Jean d'Outremeuse, Myreur des histors, I, p. 98b-107a

Édition : A. Borgnet (1864) ‒ Présentation nouvelle, traduction et introductions de A.-M. Boxus et de J. Poucet (2017)

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Ce fichier contient quatre parties :

Myreur, p. 98b-99      (A. Rome : Avènement du consulat et événements divers - Gaule - Xerxès)

Myreur, p. 100-102a   (B. Varia : Guerres médiques - Perses - Scythes - Grecs - Gaulois et Romains)

Myreur, p. 102b-104a (C. Varia : Orient et surtout Romains et Gaulois)

Myreur, p. 104b-107a (D. Varia : Orient - Égypte - Grèce - Danemark)

 


 

A. Rome : Avènement du consulat et événements divers - Gaule - Xerxès (Myreur, p. 98b-99)

 

Ans 78-98 de la transmigration = 511-491 a.C.n.

 

Introduction [texte]

Pour plus de détails sur l'avènement du consulat, le fonctionnement de cette institution et l'utilisation des noms des consuls dans la datation, on se rapportera à notre article sur Les « Primordia » de Rome selon Jean d'Outremeuse (FEC 34 (2017). La fin définitive de la royauté et l'instauration du consulat sont globalement conformes à la tradition romaine, mais Jean échoue dans sa tentative d'expliquer le fonctionnement du consulat, tout comme, plus haut (p. 87), il avait échoué dans sa présentation de l'archontat, après la fin de la royauté athénienne. Il semble peu averti du fonctionnement des institutions de l'antiquité. On en aura d'autres exemples encore (cfr l'introduction des p. 382ss).

L'article cité ci-dessus examine aussi plus en détail quelques notices (sur le recensement à Rome, la mort de Pythagore et celle des deux philosophes), intéressantes par ce qu'elle nous apprennent concrètement du travail de Jean et des problèmes de transmission qui peuvent se poser.

Deux notices sans relief sur Yborus et les Égyptiens (révoltés contre les Perses) nous éloignent du monde romain. On retrouvera Darius, Xerxès et les guerres médiques dans les pages suivantes.

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 Sommaire

Avènement des premiers consuls, Lucius et Brutus, et les limites du pouvoir consulaire à Rome

Divers : Yborus, duc de Gaule, fonde la ville de Clermont, cédée à Ylion, qui jette les bases de l'Auvergne - Rome compte alors dix mille hommes d'armes - Mort à Rome de Pythagore et de deux philosophes empoisonnés en prison - Xerxès, fils du roi Darius, ramène à son père les Égyptiens rebelles (82-98 de la transmigration = 507-491 a.C.n.)

 

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Avènement des premiers consuls, Lucius et Brutus, et limites du pouvoir consulaire à Rome

 

[p. 98b] [Chi commencharent les consules de Romme à regneir, et regnont jusques à Julius Cesair] Chi endroit cessarent les empereres à regneir. Si ordinarent les senateurs et li peuple des Romans qui sieroient governeis par II consules, qui regneroient al manere de roys d'an en an, assavoir chascon an I noveal awec I des vies, et que nuls ne le poroit estre que II ans en ordene, car li I qui demoroit awec le noveal esluit estoit pour luy instruire ; liqueile gubernation durat jusques al temps de Julius Cesare emperere.

[p. 98b] [Les consuls commencent à régner à Rome et le feront jusqu'à Jules César] Dès lors, les empereurs cessèrent de régner. Les sénateurs et le peuple des Romains décidèrent de mettre à leur tête deux consuls, qui d'année en année auraient les pouvoirs des rois. Chaque année, un nouveau (consul) régnerait avec un des anciens, et personne ne pourrait être consul plus de deux ans consécutifs, le consul restant n'étant là que pour instruire le nouvel élu. Ce type de gouvernement dura jusqu'à l'empereur Jules César.

Item, les promirs prinches qui governont furent nommeis Luciun et Brutun. Ches dois governarent al manere de roys I an, et fut osteis li uns ; si regnat apres encor li altre I an awec I noveal, que ons enlist.

Les premiers princes qui furent au pouvoir s'appelaient Lucius et Brutus. Ils gouvernèrent tous deux comme des rois, pendant un an. Puis le premier fut déchargé, et l'autre régna encore un an, avec un nouvel élu.

[Ilh fut ordineit que les consules ne governassent que II ans, affin qu’ilh ne montasssent en orguelh] Et deveis bien savoir que les senateurs, et cheaux qui chu ordinarent, lassoient demoreir chascons II ans, affin que li vies informast le noveal de la loy de Romme ; et oussi ne [p. 99] poloient demoreir plus de II ans, por tant que ons ne voloit mie que por la long demorée ilh montassent en orguelh por la domination. Et y avoit une altre raison que ons en y mettoit II, qui astoit et fut teile : se li uns en fait de la loy ou del common profil excedoit ou pou ou trop, qui li altre son compangnon le restrendoit.

[On décide que les consuls ne resteraient au pouvoir que deux ans, pour éviter chez eux un excès d'orgueil] Il faut savoir que les sénateurs et ceux qui en décidèrent ainsi les laissaient chacun en charge deux ans durant, afin que l'ancien informe le nouveau des lois de Rome. En outre, les consuls ne [p. 99] pouvaient pas rester en fonction plus de deux ans, pour éviter qu'une charge trop prolongée ne les rende avides de domination. Il y avait encore une autre raison de désigner deux consuls : si l'un s'écartait un peu ou trop de la loi ou de l'intérêt commun, l'autre le retenait.

Romme adont tenoit à paine jusques à XV pires imperials ; se destinct-ons ches pires I somme por I mil en teile manere que maintenant en alcon lieu ons atermine les bonnirs de terre ; mains nos ne trovons mie plus cleirement chesti fait que dit est.

Rome alors occupait à peine une zone de quinze bornes milliaires. On plaçait une borne tous les mille pas, comme on le fait aujourd'hui en certains endroits pour délimiter les bonniers de terre. Mais nous ne trouvons rien de plus clair à ce sujet.

 

Divers : Yborus, duc de Gaule, fonde la ville de Clermont, cédée à Ylion, qui jette les bases de l'Auvergne - Rome compte alors dix mille hommes d'armes - Mort à Rome de Pythagore et de deux philosophes empoisonnés en prison - Xerxès, fils du roi Darius, ramène à son père les Égyptiens rebelles (ans 82-98 de la transmigration - 507-491 a.C.n.)

 

[p. 99] [De duc de Galle] Item, l'an IIIIxx et II, morut li dus de Galle Avrengnas, qui à la mort priat son fis Yborus qu'ilh fondast une citeit deleis le casteal de Clermont, que son pere Orliens avoit fondeit ; et ilh le fist. Quant li dus Avrengnas fut mors, si fut fais dus Yborus, son fis, qui regnat XL ans.

[p. 99] [Le duc de Gaule] En l'an 82 [507 a.C.n.], mourut le duc de Gaule Avrengnas, qui, à sa mort, pria son fils Yborus de fonder une cité près du château de Clermont, construit par son père Orliens ; ce que fit Yborus. Après la mort de Auvergnas, Yborus, son fils, devint duc et régna quarante ans.

[Pictagoras morut à Romme] Item, l'an IIIIxx et III, morut à Romme Pictagoras, le philosophe.

[Pythagore meurt à Rome] En l'an 83 [506 a.C.n.] mourut à Rome le philosophe Pythagore.

Item, l'an IIIIxx et VIII, fondat Yborus la citeit deleis le casteal de Clermont, et le nommat Clermont, enssi que son pere li avoit priiet ; puis le donnat à I chevalier qui oit nom Ylion, à cuy son pere li avoit chargeit del donneir. Et chi prinche Ylion, quant ilh oit la citeit, portant qu'ilh avoit pou de terre, si demandat entour (B : ancors) I terre à duc Yborus ; et li dus l'en donnat X liewes entour sa citeit.

En l'an 88 [501 a.C.n.], Yborus fonda près du château de Clermont la cité qu'il nomma Clermont, comme son père l'en avait prié ; puis il l'attribua à un chevalier, nommé Ylion, conformément à la volonté de son père. Quand le prince Ylion fut maître de la cité, vu le peu d'espace dont il disposait, il demanda au duc Yborus un territoire plus grand ; celui-ci lui donna alors dix lieues de terres autour de sa cité.

[De pays de Avergne qui prist son nom à duc de Galle] Quand Ylion oit tant de terre que ilh li plaisit, portant que Yborus li avoit donneit al requeste de son pere Avrengnas, ilh apellat sa terre et son pays Avergne, et encors le nom-ons Avergne ; mains puisedit conquisent les dus d'Avergne plus avant terre que Ylion n'en awist donnet, et y furent puis fondeit pluseurs bels citeis. Enssi com je vos dis fut Avergne commenchié, et prist enssi son nom à duc de Galle ; si est puis multipliié fortement.

[Le pays d'Auvergne tire son nom du duc de Gaule] Quand Ylion disposa d'autant de terres qu'il désirait, puisque Yborus lui en avait donné à la requête de son père Avrengnas, il dénomma Auvergne sa terre et son pays, nom qui subsiste aujourd'hui. Mais par la suite, les ducs d'Auvergne conquirent plus de territoire que ce qu'Ylion avait légué et ils y fondèrent plusieurs belles cités. Tels furent les débuts de l'Auvergne qui tira son nom du duc de Gaule. Elle s'est ensuite fortement développée.

Item, l'an IIIIxx et XII, fut nombreit li peuple de Romme à Xm hommes d'armes.

En l'an 92 [497 a.C.n.], la population de Rome fut évaluée à dix mille hommes d'armes.

En cel an furent les Egyptiens rebelles à roy Daire, qui astoit leurs sires ; si enviat sour eaux son fis Serses, qui tous les desconfist, et remist leurs terres en la poisanche le roy Daire son pere.

Cette même année les Égyptiens se rebellèrent contre le roi Darius I, leur seigneur. Il envoya contre eux son fils Xerxès I, qui les vainquit tous et ramena leurs terres sous le pouvoir du roi Darius I son père.

Item, l'an XCIII, morurent par venien à Romme Ambalay et Ephesone, II philosophes, que ons donnat à boire en une chartre où ilh gisoient prisonnirs.

