Jean d'Outremeuse, Myreur des histors, I, p. 159b-171a

Édition : A. Borgnet (1864) ‒ Présentation nouvelle, traduction et introductions de A.-M. Boxus et de J. Poucet (2017)

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Ce fichier contient quatre parties :

Myreur, p. 159b-163a (A. Expansion romaine après les Guerres Puniques : histoire et fiction)

Myreur, p. 163b-165a (B. La Judée sous Simon Maccabée et son fils Jean Hyrcan - Divers)

Myreur, p. 165b-168a (C. Gaulois et Romains - Jean Hyrcan et Antiochus - Divers)

Myreur, p. 168b-171a (D. Début de la Geste d'Anynal de Carthage et événements divers)

 


 

A. EXpansion romaine après les guerres puniques : histoire et fiction [Myreur, p. 159b-163a]

 

Ans 445-452 de la transmigration = 144-137 a.C.n.

 

Introduction [sommaire et texte]

Les notices qui vont suivre présentent dans un grand désordre l'état de l'Occident et de l'Orient pendant les années qui suivirent les Guerres Puniques et qui virent l'expansion progressive de Rome dans le bassin oriental de la Méditerranée. L'histoire se mêle à la fiction et les détails mineurs aux événements majeurs. La prise de Corinthe en 146 avant notre ère évoquée dans la première notice marque une date symbolique dans ce contrôle progressif par Rome de régions entières : l'Achaïe, la Macédoine, la Grèce entière, le royaume de Pergame. Viendront ensuite les contacts, diplomatiques ou autres, entre les autres états issus du démembrement de l'empire d'Alexandre.

Les Romains installent à Carthage un sénateur romain inconnu, Gazon, avec le titre de roi et la mission de reconstruire la ville ; il reviendra dans la suite du récit comme père d'Anynal, sorte de doublure d'Hannibal (p. 168ss). En réalité, après la destruction totale de la ville qui marque la fin définitive de la troisième Guerre Punique, il y eut bien, sous les Gracques, une tentative d'en faire une colonie en 122 avant notre ère, mais l'opération avorta et ne reprit qu'en 44 avant notre ère sous l'impulsion de César. Elle n'aboutira vraiment que sous Auguste.

Les opérations romaines dans le sud de la Gaule, qui conduisirent vers 120 avant notre ère à la création de la Gaule Narbonnaise, ne peuvent en rien correspondre au contenu de la notice sur les Romains envahissant la Gaule pour récupérer le tribut des Gaulois et se heurtant au duc Franco et à ses alliés. On l'a dit déjà à plusieurs reprises. Ces ducs de Gaule, Franco et ses prédécesseurs, n'appartiennent pas à l'histoire : ce sont des constructions relevant de l'épopée. La Flandre, la Bourgogne, l'Auvergne et le Limousin n'existent pas, comme tels, à l'époque où le lecteur est censé se trouver. Il n'y eut pas avant César d'expansion romaine au nord de la Gaule Narbonnaise. Et ne parlons pas de la Hongrie ou de la Bulgarie. Quant à l'Espagne, si les Romains l'avaient presque complètement conquise en 133 avant notre ère, ce n'était évidemment pas pour en confier la gestion au fils du roi des Latins Franbal. Les Latins n'étaient plus au IIe siècle avant notre ère un royaume indépendant. Bref, on continue à évoluer dans l'épopée.

Cela dit, quelques-uns des événements rapportés par Jean ont un certain ancrage dans l'histoire.

Ainsi par exemple un important soulèvement d'esclaves eut bien lieu en Sicile de 140 ou 139 à 132 avant notre ère dans la région d'Enna. Des esclaves, dirigés par un certain Eunoüs d'origine syrienne, y formèrent pendant près de sept années un véritable royaume, appelé royaume des Syriens. Les armées romaines mirent beaucoup de temps et subirent plusieurs défaites pour mettre fin à la révolte. Orose en parle et son texte, d'une manière indirecte semble-t-il, a influencé le chroniqueur liégeois.

De l'histoire authentique se trouve aussi dans la présentation du monde oriental. Ainsi par exemple dans les affaires de Judée, où intervient à deux reprises Jonathan Maccabée, lequel, après la mort de son frère Judas Maccabée, dirigea la dynastie hasmonéenne de 159 à 143 avant notre ère. La première notice de Jean (p. 161) nous apprend l'existence d'un traité d'alliance, qui fut jadis conclu avec les Romains par son frère Judas et renouvelé par Jonathan. L'authenticité de ce traité, parfois mise en doute, est aujourd'hui admise par la majorité des auteurs (cfr M. Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, 2009, p. 11-21, qui donne les témoignages antiques. Jean rappelle aussi (p. 163), ce dont il avait déjà été question (p. 156), à savoir les rapports positifs de Jonathan avec les souverains Séleucides et sa lutte contre les Lagides aux côtés d'Alexandre Balas de Syrie. Mais ces points de contact n'impliquent pas que tous les détails transmis dans Ly Myreur sur les affaires d'Orient appartiennent à l'histoire authentique. Ici, comme dans toutes les autres sections, il faudrait de longs commentaires pour séparer l'histoire de la fiction. Une chose en tout cas est certaine, l'histoire de la Judée prend désormais de plus en plus de place dans le récit de Jean (cfr p. 163ss).

 

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Sommaire

Durant le siège de Carthage, les Romains conquièrent et dévastent Corinthe, ville incomparable pour ses richesses et sa beauté - Ils soumettent l'Achaïe au tribut de Rome - À Rome, naissance d'un monstre - En Sicile, éruption de l'Etna et révolte des esclaves - La Sicile est un pays sans droit, dominé par des esclaves ou des tyrans (vers 445 de la transmigration = 144 a.C.n.)

Les Grecs, sachant les Romains occupés à Carthage, viennnent attaquer Rome, mais sont battus et mis en fuite - Depuis Rome, les Romains réagissent, s'emparent de la Macédoine et conquièrent toute la Grèce, recevant l'hommage du roi des Grecs Paterne (441-442 de la transmigration = 148-147 a.C.n.)

Les Romains renforcent ou concluent des alliances avec l'Égypte de Ptolémée, la Judée (Judas et Jonathan Maccabée), le royaume de Bil (Sobath) - Les deux fils du roi Ébronus de Hongrie, Ébroch et Jason, deviennent l'un roi de Hongrie, l'autre duc de Bulgarie (442-446 de la transmigration = 147-143 a.C.n.)

Les Romains nomment le sénateur Gazon roi de Carthage et le chargent de repeupler et de reconstruire Carthage, ce qui prendra vingt ans - Alliés aux Ligures, les Romains triomphent en Ligurie de Hiéron de Syracuse, qui rentre vaincu en Sicile, frappée par une éruption de l'Etna - Les Romains conquièrent l'Espagne du roi Corsados et l'attribuent à Franbal, le fils du roi des Latins (446-447 de la transmigration = 143-142 a.C.n.)

Les Romains, pour récupérer le tribut des Gaulois, envahissent la Gaule, mais ils se heurtent au duc Franco et à ses alliés (Flandre, Bourgogne, Auvergne, Limousin) - Une grande bataille, entraînant de lourdes pertes, tourne à l'avantage des Gaulois - Les adversaires retournent chacun dans leur pays (447 de la transmigration = 142 a.C.n.)

Alexandre de Syrie rompt avec Ptolémée VI, qui l'avait trahi, et, avec l'aide de Jonathan de Judée, le tue dans une bataille, récupérant sa femme et son territoire - Ptolémée VII (Timothée) succède à son père, tandis que Gazon reconstruit Carthage (447-448 de la transmigration = 142-141 a.C.n.)

Le roi de Hongrie prend possession de la Bulgarie et épouse la fille du duc Franco de Gaule - En Syrie, Antiochus, hostile à Israël, succède à Alexandre - Chez les Latins, Jonyus succède au roi Jonidel (449-452 de la transmigration = 140-137 a.C.n.)

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Durant le siège de Carthage, les Romains conquièrent et dévastent Corinthe, ville incomparable pour ses richesses et sa beauté - Ils soumettent l'Achaïe au tribut de Rome - À Rome, naissance d'un monstre - En Sicile, éruption de l'Etna et révolte des esclaves - La Sicile est un pays sans droit, dominé par des esclaves ou des tyrans (vers 445 de la transmigration = 144 a.C.n.)

 

[p. 159] [Corinthe] Le temps des IIII ans durant, d'an en an fesoient les Romans stesant à Romme leurs consules et tribuniiens. Si avient que cel propre an que Cartage fut destruite et devastée, qui fut l'an IIIIc et XLV, astoient consules Guyon Corneliien et Lucan Luculo, qui à grant gens alarent en Corinthe, le plus beals et le plus riche pays de tout la terre, et l'ont prise et devastée, et tout Achaya mise al subjection des Romans.

[p. 159] [Corinthe] Pendant les quatre ans (du siège de Carthage), les Romains restés à Rome désignaient chaque année leurs consuls et leurs tribuns. Et l'année même de la destruction et dévastation de Carthage, en 445 [144 a.C.n.], les consuls de Rome Cneius Cornelius et Lucanus Luculus (?), menèrent de nombreuses troupes à Corinthe, le pays le plus beau et le plus riche de la terre. Ils prirent la ville, la dévastèrent et soumirent toute l'Achaïe au tribut des Romains (Orose, V, 3, 1-7, avec toutefois d'autres noms de consuls).

Et por le grant multitude de statue et colompnes des symulachre fais d'or et d'argent, ilh l'ont tout arse ; dont chu fut grant damaige d'on teile pays que de Corinthe, si riche et si beals que nuls n'astoit parelhe à ly. Et par especial tous les metails de monde avoient iIIuc leur nascenche à grant influenche, et encore est là trovée une genre de noveal metal ; et se fait là que ons nomme de Corinthe, de quoy ons fait des beals vassealz qui sont grans et Ions que ons apelle vasseals de Corinthe.

Pour ce qui est de la multitude de statues et de colonnes, faites d'or et d'argent, ils ont tout incendié. Ce fut un grand dommage pour un pays comme Corinthe, qui en matière de richesse et de beauté n'était comparable à aucun autre. En particulier c'était là l'origine de tous les métaux du monde, ce qui eut une grande influence. C'est là aussi qu'on découvrit un matériau d'un genre nouveau dit 'de Corinthe', avec lequel on fabrique de longs et grands vases, qu'on appelle 'vases de Corinthe'.

Et puis sont les Romans revenus. Entour chely temps, al temps que Servie et Flamto astoient consules de Romme, nasquit unc enfé d'onne ancille, qui aportat sor terre IIII piés et IIII mains, IIII yeux, II membres naturels, et astoit marle, et le nommons monstre teils creatures qui en nature superhabundent ou defalent.

Ensuite, les Romains revinrent [à Rome] Aux alentours de cette date, au temps où Servius et Flaccus (?) étaient consuls à Rome, une servante donna naissance à un enfant, né avec quatre pieds, quatre mains, quatre yeux, deux membres naturels ; c'était un mâle. On appelait 'monstres' ces créatures trop abondamment ou trop pauvrement servies par la nature (cfr Orose, V, 6, 1).

[De Zesile] Item, en chi temps, en Sezile, le mons de Etna commenchat à jecteir si grant flamme de feux et si fort, qu'ilh absconsoit ses voisins de la fumée.

[En Sicile] En ce temps-là, en Sicile, le mont Etna commença à cracher des flammes de feu si grandes et si puissantes, que la fumée du volcan cachait tout le voisinage (cfr Orose, V, 6, 2).

