Jean d'Outremeuse, Myreur des histors, I, p. 85b-91

Édition : A. Borgnet (1864) ‒ Présentation nouvelle, traduction et introductions de A.-M. Boxus et de J. Poucet (2017)

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Ce fichier contient trois parties :

Myreur, p. 85b-87a (A. Événements divers contemporains de Romulus et de Numa)

Myreur, p. 87b-89a (B. Événements divers contemporains de Tullus Hostilius et d'Ancus Marcius)

Myreur, p. 89b-91   (C. Événements divers contemporains de Tarquin l'Ancien - Exil à Babylone et annexion de la Judée)

 


 

A. Événements divers contemporains de Romulus et de Numa [Myreur, p. 85b-87a]

 

Ans 358-407 de David = 717-668 a.C.n.

 

Introduction [sommaire] [texte]

Le monde romain

Après avoir consacré près de trente pages à la traduction des traités latins sur les Mirabilia et les Indulgentiae, Jean revient à sa présentation annalistique qu'il avait abandonnée à la p. 58. Il y avait été question des jumeaux Romulus et Rémus, de la fondation de Rome, du titre d'empereur porté par le fondateur, de l'institution d'un sénat de cent membres. Jean revient aussi à la chronologie qu'il suivait alors, celle du couronnement de David. L'histoire de Rome reprend sa place dans la présentation annalistique des événements, selon le style de la chronique.

Notre chroniqueur traite des deux premiers rois de la tradition romaine, désormais qualifiés d'empereurs. À propos de Romulus, Jean rappelle la formation du sénat, signale la création d'un groupe de mille cavaliers et donne quelques informations sur la mort spectaculaire du fondateur de Rome. L'empereur Numa, qui lui succède par élection après une vacance du trône qui dure une année et demie (peut-être un souvenir de l'interregnum), est présenté comme très puissant et illustre. Le chroniqueur en fait un réformateur du calendrier et un législateur, ce qu'il était dans la tradition romaine, mais alors que dans cette tradition Numa était essentiellement un homme de paix, Jean lui attribue un rôle de fondateur de villes (Nimègue, bien connue, et une mystérieuse Pompée, qui pourrait être Pompéi) et surtout d'importantes activités guerrières (une réorganisation du service et une tentative de soumettre la Gaule par les armes). En l'occurrence, Numa veut soumettre les Gaulois au tribut à quatre reprises, mais il est à chaque fois battu (p. 87). Jean éprouve souvent ce besoin d'insister sur la supériorité de la Gaule et des Gaulois. Cette vision de Numa, inutile de le dire, est très loin de la tradition romaine classique.

Pour plus d'informations sur les rois de Rome, voir notre article sur Les « Primordia » de Rome selon Jean d'Outremeuse, dans les FEC 34 (2017).

La Judée, la Gaule, le roi Midas

Ces pages contiennent aussi des informations sur la Judée d'Ézéchias et de Manassé, un roi impie qui se venge du prophète Isaïe qui ose lui reprocher sa conduite. La Bible ne donne pas de détail sur la mort du prophète. Mais la tradition hébraïque, appuyée par les témoignages de saint Jérôme, de saint Basile, de Tertullien et d'Origène, racontait que ce prophète était mort scié, sur l'ordre de Manassé. L'« Ascension d'Isaïe », un apocryphe chrétien de type apocalyptique datant du début du IIe siècle, décrit le martyre du prophète, scié avec une scie de bois (V, 1-14 ; cfr Écrits apocryphes Chrétiens, Paris, I, 1997, p. 522-523).

On ne s'attardera pas sur ce détail, ni non plus sur le remplacement en Gaule du duc Ylion par son frère Nay, ni sur la mort du roi Midas (Myda). Ce roi est connu dans la tradition antique pour sa faculté de transformer en or tout ce qu'il touchait. Mais le chroniqueur n'en parle pas, il ne livre que le détail - rare dans la tradition - de sa mort pour avoir bu du sang de taureau.

Athènes, les rois et les archontes

Un autre détail appelle des remarques touchant à l'organisation générale du Myreur. Il s'agit de Flexias, « dernier roi » d'Athènes, et du remplacement des rois athéniens par des archontes.

La manière dont le chroniqueur liégeois envisage le passage à Athènes de la royauté à l'archontat est surprenante. Sa vision est éloignée de celle de l'historiographie grecque traditionnelle. D'abord, Flexias ne figure pas dans la liste des rois d'Athènes, transmise par les anciens et selon laquelle le « dernier roi » est Codros. Ensuite, la description par Jean des institutions qui remplacèrent la royauté est bien différente de ce que nous en savons par la tradition ancienne. Il y avait à Athènes à l'époque classique dix archontes, lesquels n'étaient pas des grands princes choisis par les barons et dirigeant la ville, à tour de rôle, chacun pour une année, avec les mêmes pouvoirs que le roi, mais des magistrats élus annuellement par le peuple et gouvernant ensemble la cité pendant une année. Jean, on aura encore l'occasion de le voir, n'est pas fiable en matière d'institutions, qu'il s'agisse de l'Athènes antique ou de la Rome royale, républicaine ou impériale.

Une autre observation doit être faite. Le nom de Flexias est inventé, au même titre que tous les autres noms de rois d'Athènes cités dans Ly Myreur. C'est le cas de Bosses (p. 30-31) et de Mélompus (p. 33), qui précèdent Flexias. C'est le cas des autres, en l'occurrence Agilfo, Poléno (p. 146-147), Castor (p. 152), Hector et Virgile (p. 183), qui occuperont encore le trône après Flexias, censé pourtant marquer la fin de la royauté à Athènes. Incohérence évidemment, mais qui s'explique très simplement par le fait que ces noms de rois athéniens ainsi que leurs réalisations n'appartiennent pas à l'histoire authentique, ni à une quelconque tradition antique, même mythique, fournie par les sources, mais à une réalité d'un autre ordre, celle d'un monde légendaire et épique propre à notre chroniqueur.

Le monde intérieur de Jean et le monde extérieur de l'histoire et de la tradition historique

Ly Myreur n'est pas une Chanson de geste, où l'auteur jouit d'une liberté quasi totale, mais une chronique, c'est-à-dire le récit d'une suite d'événements à situer dans une chronologie. Beaucoup de ces événements sont fournis, ou imposés, à l'auteur lorsqu'il parcourt ses sources. Il importe de voir la narration de Jean comme une rencontre entre son monde intérieur où il se sent très libre et le monde extérieur de l'histoire et de la tradition historique, qu'il doit assumer, au moins en partie. Dans Ly Myreur, pour un lecteur non prévenu, il est parfois difficile de faire le départ entre ces deux mondes.

Pour Athènes cependant, la séparation est assez simple. Tous les faits, de type épique souvent, attribués à leurs rois relèvent de la fiction. La seule rencontre avec l'histoire authentique se produit dans l'épisode du remplacement des rois d'Athènes par des archontes. Le roi Flexias appartient au monde du légendaire médiéval, mais l'évocation de la disparition à une certaine époque de la royauté athénienne est une réalité historique, qui a toutefois été mal comprise ou mal transmise par Jean. En effet sa description de l'archontat est inexacte. Elle ne précise pas que, historiquement, le passage à Athènes du système du roi unique à celui des dix archontes ne s'est fait que progressivement (1, 3, 9, puis 10) ; ni non plus que le processus a débuté bien avant la date retenue par Jean (680 a.C.n.). En réalité, Jean a réécrit à sa manière Eusèbe-Jérôme, qui ne donne d'ailleurs pas à cet endroit le nom du dernier roi (Hieronymi Chronicon du Merton College, p. 162) : Athenis annui principes constituti sunt. Cessantibus regibus, novem principes ex nobilibus urbis electi Atheniensibus praefuerunt.