En l'an 93 [496 a.C.n.] moururent à Rome deux philosophes, Ambalay (?) et Éphésone (?), du poison qu'on leur donna à boire dans le cachot où ils étaient prisonniers.

Item, l'an XCVIII, morut li prinche Ylion d'Avergne, si fut prinche apres luy son fis Gricoles.

En l'an 98 [491 a.C.n.], le prince Ylion d'Auvergne mourut ; son fils, Gricoles, lui succéda comme prince.

 


 

B. Varia - Guerres médiques - PERSES - Scythes - GRECS - GAULOIS et Romains [Myreur, p. 100-102a]

Ans 100-132 de la transmigration = 489-457 a.C.n.

 

Introduction  [sommaire et texte]

On se trouve ici devant une accumulation de notices traitant d'événements divers, liés à différents pays.

L'Orient, la Grèce et les Guerres Médiques

En Orient, l'accent est mis sur les opérations militaires de Darius I et de son fils Xerxès I, notamment durant les Guerres Médiques, qui, au début du Ve siècle avant notre ère, opposèrent les cités grecques au vaste empire perse, désireux d'assurer sa domination sur tout le pourtour de la mer Égée. Ces guerres se déroulèrent en deux phases. Lors de la première guerre médique, Darius I traverse l'Égée avec des forces très importantes, débarque en 490 avant notre ère à Marathon, à quarante kilomètres d'Athènes, y est vaincu et doit rembarquer. Les Perses, sous le commandement de Xerxès I, reviennent dix ans plus tard, cette fois par terre et par mer. Les Grecs tentent en vain d'arrêter les forces terrestres perses au défilé des Thermopyles (août 480 avant notre ère). Athènes est prise et incendiée mais, grâce à Thémistocle, la flotte perse est détruite devant l'île de Salamine (septembre 480 avant notre ère) et l'armée perse vaincue à Platées (479 avant notre ère). Les deux Guerres Médiques se terminent donc par la victoire, terrestre et maritime, des Grecs sur les Perses qui rentrent chez eux. Tel est en très bref le résumé des événements, datés selon notre comput et non d'après le système des années a.C.n., utilisé par le chroniqueur.

En fait la présentation de Jean est telle que le lecteur ne peut avoir une idée précise sur le sujet. Aucune distinction n'est faite entre les deux Guerres Médiques séparées en réalité par dix années ; aucune allusion n'est faite au rôle de Xerxès dans la seconde Guerre Médique, ni à la bataille des Thermopyles, ni à l'exploit de Léonidas et de ses Spartiates aux Thermopyles. Un détail suffira à montrer les insuffisances du chroniqueur liégeois : dans l'histoire, sur la plage de Marathon, les Athéniens, aidés des Platéens, ont écrasé l'infanterie perse de Darius qui venait de débarquer et qui dut rembarquer au prix de lourdes pertes ; dans Ly Myreur, Darius tue le roi Lacédémonès, avant d'être finalement défait par le fils de ce dernier, appelé aussi Lacédémonès. Aucun rapport entre la réalité historique et le récit du chroniqueur. On notera même que le nom générIque des Spartiates (Lacédémoniens) est devenu celui d'un roi spartiate et celui de son fils.

Quant à Athènes, elle n'est même pas citée pour son rôle extrêmement important dans les opérations militaires, mais comme une terre abritant d'illustres écrivains et philosophes, nommément désignés (Sophocle, Euripide, Diagoras, Bacchylide, Socrate, le maître de Platon).

Les Scythes

En ce qui concerne les Scythes, l'affrontement historique qui les opposa à Darius, antérieur du reste aux attaques contre la Grèce, est signalé dans Ly Myreur sans précisions sérieuses. On retiendra l'image que donne le chroniqueur liégeois des Scythes et de la Scythie : un pays aux moeurs particulières, comptant de nombreux sages, et très différent de celui qu'il était réellement à l'époque. Les faits historiques se mêlent ici, moins au monde épico-légendaire du chroniqueur, qu'à l'imaginaire mythique du monde antique, comme le montre bien d'ailleurs l'intervention des Amazones aux côtés de Darius.

La Gaule et la Frise

En Gaule, le chroniqueur signale une guerre entre les Romains et les Gaulois. Les Romains avaient attaqué le duc de Gaule Yborus, car ils voulaient soumettre les Gaulois au tribut, « comme les empereurs l'avaient fait maintes fois avant eux ». Ils échouèrent. Nouvelle manifestation du thème récurrent - et imaginaire - d'une violente opposition entre les deux peuples censée remonter très loin dans le passé et qui trouve ici ses racines dans des problèmes de tribut.

Est signalée aussi (p. 101-102) la fondation par le duc de Gaule, un certain Frisones, d'une cité en Champagne, qu'il nomme Frise, d'après son nom, qu'il peuple de nombreux habitants appelés évidemment Frisons et qu'il donne à un prince gaulois nommé Ygonas. Tout cela est un peu surprenant, la Frise étant située au Nord de la Hollande. Il sera encore question de la Frise plus loin (p. 102).

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Sommaire

Darius I, vaincu en Scythie, conquiert la Macédoine mais est mis en fuite par Lacédémonès à Marathon - Il subit de lourdes pertes et retourne à Babylone (ans 100-103 de la transmigration = 489-486 a.C.n.)

La Scythie, pays idéalisé aux nombreux sages et aux moeurs particulières, est à nouveau attaquée, mais elle l'emporte sur Darius I et la reine des Amazones (an 105 de la transmigration = 484 a.C.n.)

Les Gaulois l'emportent contre les Romains (ans 110 -113 de la transmigration = 479-476 avant Jésus-Christ)

Athènes abrite d'illustres écrivains (Sophocle, etc...) et philosophes (Socrate) - Darius I, une nouvelle fois défait par les Scythes, se retire et meurt à Babylone - Successions diverses en Perse, à Babylone, en Gaule - Fondation de Frise en Champagne (ans 115-132 de la transmigration = 474-457 a.C.n.)

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Darius I, vaincu en Scythie, conquiert la Macédoine mais est mis en fuite par Lacédémonès à Marathon - Il subit de lourdes pertes et retourne à Babylone (ans 100-103 de la transmigration = 489-486 a.C.n.)

 

Item, l'an [p. 100] del transmigration de Babylone cent, adjondit li vasal Serses le royalme de Egypte à la royalme de Babylone et de Persie, com ilh astoit devant.

En l'an 100 [489 a.C.n.] [p. 100] de la transmigration de Babylone, le vaillant Xerxès réunit le royaume d'Égypte à ceux de Babylone et de Perse, comme c'était le cas précédemment.

[Ly roy Daire à VIIc M hommes entra en Sithie, et el fin ilh y fut ochis] Item, l'an C et I, assemblat li roy Daire et son fis Serses les oust del regne de Babylone, de Persie et d'Egyple, qui furent nombreis à VIIc milhes hommes, et entrat en la terre de Sithie por mettre en tregut à luy ; mains là ly avient grand encombrier, car quant ses batelhirs soy durent assembleir, se li prist si grant pavour qu'ilh se mettit al fuir ; et se perdit bien IIIIxx milhes hommes, et revient enssi en Persie.

[Le roi Darius entre en Scythie avec sept cent mille hommes et y est finalement tué] En l'an 101 [488 a.C.n.], le roi Darius I et son fils Xerxès rassemblèrent les armées des royaumes de Babylone, de Perse et d'Égypte, qui comptaient sept cent mille hommes. Darius entra en Scythie, avec la volonté de la soumettre ; mais un grand désastre l'attendait. Quand ses guerriers durent se rassembler, il fut si terrifié qu'il se mit à fuir. Il perdit au moins quatre-vingt mille hommes et rentra en Perse.

[Ly roy Daire conquist le royalme de Machidone] Item, l'an C et III rasemblat li roy Daire grant gens, el entrat en la terre de Machedone, et le conquestat tout, et ochist en la batalhe le roy Maratoine Lachedomenes. Et là oit mult de batalhe Daire encontre chascon ; mains al derain fut Daire desconfis par le fis Lachedomenes, qui enssi astoit nommeis Lachedomenes. Et fut mors des gens le roy Daire IIc milhes hommes ; si s'enfuit par naves, et ralat en Babylone qui marchisoit à Sithie.

[Le roi Darius conquiert le royaume de Macédoine] En l'an 103 [486 a.C.n.], le roi Darius I rassembla un grand nombre d'hommes, pénétra en Macédoine, qu'il conquit entièrement et, au cours de la bataille, il tua le roi Lacédémonès à Marathon. Là Darius I eut beaucoup à lutter contre tout le monde ; mais finalement, il fut défait par le fils du roi Lacédémonès, lui aussi nommé Lacédémonès. Deux cent mille hommes périrent ; Darius I s'enfuit sur ses navires et regagna Babylone, à la frontière de la Scythie.

 

La Scythie, pays idéalisé, aux nombreux sages et aux moeurs particulières, est à nouveau attaquée, mais elle l'emporte sur Darius et la reine des Amazones (an 105 de la transmigration = 484 a.C.n.)

 

[p. 100] [Sithie] Sithie at pueli viel et siet en Orient et est bien enclouse ; car à l'unc costeit est la mere et à l'autre les montagnes de Rixsor ; al dos at Asie et le fluus de Thanase, et à l'autre costeit, al promier y habitat Magoge, le fis Japhet.

[p. 100] [Scythie] La Scythie1 est un ancien pays, situé en Orient et bien fermé, d'un côté, par la mer et de l'autre par les monts Riphées ; à l'arrière, elle est bordée d'une part par l'Asie et de l'autre par le fleuve Tanaïs. Son premier occupant fut Magog2, le fils de Japhet.

[En chis pays at oit pluseurs fois mult de saiges gens] Et se dient alcons que alcon fois y oit mult de sages gens et paisiebles qui ne laburoient point les terres, car ilh ne le savoient faire, et ne fasoient nulle pechiés ; ilh n'avoient nulles mainsons, et mangnoient lac et myel, el astoient vestis de peals de biestes, et avoient asseis d'or et d'argent et de pieres prechieux et tout altre crasse ; et si ne convotoient mie les biens d'altruy, car ilh astoient tous riches. Ilh ne soy melloient point de luxure par fornication ou adulteire, mains à leurs femmes tant seulement. A nul emperere ne sont subgis. Apres, enssi que pluseurs dient, ilh fut jadit unc temps que les gens de chis pays furent si plains de crualteit, qu'ilh mangnoient char humaine et bevoient leur sanc.