Item, à cel temps, oit en Sezile une batalhe des serf contres les altres, car, enssi com dist Orosius, li noise des serfs tant est plus petit tant est plus crueuse, et ilh mordent [p. 160] quois taisant en trahison. Ilh venquirent li serf à chesti fois, de quoy toutes les nations soy espaentont ; si avient que li paiis fut en subjection aux tirans, et li serf acruis, et tous les remanans fut chaitis. Et depuis li ysle de Sezilh at esteit miserable, et ne fuit depuis en estat de droit longtemps qu'ilh ne rechaist en la subjection, l'une fois des serf, l'autre des tyrans maintenant la sangnorie.

À l'époque, en Sicile, une bataille eut lieu entre des esclaves et les autres habitants, car, comme le dit Orose, plus petit est le soulèvement des esclaves, plus il est cruel ; ils mordent [p. 160] en restant cois, ils trahissent en silence. Cette fois-là, les esclaves l'emportèrent, ce qui épouvanta toutes les nations. Le pays fut aussi soumis à des tyrans, les esclaves furent crucifiés, et les rescapés faits prisonniers. Depuis lors, la Sicile connut le malheur, et resta longtemps sans droit, retombant dans la soumission à des esclaves, ou à des tyrans au pouvoir (cfr d'assez loin toutefois Orose, V, 6, 3-6, avec II, 14, 1).

 

Les Grecs, sachant les Romains occupés à Carthage, viennnent attaquer Rome, mais sont battus et mis en fuite - Depuis Rome, les Romains réagissent, s'emparent de la Macédoine et conquièrent toute la Grèce, recevant l'hommage du roi des Grecs Paterne (441-442 de la transmigration = 148-147 a.C.n.)

 

[p. 160] [Les Grigois devant Romme] Nos vous avons dit le fait de Cartaige entirement ; se vorons retourneir al année, où nos avins lassiet nostre matere.

[p. 160] [Les Grecs devant Rome] Nous vous avons tout dit en ce qui concerne Carthage ; retournons maintenant à l'an où nous avons laissé notre matière.

Chu est l'an IIIIc et XLI que les Romans alarent en Cartaige, car adont avient que les Grigois soy avissarent et assemblarent gens ; si montarent sour mere por venir à Romme et gangnier et destruire, car ilhs quidoient qu'ilh n'y ait point de peuple et qu'ilh fussent tous en Affrique.

C'est en l'an 441 [148 a.C.n.] que les Romains allèrent à Carthage. Alors les Grecs se décidèrent à assembler des troupes. Ils embarquèrent pour se rendre à Rome, s'emparer de la ville et la détruire, croyant qu'elle était dépeuplée, que tous les Romains étaient en Afrique.

Si sont venus devant Romme ; mais les Romans issirent fours à Cm hommes, et les corurent sus et les desconfirent ; car les Grigois perdirent cuers, quant ilh aparchurent si grant peuple ; et encordont astoient bien les Grigois cent et LX milh hommes. Si en fut ochis LXXm, et les aultres s'enfuyrent, que les Romans cachont en jurant que jamais ne retourneroient, se aront tout Gresche conquesteit.

Les Grecs arrivèrent devant Rome. Les Romains sortirent de la ville avec cent mille hommes, les affrontèrent et les battirent. Les Grecs avaient perdu courage en apercevant devant eux une foule si importante : ils étaient pourtant cent soixante mille. Soixante-dix mille furent tués et les autres s'enfuirent, poursuivis par les Romains qui juraient de ne jamais revenir, avant d'avoir conquis l'ensemble de la Grèce.

[Machidone conquestée par les Romans] Si ont mandeit partout naves et les font ariveir à port à Brandis, et se sont bien porveus de tout chu qui les besongne, puis montarent sor mere, l'an IIIIc et XLII en mois de junne. Et vinrent droit en Gresse ; et là conquisent les Romans toute le regne de Machidone, dont li valhan Alixandre fuit roy.

[La Macédoine conquise par les Romains] Les Romains firent venir de partout des navires qu'ils rassemblèrent dans le port de Brindes. Ils s'équipèrent de tout le nécessaire, puis embarquèrent en juin 442 [147 a.C.n.]. Ils se dirigèrent directement vers la Grèce et, arrivés là, ils firent la conquête de tout le royaume de Macédoine, dont le vaillant Alexandre avait été le roi.

Apres vinrent à eaux les Grigois, et se rendirent, et portarent les clefs de leurs citeis en la main des Romans. Et ilh les ont rechus, et Paterno, li roy grigois, at faite homaige aux Romans sens cop ferir : chu fut grant chouse.

Les Grecs vinrent vers eux, se rendirent et remirent les clés de leurs cités aux mains des Romains. Ceux-ci les reçurent et Paterne, le roi des Grecs, rendit hommage aux Romains, sans coup férir ; ce fut un grand événement.

 

Les Romains renforcent ou concluent des alliances avec l'Égypte de Ptolémée, la Judée (Judas et Jonathan Macchabée), le royaume de Bil (Sobath) - Les deux fils du roi Ébronus de Hongrie, Ébroch et Jason deviennent, l'un roi de Hongrie, l'autre duc de Bulgarie (442-446 de la transmigration = 147-143 a.C.n.)

 

[p. 160] [Alianche de roy Pholomes aux Romans] Quant ly roy Pholomes d'Egypte entendit comment les Romans conquestoient tout le pays atour de ly, ilh mandat aux Romans qu'ilh voloit à eaux impetreir amisteit, sor teile manere que s'ilh avenoit qu'ilh eussent besongne d'ayde dechà mere ne delà, et ilh le mandassent, que ilh les aideroit à XLm hommes ; et de chu ilh les envoiat lettres sailées de son seal. Quant les Romans veirent chu, si furent bien contens de luy, et leurs plaisit mult bien ; se lassarent son pays en pais.

[p. 160] [Alliance du roi Ptolémée et des Romains] Quand le roi Ptolémée d'Égypte apprit que les Romains faisaient la conquête de tout le territoire autour de lui, il leur fit savoir qu'il souhaitait leur amitié ; ainsi si par hasard ils avaient besoin d'aide, où que ce soit en mer, qu'ils le lui fassent savoir, et il les aiderait avec quarante mille hommes. Il leur envoya des lettres scellées de son sceau. Quand les Romains virent cela, ils furent très contents et apprécièrent beaucoup Ptolémée ; ils laissèrent l'Égypte vivre en paix.

[De Jonathas] Apres y vient Jonatas, le prinche [p. 161] de Judée, et renovelat et reconfermat les alianches que Judas Machabeus, son frere, avoit faite à eaux en temps devant par bonnes lettres. Adont les Romans fisent à Jonatas grant fieste, et reconfermarent mult volentiers les alianches.

[Jonathan] Après cela arriva à Rome Jonathan, le prince [p. 161] de Judée, qui renouvela et reconfirma les alliances que son frère Judas Maccabée avait précédemment conclues officiellement par des lettres avec les Romains, qui firent grande fête à Jonathan et reconfirmèrent très volontiers les alliances.

Item, l'an IIIIc et XLIIII, donnarent les Romans le royalme de Vil à Sobath, unc prinche qui les avoit bien servit, liqueis astoit de la terre de Vil. Et ly roy Rebroch astoit adont mors sens heurs.

En l'an 444 [145 a.C.n.], les Romains donnèrent le royaume de Bil à Sobath, un prince qui les avait bien servis, et qui était natif de ce pays. Car le roi Rebroch (de Bil) était mort alors, sans héritiers.

[De roy Alixandre] Item, l'an IIIIc et XLV, prist ly roy Alixandre de Surie à femme Thesdela, la fille le roy Pholomes d'Egypte ; mains puisdit ly retollit ly roy Pholomes sa fille et son rengne.

[Le roi Alexandre] En l'an 445 [144 a.C.n.], le roi Alexandre de Syrie épousa Thesdela, la fille du roi Ptolémée d'Égypte ; mais par la suite le roi Ptolémée lui reprit sa fille et son royaume.

[De promirs roy de Hongrie] Item l'an IIIIc et XLVI, morut Ebronus li promier roy de Hongrie ; si fut apres luy roy son anneis fis Ebroch, qui regnat XIII ans ; et son altre fis, qui oit nom Jason, fut dus de Bulgarie.

[Le premier roi de Hongrie] En l'an 446 [143 a.C.n.] Ébronus, le premier roi de Hongrie, mourut ; son fils Ébroch lui succéda, et régna durant treize ans. Son autre fils, appelé Jason, devint duc de Bulgarie.

 

Les Romains nomment le sénateur Gazon roi de Carthage et le chargent de repeupler et de reconstruire la ville, ce qui prend vingt ans - Alliés aux Ligures, les Romains triomphent en Ligurie de Hiéron de Syracuse, qui rentre vaincu en Sicile, frappée par une éruption de l'Etna - Les Romains conquièrent l'Espagne du roi Corsados et l'attribuent à Franbal, le fils du roi des Latins (446-447 de la transmigration = 143-142 a.C.n.)

 

[p. 161] [De roy Gazon] En cest an meismes donnarent les Romans la royalme de Cartaige, qui tout astoit destruit, à Gazon le fis de senateur Alixandre de Pavie, qui bien les avoit servit, par teile manere et condition que ly dis Gazon, qui astoit noble et valhant prinche, devoit ladit royalme reedifiier, et peupleir de gens des Romans ; et devoient rendre tous les ans tregut aux Romans, tant et si longement que ly royalme seroit reedifiiet et en bon point remys, cascon an de IIIm talent de fin argent ; se mont li talent L libvres pessant d'argent. Enssi rendirent teile tregut Gazon, li roy noveal de Cartaige, et ses heurs aux Romans par l'espause de XX ans qu'ilh misent al reedifiier le royalme. Et apres les XX ans passeis, ilhs furent quittes et en pais. Et chi grant tregut les fasoient payer les Romans, portant qu'ilh voloient qu'ilh soy hastassent de redifiier plus toist por estre quicte de leur tregut.

[p. 161] [Le roi Gazon] En cette année-là [143 a.C.n.], les Romains attribuèrent le royaume de Carthage, qui était entièrement détruit, à Gazon, le fils du sénateur Alexandre de Pavie, qui les avait bien servis. Les conditions étaient les suivantes : Gazon, un prince noble et vaillant, devait reconstruire la cité et la peupler de gens soumis aux Romains ; chaque année, ils devaient payer aux Romains un tribut de trois mille talents d'argent fin, jusqu'à la reconstruction et la remise en bon état du royaume. Un talent vaut cinquante livres d'argent. Ainsi le nouveau roi de Carthage et ses héritiers payèrent ce tribut aux Romains, pendant la période de vingt ans qu'ils mirent à la reconstruction du royaume. Lorsque les vingt ans furent passés, ils furent quittes et vécurent en paix. Les Romains exigeaient un tel tribut, voulant pousser les Carthaginois à se hâter de reconstruire pour être quittes du tribut au plus tôt.

[De roy Gero] En celle an meisme, ly roy de Sezilh, qui avoit nom Gero, entrat à grant gens en Ytaile et commenchat à gasteir le pays ; mains les Romans envoiarent contre luy gens d'armes, LXm hommes por combatre à eaux ; se les conduisoit Lucien Corneliien et Entulien Fulvius, consules. Ches les encontrarent el regne de Ligurie, et là les Romans, et les Liguriens awec eaux, soy combatirent à cheaux de Sezilh ; s'en ochirent XXXIIIm, et en prisent Vm prisonnirs. Enssi furent-ilh desconfis. Si s'en ralarent devers Sezilh, où ilh troverent le montangne de Etna, qui jettoit plus grant flammes le motié que devant.