À part ce qui concerne les rois, les notices traitant d'Athènes ne contiennent pas beaucoup d'informations, qui mériteraient cependant des commentaires approfondis. On peut discuter la notice de la p. 101, selon laquelle, à la date de 474 a.C.n., Athènes comptait « beaucoup de prophètes et de philosophes d'une grande autorité, comme Sophocle, Euripide, Diagoras, Bacchylide et plusieurs autres », ou celle de la p. 104, mentionnant la naissance en l'an 420 a.C.n. de Platon « le philosophe, qui fut le disciple de Socrate et le maître d'Aristote ». Elles contiennent des points historiquement discutables, mais on n'y relève aucune « injection » de matériel épico-légendaire. Jean ne fait là que reprendre, à sa manière, des notices qu'il a trouvées ailleurs.

L'ensemble du monde grec

SI l'on quitte Athènes pour observer le traitement réservé par Jean à l'ensemble du monde grec, on constate que ses descriptions ne font généralement pas intervenir le monde épico-légendaire qu'il s'est pour lui-même forgé. Nous avons noté que ses récits de la première et de la seconde destruction de Troie (p. 20-23 et p. 26-27) restaient pour l'essentiel fidèles à la tradition historiographique antique. Même si l'analyse de son retour en arrière sur les événements troyens est plus délicate (p. 138-143), le chroniqueur ne s'y lance pas dans des récits épiques dont il a le secret.

Les Guerres Médiques (p. 100ss) auraient pu donner lieu à des recréations spectaculaires du chroniqueur, mais le lecteur n'a droit qu'à quelques notices sèches et mal digérées qui ne parviennent pas à donner une idée, même schématique, de ces deux Guerres Médiques, séparées par dix ans et très importantes pour la suite de l'histoire grecque. Toujours en ce qui concerne le monde grec, l'univers épique personnel du chroniqueur refera nettement surface plus tard, dans le récit des conflits mettant en scène des rois de Grèce (Ylion, p. 106 - Synastor, p. 146-147 - Paterne, p. 160), dont certains s'opposent d'ailleurs au roi d'Athènes. Les rois d'Athènes et les rois de Grèce ne peuvent avoir été des ennemis que dans la légende épique, telle que la concevait l'imaginaire de Jean.

L'imagination épique de Jean dans la suite du Myreur

Mais laissons Athènes et la Grèce. L'imagination épique propre au chroniqueur liégeois se manifeste surtout dans les affaires militaires de Gaule et de Rome, la Rome de la République et celle de l'Empire. Les développements, qu'on rencontrera dans la suite du Myreur, sur les opérations de César, Pompée, Octavien, Vespasien, Domitien, Hadrien (pour ne prendre que ces exemples) mélangent souvent sans séparation claire les faits relevant de l'histoire et ceux qui appartiennent au monde épico-légendaire de Jean d'Outremeuse. Des sections entières de son oeuvre seront remplies de son monde imaginaire. Un monde géographiquement étendu d'ailleurs (Écosse, Danemark, Hongrie).

La lecture du Myreur non seulement fait beaucoup voyager, mais aussi défiler une série impressionnante de personnages, rois, chevaliers ou empereurs, portant des noms surgis du néant, qui s'associent, se défient, se combattent dans des guerres, souvent conduites pour des raisons de tributs non payés, qui connaissent régulièrement des alternances de victoires et de défaites, parfois aussi des trahisons, qui se terminent tantôt par des traités de paix, tantôt par des alliances matrimoniales mais qui sont toujours remplies d'exploits chevaleresques. Et ne parlons pas des sièges de villes, des combats autour de leurs murailles et des relevés sans fin de blessés et de morts, présentés parfois comme incalculables mais néanmoins calculés.

 L'origine de l'atmosphère épico-légendaire qui traverse une partie du Myreur n'est pas difficile à repérer. Elle provient d'une oeuvre écrite par notre auteur quelque vingt ans avant le Myreur, intitulée La Geste de Liège et comptant quelque cinquante-trois mille alexandrins répartis en laisses monorimes. Cette oeuvre que nous avons conservée nous permet de repérer les passages du Myreur qui ont été influencés par elle, pour l'atmosphère ou pour le contenu. Nous aurons l'occasion d'y revenir souvent dans la suite.

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Sommaire

Ézéchias roi de Judée vainqueur d'Agadès, fils de Sennachérib d'Assyrie (vers ans 350/360 de David = 725/715 a.C.n.)

Mort spectaculaire de Romulus - Il avait désigné cent sénateurs et mille chevaliers, appelés milites, d'après leur nombre (an 366 de David = 709 a.C.n.)

Numa, deuxième empereur, institue une solde pour les chevaliers (an 368 de David = 707 a.C.n.)

En Judée, l'impie Manassé succède à Ézéchias - Il fait scier en deux le prophète Isaïe (ans 360-370 de David = 715-705 a.C.n.)

À Rome, Numa Pompilius réforme le calendrier, institue des lois et fonde la cité de Pompéi - Peu d'événements dignes de mention : Érythrée la prophétesse, Midas l'incrédule, fondation de Ptolémaïs et Suse, Flexias roi d'Athènes (ans 371-392 de David = 714-683 a.C.n.)

En Gaule, Nay succède à Ylion - À Athènes, le dernier roi, Flexias est remplacé par le régime des neuf baillis, les archontes de la tradition (ans 392-395 de David = 683-680 a.C.n.)

Numa fonde Nimègue mais ne réussit pas à soumettre la Gaule - Il meurt après quarante ans de règne (ans 399-407 de David = 676-668 a.C.n.)

 

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Ézéchias roi de Judée vainqueur d'Agadès, fils de Sennachérib d'Assyrie (vers ans 350/360 de David = 725/715 a.C.n.)

 

[p. 85] [Guerre entre le roy de Judée et de Surie] En retournant à nostre matiere où nos le lasammes, al deviseir la fondation de Romme, vos disons que à cel temps dont je fay mention, avoit grant guerre entre le roy Ezechias de Judée et le roy de Surie Agades, le fis Sennacherib ; mains Agades fut tant de fois desconfis, que ilh le convient accordeir et venir al merchi à roy Ezechias, et li rendit grant partie de ses damaiges.

[p. 85] [Guerre entre le roi de Judée et de Syrie] Revenant là où nous avons laissé notre matière quand nous parlions de la fondation de Rome, à l'époque en question, une grande guerre opposait le roi de Judée Ézéchias (p. 55, p. 56 et p. 58) au roi d'Assyrie, [Assarhaddon], fils de Sennachérib. Mais [Assarhaddon] fut si souvent défait qu'il dut renoncer, se mettre à la merci du roi Ézéchias et réparer une grande partie des torts qu'il lui avait faits.

 

 Mort spectaculaire de Romulus - Il avait désigné cent sénateurs et mille chevaliers, appelés milites, d'après leur nombre (an 366 de David = 709 a.C.n.)

 

[p. 85] [Romulus, ly promier emperere de Romme, morut mervelheusement] Item, sor l'an del coronation le roy David IIIc et LXVI, le promier jour de avrilh, morit li promier emperere de Romme, Romulus qui avoit regneit XL ans, assavoir IIII ans com roy des Latins et XXXVI ans com emperere, et ilh morut sens heurs ; et portant qu'ilh astoit ochis d'one tempeste à Palude, où unc tonoir et alumyre s'enlevat, si fut pris et enclouz de nuléez tout entour son corps, siqu'ilh ne paroit riens de ly, et enssi fut-ilh ochis. Et apres revient la clarteit à ses gens qui le veirent là mors, li et son cheval ; si l'emportarent à Romme. Enssi fut mors Romulus, qui fut mult valhans, hardis et entreprendant emperere.