[En ce pays il y eut souvent de nombreux sages] Certains disent qu'autrefois y habitaient nombre de personnes sages et pacifiques. Ils ne cultivaient pas la terre, ne sachant pas le faire. Ils ne commettaient aucun péché. Ils n'avaient pas de maisons, mangeaient du pain et du miel et étaient vêtus de peaux de bêtes. Ils avaient beaucoup d'or, d'argent, de pierres précieuses, et autres richesses. Étant tous riches, ils ne convoitaient pas les biens d'autrui. Ils ne vivaient pas dans la luxure, la fornication ou l'adultère, mais se satisfaisaient de leurs femmes. Ils n'étaient soumis à aucun empereur. Dans la suite, selon de nombreuses sources, il y eut jadis une époque où les habitants de ce pays étaient si cruels qu'ils se nourrissaient de la chair des hommes et buvaient leur sang.

[Ilh desconfirent pluseurs fois les roy de Babilone] Ilh fisent fuir Daire, le roy de Babylone et de Persie, mult de fois, trop laidement desconfis ; et perdit [p. 101] mult de ses gens, com nos l'avons tochiet desus.

[Ils battirent plusieurs fois les rois de Babylone] Maintes fois, ils contraignirent à la fuite Darius I le roi de Babylone et de Perse, qui fut sévèrement battu et perdit [p. 101] beaucoup de ses hommes, comme mentionné ci-dessus (p. 100).

A cel temps demoroit aucy awec Filaistre, se maistre, qui l'instruoit et l'aprist ; si avoit l'eage de XVIII ans.

À l'époque, (Darius) vivait aussi avec son maître Filaistre (Philastre ?), qui l'instruisit et le forma ; il était alors âgé de dix-huit ans.

[Daire fut desconfis et perdit Cm hommes] Item, l'an C et V, entrat ly roy Daire en la terre de Sithie, et la royne de Amasonie awec li, et orent batalhe ensemble ; mains Daire fut desconfis, et perdit Cm hommes et des femmes à grant nombre, et li meismes fut navreis grandement, dont ons disoit qu'ilh estoit mors ; mains ilh fut enporteis en le regne de Persie, et fut regaris.

[Darius est battu et perd cent mille hommes] En l'an 105 [484 a.C.n.], le roi Darius I entra dans le territoire de Scythie, accompagné de la reine des Amazones. Ils se battirent. Darius fut défait et perdit cent mille hommes ainsi qu'un grand nombre de femmes. Lui-même fut grièvement blessé, au point qu'on le disait mort ; mais il fut ramené dans le royaume de Perse et il guérit.

 

1 Sur la Scythie et sa localisation géographique, cfr plus loin la Mappemonde (p. 303). Nous avouons ne pas être sûr de notre traduction.

2 Gog et Magog, deux personnages mythiques de la Bible, reviendront plus loin (p. 282, p. 284).

 

Les Gaulois l'emportent sur les Romains (ans 110-113 de la transmigration = 479-476 a.C.n.)

 

[p. 101] [Ly dus de Galle a desconfis les consules] Item, l'an C et X, oit li dus de Galle Yborus unc fis, qui fut nommeis Frisones.

[p. 101] [Le duc de Gaule défait les consuls] Par ailleurs, en l'an 110 [479 a.C.n.], le duc de Gaule Yborus eut un fils, qui fut appelé Frisones.

Item, l'an C et XI, orent les consules de Romme et les Romans grant bataille contre Yborus, le duc de Galle, portant qu'ilh voloient les Galliens mettre en tregut si que les empereres avoient fait devant par maintes fois ; et ortant y gangnarent cheaux, car ilh furent desconfis et mors, et s'enfuirent tristes et dolens vers Romme.

En l'an 111 [478 a.C.n.], les consuls de Rome et les Romains menèrent une grande bataille contre Yborus, le duc de Gaule, car ils voulaient soumettre les Gaulois au tribut, comme les empereurs l'avaient fait maintes fois avant eux. Pourtant les Gaulois l'emportèrent : les Romains, défaits et tués, s'enfuirent à Rome penauds et abattus.

Sour l'an C et XIII, murmeront les Romans entre eaux sour les consules et les senateurs por celle desconfiture de Galle, et disoient qu'ilh y avoit oyut trahison ; de quoy les consules et senateurs en fisent IIc mettre à mort ; de cheaux qui avoient dit si fais parleirs ; si soy taisirent les altres unc pou de temps.

En l'an 113 [476 a.C.n.], suite à cette défaite contre les Gaulois, les Romains protestèrent ouvertement contre les consuls et les sénateurs, invoquant une trahison. Suite à cela, les consuls et les sénateurs firent mettre à mort deux cents Romains, parmi ceux qui avaient ainsi protesté ; les autres se turent pendant quelque temps.

 

Athènes abrite d'illustres écrivains (Sophocle, etc...) et philosophes (Socrate) - Darius I, une nouvelle fois défait par les Scythes, se retire et meurt - Successions diverses en Perse, à Babylone, en Gaule - Fondation de Frise en Champagne (ans 115-132 de la transmigration = 474-457 a.C.n.)

 

[p. 101] Item, l'an C et XV, astoient prophetisant en Athenes mult de prophetes et philosophes de grant auctoriteit, sicom : Soffocles, Euripides, Dyagoras, Bacilides et pluseurs altres.

[p. 101] En l'an 115 [474 a.C.n.], Athènes comptait beaucoup de prophètes et de philosophes d'une grande autorité, comme Sophocle, Euripide, Diagoras, Bacchylide et plusieurs autres.

[Ly roy Daire oit grant batalhe à ches de Sithie, et y perdit mult, car il en morut] Item, l'an C et XVI, assemblat li roy Daire grant gens de tout pays ; si entrat en la terre de Sithie, et oit batalhe à eaux par pluseurs fois ; si perdit mult de ses gens, et fut navreis à cel fois teilement qu'ilh en morut dedens III ans apres ; mains oncques dedens les trois ans ne soy levat de son lit.

(Le roi Darius mène une grande bataille contre les Scythes, à grande perte, car il en meurt] En l'an 116 [473 a.C.n.], le roi Darius rassembla nombre de gens de tout son royaume. Il pénétra en Scythie et livra plusieurs combats ; il perdit quantité d'hommes et lui-même fut si grièvement blessé qu'il mourut dans les trois ans, durant lesquels, il ne quitta jamais le lit.

Si fut apres luy roy de Persie et d'Egypte Serses, son fis li anneis, qui regnat XX ans ; et son altre fis plus jovenes, qui fut nommeis Daire, chis fut roy de Babylone.

Après lui Xerxès, son fils aîné, devint roi d'Égypte et de Perse et régna durant vingt ans. Son autre fils, plus jeune, nommé Darius, fut nommé roi de Babylone.

[De Galle] Item, l'an C et XVIII, morut li dus de Galle Yborus ; si regnat son fis apres XXVIII ans.

[La Gaule] En l'an 118 [471 a.C.n.] le duc de Gaule Yborus mourut ; son fils lui succéda durant vingt-huit ans.

Item, l'an C et XXV, morut ly roy Serses de Persie ; si regnat apres son fis Arthabanus VIII mois tant seulement, et apres regnat son frere, qui a nom Artharserses.

En l'an 125 [464 a.C.n.[ mourut le roi Xerxès de Perse. Son fils Arthabane lui succéda durant huit mois seulement ; son frère, dénommé Artaxerxès, régna après lui.

Item, l'an C et XXVII, visquoit uns philosophe qui oit à nom Socrates, qui fuit puis li maistre Plato.

En l'an 127 [462 a.C.n.] vivait un philosophe, nommé Socrate, qui devint ensuite le maître de Platon.

Item, l'an C et XXIX, defalit à cleir jour le clarteit de soleal.

En l'an 129 [460 a.C.n.], la lumière du soleil disparut en plein jour.

[Ly dus de Galle fondat Frise en Campangne] Item, l'an C et XXXII, fondat li dus de Galle une citeit en Campangne, qu'ilh nommat Frise, [p. 102] solonc son nom, et le peupliat bien de gens ; se les nommat Frisons, et donnat la citeit à unc prinche qui oit nom Ygonas.

[Le duc de Gaule fonde Frise en Champagne] En l'an 132 [457 a.C.n.], le duc de Gaule [Frisones] fonda une cité en Champagne, qu'il nomma Frise [p. 102], d'après son nom. Il la peupla de nombreux habitants, qu'il appela Frisons et attribua la cité à un prince du nom d'Ygonas.

 


 

C. Varia : ORIENT et Surtout Romains et Gaulois [Myreur, p. 102b-104a]

 

 Ans 136-164 de la transmigration = 453-425 a.C.n.

 

Introduction  [sommaire et texte] 

La Frise et le système de l'éponymat

On a vu (p. 101-102), avec une certaine surprise, le duc de Gaule, Frisones, fonder en Champagne une cité appelée Frise, qu'il donne à Ygonas, un prince gaulois. La notice de la p. 102b n'est pas pour nous rassurer sur les compétences géographiques de Jean. Elle nous apprend en effet qu'Ygonas, manquant de place dans sa ville de Frise, avait émigré avec ses sujets « au-delà du Marais Méotide », nom antique du Pont-Euxin, et avait fondé des villes dans son nouveau pays. Il lui avait donné le nom de Frise et aux habitants le nom de Frisons, « d'après le nom de la cité qu'il avait quittée en Champagne ». La Frise retrouvera toutefois beaucoup plus loin (p. 529) une position géographique plus correcte, puisque l'histoire légendaire de saint Materne fait de ce pays une possession du roi de Danemark. Force est de constater que les notions de Jean concernant la géographie ne sont guère plus précises que ses notions d'histoire.

Il semble par ailleurs évident que le système de l'éponymat, mêlé à celui des pseudo-étymologies, joue pour beaucoup dans la formation des récits sur les origines légendaires des peuples. Sans avoir la prétention de retracer les raisonnements intervenus en l'occurrence, on remarque d'abord le rapport (explicité d'ailleurs par le chroniqueur) entre le nom du duc Gaulois Frisones et celui de Frise, qui désigne une région et ensuite l'ambiguité des mots Frise et Frisons, qui servent également à désigner la Phrygie et les Phrygiens : Laomédon, à la p. 22 du Myreur, estoit roy de Frise, et à la p. 27, la guerre de Troie oppose les Grecs aux Troyens et à leurs alliés Phrygiens (adont fut la guerre commenchié entres les Grigois et Frisons et Troiens).