[Le roi Hiéron] En cette même année, le roi de Sicile, Hiéron, entra avec de nombreuses troupes en Italie et commença à ravager le pays. Les Romains envoyèrent contre lui soixante mille hommes pour les combattre ; ils avaient, à leur tête, les consuls Lucius Cornelius et Entullius Fulvius. Ils se rencontrèrent dans le royaume de Ligurie et, là, les Romains alliés aux Ligures affrontèrent les Siciliens. Ils en tuèrent trente-trois mille et firent cinq mille prisonniers. Ainsi vaincus, les Siciliens retournèrent en Sicile, où ils trouvèrent le mont Etna qui crachait des flammes deux fois plus hautes que précédemment.

[p. 162] [Chi commenchent les guerres d’Espangne – Ly primir roy Corsados] Item, l'an IIIIc et XLVII, chevalcharent les Romans à grant gens devers Espangne, et conquisent tout le regne d'Espangne et ses appendiches ; et orent pluseurs batalhes contre le roy Corsados, qui en fut ly promirs roy, qui fut ochis de Luciien, le consule ; et furent mors des Espangnons LXm hommes.

[p. 162] [Début des guerres d’Espagne – Le premier roi Corsados] En l'an 447 [142 a.C.n.], les Romains chevauchèrent avec de nombreuses troupes vers l'Espagne qu'ils conquirent entièrement avec ses dépendances. Ils livrèrent de nombreuses batailles contre Corsados, qui fut leur premier roi et qui fut tué par le consul Lucius. Soixante mille Espagnols périrent.

[Franbal le IIe roy d’Espangne] Adont les Romans donnarent le royalme d'Espangne à Franbal, le fis le roy Invidel des Latins.

[Franbal, deuxième roi d'Espagne] Alors les Romains attribuèrent le royaume d'Espagne à Franbal, le fils du roi Invidel des Latins.

 

Les Romains, pour récupérer le tribut des Gaulois, envahissent la Gaule, mais ils se heurtent au duc Franco et à ses alliés (Flandre, Bourgogne, Auvergne, Limousin) - Une grande bataille, entraînant de lourdes pertes, tourne à l'avantage des Gaulois - Les adversaires retournent chacun dans leur pays (447 de la transmigration = 142 a.C.n.)

 

[p. 162] [Guerre entre les Romans et les Galliens] Quant les Romans furent revenus à Romme, si orent conselhe entre eaux qu'ilh yroient en Gal, eaux vengier des Sycambiens et reconquerre leur tregut, que ilh ne voloient mie payer.

[p. 162] [Guerres entre Romains et Gaulois] Quand les Romains furent revenus à Rome, ils tinrent conseil et décidèrent entre eux d'aller en Gaule, pour se venger des Sicambres et récupérer le tribut que les Gaulois refusaient de payer.

Si en alerent enssi en Galle ; mains ilh fut anunchiet al duc Franco. Adont mandat li dus Franco à conte de Flandre qu'ilh li vengne aidier ; et ilh y vient à LXm hommes Flammens. Puis mandat en Burgongne son fis, le duc Ector, qui y vient à LXm Burgungnons, et en Avergne et en Lymosins. Et ly dus Franco assemblat IIIIm hommes ; si oit plus de IIc milh hommes.

Ainsi donc s'en allèrent-ils en Gaule. Mais le duc Franco l'apprit et demanda l'aide du comte de Flandre, qui arriva avec soixante mille Flamands. En outre, Franco fit venir de Bourgogne son fils, le duc Ector, qui amena soixante mille Bourguignons ; il demanda aussi de l'aide d'Auvergne et du Limousin. Le duc Franco rassembla quatre mille hommes et disposa de plus de deux cent mille hommes.

Et les Romans avaient Cm hommes, et fut ordineit jour de batalhe le XIIIe jour de decembre, l'an IIIIc XLVII. Se conduisoit les Romans le Quinte Scipions et Guyon Manlien, consules ; car les devantrains consules astoient vers Espangne à Cm hommes, sicom dit est. Cesti estour commenchat apres soleal levant, et durat jusqu'à apres heurs de medy.

Les Romains, eux, en avaient cent mille, et le jour de la bataille fut fixé au 13 décembre de l'an 447 [142 a.C.n.]. Quintus Scipion et Caius Manlius étaient à la tête des Romains ; car les consuls précédents étaient du côté de l'Espagne, comme cela vient d'être dit. La bataille commença au lever du soleil et dura jusqu'après les heures de midi.

Et furent les Sycambiens pres desconfis à promirs. Et là fut mors li conte de Flandre Lyndrel et dois de ses fis : Jochan et Zonas ; et ly thirs, qui oit nom Lydoneus, escappat, et fut conte de Flandre apres son pere ; si regnat XLI ans.

Les Sicambres furent d'abord près d'être vaincus. Lidriel, le comte de Flandre, et deux de ses fils, Joachan et Zonas, moururent ; le troisième, Lydoneus, échappa à la mort et succéda à son père ; il régna quarante et un ans.

En cel batalhe perdit ly dus Franco XLm hommes, et fut pres desconfis. Mains quant les drois Sycambiens, qui astoient de la droit nation de Galle, veirent le mechief, si soy habandonarent aux Romans, teilement escriant Galle et Sycambre, que les Romans furent desconfis, et se soy misent al fuyr vers le bois ; si perdirent LXm hommes. Et les Sycambiens en ralont en Lutesse, por le doubtanche des Romans ; et les Romans chevalcharent tout par nuit, por eaux salveir.

Dans cette bataille, le duc Franco perdit quarante mille hommes et fut presque vaincu. Mais quand les vrais Sicambres, constituant la vraie nation de Gaule, virent le désastre, ils se précipitèrent sur les Romains, en criant très fort 'Gaule' et 'Sicambre' au point que les Romains furent défaits et s'enfuirent dans les bois ; ils perdirent soixante mille hommes. Les Sicambres, par crainte des Romains, rentrèrent à Lutèce, tandis que les Romains chevauchèrent toute la nuit pour se sauver.

Les Romans astoient mult fors et redoubteis par tout le monde, foursmy en Galle ; et encor y astoient [p. 163] ilh assez doubteis, jasoiche qu'ilh ne vosissent mie obeyr à eaux por leurs orguels.

Les Romains étaient très puissants et redoutés partout dans le monde, excepté en Gaule ; mais là aussi, on les redoutait beaucoup [p. 163], encore que les Gaulois, dans leur fierté, n'auraient pas voulu leur obéir.

 

Alexandre de Syrie rompt avec Ptolémée VI, qui l'avait trahi, et, avec l'aide de Jonathan de Judée, le tue dans une bataille, récupérant sa femme et son territoire - Ptolémée VII (Timothée) succède à son père, tandis que Gazon reconstruit Carthage (447-448 de la transmigration = 142-141 a.C.n.)

 

[p. 163] [De Alixandre et de roy Pholomes] Item, l'an desusdit, tolit ly roy Pholomes d'Egypte à roy Alixandre de Surie sa terre et sa femme, qui astoit sa filhe. Quant Alixandre veit qu'ilh astoit deshireteis de sa femme et de son pays, se fist alianche à Jonathas, le prinche de Judée, et assalhit gentilment le roy Pholomes, et orent batalhe ; si fut Pholomes ochis et ses gens desconfis.

[p. 163] [Alexandre et le roi Ptolémée] En l'an cité ci-dessus [142 a.C.n.], le roi Ptolémée d'Égypte enleva au roi Alexandre [Balas] de Syrie son territoire et son épouse, qui était sa propre fille (p. 161). Quand Alexandre se vit dépossédé de sa femme et de son pays, il s'allia à Jonathan, le prince de Judée et assaillit courageusement le roi Ptolémée. Ils se livrèrent bataille : Ptolémée fut tué et ses gens défaits.

En teile manire reconquestat ly roy Alixandre sa femme et sa terre. Apres la mort Pholomes, fut coroneis son fis Tymotheus, et fut apelleis ly VIIe Pholomes, et regnat XXVIII ans.

C'est ainsi que le roi Alexandre reconquit sa femme et sa terre. Après la mort de Ptolémée, son fils Timothée fut couronné, sous le nom de Ptolémée VII. Il régna durant vingt-huit ans.

Item, l'an IIIIc et XLVIII, commenchat à redifiier Cartage ly roy Gazon, qui ja avoit paiet aux Romans le tregut deseurdit.

En l'an 448 [141 a.C.n.], le roi Gazon commença à reconstruire Carthage : il avait déjà payé aux Romains le tribut mentionné plus haut (p. 161).

 

Le roi de Hongrie prend possession de la Bulgarie et épouse la fille du duc Franco de Gaule - En Syrie, Antiochus, hostile à Israël, succède à Alexandre - Chez les Latins, Jonyus succède au roi Jonidel (449-452 de la transmigration = 140-137 a.C.n.)

 

[p. 163] Item, l'an IIIIc et XLIX, fondat ly roy de Hongrie II casteals entre sa terre et la terre son frere Jason, porquen grant discorde s'en muet entre eaux ; car Jason disoit qu'ilh astoient fondeit sour sa terre. Se les assegat ; mains ilh avoit dedens des Hongrois qui les gardarent bien jusques atant que ly roy Ebroch les sorcorit, et ochist son frere, et prist le possession de sa terre de Bulgarie.

[p. 163] En 449 [140 a.C.n.], le roi de Hongrie construisit deux châteaux, entre son territoire et celui de son frère Jason, ce qui causa une grande discorde entre eux, Jason disant que ces châteaux étaient construits sur sa propre terre. Il les assiégea, mais les Hongrois à l'intérieur des châteaux les défendirent jusqu'à l'arrivée du roi Ébroch, qui les secourut et tua son frère, prenant ainsi possession de la Bulgarie.

Item, l'an IIIIc et L, morut ly roy Alixandre de Surie, qui avoit regneit IX ans. Apres luy regnat son fis Anthyocus, qui fut asseis contrable al peuple d'Ysrael.

En l'an 450 [139 a.C.n.] le roi Alexandre de Syrie, mourut après un règne de neuf ans. Son fils Antiochus, qui fut très hostile au peuple d'Israël, lui succéda.

En cel an meismes, morut Jonidel, ly roy des Latins ; si regnat apres son fis Jonyus XXXI an.

Cette même année mourut Jonidel, le roi des Latins ; son fils Janius (p. 171) lui succéda pendant trente et un ans.

Item, l'an IIIIc et LII, prist à femme ly roy de Hongrie la filhe de duc Franco de Galle, et oit la damme à nom Edea.

En l'an 452 [137 a.C.n.], le roi de Hongrie épousa la fille du duc Franco de Gaule, une dame nommée Edéa.

 


 

 B. la Judée sous Simon Maccabée et son fils Jean Hyrcan - VARIA [Myreur, p. 163b-165a]

 

Ans 452-462 de la transmigration = 137-127 a.C.n.

 

Introduction [sommaire et texte]

Jean a déjà fait allusion plusieurs fois à l'histoire de la Judée et à ses conflits avec ses puissants voisins, en particulier sous les Maccabées, au début de la dynastie hasmonéenne. Il a signalé successivement l'intervention d'Antiochus IV Épiphane contre les Juifs rebelles à ses projets d'hellénisation et les vaines tentatives d'opposition de Matathias et de ses fils (p. 148), le succès très temporaire de Judas Maccabée, finalement écrasé par les forces de Démétrius de Syrie (p. 153), les contacts, des Romains cette fois, avec Judas et Jonathan Maccabée (p. 161), l'aide militaire apportée par Jonathan de Judée à Alexandre Balas de Syrie dans son combat contre Ptolémée d'Égypte (p. 163). Rappelons que L'histoire des Maccabées est racontée en détail dans la Bible (les deux livres des Maccabées) et chez Flavius Josèphe.