[p. 85] [Romulus, premier empereur de Rome, meurt de façon mystérieuse] En l'an 366 du couronnement de David [709 a.C.n.], le premier jour d'avril, Romulus, premier empereur de Rome, mourut sans héritiers après un règne de quarante ans : quatre ans comme roi des Latins, et trente-six ans comme empereur. Il périt à Palude, lors d'une tempête accompagnée de tonnerre et d'éclairs. Son corps fut saisi et entièrement enveloppé d'un nuage, au point qu'on ne vit plus rien de lui. C'est ainsi qu'il fut tué. Lorsque la clarté revint, ses sujets le découvrirent mort, avec son cheval, et ils l'emportèrent à Rome. Ainsi mourut Romulus, qui fut un empereur très valeureux, hardi et entreprenant.

[Coment Romulus promierement eslisit cent senateurs de son conselhe - Des senateurs de Romme] Ilh fist grant honneur à Romme, car ilh y enlisit cent senateurs, tous grandes gens et [p. 86] nobles, qui astoient de son conselhe. Apres ilh eslisit milh chevaliers (combattans que por le nombre de mil ilh appelat milites, che sont chevaliers : mss B) qui defendoient le pays.

[Romulus choisit d'abord cent sénateurs dans son conseil - Les sénateurs de Rome] Il avait fait grand honneur à Rome, en y choisissant cent sénateurs, toutes personnalités importantes et [p. 86] nobles, pour faire partie de son conseil. Puis, il avait choisi mille chevaliers (des combattants, qu'il avait appelés milites, vu leur nombre et qui étaient des cavaliers : mss B) chargés de défendre le pays.

 

 Numa, deuxième empereur, institue une solde pour les chevaliers (ans 368 de David = 707 a.C.n.)

 

[p. 86] [De Nyma, le IIe emperere, que les senateurs eslirent] Apres le mort Romulus, qui astoit mors sens heures, le senateurs governont le regne sens emperere eslire par l'espaisse de I an et demy. Et al chief dedit terme enliurent entres eaux, de common acorde, Nyma Pompilius, qui estoit tres-puissant et noble ; et fut li uns des plus grans senateurs, liqueis regnat XL ans. A cel temps regnoit Ezechias en Judée.

[p. 86] [Numa, second empereur, élu par les sénateurs] Après la mort de Romulus décédé sans héritiers, les sénateurs gouvernèrent le royaume sans choisir d'empereur pendant un an et demi. Au terme de cette période, ils élurent entre eux, de commun accord, Numa Pompilius, un homme très puissant et illustre. C'était un des sénateurs les plus importants. Il régna quarante ans. À cette époque, Ézéchias régnait en Judée.

Chis emperere Nyma ordinat, l'an David IIIc LXVIII, comment les chevaliers doivent aleir en sadée, et servir les prinches par sadéez et por bien faire, de quoy ons n'avoit oncques devant useit.

L'empereur Numa, en l'an 368 de David [707 a.C.n.], ordonna aux chevaliers de remplir leurs obligations militaires et de servir les princes en échange d'une solde et dans l'intérêt général (?), ce qui n'avait jamais existé auparavant.

 

 En Judée, l'impie Manassé succède à Ézéchias - Il fait scier en deux Isaïe (ans 360-370 de David = 715-705 a.C.n.)

 

[p. 86] [Des rois de Judée Ezechias et Manasses qui fist ochier Ysaias le prophète] Item, l'an David IIIc LX, morut Ezechias, li roy de Judée ; si fut sa sepulture fait en Jherusalem mult belle deseur tous les roys qui avoient esteit devant luy depuis le temps le roy David de Judée.

[p. 86] [Les rois de Judée Ézéchias et Manassé, lequel fait tuer le prophète Isaïe] En l'an 360 de David [715 a.C.n.] mourut Ézéchias, le roi de Judée. Sa sépulture à Jérusalem surpassait beaucoup en beauté celles de ses prédécesseurs, depuis le temps du roi David de Judée.

Apres Ezechias fut fais roy son fis Manasses, qui avoit XI ans d'eaige ; et regnat LII ans. Chis roy Manasses fut mult contraire à son bon pere Ezechias, car ilh restaurat toutes les ydolles que son pere avoit destruit, porquen Ysaias li prophete le blasmat, et l'en reprist mult ; mains Manasses s'en corochat, se le fist por chu soyer parmy le chief d'onne soye de bois, sor l'an David IIIc LXX .

Après Ézéchias, son fils Manassé devint roi à l'âge de onze ans et régna quarante-deux ans. Le nouveau roi fut très différent de son père, le bon Ézéchias, car il ramena toutes les idoles que son père avait détruites, ce dont le blâma le prophète Isaïe. Il le lui reprocha beaucoup. Alors Manassé, très irrité, le fit scier en deux avec une scie de bois, en l'an 370 de David [705 a.C.n.].

 

À Rome, Numa Pompilius réforme le calendrier, institue des lois et fonde la cité de Pompéi - Ailleurs, peu d'événements dignes de mention : Érythrée la prophétesse, Midas l'incrédule, fondation de Ptolémaïs et Suse, Flexias roi d'Athènes (ans 371-392 de David = 714-683 a.C.n.)

 

[p. 86] [Nyma l’emperere adjostat à l’an II mois : jenvier, febrier] En cel meismes an adjostat Nyma Pompilius li emperere al an II mois : assavoir, jenvier et febrier ; car adonc n'avoit que X mois en l'an, mains ortant avoit de jours en X mois com ilh avoit en XII.

[p. 86] [L’empereur Numa ajoute deux mois à l'année : janvier, février] Cette même année [705 a.C.n.], l'empereur Numa Pompilius ajouta deux mois à l'année, à savoir janvier et février. Une année alors ne comptait que dix mois, mais ils comprenaient autant de jours que les douze mois de Numa.

[De Sibilhe le prophetesse] A cel temps regnat Sibile Enychée, qui fut I grant prophetesse et clergresse.

[La Sibylle prophétesse] À cette époque vivait la sibylle Érythrée, grande prophétesse et grande lettrée.

Item, l'an David IIIc LXXI, fut fondée le citeit de Colemede, et l'an David IIIc LXXIIII, fut fondée la citeit de Susse, en Ynde ; se le fondat li roy Ethiope de Mede.

En l'an 371 de David [704 a.C.n.], fut fondée la cité de Colomède1 et, en 374, Éthiope, roi des Mèdes, fonda la ville de Suse, en Inde.

[Ly roy morut portant qu’ilh but de sanc de toreal] Item, l'an David IIIc LXXXII, morut le roy Myda, portant que ilh but de sanc de toreal, car ons li avoit dit, qui beveroit de sanc de unc toreal qu'ilh moroit. Si ne le wot point croire, anchois en buit ; si en morut dedens thier jour.

[Le roi meurt d'avoir bu du sang de taureau] En l'an 382 de David [693 a.C.n.] mourut le roi Midas2, parce qu'il avait bu du sang de taureau. On lui avait pourtant dit que celui qui boirait du sang d'un taureau mourrait, mais il ne voulut pas le croire et il en but. Il en mourut dans les trois jours.

[Roy d’Athenne] Item, l'an David IIIc LXXXVIII, fut roy de Athene Flexias, qui regnat VII ans. Et vos dis que nos passons legierement sens racompteir grant choises, car ilh avenoit à cel temps mult pou de choses qui soient [p. 87] por racompteir ; mains, quant ilh venrat à nostre cognissanche, si les dirons mult volentirs.

[Le roi d'Athènes] En l'an 388 de David [687 a.C.n.], Flexias fut roi d'Athènes et régna sept ans. Je vous signale que nous avançons vite, sans beaucoup de détails. Car à cette époque se produisirent très peu de choses dignes [p. 87] de mention. Quand nous aurons connaissance de faits, nous les rapporterons très volontiers.

