cfr Fastes, 2, 533ss).

Les autres dieux... (13, 620-622). Ces trois vers constituent la conclusion de ce long passage (399-622) consacré à Hécube (fille de Dymas selon certains, fille de Cissée, selon d'autres). Ils expliquent aussi le lien, assez artificiel, établi par Ovide entre Hécube et Aurore, deux mères éplorées par la perte de leurs enfants, victimes d'Achille, et dont le chagrin se perpétue par deux métamorphoses.


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