À la mort de Jonathan, en 143 avant notre ère, c'est son frère survivant, Simon Maccabée, qui va recevoir le commandement politique des Juifs et la grande prêtrise à titre héréditaire, jusqu'à sa mort en 134. Le roi d'Égypte, Ptolémée, fils d'Aboubos, farouchement hostile au grand-prêtre, nourrissait l'ambition de prendre le pouvoir en Judée. C'est lui qui aurait commandité l'assassinat de Simon en compagnie de deux de ses fils, Juda et Mattathias, lors d'un banquet à Jéricho. Le troisième fils, Jean, absent, échappa au massacre. Il fut rappelé immédiatement et voulut venger son père.

On ignore l'origine exacte du surnom Hyrcan. Le chroniqueur liégeois songe à l'Hyrcanie, une région conquise par le fils de Simon et qui expliquerait son nom, mais le seul pays de ce nom que connaisse l'histoire se trouve très loin de la Judée, au sud de la mer Caspienne. Quoi qu'il en soit, Jean s'attarde sur l'histoire du château de Dagôn et des cruautés infligées à sa famille par Timothée, un parent du roi d'Égypte, Ptolémée, qui voulait la mort de Simon. Cette histoire tragique est également racontée par Flavius Josèphe (Guerre des Juifs, I, 2, 4), mais différemment, d'une manière un peu plus sobre. L'épisode du château reviendra encore plus loin dans Ly Myreur, car le siège dura longtemps.

Quoi qu'il en soit, Jean Hyrcan régna alors sur la Judée comme prinche (« ethnarque ») pendant vingt-huit ans, jusqu'en 104 avant notre ère. Il lui fallut cependant résister à Antiochus VII, qui avait formé le projet de reprendre la Judée sous sa dépendance et avec lequel il eut de sérieux démêlés (p. 167). Il réalisa de nombreuses conquêtes territoriales (conquête de l'Idumée, de la Samarie et d'une partie de Transjordanie) et cessa de payer le tribut à la Syrie, dont les rois étaient de plus en plus faibles. Sa politique lui aliéna les Pharisiens et lui concilia les Sadducéens. À sa mort, il laissa le titre de grand-prêtre à Aristobule, l’aîné de ses fils.

L'ensemble du règne d'Hyrcan I est raconté par Flavius Josèphe, essentiellement Antiquités judaïques, XIII, 7, 4 à 11, 1, et Guerre des Juifs, I, 2, 3-8. L'excellente synthèse de M. Hadas-Lebel (Rome, la Judée et les Juifs, Paris, 2009), dont nous avons déjà parlé, fournit (fig. 1, p. 13) le tableau généalogique de la dynastie hasmonéenne, depuis Mattathias (mort en 166 avant notre ère) jusqu'à Mariamne, la dernière représentante de la dynastie, qui épousa Hérode le Grand et mourut en 29 avant notre ère. Sur les Maccabées et Hyrcan I, les lecteurs intéressés pourront confronter la vision du chroniqueur liégeois avec celle, plus conforme à la vérité historique, du site Antikforever.

On voit mal ce qui motive l'apparition de la Sardaigne, dont il n'avait jamais été question auparavant. L'île était passée sous contrôle romain dès 237 avant notre ère, mais elle ne fut que difficilement soumise et connut de nombreuses révoltes qui ne prirent fin qu'en 114 avant notre ère. L'identification des consuls impliqués (Mallius et Tarquarus Gayus) est presque impossible, Jean écorchant régulièrement les noms propres. Il existe bien plusieurs Manlius Torquatus, consuls à Rome, mais pas à la période envisagée ici. On a plus de mal encore à situer dans l'histoire la tentative de Carthaginois qui, ayant reconstruit leur cité, sont censés vouloir se libérer du tribut romain. Ici non plus le nom du consul impliqué dans l'événement (Fluviiens Piterne) n'aide pas, même si A. Borgnet serait tenté d'y voir un Flavius Petronius, car on ne connaît aucun consul à Rome de ce nom. Il est difficile aussi de savoir à quel événement historique pourrait faire allusion le soulèvement des Grecs durement réprimé par Rome.

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Sommaire

En Judée, Simon Maccabée succède à son frère Jonathan - En Bourgogne, Franco succède à Hector et, en Bretagne, Vaucelles succède à Gédos - En Judée, Jean, un des fils de Simon, conquiert la Hyrcanie et est appelé Jean Hyrcan - En Hongrie, Bulgus succède à Ébroch (452-459 de la transmigration = 137-130 a.C.n.)

Le roi d'Égypte, Ptolémée, jaloux de Simon de Judée, charge son neveu Timothée d'assassiner Simon dont il fait emprisonner l'épouse et les enfants - Jean Hyrcan, rappelé d'Hyrcanie, fait le siège du château fortifié de Dagôn mais finit par renoncer, en voyant les mauvais traitements infligés par Timothée à sa mère et à ses frères - Couronné prince de Judée, il fut un excellent dirigeant, mais en sept ans de siège il ne put jamais prendre le château de Dagôn (459-460 de la transmigration = 130-129 a.C.n.)

Les Romains répriment durement un soulèvement des Grecs - Les Carthaginois, après avoir reconstruit leur cité, cherchent à se libérer de Rome, mais sans passer à l'acte - Les Sardes se soulèvent en vain et restent tributaires de Rome (461-462 de la transmigration = 128-127 a.C.n.)

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En Judée, Simon Machabée succède à son frère Jonathan - En Bourgogne, Franco succède à Hector et, en Bretagne, Vaucelles succède à Gédos - En Judée, Jean, un des fils de Simon, conquiert la Hyrcanie et est appelé Jean Hyrcan - En Hongrie, Bulgus succède à Ébroch (452-459 de la transmigration = 137-130 a.C.n.)

 

[p. 163] En cest an meisme fut ochis li prinche de Judée Jonatas, enssi com Josephus le dist en ses escrips, où ilh parolle plus plainement de sa regnation, et de ses freres et de leurs fais, lesqueiles escriptures vos trovereis à Sainte-Engliese, et là en sareis la veriteit.

[p. 163] Cette même année [137 a.C.n.], le prince de Judée Jonathan fut tué, ainsi que le dit Josèphe, dans ses écrits, là où il parle plus en détail de son règne, de ses frères et de leurs actions. Vous trouverez ces faits dans les écrits de la Sainte-Église, et là vous saurez la vérité.

[De prince Symons Machabeus - Ly promirs Johans] Apres Jonatas fut prinche de Judée son frere Symons, qui astoit de tous les V fis Mathatie seuls demoreis en vie ; et regnat VIII ans. Chis Symons avoit III fis, non plus : ly anneis oit nom Johans, et fut li promirs hons de monde qui fut enssi appelleis ; ly altre oit à nom Judas, et ly thirs Mathatie.

[Le prince Simon Macchabée - Le premier Jean] Après Jonathan, son frère Simon fut prince de Judée. C'était le seul survivant des cinq fils de Mattathias ; il régna durant huit ans. Ce Simon n'avait que trois fils : l'aîné se nommait Jean et fut le premier au monde à porter ce nom ; l'autre s'appela Judas, et le troisième, Mattathias.

Item, l'an IIIIc et LIII, morut Ector, li dus de Burgongne ; si regnat apres luy son fis Franco, qui fut saige et chevalreux.

En l'an 453 [136 a.C.n.], Hector, duc de Bourgogne, mourut. Son fils Franco, sage et chevaleresque, lui succéda.

[Le promirs roy de Brutangne - Vaucuelh] Item, l'an IIIIc et LV, morut li duc Gedos de Bretangne, qui avoit regneit plus de [p. 164] XXX ans. Apres sa mort, fisent les Bretons I roy de Vaucuelh, son fis, qui regnat XLVII ans. Chis Vaucuelh fut li promirs roy de Bretangne, et fondat la citeit de Vaucuelh II ans apres sa coronation, assavoir l'an IIIIc et LVII.

[Le premier roi de Bretagne - Vaucelles] En l'an 455 [134 a.C.n.] mourut le duc Gédos de Bretagne, après avoir régné plus de [p. 164] trente ans. Après sa mort, les Bretons élurent roi son fils Vaucelles, qui régna quarante-sept ans. Il fut le premier roi de Bretagne et fonda la cité de Vaucelles deux ans après son couronnement, en l'an 457 [132 a.C.n.].

Et l'an apres, conquist Johans, ly fis Symon, le prinche de Judée, tout la terre et le peuple de Hyrcanie, et fut apelleis dedont en avant Johans Hircans.

L'année suivante, Jean, le fils de Simon, prince de Judée, conquit tout le territoire et soumit le peuple d'Hyrcanie, et dorénavant il fut appelé Jean Hyrcan.

Item, l'an IIIIc et LIX morut Ebroch, li secons roy de Hongrie ; et fut li thirs roy apres son fis Bulgus, qui regnat VII ans.

En l'an 459 [130 a.C.n.] mourut Ébroch, le second roi de Hongrie. Le troisième roi fut son fils Bulgus, qui régna sept ans.

 

Le roi d'Égypte, Ptolémée, jaloux de Simon de Judée, charge son neveu Timothée d'assassiner Simon dont il fait emprisonner l'épouse et les enfants - Jean Hyrcan, rappelé d'Hyrcanie, fait le siège du château fortifié de Dagôn mais finit par renoncer, en voyant les mauvais traitements infligés par Timothée à sa mère et à ses frères - Couronné prince de Judée, Jean fut un excellent dirigeant, mais en sept ans de siège, il ne put jamais prendre le château de Dagôn (459-460 de la transmigration = 130-129 a.C.n.)

 

[p. 164] A cel temps astoit Symon, li prinche de Judée, fortement hays de roy Pholomes d'Egypte, portant que Symons astoit proidhons et ferme. Si avoit teile envie sour luy qu'ilh le tuast volentier, s'ilh posist ; si s'avisat li roy d'on sien fellon, qui astoit nommeis Tymotheus, enssi com li roy astoit nommeit anchois son coronation. Chis filleul astoit li voisin Symons, et astoit ly plus feles tyran et ly plus crueux qui fust en monde ; ly roy s'acontat à luy, et ly priat que Symon fust ochis, et chis li promist qu'ilh le seroit temprement.

[p. 164] À cette époque, le roi Ptolémée d'Égypte éprouvait une haine féroce à l'égard de Simon, le prince de Judée, homme sage et énergique. Il l'enviait tellement qu'il l'aurait volontiers tué s'il l'avait pu ; le roi (Ptolémée) pensa à un de ses filleuls, nommé Timothée, du nom que portait le roi avant son couronnement. Ce filleul, qui était voisin de Simon, était le despote le plus fourbe et le plus cruel existant au monde ; le roi s'arrangea avec lui et lui demanda de tuer Simon. Timothée lui promit de le faire sans tarder.

[Symons Macchabeus fust ochis en trahison] Atant vint Tymotheus en Judée en unc casteal qui astoit nommeit Gazo, où Symon seioit à mangnier à tauble deleis sa femme et ses III fis ; se le ferit Tymotheus en trahison d'on cuteal, et l'ochist ; et puis prist luy et ses compangnons qu'ilh avoit ameneit awec ly, la femme et les II fis Symons, et les emenarent en prison.

[Simon Maccabée est tué par traîtrise] Alors, Timothée se rendit en Judée dans un château-fort nommé Gazera, où Simon se trouvait attablé en train de manger à côté de sa femme et de ses trois fils. D'un coup de couteau Timothée le frappa traîtreusement et le tua ; ensuite lui et les gens qui l'entouraient saisirent la femme et les fils de Simon qui furent emmenés en prison.

Adont fut ly peuple d'Ysrael mult esbahis, car Johans, ly anneis fis, estoit en Hircaine ; si orent teile conselhe qu'ilh envoroient IIII messagiers en Hircaine apres Johans, qui tantoist vienet en Judée ; et assemblat tous cheaux de Hircaine et de Judée, et se soy mist à la voie, et assegat Tymotheus en son casteal. Chu fut sor l'an IIIIc et LX que Symons fut ochis, le XVIIe jour de mois d'avrilh.