[De l’emperere, coment ilh donnat loys as Romans] Item, Nyma Pompilius edifiat une citeit et l'apellat Ponpée et fut fondée cest citeit l’an David IIIc et LXXXIX. Item, l’an David IIIc XC et XCI et XCII, ordinat Nyma Pompilius, qui astoit uns gran clers et saige les loys et les donnat aux Romans. Et chis fut li promiers emperere qui donnat aux Romans loys, enssi que dist Ysidorus.

[L'empereur donne une législation aux Romains] Numa Pompilius construisit une cité, fondée en l'an 389 de David [686 a.C.n.], et la nomma Pompéi. Durant les années 390, 391 et 392 de David, Numa Pompilius, qui était un savant important et sage, institua des lois et les imposa aux Romains. Selon Isidore3, il fut le premier empereur à donner des lois aux Romains.

 

1 A. Borgnet verrait dans ce nom Tolometa, l'ancienne Ptolémaïs.

2 Sur la toxicité du sang de taureau, cfr A. Touwaide, Le sang de taureau, dans L'Antiquité Classique, t. 48, 1979, p. 5-14 (accessible sur Persée) avec l'allusion au roi Midas (p. 7) et de nombreux témoignages antiques, notamment Hérodote, Plutarque, Strabon, Apollonius, Eustathe. Voir notamment, chez Hérodote, III, 15, l'histoire de Psamménite qui, convaincu de conspiration, fut condamné par Cambyse à boire du sang de taureau, « dont il mourut sur le champ ».

3 Cfr Isidore (Etym., V, 1, 3), qui n'utilise toutefois pas le mot d'empereur pour qualifier Numa.

 

En Gaule, Nay succède à Ylion - À Athènes, le dernier roi, Flexias, est remplacé par le régime des neuf baillis, les archontes de la tradition (ans 392-395 de David = 683-680 a.C.n.)

 

[p. 87] [Du duc de Galle] En cel an meismes morut Ylion, li dus de Galle ; si fut fais dus apres son frere Nay, car li dus Ylion estoit mors sens heurs ; et regnat chis dus Nay XXXIIII ans.

[p. 87] [Le duc de Gaule] En cette même année [683 a.C.n.] mourut Ylion, le duc de Gaule ; son frère Nay devint duc après lui, car Ylion était mort sans héritiers. Ce Nay régna trente-quatre ans.

[Li darain roy d’Athenes] Item l’an David IIIc XCV, fut mors li roy Flexias, li derain roy de Athenes, sans heurs de son corps ; et si n'avait pere ne mere, ne frere, ne oncle, ne fis d’oncles, ne fis de frere, ne nulle prochaine personne ; siqu'ilh estoit cheue en la main des barons del regne li election de faire roy.

[Le dernier roi d’Athènes] En l'an 395 de David [680 a.C.n.], le dernier roi d'Athènes, Flexias, mourut sans héritier direct : il n'avait ni père, ni mère, ni frère, ni oncle, ni fils d'oncles, ni fils de frères, ni aucune personne proche. Ainsi l'élection du roi était retombée dans les mains des barons du royaume.

[Nota des IX balhies d’Athennes qui avoient la possanche com I roy] Si s’avisarent entres eaux que ilh ne feraient jamais roy, ains feroient enssi qu’ilhs fisent par common accorde IX balhies des IX plus valhans prinches de tout le regne et des plus nobles, lesqueis prinches governeroient le regne li uns apres l'autre perpetuelment, assavoir, chascon I an tant seulement, et enssi d'an en an jusques à IX ans ; et apres, à la Xe année, commencheroit à regneir chis qui promier regnat, et tous les altres apres todis en porsiwant. Et avoient ches prinches poioir en tot le regne, leur an durant, en teile maniere que li roy avoit ; et quant li uns de ches IX prinches moroit, les altres VIII enlisaient I altre dedens III jours.

[Note : les neuf baillis d’Athènes qui avaient la puissance d'un roi] Ils décidèrent entre eux qu'ils n'éliraient jamais un roi, mais de commun accord désigneraient comme baillis les neuf princes les plus vaillants et les plus nobles du royaume. Lesquels gouverneraient, l'un après l'autre, perpétuellement : chacun régnerait donc un an seulement, et ainsi, d'année en année, jusqu'à la neuvième. Et, la dixième année, celui qui avait exercé en premier lieu le pouvoir le reprendrait, et tous les autres après lui suivraient. Ces princes avaient, durant leur année de fonction, le même pouvoir que le roi, dans tout le royaume. Lorsqu'un de ces neuf princes mourait, les huit autres en élisaient un autre, dans les trois jours.

 

Numa fonde Nimègue mais ne réussit pas à soumettre la Gaule - Il meurt après quarante ans de règne (ans 399-407 de David = 676-668 a.C.n.)

 

[p. 87] [De l’emperere qui fondat la citeit de Nymais] Item, l’an David IIIc et XCIX, fondat li emperere Nyma Pompilius une citeit en Alemangne, et le nommat solonc son nom Nymay.

[p. 87] [L’empereur fonde la cité de Nimègue] En l'an 399 de David [676 a.C.n.], l'empereur Numa Pompilius fonda une cité en Allemagne qu'il appella Nimègue, d'après son nom.

[Ly duc de Galle desconfit III fois l’emperere] Item, l'an David IIIIc, vot li roy Pompilius mettre en tregut par forche ches de Galle ; mains ilh ne pot et fut desconfis III fois en batalhe. Si revient à Romme mult triste ; si y ralat là l’an David IIIIc et II, et fut encors desconfis, et perdit bien Vm Romans ; si revient enssi à Romme.

[Le duc de Gaule défait l’empereur à trois reprises]. En outre, durant l'année 400 de David [675 a.C.n.], le roi Pompilius voulut soumettre les habitants de Gaule au tribut par la force, mais n'y parvint pas, vaincu dans trois batailles. Rentré à Rome très affligé, il repartit en Gaule en 402 (673 a.C.n.), fut encore vaincu et perdit cinq mille Romains ; c'est ainsi qu'il revint à Rome.

Item, l'an David IIIIc et IIII, fut neis Ardosses, li poiete, qui mult regnat.

En l'an 404 [671 a.C.n.] naquit le poète Ardosses4, qui vécut longtemps.

Item, l'an David IIIIc VII, morut Nyma Pompilius, li secons empereur de Romme, qui avoit regneit XL ans bien et loialment ; et avoit le siege vaqueit apres le mort Romelus I an et demy, si que chu fut l'an David IIlIc et VII.

En l'an 407 de David [668 a.C.n.] mourut Numa Pompilius, second empereur de Rome, qui avait régné quarante ans avec bonté et droiture. Le trône était resté vacant un an et demi, après la mort de Romulus ; on était en l'an 407 de David [668 a.C.n.].

 

4 Ardosses, un nom inconnu. Plus loin, p. 154, dans un passage épico-légendaire, Jean d'Outremeuse fait intervenir un chevalier grec, qui porte le nom d'Ardossa.

 


 

 

B. Événements divers contemporains de Tullus Hostilius et d'Ancus [Myreur, p. 87b-89a]

 

Ans 407-458 de David = 668-617 a.C.n.

 

Introduction  [texte]

L'histoire des « empereurs » de Rome continue avec Tullus Hostilius et Ancus, des règnes desquels ne sont retenus que quelques détails appartenant bien à la tradition romaine : des guerres contre Albe et Fidènes ainsi que la fin de Tullus Hostilius, mort foudroyé ; la fondation d'Ostie et la construction du premier pont sur le Tibre par Ancus. Il n'est toutefois pas exact, historiquement parlant, que les rois de Rome aient commencé de se vêtir de pourpre à partir de Tullus. La pourpre impériale n'est devenue réalité qu'au Bas-Empire. On trouvera beaucoup plus de détails dans notre article sur Les « Primordia » de Rome selon Jean d'Outremeuse paru dans les FEC 34 (2017).