Les Gaulois (généralités historiques) - Les Gaulois d'Italie et les Gaulois de France

Des oppositions entre Romains et Gaulois sont signalées à nouveau, mais cette fois mieux ancrées dans l'histoire. Dans ces conditions, il devient peut-être utile de fournir à propos des Gaulois, certaines précisions historiques, qui nous feront remonter jusqu'aux Celtes, dont les Gaulois constituent un rameau.

Les Celtes, d'origine indo-européenne, sont installés, depuis une date difficile à déterminer mais antérieure à l'an 1000 avant notre ère, dans le sud de l'Allemagne actuelle. À partir de cette zone et dans la deuxième partie du VIe siècle avant notre ère, ils ont commencé à rayonner dans différentes directions. Ce sont des guerriers qui se déplacent avec familles et troupeaux. Certaines tribus sont parties vers l'est pour occuper finalement, au centre de l'Asie mineure, la région qui portera leur nom (« Galatie » de « Galates »). D'autres franchissent les Pyrénées pour s'installer dans la péninsule Ibérique où ils deviennent des Celtibères. D'autres encore occupent, dans ce qui deviendra la France, la région comprise entre la Garonne au sud et la Seine et la Marne au nord. Ces derniers sont les Gaulois dont nous parlons le plus souvent. Mais d'autres types de Celtes existent aussi. Ainsi certains d'entre eux, d'abord passés en Gaule Belgique, ont traversé la Manche et se sont installés dans les îles Britanniques. Des Celtes sont également présents dans la plaine du Pô, au nord de l'Italie. De cette région, la Gaule cisalpine, ils lancent des raids vers le sud, atteignant même Rome. D'autres Celtes encore ont longé les Alpes par le nord et se sont installés en Rhétie ou ont poussé jusqu'au Danube et se sont établis en Norique. Ce tableau de l'expansion des tribus celtes au départ du Sud de l'Allemagne dérive essentiellement de l'archéologie.

Les « Gaulois » dont parle ici Ly Myreur ont défait les Romains sur l'Allia et ont pris Rome, à l'exception du Capitole sauvé in extremis par les oies. Ils appartiennent à l'une de ces vagues de Celtes qui descendent de la Gaule cisalpine vers le sud. Il s'agit de groupes relativement isolés qui ne cherchent pas de terres où s'installer, mais se bornent à lancer des razzias en quête de richesses. ils interviennent dans nos textes sous le nom de Gaulois et appartiennent bien à l'Histoire.

Le cas des Celtes du territoire qui deviendra la France, appelés aussi Gaulois, est différent. L'archéologie nous révèle beaucoup de choses sur eux mais, comme ils n'ont rien écrit, on ne peut guère donner de détails sur leur organisation sociale, politique et militaire, avant que les Grecs et les Romains n'entrent en contact avec eux et ne nous en parlent. La région des Celtes/Gaulois installés dans le sud du pays de la future France est la première à être devenue une provincia romaine. Notre mot « Provence » vient d'ailleurs du latin provincia ; cette région fut un moment la seule et unique « province » des Romains. Ces derniers ne l'occupèrent complètement qu'au IIe siècle avant notre ère. Quant aux Celtes/Gaulois du centre et du Nord, c'est seulement dans la seconde moitié du premier siècle avant notre ère, avec les guerres de César, qu'ils sortent des brumes de la protohistoire.

Le chroniqueur liégeois ne fait pas la moindre distinction entre les Gaulois historiques, en l'occurrence ces Celtes, installés dans la plaine du Pô, qui ont lancé des raids vers le sud et attaqué notamment Rome au début du IVe siècle d'une part, et les Gaulois mythiques ou légendaires d'autre part, censés remonter à Franco, avoir progressivement occupé une bonne partie de ce qui s'est appelé plus tard la France, et avoir fondé Lutèce.

En d'autres termes, les détails des chroniqueurs médiévaux sur la situation politique, sociale ou militaire des Gaulois en dehors de la provincia romaine et avant César relèvent entièrement de la fiction. C'est le cas des Gaulois (ou Sicambres) de Jean. Les personnages mis en scène, leurs généalogies, leurs titres, les zones qu'ils contrôlent, leurs alliances, leurs guerres, leurs exploits, leurs victoires, leurs défaites, leurs fondations de villes, tout cela fait partie de la fantaisie épico-légendaire de notre chroniqueur.

Le « sac de Rome »

Pour en revenir au passage du Myreur qui nous occupe ici, l'événement historique, appelé « sac de Rome » et resté si traumatisant dans l'imaginaire romain, ne reçoit sans doute pas le traitement qu'il mériterait. Aucune précision n'est donnée par exemple sur la manière, pourtant largement racontée dans la littérature classique, par laquelle les Romains obtinrent le départ de leurs ennemis (Brennus est à peine cité, rien n'est dit de l'épisode de la rançon ni du Vae victis). Le récit du chroniqueur fait allusion à Préneste, mais pour la comprendre, le lecteur devrait savoir que, dans l'histoire, cette ville abandonna à plusieurs reprises son ancienne alliance avec Rome et les Romains, après l'affaiblissement de Rome en 390 avant notre ère ; Préneste fut amenée à la raison par Cincinnatus, un autre personnage exemplaire de l'histoire romaine absent du Myreur. Toujours à propos des Gaulois, Jean signale l'épisode de Torquatus, célèbre lui aussi (en 361 avant notre ère). Mais sa présentation ne donne pas au lecteur une idée précise des affrontements historiques réels qui ont opposé les deux peuples au IVe siècle avant notre ère. C'était le cas aussi, on s'en souvient, à propos des guerres médiques (p. 100).

Les faiblesses de Jean d'Outremeuse en matière d'institutions anciennes

Dans cette section, d'autres notices, de type institutionnel cette fois, concernent Rome mais révèlent une fois de plus les faiblesses du chroniqueur liégeois en ces matières. L'affaire des « Douze Tables » (p. 102), tout comme la création des premiers tribuns de la plèbe (p. 103), sont, dans l'histoire, des faits bien antérieurs à l'attaque gauloise du début du IVe siècle. Elles font d'ailleurs partie d'un contexte non pas militaire et extérieur, mais social et intérieur, celui de l'opposition patriciens-plébéiens. Ce conflit interne, très important, a marqué pendant plus d'un siècle l'histoire des débuts de la République romaine, mais le lecteur du Myreur ne peut absolument rien en deviner. La création d'un dictateur lors d'une guerre sabine (p. 103) est un détail anecdotique. Le premier dictateur à Rome est bien antérieur à l'époque envisagée ici. Par ailleurs, la dictature est une institution romaine, dont le texte de Jean ne laisse supposer ni la nature, ni l'importance, ni la fréquence.

Quelques autres notices

Les autres notices donnent quelques informations sur la Judée (Esdras et les livres de la loi, Néhémie et la construction de la muraille de Jérusalem), sur la succession des rois perses (Darius II, puis Darius III, avec à nouveau des guerres scythes), sur des successions en Gaule (Frisones remplacé par son fils Flambo), sur la Grèce (naissance d'Hippocrate).

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Sommaire

Au temps du prophète Esdras, les Romains se donnent les « Lois des Douze Tables » - Néhémie construit une muraille à Jérusalem - Les Frisons de Champagne émigrent en 'Frise' (136-148 de la transmigration = 453-441 a.C.n.)

À Babylone, Darius III succède à Darius II - Flambo devient duc de Gaule - En Grèce, naissance d'Hippocrate - Darius III bat les Scythes, assiégés dans leurs forteresses imprenables (ans 149-160 de la transmigration = 440-429 a.C.n.)

Institutions nouvelles à Rome : un dictateur et des tribuns du peuple (an 162 de la transmigration = 427 a.C.n.)

Les Gaulois, après leur victoire sur l'Allia, s'emparent de Rome, à l'exception du Capitole, puis se retirent - Les Romains reprennent Préneste, subissent une épidémie de peste - Nouvelle invasion gauloise - Les Romains refusent l'affrontement - Épisode de Torquatus (ans 163-164 de la transmigration = 426-425 a.C.n.)

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Au temps du prophète Esdras, un érudit qui vivait à la cour de Perse, les Romains se donnent les « Lois des Douze Tables » - Néhémie construit une muraille à Jérusalem - Les Frisons de Champagne émigrent en 'Frise' (ans 136-148 de la transmigration = 453-441 a.C.n.)

 

[p. 102] [De Esdras] Item, l'an C et XXXVI, fut li valhans prophete Esdras, qui fut mult endoctrineis es libres de la loy, et amendat pluseurs libres qui avoient esteit ars à la destruction de Jherusalem ; si trovat ensi des novelles lettres en Hebrie, qui encors sont en usaige.

[p. 102] [Esdras] En l'an 136 [453 a.C.n.] vécut le vaillant prophète Esdras. Il était très instruit dans les livres de la loi, et il en restaura plusieurs qui avaient été brûlés lors de la destruction de Jérusalem. Il trouva aussi de nouvelles lettres en hébreu, qui sont encore en usage.

Item, l'an C et XXXIX, envoiarent les Romans en Athenes, por aporteir les loys que les Grigois tenoient adont ; et furent aportées à Romme en escript en XII tables.

En l'an 139 [450 a.C.n.], les Romains envoyèrent (des messagers) en Grèce, pour en rapporter les lois en vigueur alors chez les Grecs. Amenées à Rome, elles furent inscrites sur douze tables.

[Neemias priat a roy de Persie del raler en Jherusalem por faire encloure la citeit] Item, l'an C et XLIIII, servoit uns puissans hons de la lignie d'Ysrael, qui oit nom Neemias à roy de Persie, liqueis Neemias priat al roy qu'ilh ly donnast congier de raleir en Jherusalem pour faire enclore la citeit de murs ; et li roy li otriat volentiers, car ilh astoit proidhoms. Et chis en ralat et rencloyt la citeit.