Alors le peuple d'Israël fut très déconcerté, car Jean, le fils aîné, se trouvait en Hyrcanie. Ils tinrent conseil et décidèrent d'envoyer quatre messagers en Hyrcanie auprès de Jean, lui demandant de revenir immédiatement en Judée. Jean rassembla les gens d'Hyrcanie et de Judée, se mit en route et assiégea Timothée dans son château. Le meurtre de Simon eut lieu le 17 avril de l'an 460 [129 a.C.n.].

[Le murdreur assegé en casteal de Agon] Johans assegat le murdreur le secon jour de resalhe mois, mains Tymotheus ne pot endureir la forche de Johans ; se s'enfuit par nuit en casteal de Agon, mains Johans le porsuit si pres qu’ilh assegat dedens. Et li casteal astoit de si grant forche que nuls ne le pot oncques prendre par forche ; et faisoit Johans assalhir le casteal tous les jours, et ly meisme assalhoit mult enforchiement.

[Le meurtrier, assiégé dans le château-fort de Dagôn] Jean assiégea le meurtrier le second jour du mois de juin, mais Timothée ne put résister à la force de Jean. Il se réfugia pendant la nuit dans le château-fort de Dagon. Jean le poursuivit de très près et l'y assiégea. Mais le château était si bien défendu que personne jamais ne put le prendre de force. Jean menait l'assaut tous les jours et mettait lui-même toutes ses forces dans l'attaque.

Mains, quant Tymotheus veioit que Johans faisoit assalhir [p. 165] plus aigrement, ilh prendoit la mere Johans et ses II freres ; se les despulhoit tous nus, et les battoit de scorgiers fortement, sique li sanc en chaioit tout contreval ; et, quant Johans veioit sa mere et ses freres si durement tourmenteir, si faisoit lassier l'assault, car ilh ploroit de piteit qu'ilh avoit d'eaux, et de chu qu'ilh li covenoit lassier son assault.

Mais quand Timothée vit que Jean lançait une attaque [p. 165] plus violente, il prit la mère de Jean et ses deux frères, les déshabilla entièrement et les fouetta avec tant de force que leur sang coulait jusqu'à terre. Et alors quand Jean vit sa mère et ses frères si durement torturés, il fit mettre fin à l'assaut, car il pleurait de compassion pour eux et pleurait aussi de devoir renoncer à son assaut.

[Johans Hircaine coroneit com prinche de Judée] Adont se fist Johans coroneir com prinche de Judée, et les governat XXVIII ans. Apres jurat le siege, que jamais ne soy partiroit, s'aroit pris le casteal ; adont enforchat le siege grandement, et mandat par tout le pays vitalhe. Chis siege durat par l'espause de VII ans, que oncques Johans n'y forfist por I denier de damaige, tant astoit li casteal fors et poissans.

[Jean Hyrcan couronné prince de Judée] Alors Jean se fit couronner prince de la Judée, qu'il gouverna durant vingt-huit ans. Il jura qu'il ne renoncerait jamais au siège du château et qu'il s'en emparerait : il consacra de grandes forces à ce siège et fit venir de partout des renforts. Le siège dura sept années, sans que jamais Jean y provoque le moindre denier de dommage, tant le château était fortifié et puissant (suite p. 167).

[Le recommandation Johans Hircaine] Chis Johans fut mult proidhons, et Josephus le recommande en trois manieres : assavoir en prophetie, en religion et en sens governant son peuple, ch'estoit philosophie morale.

[Les mérites de Jean Hyrcan] Ce Jean Hyrcan fut un homme très sage, et Josèphe le loue sur trois points : la prophétie, la religion, et le sens du gouvernement du peuple, c'est-à-dire la philosophie morale.

 

Les Romains répriment durement un soulèvement des Grecs - Les Carthaginois, qui ont reconstruit leur cité, cherchent à se libérer de Rome, mais sans passer à l'acte - Les Sardes se soulèvent en vain et restent tributaires de Rome (461-462 de la transmigration = 128-127 a.C.n.)

 

[p. 165] [Les Grigois remis en la subjection des Romans] Item, l'an IIIIc et LXI, se relevont les Grigois encontre les Romans, dont les Romans alarent à grant gens en Gresse. Si orent pluseurs batalhes auz Grigois, où ilhs perdirent mult de leur gens ; mains en la fin orent victoir, et remisent les Grigois en leur subjection et tregut. Et en pendirent IIIm et plus des plus grans, qui chu avoient bresseit, et à chu faire ilh mettirent II ans, puis revinrent.

[p. 165] [Les Grecs retombent sous la domination romaine] En l'an 461 [128 a.C.n.], les Grecs se soulevèrent contre les Romains, qui partirent en grand nombre pour la Grèce. Ils y menèrent plusieurs batailles, et perdirent beaucoup de leurs gens, mais à la fin, ils l'emportèrent et imposèrent aux Grecs soumission et tribut. Plus de trois mille des plus grands, qui avaient comploté, furent pendus. Ils mirent deux ans à rétablir l'ordre, puis revinrent à Rome.

Item, l'an IIIIc et LXII, à Fluviiens Pitenne apparut que ly ciel ardoit par-deseur Cartage, et que cheaux de Cartaige voloient apparelhier leur batalhez contres les Romans ; et le veit-ons encor ardre de grant clarteit par-deseurs Sardine ; et sembloit qu'ilh voloient rebellier contre les Romans.

En l'an 462 [127 a.C.n.], Flavius Petronius crut voir le ciel enflammé au-dessus de Carthage et les Carthaginois voulant se préparer pour combattre les Romains. On vit aussi le ciel brûler d'un vif éclat au-dessus de la Sardaigne ; l'on crut que les Sardes voulaient se révolter contre les Romains.

Chu fut tout veriteit, car cheauz de Cartage astoient presque reedifiiés, et astoient Romans et de la nation de Romme ; et nientmons ilh avaient eyut entre eaux conselhe comment ilh poroient greveir les Romans.

C'était la vérité. Les gens de Carthage avaient presque tout reconstruit. Ils étaient Romains, de la nation de Rome ; néanmoins, ils avaient tenu conseil entre eux pour savoir comment ils pourraient nuire aux Romains.

Mains leur poioir astoit encor trop petit ; si le lassarent enssi à chest fois, et paiarent encor le tregut avant, sique Fluviiens Piterne, le consule qui avoit veyut la vision, quant ilh veit le tregut qu’ilh envoiarent, si soy taisit de sa vision ; et tant com des Sardins, ilh y fut envoiés Mallius et Tarquarus Gayus, les consules, qui par batalhes les remisent en tregut com devant.

Mais leur pouvoir était encore trop mince. Ils laissèrent cette fois aussi les choses en l'état et continuèrent à payer le tribut, si bien que Flavius Petronius (?), le consul qui avait eu cette vision, ne la mentionna pas, quand il vit le tribut envoyé par les Carthaginois ; les consuls Mallius et Tarquarus Gayus (?), après de nombreuses batailles, ramenèrent les Sardes à payer le tribut comme avant.

 


 

 C. GAULOIS et ROMAINS - Jean Hyrcan et Antiochus - DIVERS [Myreur, p. 165b-168a]

 

Ans 464-469 de la transmigration = 125-120 a.C.n.

 

Introduction [texte]

Nouveaux conflits entre les Romains et les Gaulois de la Gaule Cisalpine. L'histoire romaine connaît un Aemilius (M. Aemilius Scaurus), consul en 115 avant notre ère qui reçoit les honneurs du triomphe (de Galleis) pour sa victoire contre les Gaulois, mais si c'est de ce personnage que traite la notice de Jean, elle est réinterprétée dans l'optique traditionnelle des Gaulois (« de Franco ») assiégeant Rome. Traditionnellement, les torques ne sont jamais associés aux Romains, mais aux Gaulois depuis l'épisode de Titus Manlius Torquatus en 347 avant notre ère (cfr le George de la p. 104). ‒ Que penser de l'autre consul cité sous le nom de Marcellius ? Ce n'était en tout cas pas le collègue d'Aemilius. Un Marcellus est célèbre à l'époque des luttes de Rome contre les Gaulois. C'est Marcus Claudius Marcellus, consul en 222 avant notre ère, mais son nom est attaché à une victoire éclatante contre le Gaulois Viridomare. ‒ Suite aussi de l'histoire du mystérieux Gazon chargé de reconstruire Carthage (p. 161, p. 163). ‒ Suite enfin des événements de Judée des p. 163ss, mettant en scène Jean Hyrcan dans l'épisode du château de Dagôn et l'histoire de ses démêlés avec Antiochus. La Judée, on le voit, n'est pas encore passée sous la domination romaine. Il faudra attendre pour cela l'entrée en scène de Pompée. Quoi qu'il en soit, Hyrcan laissait trois fils, dont deux lui succéderont (a) Aristobule I, qui ne régna qu'une année (104 à 103 avant notre ère) mais fut le premier Hasmonéen à prendre le titre de roi ; (b) Antigone, qui fut très vite assassiné ; et (c) Alexandre Jannée, qui fut roi de 104 à 76 avant notre ère. On retrouvera tous ces personnages dans la suite (p. 175ss). Sur les Maccabées et Hyrcan I, les lecteurs intéressés pourront confronter la vision du chroniqueur liégeois avec celle, plus conforme à la vérité historique, du site Antikforever.

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Sommaire

Les Gaulois de Franco assiègent Rome, mais sont vaincus par le consul Aemilius, qui offre à Jupiter les torques des princes gaulois tués - Deux fils de Franco, Marc et Trodamaire, périssent, et cette défaite empêcha longtemps les Gaulois de combattre les Romains (464 de la transmigration = 125 a.C.n.)

Divers événements se déroulent en Flandre, au Danemark, en Hongrie - Gazon attire des habitants dans Carthage reconstruite (464-466 de la transmigration = 125-123 a.C.n.)

En Israël, Jean Hyrcan, respectueux de la loi juive, lève momentanément le siège du château de Dagôn, mais Timothée ayant tué sa mère et ses frères, Jean Hyrcan veut les venger et ravage le territoire de Jéricho, qu'il croyait détenu par Timothée, alors qu'il appartenait à Antiochus de Syrie - Ce dernier menace de détruire Jérusalem (467 de la transmigration = 122 a.C.n.)

Sachant qu'Antiochus veut la guerre, Jean attaque le premier et met en fuite Antiochus, qui revient par la suite avec des forces très importantes faire le siège de Jérusalem et finit par imposer ses conditions à Jean, incapable de lui résister - Une paix est conclue, moyennant le payement à Antiochus d'une somme d'argent, constituée par une petite partie du plus grand des huit trésors du Temple de Salomon - Le reste de ce pactole permet de créer à Jérusalem les premières hôtelleries (467-469 de la transmigration = 122-120 a.C.n.)

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Les Gaulois de Franco assiègent Rome, mais sont vaincus par le consul Aemillus, qui offre à Jupiter les torques des princes gaulois tués - Deux fils de Franco, Marc et Trodamaire, périssent, et cette défaite empêcha longtemps les Gaulois de combattre les Romains (464 de la transmigration = 125 a.C.n.)

 

[Romme fut assegiet des Galliens] Item, l'an IIIIc LXIIII, assemblat li dus Franco de Galle grant gens ; si [p. 166] en allat devers Romme por vengier l'injure qu'ilh li avoient faite, quant ilh le vinrent assalhir en son pays, où ilhs ne gangnarent gaire.