Le philosophe Thalès de Milet est présenté comme un prophète ; Jérémie prophétise non seulement la captivité à Babylone mais aussi l'Incarnation de Jésus-Christ ; le roi Josias de Judée joue un rôle dans l'histoire des lois de Moïse ; Byzance, future Constantinople, est fondée ; Aquitain, le fils du duc de Gaule, constitue un grand territoire qu'il nomme Aquitaine, d'après son nom, et où seront dans la suite « fondées plusieurs cités illustres, telles Toulouse, Bigorre et beaucoup d'autres ». Toujours ce souci très marqué d'anticipation qui vise à faire remonter très loin dans le passé l'existence d'une Gaule très puissante et très étendue.

 

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Sommaire

À Rome, Tullus Hostilius succède à son père Numa - Son règne connaît des phénomènes atmosphériques et une épidémie (ans 407-417 de David = 668-658 a.C.n.)

Successions diverses en Judée et en Gaule - Le Romain Tullus remporte une guerre contre les Albains et les Fidénates, mais meurt foudroyé - Son fils Ancus lui succède (ans 421-438 de David = 654-637 a.C.n.)

Divers : Thalès - Jérémie - Cités en Aquitaine - Le grand prêtre Helcias retrouve dans le Temple les Lois de Moïse que Josias impose au peuple - Samia la Sibylle - Fondation de Byzance - Ancus fonde Ostie et construit un pont sur le Tibre - Josias de Judée vainc et tue Gad, le roi de Syrie (ans 439-458 de David = 646-617 a.C.n.)

 

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À Rome, Tullus Hostilius succède à son père Numa - Son règne connaît des phénomènes atmosphériques et une épidémie (ans 407 à 417 de David = 668-658 a.C.n.)

 

[p. 87] [Tulius, le IIIe empereure de Romme] Après le mort Nyma Pompilius fut fait emperere son fis Tulius Hostilius, liqueis regnat XXXI ans.

[p. 87] [Tullus, troisième empereur de Rome] Après la mort de Numa Pompilius, son fils Tullus Hostilius devint empereur. Il régna trente et un ans.

[Mortaliteit et movement de terre] Item, l’an David IIIIc XI pluit sanc par [p. 88] III jours, et si fist grant movement de terre, et fut veyut l'estoile comete ; et l'altre an apres fut si grant mortaliteit que les gens chaioient mors parmy les ruez.

[Mortalité et tremblement de terre] L'an 411 de David [664 a.C.n.], une pluie de sang tomba pendant [p. 88] trois jours. Un grand tremblement de terre se produisit et on vit la comète. L'année suivante sévit une épidémie importante au point que les gens tombaient morts dans les rues.

[Por la mortaliteit fut commenchiet d’aleir à nus piés en Gresche] Item, l'an David IIIIc et XIII, fut commenchiet en Gresche li usage d'aleir à nus pies, que ilh ne fasoient point par-devant ; et chu fut commenchiet por le mortaliteit, car ilh avoit esteit plus grant en Grescbe que altre part.

[À cause de l'épidémie, on commence à marcher pieds nus en Grèce] L'an 413 de David, l'usage se répandit en Grèce de marcher pieds nus, ce qui ne se faisait pas auparavant. Cela commença à cause de l'épidémie mortelle, qui avait été plus importante en Grèce qu'ailleurs.

[Tulius l’emperere qui commanchat promier à vestir purpre] Item, l'an David IIIIc et XVII, commenchat li emperere Tulius à vestir purpre ; et chis fut li promier emperere qui le vestit et qui le mist en usaige.

[Tullus, premier empereur à se vêtir de pourpre] L'an 417 de David [658 a.C.n.], l'empereur Tullus commença à se vêtir de pourpre ; il fut le premier à le faire et à mettre la pourpre en usage.

 

Successions diverses au royaume de Juda et en Gaule - Le romain Tullus remporte une guerre contre les Albains et les Fidénates, mais meurt foudroyé - Son fils Ancus lui succède (ans 421-438 de David = 654-637 a.C.n.)

 

[p. 88] Item, l'an David IIIIc XXI, morut Manasses, li roy de Judée, qui fut en sa jovente mult plains de mals et de diversiteit, mains ilh se remist al bien faire X ans anchois sa mort. Apres luy regnat son fis Amon XI ans, qui tous les jours de sa vie fut malvais, et ne soy retrahit onques de male à faire.

[p. 88] L'an 421 de David [654 a.C.n.] mourut Manassé, le roi de Juda. Jeune, il se fit remarquer par une vie pleine de méfaits et de fantaisies diverses, et ne redevint vertueux que dix ans avant sa mort. Après lui, son fils Amon régna onze ans. Il fut mauvais chaque jour de sa vie et ne s'abstint jamais de faire le mal.

[De duc de Galle] Item, l'an David IIIIc et XXVI, morut li dus de Galle Nay, si regnat apres son fis Alymodes LXXIIII ans. Chis Alymodes oit à femme Helion, la filhe Andorachi, uns des plus vaillans senateurs de Romme ; si en oit I fis, qui fut nommeis Aquitains.

[Le duc de Gaule] L'an 426 de David [649 a.C.n.] mourut Nay, le duc de Gaule ; son fils Alymodès régna après lui soixante-quatorze ans. Cet Alymodès eut pour femme Hélion, fille d'Andorache, un des plus vaillants sénateurs de Rome ; il en eut un fils, nommé Aquitain.

[Guerre entre Romans et Albains] Item, l'an David IIIIc et XXVII, recommenchat li empereres Tulius à repareir ses gueres qui longement avoient esteit en pais, et gueriat fortement les Albaniens, qui habitoient pres de Romme à XVIII lieu, et les Fedenante qui habitoient à XII mil de trans Tyberim, et les desconfist tos vigereusement ; si mist III ans al conquiere.

[Guerre entre Romains et Albains] L'an 427 de David [648 a.C.n.], l'empereur Tullus reprit ses guerres après une longue période de paix. Il combattit violemment contre les Albains, qui habitaient près de Rome, à dix-huit lieues, et contre les Fidénates, qui habitaient à douze milles au-delà du Tibre. Il les battit tous complètement ; leur conquête dura trois ans.

[Nota de Josias et de roys de Judée] Item, l'an David IIIIc et XXXIII, fut ochis Amon, le roy de Judee, par cheaux qui le siervoient ; mains li peuple en prist grant venganche. Apres Amon regnat XXXII ans son fis Josias, qui n'avoit d'eiage que VII ans ; et portant qu'ilh astoit si jovene fut-ilh si bien endoctrineis en la cremeur de Dieu, que ilh ne fist oncques se bien non en resemblant son bon ancesseur le roy David.

[Note sur Josias et les rois de Judée] L'an 433 de David [642 a.C.n.], Amon, roi de Juda, fut tué par des gens à son service, mais le peuple exerça contre eux une dure vengeance. Son fils Josias, âgé de sept ans seulement, régna durant trente-deux ans. Parce qu'il était jeune, il fut si bien instruit dans la crainte de Dieu qu'il ne fit jamais que le bien, ressemblant ainsi à son bon ancêtre le roi David.

[Nota del effodre qui chait sor l’emperere le IIIe] Item, l'an David IIIIc XXXVIII, chayt unc effondre sour Tulius, le IIIe emperere de Romme, où ilh seioit à table en son palais ; et là fut-ilh liet ses gens et le palais entirement jusques en terre tous ars et ochis. En teile maniere que je vos ay deviseit, fut ochis ly emperere Tulius ; et fut ars luy et tout sa maison. Apres le mort de luy fut fais li quars emperere de Romme Anchus Marchus, qui estoit son fis ; si regnat XXIII ans, de temps Josie, le roy de Judée.