[Néhémie demande au roi de Perse de retourner à Jérusalem et de faire entourer la ville de murs] En l'an 144 [445 a.C.n.], un homme puissant de la lignée d'Israël, nommé Néhémie, était au service du roi de Perse. Ce Néhémie demanda au roi de le laisser retourner à Jérusalem, pour entourer la ville de murailles. Le roi, qui était un sage, le lui accorda de bon gré. Néhémie y retourna et enferma la cité dans des murs.

[Ygonas apelat les gens de son pays Frisons] Sour l'an CXLVIII, laissat li prinche Ygonas la citeit de Frise en Campagne, portant qu'ilh avoit pou de terre, et s'en allont awec luy ses gens, tant qu'ilh vient oultres les Palus Meotides, où ilh trovat beal lieu et qui bien ly plaisit ; si fondat là II citeis, et appelat l’une Ygonas, solonc son nom, et l'autre Fresnie ; et nommat son pays Frise, et ses gens Frisons, solonc le nom de sa citeit qu'ilh avoit laisiet en Champagne.

[Ygonas appelle 'Frisons' les gens de son pays] En l'an 148 [441 a.C.n.], le prince Ygonas quitta la cité de Frise en Champagne, parce que l'espace y était insuffisant. Ses sujets l'accompagnèrent. Ils parvinrent au-delà du Marais Méotide3, où Ygoras trouva un bel endroit, très plaisant à ses yeux. Il y fonda deux cités, nommées, l'une Ygoras, d'après son nom, et l'autre 'Fresnie'. Il appela son pays 'Frise', et ses occupants 'Frisons', d'après le nom de la cité qu'il avait quittée en Champagne.

 

3 Le Palus (Marais) Méotide est le nom antique du Pont-Euxin

 

À Babylone, Darius III succède à Darius II - Flambo devient duc de Gaule - En Grèce, naissance d'Hippocrate - Darius III bat les Scythes, assiégés dans leurs forteresses imprenables (ans 149-160 de la transmigration = 440-429 a.C.n.)

 

[p. 102] [De roy Daire] Item, l'an C et XLIX, morut li roy Daire de Babylone, li secon de cel nom, qui avoit regneit XXXIIII ans ; si fut apres roy Daire ly thier, son fis, qui regnat LXX ans.

[p. 102] [Le roi Darius] En l'an 149 [440 a.C.n.] mourut Darius, le roi de Babylone, second du nom, après un règne de trente-quatre ans. Il fut remplacé par son fils Darius III, qui régna soixante-dix ans.

[De Galle] Item, l'an C et L, morut ly dus de Galle Frisones. Si regnat apres son fis Flambo XLVIII ans, et prist à femme Helarich, la fille de Alarich, unc senateur de Romme ; mains elle morut cel an meisme ; se reprist la soreur Gapola le duc de Burgongne, qui fut nommée Drepola.

[La Gaule] En l'an 150 [439 a.C.n.] mourut le duc de Gaule Frisones. Son fils Flambo lui succéda pendant quarante-huit ans. Il épousa Hélarich, la fille d'Alarich, un sénateur de Rome, laquelle mourut la même année. Le duc de Bourgogne reprit comme épouse la soeur de Gapola, qui s'appelait Drepola.

Item, l'an C et LVI furent refaites les portes de Jherusalem.

En l'an 156 [433 a.C.n.], on refit les portes de Jérusalem.

[Ypocrias fut neis] Item, l'an CLVIII, fut neis Ypocras, qui fut li soverans maistre de phisique.

[Naissance d'Hippocrate] En l'an 158 [431 a.C.n.] naquit Hippocrate, qui fut le maître incontesté de la médecine.

[Des batalhes le roy Daire] Item, l'an C et LX, assemblat li roy Daire grans gens jusques à IIIc milh hommes, et en alat en Sithie, et oit balalhe à eaux et les desconfit ; et les recachat en leurs tau, qui tant astoit fors que onques nuls n'y pot entreir, excepteit ly roy Cyrus, Clarius, Daire et Alixandre ; car ly roy Alixandre y entrat enssi com ons dirat à son temps chi-apres. Quant ilh veit qu'ilh avoit desconfis [p. 103] les Sithiens, et qu'ilh furent raleis en leur fortterre, se les assegat de plus pres, et seit là XVIII ans.

[Les batailles du roi Darius] En l'an 160 [429 a.C.n.], le roi Darius [III] rassembla une grande armée de quelque trois cent mille hommes et pénétra en Scythie. Il combattit les Scythes, les battit et les pourchassa dans leurs châteaux, si fortifiés que jamais personne n'y pénétra, sauf les rois Cyrus, Clarius, Darius et Alexandre ; car le roi Alexandre y entra, comme on le dira ci-après4. Quand il vit les Scythes vaincus [p. 103] et rentrés dans leurs forteresses, Darius les assiégea de plus près durant dix-huit ans.

 

4 Infra, p. 107ss, sans lien formel toutefois avec la Scythie.

 

Institutions nouvelles à Rome : un dictateur et des tribuns du peuple (an 162 de la transmigration = 427 a.C.n.)

 

[p. 103] Item, l'an CLXII, li peuple Sabeiens ont envayt les Romans asprement et en appert, por quoy les Romans fisent unc dicteur qui passe et voise devant le peieur des consules, car ilh avoient grant hayme aux consules por les gens qu'ilh avoient fait decolleir et morir, si com nos avons dit chi-desus.

[p. 103] En l'an 162 [427 a.C.n.], les Sabins envahirent Rome avec âpreté et courage. Dès lors les Romains désignèrent un dictateur, qui disposait de plus de pouvoirs que les consuls, très détestés par les Romains, parce qu'ils avaient fait décapiter et mourir des gens, comme on l'a dit ci-dessus.

[Les promiers juges ou tribuni de Romme] A cel temps s'escafat si fort ly peuples de Romme, que grant discention montat entre le peuple et les senateurs ; et li peuple at fait des juges qu'ilz ont nommeit tribuni, qui avoient ortant de poioir com les consules ; lesqueils tribuni yront devant les consules entirement.

[Les premiers juges ou tribuns de Rome] À cette époque, le peuple de Rome se révolta avec une grande violence ; un puissant désaccord naquit entre le peuple et les sénateurs. Le peuple créa alors des juges, qu'il appela tribuns disposant d'autant de pouvoir que des consuls ; ces tribuns passeront entièrement avant les consuls.

 

Les Gaulois, vainqueurs sur l'Allia, s'emparent de Rome, à l'exception du Capitole, puis se retirent - Les Romains reprennent Préneste, subissent une épidémie de peste - Nouvelle invasion gauloise - Les Romains refusent l'affrontement - Épisode de Torquatus  (ans 163-164 de la transmigration = 426-425 a.C.n.)

 

[p. 103] [Ly dus de Galle at desconfis les Romans et fut prise Romme] A cel temps li dus de Galle Flambo, et awec li Zenone et Bremo, ses dois frere, soy combatirent aux Romans sour la riviere de Albe, si furent les Romans desconfis et recachiés en Romme ; et fut par les Gallyens prise Romme, fours que li capitole, lequeile ilh euwissent aussi gangnyet, si ne fust le cris des gaites qui commencharent à crier si fortement que les Romans, qui dormoient grassement por la lasseur qu'ilh avoient oyut, soy envoilhont al grant clameur de ches gaites. Adont sorvinrent les Romans et corurent sus les Gallyens qui astoient en Romme ; mains li dus Flambo se doblat que ons ne tendist les chaynes de rues, et portant oussi qu'ilh astoit nuit et qu'ilh ne savoient les voies par la citeit, si bien que fesoient les Romans, si soy retrahit aux champs por le plus segure, et lendemain revient vers son pays.

[p. 103] [Le duc de Gaule bat les Romains - Rome est prise] À cette époque, le duc de Gaule, Flambo, ainsi que ses deux frères, Zénon et Brennus, se battirent contre les Romains, sur la rivière Allia. Les Romains furent défaits et repoussés jusqu'à Rome, et Rome, à l'exception du Capitole, fut prise par les Gaulois. Le Capitole aurait également été pris sans les cris des veilleurs5, qui se mirent à crier si fort que les Romains, profondément endormis vu leur fatigue, s'éveillèrent au grand vacarme ainsi produit. Alors les Romains survinrent et coururent sus aux Gaulois qui se trouvaient dans Rome. Mais le duc Flambo redouta qu'on ne tendît les chaînes dans les rues, et comme il faisait nuit et comme les Gaulois ne connaissaient pas les routes de la ville aussi bien que les Romains, il se retira dans la campagne pour être davantage en sécurité. Le lendemain, il retourna dans son pays.

Item, l'an CLXIII, orent les Romans grant batalhe à cheaux de Penestre la citeit ; se furent cheaux de Penestre desconfis droit sor la riviere de Albe et leur citeit de Penestre awec VII altres qui pertinoient à eaux furent gangniés, et adjouté aux Romans.

En l'an 163 [426 a.C.n.], les Romains menèrent une grande bataille contre les habitants de Préneste. Les Prénestins furent battus exactement sur la rivière de l'Allia, et la ville de Préneste avec sept autres villes lui appartenant furent conquises et ajoutées au territoire des Romains.

[Pestilenche - Del grant flaireur qui issit de la terre à Romme] A cel temps fut grant pestilenche et mortaliteit à Romme ; et si avient que en la moyneteit de la citeit de Romme est la terre subitement overt, enssi que uns infers, et là apparut mervelhe, car ilh en issit teil fleireur et pueur que ilh ochist mult de gens enssi qu'ilh est notais desus, là ilh parolle des palais.

[Peste - La puanteur qui sort de la terre à Rome] À cette époque, Rome subit une grande peste et une forte mortalité. Au milieu de la ville, la terre s'entrouvrit brusquement, comme un enfer. C'était là un prodige, car une puanteur tellement nauséabonde sortit du gouffre que beaucoup de gens moururent, comme on l'a noté ci-dessus, là où il est question des palais (p. 63).

En [p. 104] cel an meisme, oit grant batalhe entre le duc de Borgongne Gapola et le prinche de Cleremont ; si fut desconfis Gapola, li duc, et ochis.

En [p. 104] cette même année, une grande bataille opposa le duc de Bourgogne Gapola et le prince de Clermont. Le duc Gapola fut défait et tué.