[Rome assiégée par les Gaulois] En l'an 464 [125 a.C.n.], le duc Franco de Gaule rassembla un grand nombre de soldats et [p. 166] partit pour Rome se venger de l'outrage des Romains, quand ils vinrent l'assaillir dans son pays, ce dont ils ne tirèrent pas grand profit.

Ilh sont venus à Romme, et l'ont assegiet ; et si ont tout ars jusques à le capitoile, et le capitoile meisme ; et ewissent faite mult grant damaige, quant Emulus, le consule, à grant gens les corot sus, et soy combatit à eaux. Si oit victoir, et furent les Sycambiens desconfis ; si en fut mors XLm, et pris IIIm.

Les Gaulois vinrent assiéger Rome, incendiant tout, jusqu'au Capitole lui-même. Ils auraient causé de très grands dommages si le consul Aemilius et ses nombreuses troupes n'avaient foncé et ne les avaient combattus. Il fut victorieux et les Sicambres défaits ; ils eurent quarante mille morts et trois mille prisonniers.

Si s'en sont raleis ; et Emulus, le consule, prist le torques de pires de perles et d'or que les mors prinches de Galle avaient entour leur col ; se les offrit à son Dieu Jupiter por le grasce et gloire de la victoir qu'ilh avoit là obtenue, oussi bien que les Sycambiens avoient les torques des Romans, qui avoient esteit mors devant Lutesse, fait present à Mars leur Dieu.

Les Gaulois repartirent. Le consul Aemilius prit le collier de pierres, de perles et d'or que les princes gaulois morts avaient autour du cou ; il les offrit à son dieu Jupiter pour la grâce et la gloire qu'il venait d'obtenir, tout comme les Sicambres avaient pris les torques des Romains, morts devant Lutèce et en avaient fait présent à Mars leur dieu.

[Les Sycambiens desconfis] Les Sycambiens furent adont si desconfis qu'ilh ne soy combatirent aux Romans en grant temps là apres, jasoiche que chu fuissent les plus corageux et crueux, et poisans de corps, que toutes les altres nations. Ly dus y perdit I de ses fis, qui oit nom Marc, de quoy ilh fut mult dolans.

[Les Sicambres vaincus] Les Sicambres furent alors si abattus que pendant très longtemps, par la suite, ils ne combattirent plus les Romains. Ils étaient pourtant plus courageux, plus cruels et plus forts physiquement que toutes les autres nations. Le duc y perdit un de ses fils, nommé Marc, ce qui l'affecta beaucoup.

Et encor ne fut chu riens ; mains, quant la batalhe se fist à Romme, les Sycambiens prisent I consule, qui oit nom Marcellius ; quant Marcellius soy veit pris, et eistre en la poioir des Sycambiens, ilh salhit tout emmy ses annemis, de grant hardileche, et ochist I des fis Franco, qui avoit nom Trodamaire, qui devoit estre dus de Galle apres son peire.

Et encore cela ne fut rien. Quand la bataille se déroula à Rome, les Sicambres s'emparèrent d'un consul, nommé Marcellus. Quand ce Marcellus se vit  tombé au pouvoir des Sicambres, il s'élança au milieu de ses ennemis, avec une grande témérité, et tua un des fils de Franco, appelé Trodamaire, qui devait être duc de Gaule, après son père.

 

Divers événements se déroulent en Flandre, au Danemark, en Hongrie, tandis que Gazon attire des habitants dans Carthage reconstruite (464-466 de la transmigration = 125-123 a.C.n.)

 

[p. 166] Sour l'an IIIIc LXIIII, fondat li conte de Flandre IIII citeis et XII castels, et les donnat à son fis, qui avait nom Arthesa.

[p. 166] En l'an 464 [125 a.C.n.], le comte de Flandre fonda trois cités et douze châteaux-forts, qu'il donna à son fils, qui portait le nom d'Arthesa.

Item, l'an IIIIc LXV, morut Godeza, le VIe roy de Dannemarche ; et regnat apres Nabugodonosor, son fis, qui avoit à femme la filhe Godeza, qui oit nom Calix. Chis Nabugodonosor fut le fis Pholomes d'Egypte ; si regnat XL ans, et fut li VIIe roy des Danois.

En l'an 465 [124 a.C.n.] mourut Godeza, le roi du Danemark ; après lui, régna son fils Nabuchodonosor, qui avait épousé Calix, la fille de Godeza. Ce Nabuchodonosor était le fils de Ptolémée d'Égypte ; il régna quarante ans et fut le septième roi des Danois.

Item, l'an IIIIc et LXVI, fut parfaite le royalme de Cartage en Affrique ; se fist crier partout ly roy Gazon, s'ilh astoit nuls qui vosist habiteir en son regne, ilh ly assenneroit manson et habitation solonc son estat, et seroit tenus frans sens tregut ne servaige paiier. A cel fois en y vint tant, que ly paiis fut si bien puepleit qu'ilh avoit onques estoit devant.

En l'an 466 [123 a.C.n.] la reconstruction du royaume de Carthage en Afrique fut terminée. Le roi Gazon (p. 161, p. 163) fit proclamer partout que quiconque voudrait venir habiter son royaume se verrait attribuer une maison et une habitation selon sa condition, et qu'il serait libre, exempt du tribut et de la servitude. Les gens vinrent alors en si grand nombre que le pays se peupla comme il ne l'avait jamais été.

En cel ans meismes morut Bulgus, li IIIe roy de Hongrie ; si regnat apres son fis Natora XIIII ans.

Cette même année mourut Bulgus, troisième roi de Hongrie ; après lui, son fils Natora régna quatorze ans.

 

En Israël, Jean Hyrcan, respectueux de la loi juive, lève momentanément le siège du château de Dagôn, mais Timothée ayant tué sa mère et ses frères, Jean Hyrcan veut les venger et ravage le territoire de Jéricho, qu'il croyait détenu par Timothée alors qu'il appartenait à Antiochus de Syrie - Ce dernier menace de détruire Jérusalem (467 de la transmigration = 122 a.C.n.)

 

[Johans Hircaine retrait en Judée] Item, l'an IIIIc LXVII, le XXe jour de mois de [p. 167] marche, oit dureit le siege que Johans Hircaine avoit jureit devant le casteal de Agon, où ilh avoit encloit Tymotheus, qui son peire li avoit ochis VII ans devant. Si avient que ilh covient Johans lassier le siege par forche et retraire en Judée, portant que chis ans astoit de la loy forieis. Et Johans, qui ne voloit mie la loy brisier ne effrandre, si en ralat luy et ses gens.

[Jean Hyrcan se retire en Judée] Le vingtième jour de [p. 167] mars de l'an 467 [122 a.C.n.], se termina le siège que Jean Hyrcan avait juré de tenir devant le château de Dagôn, où se tenait enfermé Timothée, le meurtrier de son père, sept ans plus tôt (p. 164). Jean fut forcé de renoncer au siège et de se retirer en Judée, parce que cette année était selon la loi (Exode, 23, 11 et Lévitique, 25, 4-5) une année sabbatique. Jean, qui ne voulait ni casser ni enfreindre la loi, s'en retourna avec ses gens.

 Et, quant Tymotheus veit chu, ilh oit grant dobtauche qu'ilh ne revenist à plus grant poioir, et ilh ne poroit al long dureir contre luy. Et se veioit bien que ly roy Pholomes ne li osoit aidier ne luy defendre contre Johans, por le dobtanche des alianches que Johans avoit aux Romans, que Judas Machabeus avoit à son temps impetreit, et Jonatas les avoit apres fait reconfermeir.

 Quand Timothée le vit partir, il eut grand peur de le voir revenir avec plus de forces, et pensa qu'il ne pourrait lui résister longtemps. Il voyait bien que le roi Ptolémée n'osait ni l'aider ni le défendre contre Jean, par crainte des alliances de ce dernier avec les Romains, alliances qu'avait conclues en son temps Judas Maccabée et qu'avait reconfirmées par la suite Jean Hyrcan.

[Sa mere et ses deux freres malvaisement ochis] Mult bien remirat Tymotheus tout ches choses, porquen ilh dest clerement qu'ilh ne poioit plus demoreir en la terre contre Johans. Et portant ilh prist adont la mere Johans, et Judas awec Matathias, ses II freres ; se les ochist malvaisement, et puis s'en alat demoreir en la terre de Fialdelfiie, à unc tyrant qui sires en astoit, qui fut nomeis Zenon.

[Sa mère et ses deux frères, sauvagement tués] Timothée considéra très sérieusement toute la situation et vit très clairement qu'il ne pouvait plus rester dans ce pays face à Jean. C'est pourquoi Il prit alors la mère de Jean et ses deux frères, Judas et Mattathias, et les tua cruellement. Puis il alla résider dans la terre de Philadelphie, chez un tyran, du nom de Zénon, qui en était le souverain.

Et quant Johans soit que Tymotheus avoit ochis sa mere et ses freres, si oit mult grant deulh, et jurat que, puisqu'ilh astoit widiet son paiis, ilh ly destruiroit le sien paiis, car à aultre chouse ilh ne soy poioit vengier. Adont li destruite sa terre que ons apelloit Jherico, et abatit le casteal de Agon que Tymotheus tenoit de roy de Surie, qui manechat Johan et qu'ilh ly abateroit Jherusalem.

Quand Jean sut que Timothée avait tué sa mère et ses frères, il en éprouva une très grande douleur et jura que, puisque Timothée avait quitté son pays, il détruirait le sien, car il ne pouvait se venger d'une autre façon. Alors Hyrcan ravagea Jéricho, terre de Timothée, et abattit le château fort de Dagôn, que Timothée tenait du roi de Syrie, lequel menaça Jean, disant qu'il détruirait Jérusalem.

 

Sachant qu'Antiochus de Syrie veut la guerre, Jean attaque le premier et met en fuite Antiochus, qui revient par la suite assiéger Jérusalem avec des forces très importantes et finit par imposer ses conditions à Jean, incapable de lui résister - Une paix est conclue, moyennant le payement à Antiochus d'une somme d'argent, constituée par une petite partie du plus grand des huit trésors du Temple de Salomon - Le reste de ce pactole permit de créer à Jérusalem les premières hôtelleries (467-469 de la transmigration = 122-120 a.C.n.)

 

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[p. 167] [Guerre de Johans Hircaine encontre Antiochus le roy de Surie] Atant se revint Johan en Jherusalem, qui quidat mult bien estre en pais ; mains ly roy Anthiocus le voloit gueroier, et quant Johans le soit, si assemblat ses gens, et vint contre Anthiocus, le roy de Surie. Si le corot sus, et chilh soy defendit ; mains, nonobstant sa defense, ilh fut desconfis et y perdit XLm hommes, sy s'enfuit.

[p. 167] [Guerre de Jean Hyrcan contre Antiochus, roi de Syrie] Alors [122 a.C.n.] Jean revint à Jérusalem, qu'il croyait être bien paisible. Mais le roi Antiochus voulait vraiment la guerre. Quand Jean l'apprit, il rassembla ses troupes et marcha contre Antiochus. Il l'attaqua, celui-ci se défendit, mais, malgré sa résistance, il fut défait, perdit quarante mille hommes et prit la fuite.

Mains ilh revient temprement, car ilh assemblat tous ses hommes en Surie et en Asie dont ilh astoit roy, et assegat Jherusalem à si grant forche, que Johans ne le posist endureir ; et puis lassat savoir à Johans que ilh ly demandoit son paiis de Jherico, que ilh ly avoit destruite.

Toutefois il revint bientôt, après avoir rassemblé toutes ses troupes de Syrie et d'Asie, dont il était roi. Il assiégea Jérusalem avec tant de forces que Jean ne put résister ; puis, Antiochus fit savoir qu'il réclamait le territoire de Jéricho, qui lui appartenait et que Jean avait détruit.