[Note : la foudre tombe sur le troisième empereur] L'an 438 de David [637 a.C.n.], la foudre s'abattit sur Tullus, le troisième empereur de Rome, tandis qu'il était assis à table dans son palais. Le bâtiment fut complètement jeté à terre ; lui et ceux qui l'entouraient furent tous brulés et tués. Telle fut la disparition du roi et de toute sa maison. Après la mort de Tullus, Ancus Martius, son fils, fut désigné le quatrième roi de Rome ; il régna durant vingt-trois ans, au temps de Josias, le roi de Judée.

 

Divers : Thalès - Jérémie - Cités en Aquitaine - Le grand prêtre Helcias retrouve dans le Temple les lois de Moïse que Josias impose au peuple par Josias - Samia la Sibylle - Fondation de Byzance - Ancus fonde Ostie et construit un pont sur le Tibre - Josias de Judée vainc et tue Gad, le roi de Syrie (ans 439-458 de David = 636-617 a.C.n.)

 

Item, l'an [p. 89] David IIIIc et XXIX, fut neis I prophete, qui fut nommeis Talemilesius.

En l'an [p. 89] 439 de David5 [636 a.C.n.] naquit un prophète appelé Thalès de Milet.

[Jheremias prophetat l’incarnation Jhesu-Crist, et à Juys le capitiviteit en Babylone] En chist an meismes commenchat à prophetizier le valhan prophete Jheremias, qui fut sanctifyés anchois qu'ilh fust neis ; et prophetizat, l'an David IIIIc et XLVI, que temprement seroit li peuple d'Ysrael myneis en prison en Babylone, et si prophetizat la venue del Incarnation Jhesu-Crist.

[Jérémie prophétise l’Incarnation de Jésus-Christ et annonce aux Juifs la captivité à Babylone] Cette même année, le valeureux prophète Jérémie, qui avait été sanctifié avant sa naissance, commença à prophétiser. En l'an 446 de David [629 a.C.n.], il prophétisa que bientôt le peuple d'Israël serait mené en captivité à Babylone. Il prophétisa aussi la venue de l'Incarnation du Christ.

[Anconne - Acquitanus, le fis le duc de Galle, fondat Acquitaine, Tholouse et Pyragoire] Item, l'an David IIIIc et XLVIII, fondat Acquitanus, le fis le duc de Galle, une citeit qu'elle nommat Anconne, et habitat ens et pluseurs casteals ; si en fist en pou de temps unc gran pays ; se le nommat solonc son nom Acquitaine ; mains ons y at depuis fondeit pluseurs citeis nobles, si com Tholouse, Pyragore et mult d'aultres.

[Anconne - Aquitain, fils du duc de Gaule, fonde Aquitaine, Toulouse et Bigorre] En l'an 448 de David [627 a.C.n.], Aquitain, fils du duc de Gaule, fonda une cité qu'il nomma Ancône6, où il habita, ainsi que plusieurs châteaux. Il en fit en peu de temps un grand pays qu'il nomma Aquitaine, d'après son nom. Depuis plusieurs cités illustres y furent fondées, telles Toulouse, Bigorre et beaucoup d'autres.

[Alchie trovat en temple I libre où ly loy Moyses estoit, et le fisent les Juys] Item, l'an David IIIIc et LI, fist faire Josias, li roy de Judée, une grant sollempniteit dedens le temple de Jherusalem, et fut li XI jour en jenvier ; et fut la plus grant qui onques y euwist esteit depuis le temp Salmon, le fis David. Adont trovat li evesque Elchie unc libre en dit temple, où les loys Moyses astoient escriptes, qu'ilhs avoient longtemps entrelassiiet ; si commandat li roy Josias à son peuple que les commandemens, qui astoient en chi libre escrips, fussent songneussement tenus et gardeis.

[Helcias trouve dans le Temple un livre contenant la loi de Moïse, qui fut appliquée par les Juifs ] En l'an 451 de David [624 a.C.n.], Josias, roi de Juda, fit célébrer une cérémonie solennelle dans le Temple de Jéusalem, le 11 janvier. Ce fut la solennité la plus grande qui ait jamais existé, depuis Salomon, fils de David. À cette occasion, le grand-prêtre Helcias trouva dans ce Temple un livre où étaient inscrites les lois de Moïse, longtemps négligées par la population. Le roi Josias ordonna à son peuple de retenir et de garder soigneusement les commandements qui y étaient inscrits7.

[Sibile] Item, l'an David IIIIc et LV, commenchat à esclarchier et avoir grant nom une altre sibile, Samia.

[Sibylle] En l'an 455 de David [620 a.C.n.], une autre sibylle, Samia, commença à s'illustrer et à être très renommée.

[Bisantium ou Constantinoble] Item, l'an David IIIlc LVI, fut fondée Bisantium, qui maintenant est nommée Constantinoble, se le fondat le roy despartonoire.

[Byzance ou Constantinople] En l'an 456 de David [619 a.C.n.] Byzance, appelée maintenant Constantinople, fut fondée par le roi Despartonoire8.

[La citeit Hostie] Item, adont à XLVI mil pres de Romme fondat li emperere Anchus une citeit, quelle nommat Hostie ; et en l'an apres fist faire le promier pont trans Tyberim entre le mont de Aventine et Janiculum.

[La cité d'Ostie] À l'époque, près de Rome, à quarante-six milles, l'empereur Ancus fonda une cité, qu'il nomma Ostie. L'année suivante, il fit construire le premier pont sur le Tibre, entre l'Aventin et le Janicule.

Item, l'an David IIIIc et LVIII, oit grant batalhe entre le roy de Judée Josias et le roy de Surie Gad ; et oit li roy Josias victoir, et li roy Gad et ses gens furent ochis.

En l'an 458 de David [617 a.C.n.], une grande bataille opposa Josias, roi de Juda, et Gad, roi de Syrie. Josias remporta la victoire ; le roi Gad et ses gens périrent.

 

5 Des raisons de cohérence dans la chronologie des événements nous ont amené à corriger le texte du manuscrit (IIIIc et XXXIX au lieu de IIIIc et XXIX).

6 Il existe en France dans le département de la Drôme en région Auvergne-Rhône-Alpes une commune appelée Ancône (Bo). Mais on est assez loin de l'Aquitaine.

7 Cfr 2 Rois, 22 (Bo).

8 Après avoir noté que la fondation de Byzance est dans la tradition grecque attribuée à Byzas, fils de Neptine, A. Borgnet déclare ignorer qui Jean d'Outremeuse veut indiquer ici.

 


 

 

C. Événements divers contemporains de Tarquin l'Ancien - Exil à Babylone et annexion de la Judée [Myreur, p. 89b-91]

 

Ans 460-487 de David = 615-588 a.C.n.

 

Introduction [sommaire]  [texte]

Dans le récit des événements des vingt-cinq dernières années du « quatrième âge du monde », le monde romain occupe peu de place, avec quelques réalisations attribuées à Tarquin l'Ancien correspondant plus ou moins à la tradition romaine. On appréciera en tout cas la présentation très concrète de la cloaca maxima, le grand collecteur de la Rome antique. Par contre le motif de la victoire et de la suprématie gauloise sur la Rome de Tarquin (p. 91) relève entièrement de la fiction (cfr le nom Alymodès, porté par le duc de Gaule ; la revendication du tribut comme motif) et renvoie à la fois au goût de Jean d'Outremeuse pour les grands combats épiques et pour l'exaltation de la Gaule. Pour plus d'informations sur Tarquin, on se rapportera à notre article sur Les « Primordia » de Rome selon Jean d'Outremeuse (paru dans les FEC 34, 2017).

Quant à Marseille, la ville doit évidemment son existence aux Grecs, mais c'est une fondation phocéenne (Massilia), non chypriote, et le nom du roi Marselas est tiré du nom même de la ville (toujours les pseudo-étymologies).