[Des Turquins de Romme] Item, l'an CLXIIII, revinrent à Romme les Gallyens com devant à grant gens ; si avint que I prinche de Galle prist une batalhe à l'encontre I noble prinche de Romme corps à corps, et soy combatirent longement ; si oit li romans, qui fut nommeis George, la victoire ; et li gallyens, qui oit nom Sanse, fut ochis. George prist adont une torquen d'or, que li mors avoit en son coul, et le mist en son coul ; et dedont en avant chis romans et tous cheaux de son lynage furent appelleis Torquins.

[Les Torquatus de Rome] En l'an 164 [425 a.C.n.], les Gaulois revinrent à Rome avec une grande armée, comme précédemment. Il se fit qu'un prince de Gaule engagea un combat au corps à corps avec un célèbre prince romain. Ils se battirent longtemps ; le Romain, qui s'appelait Georges6, l'emporta et le Gaulois, nommé Sanse, fut tué. Georges prit alors un torque d'or que le mort portait et le mit à son propre cou. À partir de ce moment, ce Romain et tous ceux de sa lignée furent appelés Torquatus.

[Les Galliens assiegont Romme] Et adont li dus de Galle at assegiet Romme, et y seiit pres de demy an ; mains ilh n'y fist riens ; si ardit les vilhes et le pays là-entour, et apres revient en son pays, car les Romans refusoient prendre bataille à eaux, portant qu'ilh astoient si poisans et si victorieux.

[Les Gaulois assiègent Rome] Alors, le duc de Gaule assiégea Rome. Il resta là près d'une demi-année, sans rien faire qu'incendier les villes et le pays alentour. Ensuite, il rentra chez lui, car les Romains refusaient toujours d'engager la bataille avec des gens si puissants et si victorieux.

 

5 Il s'agit ici de l'épisode célèbre des « oies du Capitole ».

6 Ce George de Jean d'Outremeuse est certainement le Titus Manlius de la tradition romaine, qui transmit à sa famille le cognomen de Torquatus. Tite-Live (VII, 9, 6 - 10, 14), qui raconte son exploit, ne donne pas le nom du Gaulois. L'historien augustéen date l'épisode de 357 avant notre ère.

 


 

D. Varia : Orient - Égypte - Grèce - DanemarK [Myreur, p. 104b-107a]

 

 Ans 165-237 de la transmigration = 424-352 a.C.n.

 

Introduction  [sommaire et texte]

Les événements qui se sont déroulés pendant les trois quarts de siècle pris ici en compte sont nombreux et dispersés sur une zone géographique très large. Il ne peut être question de les évoquer tous. On s'arrêtera simplement sur quelques éléments. Ainsi l'apparition d'un pays dont on n'avait jamais parlé, le Danemark, création d'un prince grec Marcus et de son fils Dam. Jean veillera dans la suite à enregistrer le nom de ses divers gouvernants (des « amachours »), comme il le fait généralement pour les pays dont il entend suivre l'histoire.

La Macédoine, que le chroniqueur liégeois avait d'ailleurs fait intervenir très tôt dans Ly Myreur, dans son énumération des « quatre grands royaumes » (p. 12), va bientôt prendre beaucoup d'importance sous Philippe, mais surtout sous son fils Alexandre le Grand.

La Perse des Achéménides

Il est également question des rois de Perse, de Darius I et de son fils Xerxès I qui lui succède. L'Assuérus, dont la rencontre avec la juive Esther n'est qu'évoquée, est le « nom biblique traditionnel » de ce Xerxès I.

La p. 104b, essentiellement consacrée aux rois de Perse, n'est pas facile à commenter. L'histoire des Achéménides connaît en effet plusieurs Darius, plusieurs Xerxès et plusieurs Artaxerxès. Cela devait probablement compliquer les choses pour Jean. Heureusement les Modernes les numérotent. Le chroniqueur liégeois parle d'abord de Darius I (522-486 avant notre ère) et surtout de ses démêlés avec les Scythes. Ce Darius I, fils du satrape Hystaspe (absent du Myreur, je pense), qui succède au roi Cambyse I, « reconstitua l'unité perse en reconquérant de nombreuses provinces, dont la Babylonie, la Susiane et la Médie, tombées aux mains d'usurpateurs. Il s'occupa ensuite de la réorganisation de son empire [...] Il se tourna ensuite contre les Scythes et fit une expédition jusqu'au delta du Danube. Malgré des défaites les Perses soumirent la Thrace et la Macédoine. Mais la guerre qu'il entreprit contre les Grecs (première Guerre Médique) se termina par la défaite de Marathon (490 avant notre ère) » (Encyclopédie Larousse).

Toujours, selon Jean, la difficile victoire remportée par Darius I sur les Scythes lui coûte la perte de plusieurs hauts personnages, dont un Artaxerxès, appartenant à sa famille et désigné par un titre de roi. L'histoire ne connaît pas d'Artaxerxès qui aurait été roi de Perse à cette époque et dont le fils aurait été Xerxès. À la mort de Darius I en 486 (avant notre ère), c'est son fils Xerxès I qui lui succéda et qui régna plus de vingt ans (486 à 465 avant notre ère). Le seul Artaxerxès, connu de l'histoire comme roi de Perses, est Artaxerxès I, fils de Xerxès I, roi de Perse de 465 à 424 avant notre ère, pendant plus de quarante ans. À sa mort, Artaxerxès I fut remplacé par son unique fils légitime, fils, Xerxès II, qui ne régna que 45 jours en 424 avant notre ère, assassiné par son demi-frère, Sogdianos (le Zodianus de Jean) dont le règne fut à peine plus long (six mois et demi). En effet il fut tué par un autre fils naturel d'Artaxerxès, Okos, qui régna sous le nom de Darius II, de 423 à 404 avant notre ère, pendant quelque vingt ans.

Manquent donc entre les notices de la p. 104b et celles qui les suivent les quelque vingt années (486-465 avant notre ère) du fils de Darius I, à savoir Xerxès I. Ce Xerxès était celui qui avait voulu venger la défaite de son père à Marathon. Pour cela, il avait réuni une énorme armée pour vaincre les Grecs. Parti de Sardes en 480, il franchit l'Hellespont sur un pont de bateaux, battit Léonidas aux Thermopyles et dévasta la Béotie et l'Attique, y compris Athènes. Mais sa flotte fut détruite à Salamine et il dut rejoindre Sardes. Il mourut assassiné par un de ses courtisans. On a dit aussi que l'Assuérus du Livre d'Esther était le nom biblique traditionnel de ce Xerxès I.

La notice de la fin de la page 104 (p. 104d) se rapporte très vraisemblablement à la guerre de Darius I contre les Scythes, dont il a été question quelques notices plus haut. Peut-être ce récit de la Grande bataille entre Babyloniens et Scythes devrait-il se rattacher à la notice traitant de la Grande bataille des rois de Babylone ? Quant aux événements de la p. 105b, à savoir la rébellion des Égyptiens et l'intervention armée des Perses, le Darius en question doit être Darius I.

Quant au personnage du nom d'Echus ou Ochus, présenté à la p. 107, le fils et successeur d'Assuérus comme roi des Perses pendant 18 ans, il s'agit peut-être de l'Okos, cité plus haut, qui régna sous le nom de Darius II, de 423 à 404 avant notre ère. La durée du règne en tout cas correspondrait.

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Sommaire

Darius, roi de Babylone, après des pertes sévères dont des membres de la maison royale, l'emporte difficilement sur les Scythes - En Perse, avènement de Darius (II ?), fils d'Artaxerxès et cousin du Darius de Babylone - Naissance de Platon (ans 165-170 de la transmigration = 424-419 a.C.n.)

Un prince grec Marcus et son fils Dam sont à l'origine du Danemark (ans 173-178 de la transmigration = 416-411 a.C.n.)

* Darius, roi de Perse et d'Égypte, mate les Égyptiens en rébellion (ans 179-181 de la transmigration = 410-408 a.C.n.)

Dam fonde une grande cité, appelée Malgarnie, puis un pays appelé Danemark (ans 183 de la transmigration = 406 a.C.n.)

Assuérus [= Xerxès I], à la mort de Darius son père, devient roi de Perse, de Judée et de beaucoup d'autres royaumes, dont l'Égypte - Il épouse la juive Esther, qui sauve Israël (ans 185-191 de la transmigration = 404-398 a.C.n.)

* Cet Assuérus remporte une guerre sur Ylion de Grèce à propos de la Judée - Mort de Socrate et naissance d'Aristote - Peste à Rome - Successions diverses (Gaule, Danemark, Bourgogne, Babylone, Perse) - Avènement de Philippe de Macédoine - Naissance d'Alexandre le Grand - Fondation de Tours en Touraine (ans 193-237 de la transmigration = 396-352 a.C.n.)

 

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Darius, roi de Babylone, après des pertes sévères dont des membres de la maison royale, l'emporte difficilement sur les Scythes - En Perse, avènement de Darius (II?), fils d'Artaxerxès et cousin du Darius de Babylone - Naissance de Platon (ans 165-170 de la transmigration = 424-419 a.C.n.)

 

[p. 104] [Grant batalhe des roys de Babylone] Fortement tient le siege devant Sithe le roy Daire de Babylone, l'an CLXV ; et y avoit jà siiet IIII ans. Si avoit oyut sovent batalhe à l'encontre d'eaux, et les avoit desconfis par pluseurs fois.

[p. 104] [Grande bataille des rois de Babylone] En l'an 165 [424 a.C.n.], le roi Darius [I] de Babylone maintenait fermement le siège en Scythie. Il était installé là depuis quatre ans déjà. Souvent il avait lancé la bataille contre les Scythes et les avaient vaincus à plusieurs reprises.

Or avient que l'an CLXVI oit une batalhe contre eaux ; si furent ly roy Daire et ses gens presque desconfis, et si perdirent II hauls prinches, entre lesqueis li cusiens Daire, le roy Artaserses, y fut mors ; mains en la fien obtient-ilh la victoire.

Alors, en l'an 166 [423 a.C.n.], une grande bataille survint entre eux. Le roi Darius [I] et ses gens furent presque défaits et ils perdirent deux grands princes, dont le roi Artaxerxès, cousin de Darius. Mais finalement Darius [I] remporta la victoire.