Quant Johans entendit ches novelles, si soit bien qu'ilh avoit forfait, puisque li paiis de Jherico, que ilh avoit [p. 168] destruite, astoit de sa terre, et Johans quidoit que chu fust de la siene.

Quand Jean entendit cela, il comprit qu'il avait mal agi puisque cette terre de Jéricho, qu'il avait [p. 168] détruite, appartenait en fait à Antiochus alors qu'il la croyait une possession de Timothée.

[La paix fut faite] Adont prist Johans conselhe à ses hommes comment ilh poroit faire envers chely roy, qui assegiet les avoit, qui avoit amyneit tant de gens que il ne powist avoir poioir contre ly, car il n'avoit mie tant de gens ; et awec chu la citeit de Jherusalem n'astoit mie si fort, que elle powist dureir longement contre les gens qui assegiet l’avoient. Si fut ly conselhe teilement conclus, que ons fesis pais à roy teile que ons le poroit avoir, mains que la citeit ne fusse point rendue. Et Johans mandat à roy Anthiocus journée de parlement ; et fut le XIe jour de decembre l'an IIIIc LXIX, alqueile jour fut faite pais, en teile manere que Johan donroit à roy Anthiocus, por son paiis de Jherico à reedifiier, IIIc besans d'or.

[La paix est conclue] Alors Jean demanda à ses conseillers comment il pourrait agir envers ce roi qui les assiégeait et qui avait amené avec lui autant de forces, au point que jamais il ne pourrait l'emporter sur eux, car il ne disposait pas d'hommes aussi nombreux. En outre, la cité de Jérusalem n'était pas de taille à résister longtemps aux assaillants. On lui conseilla de faire la paix la meilleure que consentirait à conclure le roi, mais sans céder la ville. Jean demanda au roi Antiochus un jour pour discuter, et le onzième jour de décembre de l'an 469 [120 a.C.n.], la paix fut conclue aux conditions suivantes : Jean donnerait au roi Antiochus, pour reconstruire son territoire de Jéricho, trois cents besants d'or.

[Promirs hosteleries en Jherusalem] Quant chu fut fait, se revint Johan en Jherusalem ; si effondrat, par le conselhe de ses barons, le grant tressoire des VIII tressoirs que ly roy Salomon avoit faict mectre deleis la sepulture son pere le roy David. Se en ostat hours IIIm besans, desqueiles ilh donnat le roy Anthiocus IIIc besans, et del remanant ilh fist faire les hosteleriies en la citeit de Jherusalem, por herbegiier les povres gens de son regne et eaux sourtenir ; car adont n'avoit en Jherusalem nulle habitation por les povres gens : si s'apensat qu'ilh ne poioit les besans mies employer, sens avoir le hayme ne blayme de son peuple. Chu furent les promirs hosteleries que oncques fussent faites en Jherusalem.

[Les premières hôtelleries à Jérusalem] Quand cela fut fait, Jean revint à Jérusalem. Sur le conseil de ses barons, il ouvrit le plus grand des huit trésors que le roi Salomon avait fait déposer près de la sépulture du roi David, son père. Il en retira trois mille besants ; il en donna trois cents au roi Antiochus et, avec le reste, il fit construire des hôtelleries dans la ville de Jérusalem, pour héberger et soutenir les pauvres de son royaume. À cette époque il n'y avait à Jérusalem aucune habitation pour les pauvres. Il pensa qu'il ne pouvait mieux employer les besants, sans encourir la haine et le blâme de son peuple. Ce furent les premières hôtelleries jamais construites à Jérusalem.

 


 

D. Début de la GESTE D'ANYNAl de carthage et événements divers [Myreur, p. 168b-171a]

 

Ans 470-475 de la transmigration = 119-114 a.C.n.

 

Introduction [sommaire et texte]

Commence ici, mêlé à des événements historiques relevant de plusieurs zones géographiques différentes, un épisode très surprenant que nous avons appelé la « Geste d'Anynal » et qui constitue une sorte de remake des Guerres Puniques et en particulier de l'histoire d'Hannibal (p. 116ss). Les parallèles entre Hannibal et Anynal sont très parlants. Quelques exemples suffiront. Le serment d'abord. Anynal, tout jeune encore, avait juré à son père qu'il irait faire la guerre aux Romains ; selon Tite-Live (XXI, 1, 4), le père d'Hannibal avait amené son fils de neuf ans devant l'autel pour lui faire prêter le serment solennel d'être, dès qu'il le pourrait, l'ennemi du peuple romain. Le frère d'Hannibal ensuite. Hannibal avait un frère du nom d'Hasdrubal, dont Ly Myreur n'a pas fait état jusqu'ici. Ce frère entre en scène à la p. 171, sous le nom d'Asdrual. Dans un certain sens, chez Jean, les deux gestes, celle d'Hannibal et celle d'Anynal, se complètent sur certains points. Ainsi la défaite romaine du lac Trasimène (217 avant notre ère), qui vit la mort du consul Caius Flaminius Nepos, est absente de la geste d'Hannibal mais apparaît dans celle d'Anynal, dans un contexte toutefois différent. La geste d'Hannibal n'évoque pas la mort du héros. À la p. 125 du Myreur, les Gaulois du duc Cambéracion écrasent au combat les gens d'Hannibal, lequel réussit toutefois à s'enfuir, non sans mal, avec un oeil crevé et une main coupée. Pour avoir des informations sur la fin de sa vie, il faut se reporter à la geste d'Anynal (p. 180), qui raconte qu'Anynal, réfugié à la cour du roi Prusias de Bithynie et craignant d'être livré aux Romains, se suicide par le poison. En d'autres termes, une analyse critique de la vision du héros carthaginois dans Ly Myreur devrait presque porter sur les deux gestes (celle d'Hannibal et celle d'Anynal) mises ensemble. Mais ce serait un très long travail, impossible à faire ici. En fait toute l'histoire des trois Guerres Puniques, telle qu'elle est présentée par le chroniqueur liégeois, nécessiterait une remise à plat d'ordre onomastique, chronologique et géographique.

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Sommaire

À Carthage, Anynal, très hostile aux Romains, succède à son père Gazon - En Gaule, Priam succède à Franco - En Israël, Jean Hyrcan, apprenant le rôle de Ptolémée dans l'assassinat de son père, détruit diverses cités égyptiennes ainsi que la Samarie (futur royaume que reconstruira Hérode avec sa capitale Sébaste) - Ptolémée livre une bataille, où sont défaits les Égyptiens et où il périt lui-même - Son fils Tymos lui succède, sous le nom de Ptolémée VIII (470-471 de la transmigration = 119-118 a.C.n.)

Anynal de Carthage revendique la Sicile, mais se heurte aux Romains, alors maîtres de la Sicile - Tandis que se produisent divers prodiges prémonitoires ou inquiétants, une armée romaine (Tiberius Symphonius ?) écrase les Carthaginois en Sicile - Anynal fuit en Toscane et sur sa route tue Flaminius et cinq cents Romains, avant de regagner Carthage (472-473 de la transmigration = 117-116 a.C.n.)

Tandis que le comte de Flandre fonde l'Artois, des batailles fréquentes opposent les Sicambres aux Romains, toujours vaincus - Anynal, revenu en Italie, y fait des ravages et défait près de Sarque l'armée du consul Flaminius mais, trois jours plus tard, il est battu par celle du consul Marcellien - Anynal s'enfuit dans les Pouilles et en Calabre, où il fait des conquêtes, tandis que le roi de Macédoine et les Sardes lui proposent leur aide par des lettres - Celles-ci sont interceptées par les Romains, qui envoient des troupes en Macédoine, en Sardaigne et en Calabre (474-475 de la transmigration = 115-114 a.C.n.)

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À Carthage, Anynal, très hostile aux Romains, succède à son père Gazon - En Gaule, Priam succède à Franco - En Israël, Jean Hyrcan, apprenant le rôle de Ptolémée dans l'assassinat de son père, détruit diverses cités égyptiennes et la Samarie (futur royaume que reconstruira Hérode avec sa capitale Sébaste) - Ptolémée livre une bataille, où sont défaits les Égyptiens et où il périt lui-même - Son fils Tymos lui succède, sous le nom de Ptolémée VIII (470-471 de la transmigration = 119-118 a.C.n.)

 

[p. 168] [De roy de Cartaige Anynal] Item, l'an IIIIc et LXX, morut Gazon, le roy de Cartaige ; si fut roy apres luy Anynal, son fis, qui astoit mult crueux et hayoit les Romans ; et avoit jureit à son pere, deis qu'ilh n'avoit que XX ans (sic) que, oussi toist qu'ilh se poroit combatre, tantoist ilh guerriroit les Romans ; et ilh avoit adont XIX ans. Si que tantoist qu'ilh fut coroneis, ilh s'apparelhat de faire guere aux Romans ; se les en fist depuis asseis.

[p. 168] [Le roi de Carthage Anynal] En l'an 470 [119 a.C.n.], Gazon le roi de Carthage mourut ; après lui, son fils Anynal, qui était très cruel et haïssait les Romains, devint roi ; il avait juré à son père, alors qu'il n'avait que dix1 ans, qu'il irait faire la guerre aux Romains aussitôt qu'il pourrait combattre. Il avait maintenant dix-neuf ans. Et dès son couronnement, il se prépara à combattre les Romains et ne cessa depuis de mener contre eux de très nombreuses guerres.

Item, l'an IIIIc LXXI, le XIIIIe jour de mois de fevrier, morut Franco, ly dus de Galle ; si fut dus apres son fis Prians, qui regnat LVI ans.

En l'an 471 [118 a.C.n.], le 14 février mourut Franco, le duc de Gaule. Son fils Priam devint duc après lui et régna cinquante-six ans.

[De Johans Hircane] Item, apres chu que ly roy Anthiocus fut partis de Jherusalem, vient I Egyptien qui racomptat à Johan comment ly roy Pholomes d'Egypte avoit faite faire le murdre de son pere, par trahison de trahitre Tymoteus.

[Jean Hyrcan] Après que le roi Antiochus eut quitté Jérusalem, un Égyptien arriva et raconta à Jean Hyrcan comment le roi Ptolémée d'Égypte avait commandité le meurtre de son père (Simon) en recourant à la trahison du traître Timothée (p. 164).

[Sebaste] Et quant Johans [p. 169] chu entendit, si en fut mult corochiés al cuer. Si mandat ses hommes, et en allat en la terre d'Egypte, et destruit pluseurs citeis, et par especial ilh conquist toute la terre de Samarie, et le destruit et abatit tout les fortereches et les casteals ; mains grant temps apres le redifiat Herodes, et en fist une royalme qu'ilh apellat le royalme de Samarie, et y fondat I citeit qu'iIh apellat Sebaste, qui fut la principal citeit de son regne.

[Sébaste] Quand Jean [p. 169] entendit cela, il ressentit en son coeur une très vive colère. Il convoqua ses troupes, partit en terre d'Égypte où il détruisit de nombreuses cités. Il conquit en particulier toute la Samarie, la ravagea et en rasa complètement les forteresses et les châteaux. Bien longtemps après, Hérode les reconstruisit et en fit un royaume, appelé royaume de Samarie. Il y fonda une cité qu'il nomma Sébaste et qui fut la principale cité de son royaume.

[Le roy Pholomes ochis] Quant ly roy Pholomes entendit que Johans avoit enssi destruit sa terre, si mandat ses hommes, et vint encontre luy ; et orent batalhe ensemble, en laqueile batalhe fut ochis ly roy Pholomes, et ses gens desconfites et mors la plus grant partie ; ly remanant s'enfuit.