Le monde juif occupe une grande partie du récit, avec les rois, les prophètes, les guerres avec l'Égypte (Néchao ou Nékao ou Néko, pharaon de la XXVIe dynastie, cfr Rois, II, 23, 29-35), et surtout l'intervention, au royaume de Juda,  des Babyloniens de Nabuchodosor II (605-539 avant notre ère), lequel n'est pas du tout le fils du pharaon Néchao. Le rôle de ce Nabuchodonor fut très important : conquête de la Palestine, prise de Jérusalem en 597 avant notre ère, mort du roi Joachim, triste sort du prophète Jérémie, imposition d'un tribut énorme, installation pendant dix ans (597-587 avant notre ère) d'un roi juif, Sédécias, que Nabuchodonosor pensait dévoué à sa cause mais qui fomente des révoltes réprouvées par le prophète Ézéchiel. La répression est terrible : en 586 avant notre ère, Nabuchodonosor fait entièrement brûler Jérusalem et détruire le Temple, les Juifs sont déportés en Babylonie, les fils de Sédécias assassinés, lui-même mutilé et déporté. C'est la fin de l'indépendance du royaume de Juda qui ne connaîtra plus, après le retour des populations juives qui reconstruiront Jérusalem sous Darius (annonce de la p. 91), que des protectorats (perses, séleucides, romains...).

La suite de cette triste histoire se lira dans le fichier suivant. Ces événements, si importants dans l'histoire et dans la mentalité juives, ont été choisis pour marquer le début du cinquième âge du monde.

 

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Sommaire

Ancus meurt - Tarquin, son fils et successeur, construit à Rome des murs, des égouts et le Capitole - Il crée vingt nouveaux sénateurs (ans 460-464 de David = 615-611 a.C.n.)

Le roi Joachim de Juda, alias Eliacim/Jeconias, succède à son père, le regretté Josias/Josué, tué à la guerre (ans 465 de David = 610 a.C.n.)

Nabuchodonosor II, roi de Babylone et d'Égypte, conquiert Jérusalem, tue le roi Joachim et emmène des Juifs, dont Ézéchiel et Daniel, à Babylone (ans 469-476 de David = 606-599 a.C.n.)

Succession du roi Joachim et triste sort du prophète Jérémie

Fondation de Marseille (an 478 de David = 597 a.C.n.) - Victoire et suprématie des Gaulois sur les Romains de Tarquin (an 483 de David = 592 a.C.n.)

Nabuchodonosor détruit Jérusalem et son Temple - Fin du royaume de Juda annexé à Babylone - Exil (ou transmigration) à Babylone (an 487 de David = 591 a.C.n.)

 

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Ancus meurt - Tarquin, son fils et successeur, construit à Rome des murs, des égouts et le Capitole - Il crée vingt nouveaux sénateurs (ans 460-464 de David = 615-611 a.C.n.)

 

[De IIIIe et Ve emperere de Romme] Sor l'an del coronation le roy David IIIIc et LX, en avrilh, morut Anchus, ly quars emperere de Romme. Apres fut fais le Ve de son fis Priscus [p. 90] Tarquinus, et regnat XXXVII ans.

[Les quatrième et cinquième empereurs de Rome] En l'an 460 du couronnement du roi David [615 a.C.n.], en avril, mourut Ancus, quatrième empereur de Rome. Après lui, son fils [p. 90] Tarquin l'Ancien devint le cinquième empereur et régna trente-sept ans.

Item, l'an IIIIc et LXIII, fist li emperere Tarquinus faire murs entour la plache que ons apelle ad ludos à Romme, et le fist bien encloire ; et y fist faire des basses chambres, que ons nom altrement chambres secreez ou privées, où les gens alloient faire chu que mestyer leur astoit ; et y fist faire des conduis qui condusoient parmy toutes les plueves qui plovoient, et la merde de Romme aleir en la riviere del Tybre.

En l'an 463 [612 a.C.n.], l'empereur Tarquin fit faire des murs autour de l'endroit de Rome appelé ad ludos, et le fit bien fermer. Il y fit faire des chambres basses, qu'on nomme aussi chambres secrètes ou privées, où les gens allaient satisfaire leurs besoins naturels. Il fit faire des canalisations par où s'écoulaient toutes les pluies et qui conduisaient les ordures de Rome dans le Tibre.

[L’emperere fist faire le Capitoile] En cel an meisme fist faire à Romme li emperere le Capitoile, dont nos avons parleit devant ; et fut nonimeis Capitoile portant, com enssi c'on foioit le fondement, fut trovée une tieste d'homme sens corps en la terre, et ons apelle I chief en latien caput ; si oit por cest raison à nom Capitoile.

[L’empereur fait construire le Capitole] Cette même année, l'empereur fit construire à Rome le Capitole, dont nous avons parlé précédemment (p. 69-70). L'endroit fut appelé Capitole, parce que, au moment des fondations, on découvrit dans la terre une tête d'homme, sans corps. Comme on appelle en latin une tête caput, l'endroit reçut le nom de Capitole.

[L’emperere fist XX senateurs et les adjondit avec les altres cent] Item, l'an David IIIIc et LXIIII, fist li emperere Tarquinus unc nombre de senateurs de XX, se les adjondit awec les cent que Romelus avoit ordineit ; si qu'ilh en fut Vlxx.

[L’empereur nomme vingt sénateurs et les adjoint aux cent autres] En l'an 464 de David [611 a.C.n.], l'empereur Tarquin créa vingt sénateurs qu'il adjoignit aux cent qu'avait institués Romulus (p. 85-86). Dès lors, les sénateurs furent cent vingt.

 

Le roi Joachim de Juda, alias Eliacim/Jéconias, succède à son père, le regretté Josias/Josué, tué à la guerre (an 465 de David = 610 a.C.n.)

 

[p. 90] [Josias fut en batalhe ochis] Item, l'an David IIIIc et LXV, oit grant batalhe entre Josias, le roy de Judée, et Nechas, le roy d'Egypte ; si oit Nechas la victoir, et fut Josias ochis, et son corps fut raporteis en Jherusalem et ensevelis awec ses ancesseurs ; se le plorat tout son peuple mult fortement, et sor que tos Jeremias le prophete, portant que Josias estoit proidhons. Et deveis savoir que alcons le nomment Josué, et les altres Jozias ; ch'est tout une personne.

[p. 90] [Josias est tué dans une bataille] En l'an 465 de David [610 a.C.n.], une grande bataille se déroula entre Josias, roi de Judée, et Néchao, roi d'Égypte. Néchao l'emporta et Josias fut tué. Son corps fut ramené à Jérusalem et enseveli avec ses ancêtres. Tout son peuple et surtout le prophète Jérémie, le pleurèrent beaucoup, car Josias était un homme de bien. Vous devez savoir que certains le nomment Josué, et d'autres Josias, mais c'est une seule et même personne.

[Eliachim et Jeconias est I roy] Chis roy avoit III fis, assavoir : ly anneis oit II nom : ilh fut nommeis Eliachim et Jeconias ; li secons fut nommeis Joacas, et li thirs fut nommeis Sedechias ; se tient le regne Joacas III mois tant seulement, puis le prist le roy d'Egypte, et le mist en sa prison, où ilh morut ; et adont les barons de Judée coronont son frere qui avoit II noms, se le nommont le roy Joachim, liqueis regnat XI ans.

[Eliacim et Jéconias ne sont qu'un seul roi] Josias avait trois fils. L'aîné portait deux noms : Eliacim et Jéconias ; le second se nommait Joacas, et le troisième Sédécias. Joacas n'occupa le trône que trois mois, avant d'être saisi par le roi d'Égypte et mis en prison où il mourut. Les barons de Judée couronnèrent alors son frère aîné, celui qui portait deux noms, et ils le dénommèrent le roi Joachim. Celui-ci régna onze ans.