Quant li roy Artaserses de Persie fut mors, si fut apres coronneis son fils Serses ; mains ilh fut ochis en une altre batalhe dedens II mois apres, puis fut fais roy Zodianus, son frere, qui fut oussi ochis de ladit guerre dedens VII mois apres. Et adont fut li plus jovene des III freres fais roy, ly queis avoit à nom Daire ; chis regnat XVIII ans.

[p. 104] [Beaucoup plus tard], après la mort du roi de Perse Artaxerxès I, son fils Xerxès II fut couronné et lui succéda, mais il fut tué dans un autre combat, dans les deux mois qui suivirent. Ensuite son frère Sogdianos devint roi, mais il fut aussi tué au cours de cette guerre, endéans les sept mois. Finalement devint roi le plus jeune des trois frères, nommé Darius II ; il régna dix-huit ans.

Item, l'an CLXVII, fut neis Dragoles, li fis le dus de Galle ; mains ilh morut cel an meisme.

En l'an 167 [422 a.C.n.] naquit Dragoles, fils du duc de Gaule ; il mourut la même année.

[Plato fut neis] Et, l'an CLXIX, fut neis Plato, le philosophe, qui fut li desciple Socrates et le maistre Aristot.

[Naissance de Platon] En l'an 169 [420 a.C.n.] naquit Platon, le philosophe, qui fut le disciple de Socrate et le maître d'Aristote.

[Grant batalhe entre les Babilones et Sithiens] Item, l'an CLXX, oit une grant batalhe entre le roy Daire de Babylone et cheaux de Asie, - mains portant que ons congnostre plus commonnement Babylone, se l'escrisons-nos à l'encontre des Sithiens, - qui fut forte et malasié et enssi aventureuse. Si furent les Sithiens tous desconfis et ochis à grant planteit, et refuirent en leur tau (trau, mss B) ; et li roy et [p. 105] ses gens entrarent awec eaux en leur fort pays bien parfont ; mains li pays astoit si grans et si fors, enssi com nos avons dit desus, que chu ne les tochat gaire, et encordont astoient endit pays plus de XII liewes, et fisent là siege.

[p. 104] [Grande bataille entre Babyloniens et Scythes] En l'an 170 [419 a.C.n.], une grande bataille eut lieu entre le roi Darius de Babylone et ceux d'Asie - nous écrivons Babylone, parce que c'est plus connu - contre les Scythes. Le combat fut dur, difficile et dangereux. Les Scythes furent tous battus et un grand nombre d'entre eux périrent ; ils retournèrent alors dans leurs tanières (?). Le roi Darius et ses gens [p. 105] les poursuivirent bien loin dans leur puissant pays ; mais, comme nous l'avons dit, le pays était si étendu et si puissant que cela n'affecta guère les Scythes : il comptait plus de douze provinces. Darius et les siens s'y installèrent (pour un siège ?)7.

 

7 Paragraphe difficile à comprendre. Fait-il allusion à l'expédition menée par Darius en personne en 513 avant notre ère et décrite par Wikipédia de la manière suivante : « Selon Hérodote (IV, 87), elle rassemblait 700.000 hommes, accompagnés de 600 navires, les effectifs étant principalement fournis par les cités de l'Hellespont. Darius fait construire un pont de bateaux sur le Bosphore pour faire passer son armée de l'Asie vers l'Europe. Darius soumet alors une partie de la Thrace et les Gètes tandis que sa flotte se dirige vers le Danube. Rejoignant la flotte à l'embouchure du Danube, l'armée s'enfonce en territoire scythe, mais les Scythes résistent tout en refusant l'affrontement ouvert, ils auraient selon Hérodote attiré les Perses dans un périple extravagant à travers la Scythie et le pays des Sauromates pour les épuiser. Darius est finalement obligé de battre en retraite, le Danube marquant ainsi une frontière définitive de l'empire perse. Sur le chemin du retour, la conquête de la Thrace est achevée. » Mais vaut-il la peine, compte tenu de l'imprécision chronique de Jean d'Outremeuse, de discuter en détail les informations qu'il donne sur les Perses et les Scythes ?

 

Un prince grec Marcus et son fils Dam sont à l'origine du Danemark (ans 173-178 de la transmigration = 416-411 a.C.n.)

 

[p. 105] L'an CLXXIII, oit uns roy en Greche qui avoit I fis, qui astoit nommeis Marche, qui astoit al eaige de XXIII ans. Chis priat à son pere que ilh li donnast terre, où ilh posist faire et fondeir aucuns pays, et ly roy li otriat. Adont chis se trahit par mere en parties septentrionals, où ilh fondat une citeit qui nommat Apellopel, et habitat dedens li et ses gens tout sa vie ; mains ilh ne viscat que IIII ans, si en fut apres li son fis sires, qui fut nommeis Dam.

[p. 105] En l'an 173 [416 a.C.n.], il y avait en Grèce un roi, à qui son fils, nommé Marcus, âgé de vingt-trois ans, demanda un territoire où il pourrait créer et fonder un pays. Le roi le lui accorda. Alors Marcus prit la mer et se dirigea vers les régions du nord, où il fonda une cité nommée Apellopel, où il habita avec ses gens jusqu'à sa mort. Mais il ne vécut que quatre ans, et, après lui, son fils, appelé Dam, devint seigneur de la cité.

Item, l'an CLXXVIII, fondat II citeis, l'une nomat Serses, et l'autre Hoples ; et fondat oussi V casteals.

En l'an 178 [411 a.C.n.], ce Dam fonda deux cités, l'une qu'il nomma Xerxès (?), et l'autre Hoplès (?). Il construisit aussi cinq châteaux.

 

Darius, roi de Perse et d'Égypte, mate les Égyptiens en rébellion (ans 179-181 = 410-408 a.C.n.)

 

[p. 105] Item, l'an CLXXIX, furent cheaux d'Egypte si rebelle à roy Daire de Persie et d'Egypte, portant qu'ilh ne venoit point vers eaux prendre la possession del regne, ains demoroit tou quois en Orient en la terre de Sithie, por laquiele cause ilh ont fait une roy, qui oit nom Amaritecas, qui regnat sour eaux VI ans. Et en cel an meisme revient li roy Daire et ses oust de Sithie, car ilh n'y poioit rien faire ; se laiat toutes ses gens cascons raleir en son pays.

[p. 105] En l'an 179 [410 a.C.n.], les Égyptiens se rebellèrent contre Darius I, roi de Perse et d'Égypte, parce qu'il ne venait pas chez eux prendre possession de son royaume, mais restait tranquillement en Orient, en terre de Scythie. C'est pourquoi ils désignèrent un roi, Amaritecas, qui régna sur eux pendant six ans. Cette même année, le roi Darius I et ses troupes revinrent de Scythie, ne pouvant rien y faire de bon. Darius I laissa tous ses hommes rentrer chacun dans leur pays.

[Guerre entre le roy Daire ety les Egyptyens] Si fut dit al roy Daire de Persie et d'Egypte que les Egyptiens avoient faite I roy ; si en fut corochiés, et assemblat grant gens ; si descendit en Egypte l'an CLXXXI, si oit batalhe à eaux, si oit Daire victoir, et furent les Egyptiens desconfis, si s'enfuirent en leur citeit.

[Guerre entre le roi Darius et les Égyptiens] Lorsqu'on dit au roi Darius I de Perse et d'Égypte que les Égyptiens avaient nommé un roi, il en fut très irrité et rassembla une grande armée. Il descendit en Égypte en l'an 181 [408 a.C.n.], engagea une bataille contre les Égyptiens. Darius I remporta la victoire. Les Égyptiens furent vaincus et s'enfuirent vers leur cité.

 

Dam fonde une grande cité, appelée Malgarnie, puis un pays appelé Danemark (an 183 de la transmigration = 406 a.C.n.)

 

[p. 105] [Dam, le fis le roy de Greche, fondat Malgarnie] Item, l'an CLXXXIII, fondat Dam deseurdit une citeit si grant, qu'elle tenoit bien V liewes de circuit ; et quant elle fut edifiié, se ne trovat gens qui dedens vosissent habiteir, portant qu'ilh avoient fait leur habitation dedens les altres citeis ; portant ne fut mie habitée le quarte part. Grant fut la citeit fondée et vuid de gens, sique li prinche deseurdit le nomat Malgarnie, portant qu'elle estoit de gens vuid et mal garnie.

[p. 105] [Dam, le fils du roi de Grèce, fonde Malgarnie] En l'an 183 [406 a.C.n.], le Dam précité fonda une cité si grande, qu'elle comportait au moins cinq lieues de pourtour. Mais quand elle fut construite, on ne trouva pas de gens qui acceptèrent d'y vivre, car ils avaient installé leurs habitations dans d'autres cités. Un quart seulement de la ville fut habité. Comme elle était grande et vide d'habitants, Dam l'appela Malgarnie, précisément parce qu'elle était vide d'occupants et mal garnie.

[Chis Dam apellat son pays Dannemarche ou Danois] Adont priarent les barons de cel pays à Dam qu'ilh vosist donneir nom à son pays, enssi com les aultres nations avoient fait, et ilh dest que ilh seroit nommeis solonc son nom et le nom son pere, qui avoient esteis les II premirs fondateurs, et ly sien nom yroit devant ; si mettit les II nommes en une seule diction, qui fut nommée Danemarche ; mains ilh nomat ses gens [p. 106]] Danois, solonc son nom, qui avoit à nom Dan.

[Dam appela son pays Danemark ou Danois] Les barons de la région prièrent alors Dam de bien vouloir donner un nom au pays, ainsi que l'avaient fait les autres nations. Dam déclara que le pays serait appelé d'après son propre nom et celui de son père, qui en avaient été les deux premiers fondateurs, ajoutant que le sien passerait d'abord. Les deux noms formèrent un seul mot : Danemark. Quant à ses sujets, il les appela [p. 106] Danois, d'après son nom à lui, qui était Dan.

 

Assuérus [= Xerxès I], à la mort de Darius son père, devient roi de Perse, de Judée et de beaucoup d'autres royaumes, dont l'Égypte - Il épouse la juive Esther, qui sauve Israël (ans 185-191 de la transmigration = 404-398 a.C.n.)