[Mort du roi Ptolémée] Quand le roi Ptolémée apprit que Jean avait ainsi dévasté son territoire, il convoqua ses troupes et se porta à sa rencontre. Ils se livrèrent une bataille au cours de laquelle le roi Ptolémée fut tué et ses hommes défaits, morts pour la plupart. Les rescapés prirent la fuite.

Et coronont à roy Tymos, le fis Pholomes ; si fut appelleis Ii VIIIe Ptholomes et regnat XVIII ans. Enssy soy vengat Johans, et revient en Jherusalem, et tient son regne de Judee mult honoraublement et fortement contre ses annemis, tant com ilh viscat.

On couronna roi Tymos, le fils de Ptolémée, qui porta le nom de Ptolémée VIII et régna dix-huit ans. Telle fut la vengeance de Jean qui rentra à Jérusalem. Aussi longtemps qu'il vécut, il maintint très honorablement et avec vigueur son royaume de Judée face à ses ennemis.

 

1 Une correction pour le XX du manuscrit.

 

Anynal de Carthage revendique la Sicile, mais se heurte aux Romains, alors maîtres de la Sicile - Tandis que se produisent divers prodiges prémonitoires ou inquiétants, une armée romaine (Tiberius Symphonius ?) écrase les Carthaginois en Sicile - Anynal fuit en Toscane et sur sa route tue Flaminius et cinq cents Romains, avant de regagner Carthage (472-473 de la transmigration = 117-116 a.C.n.)

 

[p. 169] [Anynal en Sezilh] Item, l'an IIIIc LXXII, assemblat Anynal, ly roy de Cartaige grans gens jusqu'à Cm et XXm, et vient en Sezilh, qui apartenoit aux Romans, car ilh l'avoient gangniet apres la destruction de Cartaige à cuy ilh astoit, si que Anynal disoit que chu devoit estre siene ; car quant les Romans donarent la royalme de Cartaige à Gazon, son pere, ilh ly donnarent à toutes ses appendiches et apartenanches ; se le voloit ravoir, et par chest raison se le voloit conquerre com siene. Adont cheauz de Sezile le mandarent aux Romans, qui fortement se mervelharent, et escrisent à roy Anynal qu'ilh soy gardast del mesfaire aux amis des Romans.

[p. 169] [Anynal en Sicile] En l'an 472 [117 a.C.n.], Anynal, roi de Carthage, rassembla cent vingt mille hommes, et se rendit en Sicile. L'île appartenait alors aux Romains, qui l'avaient obtenue après la destruction de Carthage, son précédent détenteur. Anynal revendiquait l'île, prétendant qu'elle devait lui revenir, car les Romains, en attribuant le royaume de Carthage à son père Gazon, l'avaient donnée avec toutes ses dépendances et ses possessions. Anynal voulait la récupérer et reconquérir son bien. Les Siciliens le firent savoir aux Romains qui s'en étonnèrent fortement et écrivirent à Anynal de se garder de faire du tort à des gens qui étaient leurs amis.

Bien voir astoit quant Cartaige fut destruite ilh le conquisent, et que par-devant astoit en tregut de Cartage et de sa subjection, et maintenant astoit-elle de tregut et de la subjection des Romans ; et quant ilh donnarent à Gazon, son pere, Cartage, ilh astoit à eaux, ilhs ne li donnarent point les acquestes faites par les roys de Cartage jadis ; et portant ilh demandoit tort et encontre raison, et relassier l'en convenoit, ou ilh s'en repenteroit. A chu donnat Anynal dure et mal response, en concludant qu'ilh l'airoit, car raison astoit.

Il est bien vrai que lors de la destruction de Carthage, les Romains avaient conquis la Sicile, auparavant tributaire et sous la domination de Carthage, mais maintenant l'île était tributaire des Romains et sous leur domination. Il est vrai aussi que, quand les Romains attribuèrent Carthage à Gazon, la Sicile était romaine, et ils n'avaient pas donné les anciens acquis des rois de Carthage à Gazon. Dès lors, Anynal agissait contre le droit et la raison, et devait renoncer ou s'en repentirait. Anynal répondit durement qu'il aurait la Sicile, car la raison le voulait.

[Mervelhe] Adont avient une grant mervelhe en la citeit d'unne femme qui alloit et travelhoit d'enfant ; et astoit ja li enfés à moitiés neis et fours de ventre de la mere, si est rentreis subitement en ventre de sa mere. Qui signifiat, enssi com les [p. 170] clers de la citeit desent, que la citeit seroit temprement prise, si qu'ilh fut lendemain.

[Prodige] Alors se produisit un grand prodige dans une ville où une femme était en train d'accoucher : l'enfant était déjà à moitié sorti du ventre de sa mère quand tout à coup il y rentra. Cela signifiait, selon ce que déclarèrent les [p. 170] savants de la cité, que leur ville serait prise prochainement, ce qui se produisit dès le lendemain.

Mains li oust des Romans se vint à poioir, se les conduist Tyberien Simphonien, tant qu'ilh vinrent en Sezile ; si orent batalhe ensemble, et furent cheaux de Cartage desconfis et mors, et se s'enfuit ly remanans. Là fut mors IIIIxx M homme de Cartage et LXm Romans : chu fut I fors estours.

L'armée romaine arriva en Sicile en force, sous la conduite de Tiberius Symphonius (?). Les adversaires s'affrontèrent. Les gens de Carthage furent battus et tués ; les rescapés prirent la fuite. Là quatre-vingt mille Carthaginois et soixante mille Romains trouvèrent la mort : ce fut un terrible combat.

[Diverses signes en chiel] Et adont se monstront en chiel diverses signes mult crueux, desqueils les Romans furent mult perturbeis, car li ruwe de soleal apparut estre plus petit ; et y apparut oussi le semblanche d'onne main d'homme, et le soleal et la lune combattre ensemble, enssi com ilh apparoit. Et à Capene, de jour, sont apparut en chiel II lune, et en Sardine, II escus ont sueit sanc ; et à Faliche, le chiel apparut oviers.

[Divers signes dans le ciel] Alors apparurent dans le ciel divers signes très effrayants, qui troublèrent fortement les Romains. Ainsi le cercle du soleil sembla être plus petit ; on vit aussi apparaître ce qui ressemblait à une main d'homme, et on crut également voir le soleil et la lune lutter ensemble. À Capène deux lunes furent visibles dans le ciel en pleine journée. En Sardaigne, deux écus suèrent du sang et, en territoire falisque, le ciel parut s'ouvrir.

Adont vient Anynal en fuant par Tuscanne, et là at encontreit Flamien, le consule, qui venoit à Vc hommes ; se les at ochis, et puis s'en allat vers Cartaige. Chu fut l'an IIIIc LXXIII, en mois de fevrier, que ladit batalhe avienet.

Anynal, en fuyant par la Toscane, rencontra là le consul Flaminius accompagné de cinq cents hommes. Anynal les tua et s'en retourna vers Carthage. Cette bataille se déroula en février de l'an 473 [116 a.C.n.].

 

Tandis que le comte de Flandre fonde l'Artois, des batailles fréquentes opposent les Sicambres aux Romains, toujours vaincus - Anynal, revenu en Italie, y fait des ravages et défait près de Sarque l'armée du consul Flaminius mais, trois jours plus tard, il est battu par celle du consul Marcellien - Anynal s'enfuit dans les Pouilles et en Calabre, où il fait des conquêtes, tandis que le roi de Macédoine et les Sardes lui proposent leur aide par des lettres - Celles-ci sont interceptées par les Romains, qui envoient des troupes en Macédoine, en Sardaigne et en Calabre (474-475 de la transmigration = 115-114 a.C.n.)

 

[p. 170] [Arthense - Artois] Item, l'an IIIIc LXXIIII, fist et fondat Arthesa une citeit qu'ilh nommat Artense, et son pays Artois, et ses gens Arthesiens.

[p. 170] [Arthense - Artois] En l'an 474 [115 a.C.n.], Arthesa [comte de Flandre] (p. 166) créa et fonda une cité, qu'il dénomma Artense, appelant son pays l'Artois et ses habitants les Artésiens.

 A cel temps oit pluseurs batalhes entres les Romans et les Sycambiens ; mains les Romans en avoient toudis de peiour, et astoient desconfis.

À cette époque plusieurs batailles opposèrent les Romains et les Sicambres ; mais les Romains avaient toujours le dessous et étaient vaincus.

[Anynal en Itale] Item, l'an IIIIc et LXXV, en mois de marche, revient Anynal, le roy de Cartage, en Ytale, à grant gens, en destruant le pays. Se prit une ville, que ons nomoit Sarque ; se trova dedens Igneum Fulmynum, unc consule de Romme, et XI Tribuniiens vies et noveals, et XVIIm hommes ; si les ochist tous, et puis se soy partit et allat avant. Et à thier jour ilh encontrat Marcellien, le consul, qui aloit à grant gens vers Sarque pour faire sourcoure à eaux ; si soy corirent sus, et soy combatirent jusques la nuit, qui les departit.

[Anynal en Italie] En mars de l'an 475 [114 a.C.n.], Anynal, roi de Carthage, revint en Italie avec de nombreuses troupes, en dévastant le pays. Il s'empara d'une ville appelée Sarque (?), dans laquelle se trouvaient Cneus Flaminius (?), consul de Rome, onze tribuns, anciens et nouveaux, et dix-sept mille hommes. Anynal les tua tous, puis il repartit et alla de l'avant. Le troisième jour, il rencontra le consul Marcellien, qui avec une foule de gens allait porter secours à Sarque. Carthaginois et Romains s'affrontèrent et se battirent jusqu'à la nuit qui les sépara.

[Sa desconfiture] Et lendemain, oussitoist qu'ilh veirent le jour, se rasalhirent à la batalhe, et se soy combatirent jusques à medis. Et là fut Anynal desconfis ; si s'enfuit, et perdit bien XXm hommes. Adont s'enfuit-ilh vers Pulhe et Calabre, et illuc conquestat-ilh mult de citeis.

[Sa défaite] Le lendemain, dès le lever du jour, les adversaires reprirent la bataille et combattirent jusqu'à midi. Anynal fut vaincu ; il prit la fuite, ayant perdu au moins vingt mille hommes. Il s'enfuit dans les Pouilles et en Calabre, où il conquit de nombreuses de cités.

Enssi qu'ilh faisait chu, ly roy de Machidone ly envoiat son messagier, et ly mandat qu'ilh ly feroit ayde encontre les Romans ; et, [p. 171] s'ilh les puet vaincre, ilh ly aiderat encontre les Grigois ; et en teile manere escrisent cheaux de Sardine.

Tandis qu'il était ainsi occupé, le roi de Macédoine lui annonça par son messager qu'il l'aiderait contre les Romains ; et que, [p. 171] s'il pouvait les vaincre, il l'aiderait (aussi) contre les Grecs. Les Sardes lui écrivirent également en ce sens.

Mains les messagiers chevalcharent teilement, qu'ilh chaïrent en l'oust des Romans ; si furent pris et leurs lettres luites, et soierent tous leurs secreis. Sour quoy les Romans orent teile conselhe qu'ilh misent les messagiers en prisons, et puis envoiarent en Machidoyne March et Valerien, et en Sarde Tute et Mallitorquant, consules, à grans gens ; et lez remanus des Romans s'en allont vers Calabre, où Anynal gesoit.

Mais les messagers à cheval tombèrent sur l'armée des Romains. Ils furent capturés, leurs messages furent lus et tous leurs secrets dévoilés. Sur quoi, les Romains décidèrent d'emprisonner les messagers. Ils envoyèrent Marcus et Valerius en Macédoine, et Titus et Mallitorquant, en Sardaigne, avec des troupes importantes. Les Romains qui restaient s'en allèrent en Calabre, où Anynal accomplissait des exploits.

 

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