 

Nabuchodonosor II, roi de Babylone et d'Égypte, conquiert Jérusalem, tue le roi Joachim et emmène des Juifs, dont Ézéchiel et Daniel, à Babylone (ans 469-476 de David = 606-599 a.C.n.)

 

[p. 90] [De roy Nabugodonosor qui conquist Jherusalem] Item, l'an David IIIIc LXIX, morut le roy de Babylone le grant et de Egypte Nechas ; si fut roy apres luy son fis Nabugodonosor, qui en brief temps apres conquist Jherusalem.

[p. 90] [Le roi Nabuchodonosor s'empare de Jérusalem] En l'an 469 de David [606 a.C.n.] mourut Néchao, roi de Babylone la Grande et d'Égypte. Son fils Nabuchodonosor II lui succéda, et ensuite, en très peu de temps, il conquit Jérusalem.

[Jezechiel Daniel prophetes - Lez Juys furent emyneis en Babylone] Item, l'an David IIIIc et LXXVI, oit grant batalhe entre Nabugodonosor, le roy de Babylone et de Egypte, et le roy de Judée Joachim ; si oit ly roy Nabugodonosor victoir, et fut Joachim mors, et une grant partie de son peuple awec, et si en furent [p. 91] meneis pluseurs en prison en Babylone ; entres lesqueis prisonirs furent les prophetes (Ézechiel et Daniel : mss B), et III altres jovenecheaux qui furent nommeis Ananias, Azarias et Mysael, qui puis furent en Babylone en grant honneur.

[Les prophètes Ézéchiel et Daniel - Les Juifs emmenés à Babylone] En l'an 476 de David [599 a.C.n.], une grande bataille opposa Nabuchodonosor, roi de Babylone et d'Égypte, et Joachim, roi de Judée. Le roi Nabuchodonosor remporta la victoire et Joachim mourut, ainsi qu'une grande partie de son peuple. Beaucoup [p. 91] furent emmenés comme prisonniers à Babylone. Parmi eux se trouvaient les prophètes Ézéchiel et Daniel ainsi que trois autres jeunes gens, nommés Ananias, Azarias et Mysaël, qui, par la suite, furent très honorés à Babylone.

 

Succession du roi Joachim et triste sort du prophète Jérémie

 

[p. 91] Apres Joachim fut roy de Judée son fis Joachim, liqueis regnat III mois ; puis le prist Nabugodonosor et le mist en prison en Babylone ; se vient le rengne à son oncle Sedechias, qui fut frere à Joachim, pere à cheluy Joachim ; liqueis Sedechias regnat X ans.

[p. 91] Après Joachim, son fils Joachim devint roi de Judée et régna trois mois ; ensuite, Nabuchodonosor l'arrêta et l'emprisonna à Babylone. Le pouvoir revint à son oncle Sédécias, frère de Joachim, père du roi emprisonné. Ce Sédécias régna dix ans.

[Jeremias oit à soffrir] A son temps oit mult à souffrir Jeremias le prophete, qui astoit en une chartre en bray jusques al menton, por tant qu'ilh avoit prophetiziet que li roy de Babylone prendroit en brief temps Jherusalem.

[Jérémie eut à souffrir] Durant sa vie, le prophète Jérémie eut beaucoup à souffrir : il fut emprisonné, enfoncé dans la boue jusqu'au menton, pour avoir prophétisé que Jérusalem serait très bientôt prise par le roi de Babylone.

 

Fondation de Marseille (an 478 de David = 597 a.C.n.) - Victoire et suprématie des Gaulois sur les Romains de Tarquin (an 483 de David = 592 a.C.n.)

 

[p. 91] Sour l'an David IIIIc LXXV III fut fondée la citeit de Marsel sor la mere, et le fondat Marselas, ly roy de Cypre.

[p. 91] En l'an 478 de David [597 a.C.n.] fut fondée la cité de Marseille, sur la mer, par Marselas, le roi de Chypre.

[Guerre entre le duc de Galle et lez Romans, et furent Romans desconfis] Item, l'an David IIIIc LXXXIII, oit grant batalhe entre le dus de Galle Alymodes et l'emperere de Romme Tarquinus, portant que li empereir voloit que ilh rendissent à ly tregut de leur terre. Si avient que li emperere fut desconfis ; si s'enfuit à Romme.

[Guerre entre le duc de Gaule et les Romains, qui sont défaits] En l'an 483 de David [592 a.C.n.], une grande bataille eut lieu entre le duc de Gaule Alymodès et l'empereur de Rome, Tarquin, parce que ce dernier exigeait que les Gaulois lui paient un tribut pour leur terre. L'empereur fut vaincu et s'enfuit vers Rome.

Dedont en avant furent les Gallyens et Sycambiens si malvais, portant que ilh avoient desconfis l'emperere de Romme et tous ses devantrains tant de fois, ne oncques ne porent avoir une victoir contre eaux, si que nuls ne poioit dureir pour eaux ; car ilhs astoient si vertueuses que ilhs destruoient tous cheaux qui avoient à eaux à faire. Et fisent tant que leurs dus tenoit grant terre, et astoit poissans saingnour.

Dans la suite Gaulois et Sicambres se montrèrent très menaçants. En effet, Ils avaient vaincu à de nombreuses reprises l'empereur de Rome et ses prédécesseurs, sans que ceux-ci aient jamais pu remporter une victoire contre eux. Nul ne pouvait leur résister ; ils étaient si courageux qu'ils anéantissaient tous leurs adversaires. Ils étaient si forts que leur duc détenait un grand territoire et était un seigneur puissant.

 

Nabuchodonosor détruit Jérusalem et son Temple - Fin du royaume de Juda annexé à Babylone - Exil à Babylone (an 487 de David = 591 a.C.n.)

 

[p. 91] [La citeit de Jherusalem fut prise et destruite et le temple ars] [Ly roy Sedechias et ses enfans ochis ; chi fallit ly regne d’Israel et adjosteit à Babylone] Item, l'an David IIlIc IIIIxx et VII, assegat Nabugodonosor la citeit de Jherusalem, portant que Sedechias li refusoit à payer son tregut. Si fut la citeit prise et destruite, et li temple ars, en teile manere que li sains prophete Jeremias (et) Ezechias avoient devant prophetiziet ; et fut pris li roy Sedechias, et tous ses enfans par devant luy ochis, et ilh meisme oit les yeux creveis, puis fut mys en chartre où ilh morut. Adont defalit li regne des fis Ysrael, et fut ly royalme de Judée adjostée awec le royalme de Babylone. Cest destruction fut appellée la transmigration. Enssi furent les fis Ysrael en captiviteit qui durat jusques al temps Daire, le roy de Persie, qui donnat congiet aux fis de Ysrael de reedifyer le temple de Jherusalem et de raleir là, enssi com vos oreis apres.

[p. 91] [La cité de Jérusalem est prise et détruite, et le Temple incendié] [Le roi Sédécias et ses enfants sont tués ; le royaume d'Israël est renversé et rattaché à Babylone] En l'an 487 de David [591 a.C.n.], Nabuchodonosor assiégea la cité de Jérusalem, parce que Sédécias refusait de lui payer le tribut. La ville fut prise et détruite, et le Temple fut incendié, comme les saints prophètes Jérémie et Ézéchiel l'avaient précédemment annoncé. Le roi Sédécias fut capturé, et tous ses enfants tués en sa présence. Lui-même eut les yeux crevés, puis fut jeté en prison, où il mourut. Alors se termina le règne des fils d'Israël, et le royaume de Juda fut annexé à celui de Babylone. Cette destruction fut appelée la transmigration. Ainsi les fils d'Israël furent en captivité jusqu'au moment où Darius, le roi de Perse, leur permit de reconstruire le Temple de Jérusalem et de retourner là-bas, comme vous l'entendrez ci-après (p. 97).

 

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