 

[p. 106] [Chis Assuerus roy tenoit Persie et Judée] Item, l'an CLXXXV, morut Daire, ly roy de Persie ; si fut roy apres son fis, qui oit nom Assuerus, qui regnat XL ans. Chi roy Assuerus tcnoit le royalme de Persie et de Judée jusqu'en Egypte et jusqu'en Etyoppe. Et encors astoit-il roy d'Egypte, mains ilh avoient fait uns altre, si com dit est ; si avoit en son regne C et XXVII provinches.

[p. 106] [Le roi Assuérus occupe la Perse et la Judée] En l'an 185 [404 a.C.n.] mourut Darius, le roi de Perse. Son fils, nommé Assuérus, lui succéda durant quarante ans. Cet Assuérus détenait les royaumes de Perse et de Judée, jusqu'en Égypte et en Éthiopie. Il était aussi roi d'Égypte, mais, comme on l'a dit, les Égyptiens avaient désigné un autre. Son royaume comptait cent vingt-sept provinces.

[De Hester] A cel temps avient le histoire de Hester, qui se contient en la bible, qui trop seroit long à racompteir.

[Esther] À cette époque se situe l'histoire d'Esther, qui est rapportée dans la Bible et qui serait trop longue à raconter.

[De roy danois] Item, l'an CLXXXVIII, morut Dam, li prinche de Danemarcbe, qui avoit regneit XI ans. Apres regnat son fis Aronguies.

[Le roi danois] En l'an 188 [401 a.C.n.] mourut Dam, le prince de Danemark, qui avait régné durant onze ans. Après lui régna son fils Aronguies.

Item, l'an CXCI, prist li roy Assuerus de Persie une femme, qui fut li une des filles d'Ysrael, qui oit nom Hester : par cest reyne fut puis deporteis de mort li peuple d'Israel qui par le roy astoit commandeit à destruire.

En l'an 191 [398 a.C.n.], le roi Assuérus de Perse épousa une des filles d'Israël, nommée Esther. Grâce à cette reine, le peuple d'Israël, que le roi avait ordonné d'anéantir, échappa à la mort.

 

Assuérus [= Xerxès I] remporte une guerre sur Ylion de Grèce, à propos de la Judée - Mort de Socrate et naissance d'Aristote - Peste à Rome - Successions diverses (Gaule, Danemark, Bourgogne, Babylone, Perse) - Avènement de Philippe de Macédoine - Naissance d'Alexandre le Grand - Fondation de Tours en Touraine (ans 193-237 de la transmigration = 396-352 a.C.n.)

 

[p. 106] [Grant guerre entre les Grigois et Persiens] Item, l'an CIIIIxx et XIII, oit grant batalhe entre le roy Ylion de Gresche et le roy Assuerus de Persie, por la terre de Judée que li roy Assuerus tenoit ; et li roy Ylion disoit que ilh le devoit tenir. En cel bataille fut ochis li roy Ylion et Vm hommes de ses gens, et les altres s'enfuirent com desconfis ; et les Grigois fisent I altre roy de Marcheneaux, le fis de Ylion.

[p. 106] [Grande guerre entre les Grecs et les Perses] En l'an 193 [396 a.C.n.], une grande bataille éclata entre le roi Ylion de Grèce et le roi Assuérus de Perse, à propos de la Judée. Cette terre était occupée par Assuérus, et le roi Ylion prétendait qu'elle devait lui appartenir. Au cours de la bataille, le roi Ylion fut tué avec cinq mille de ses hommes, et les autres, battus, s'enfuirent. Les Grecs désignèrent un nouveau roi, Marcheneaux, fils d'Ylion.

[Socrates morut] Item, l'an CXCV, morut par venym Socrates, qui astoit I mult bon proidhomme, et n'oit oncques cure des biens temporeis ne des richeces, portant que les riceches ensongnes trop les cuers des personnes, et oiste de estudier et des scienches acquerre et aprendre.

[Mort de Socrate] En l'an 195 [394 a.C.n.], Socrate mourut empoisonné. C'était un homme très sage et bon, qui ne se soucia jamais ni des biens temporels ni des richesses, parce que les richesses occupent trop les coeurs des hommes, les empêchant d'étudier, d'acquérir et d'apprendre les sciences.

[De dus de Galle] Item, l'an CXCVIII, morut li dus de Galle Flambo ; si fut dus apres son fis Flandroc, qui regnat XXXIII ans.

[Le duc de Gaule] En l'an 198 [391 a.C.n.] mourut Flambo, le duc de Gaule. Son fils Flandroc fut duc après lui et régna durant trente-trois ans.

[Aristot] Apres, sour l'an del transmigration de Babylone IIc, fut neis Arislot, ly valhan philosophe, qui tous les altres sourmontat de bonne eloquenche.

[Aristote] Ensuite, en l'an 200 [389 a.C.n.] de la transmigration de Babylone, naquit Aristote, le vaillant philosophe, qui surpassa tous les autres par la qualité de son éloquence.

[Movement de terre] Item, l'an IIc et II, fut si grant movement de terre que pluseurs citeis chairent en plaine.

[Tremblement de terre] En l'an 202 (387 a.C.n.) se produisit un si grand tremblement de terre que plusieurs cités s'écroulèrent dans la plaine.

[De prinche des Danois et de leur promier amachour] Item, l'an IIc et VI, fut ochis li prinche de Danemarche en Saxongne en une batalhe ; si fut prinche apres son fis Egen.Item, l'an IIc et IX, morut Egen, li prinche de Danemarche. Adont l'avisarent les barons de pays que leur pays astoit bien poissans por avoir I pIus grans saingnour que I prinche ; se fisent I amachour de Ebroch, le [p. 107] fis Egen.

[Le prince des Danois et leur premier amachour] En l'an 206 [383 a.C.n.], le prince de Danemark fut tué lors d'une bataille en Saxe. Son fils Egen lui succéda comme prince. En l'an 209 [380 a.C.n.] mourut Egen, prince de Danemark. Alors les barons de la région s'avisèrent que leur pays était bien assez puissant pour avoir un seigneur plus important qu'un prince. Ils désignèrent Ebroch, le fils d'Egen [p. 107] comme amachour.

[Mortaliteit] En cel an avient si grant pestilenche et mortaliteit à Romme et là entour, que les gens moroient subitement parmy les rues ; si avient que le Xe jour de fevrier qu'ilh y nasquit si grant flaireur que les gens soy reforcharent de morir plus fort que devant.

[Mortalité] En cette année-là [380 a.C.n.], Rome et ses alentours subirent une si grande épidémie de peste mortelle que les gens mouraient brusquement dans les rues. Le 10 février, la puanteur devint si forte que les gens se mirent à mourir plus encore qu'auparavant.

[De Borgongne] Item, l'an IIc et XIIII, morut li dus de Borgongne Arbrans ; si fut apres dus son fis Arcola.

[Bourgogne] En l'an 214 [375 a.C.n.], le duc Arbrans de Bourgogne mourut ; son fils Arcola lui succéda comme duc.

[Aristot] Item, l'an IIc et XVIII, commenchat Aristot à estre disciple à Plato son maistre.

[Aristote] En l'an 218 [371 a.C.n.], Aristote devint disciple de Platon, son maître.

[De roy Daire] Item, l'an IIc et XIX, morut li roy d'Asie et de Babylone qui fut nomeis Daire li thier, et fut tres-bon chevalier, et avait regneit LXX ans valhamment ; si fut roy apres luy Daire son fis, li quars de chi nom, li queis regnat XLII ans.

[Le roi Darius] En l'an 219 [370 a.C.n.] mourut le roi d'Asie et de Babylone, qui s'appelait Darius III. Ce fut un excellent chevalier ; il avait régné en vaillant souverain durant soixante-dix ans. Son fils Darius IV lui succéda pendant quarante-deux ans.

[De roy Assuerus] Item, l'an IIc et XXIIII, morut Assuerus, li roy de Persie ; si fut apres roy son fis Echus, liqueis regnat XVIII ans.

[Le roi Assuérus] En l'an 224 [365 a.C.n.] mourut Assuérus, le roi de Perse. Son fils Ochus lui succéda pendant dix-huit ans.

Item, l'an IIc et XXIX, fut fais roy de Machedone Philippe, qui fut li pere Alixandre, liqueis Philippe regnat XXVI ans.

En l'an 229 [360 a.C.n.], Philippe, le père d'Alexandre, fut désigné comme roi de Macédoine. Il régna vingt-six ans.

[De duc de Galle] Item, l'an IIc et XXXI, morut Flandroch, li dus de Galle ; si regnat son fis apres LlX ans.

[Le duc de Gaule] En l'an 231 [358 a.C.n.] mourut Flandroch, le duc de Gaule ; après lui, son fils régna cinquante-neuf ans.

[D’Alixandre le Gran] Item, l'an IIc et XXXIII, fut neis Alixandre, le fis Phelippe de Machedoyne, de la royne Olimpiades ; chis Alixandre fut li plus excellens en proieche et en largeche que nuls qui oncques euwist esteit devant luy puis le temps Ector de Troie, et qui enssi fut apres luy jusques al temps Carle le gran, emperere de Romme, et roy d'Allemagne et de Franche, à cuy temps ilh regnat la fleur de chevalerie.

[Alexandre le Grand] En l'an 233 [356 a.C.n.] naquit Alexandre, fils de Philippe de Macédoine et de la reine Olympias. Cet Alexandre dépassa par ses prouesses et sa générosité tous ceux qui vécurent avant lui, depuis l'époque d'Hector de Troie. Il en fut de même après lui jusqu'à l'époque de Charlemagne, grand empereur de Rome et roi d'Allemagne et de France, au temps où régnait la fleur de la chevalerie.

[Ly dus de Galle fondat Tours en Torenche] Item, l'an IIc et XXXVII, fondat li dus Turrus de Galle une citeit, laqueile ilh apelat solonc son nom Tours, et le pays a tour Torene ; et donnat la citeit et le pays à I sien chevalier qui oit nom Fletique ; chis en fut li promiers prinche.

[Le duc de Gaule fonde Tours en Touraine] En l'an 237 [352 a.C.n.], le duc Turnus de Gaule fonda une cité ; il l'appela 'Tours', d'après son nom, et appela 'Touraine' le pays environnant ; Il attribua la cité et le pays à un de ses chevaliers nommé Flétique, qui en fut le premier prince.

 

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