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Métamorphoses d'Ovide : Avant-Propos - Notices - Livre IV (Plan) - Hypertexte louvaniste - Iconographie ovidienne - Page précédente - Page suivante


OVIDE, MÉTAMORPHOSES, LIVRE IV

[Trad. et notes de A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2006]

 

Légendes thébaines et autres : les Minyades (2) (4, 274-415)

 

Récit d'Alcithoé, la troisième fille de Minyas : Salmacis et Hermaphrodite (4, 274-388)

Alcithoé, la troisième fille de Minyas prend la parole à son tour. Après avoir énuméré quelques métamorphoses soi-disant trop connues pour être racontées, elle choisit d'expliquer l'origine de la sinistre réputation de la fontaine de Salmacis. Un fils d'Hermès-Mercure et de Vénus décide, à l'âge de quinze ans, de quitter la terre de son enfance pour découvrir le monde. Il parvient, en Carie, près d'un étang aux eaux limpides, où habite une jeune nymphe solitaire, Salmacis, qui passe tout son temps à folâtrer près de cet étang qui porte son nom. Dès qu'elle aperçoit le jeune garçon, elle s'éprend de lui, l'aborde et s'offre à lui. Mais, ignorant tout de l'amour, il la repousse aussitôt. (4, 274-336)

La nymphe fait semblant de s'effacer et disparaît dans les fourrés. Le garçon, se croyant seul, se déshabille pour se baigner. Quand elle le voit si beau, Salmacis ne peut plus se maîtriser, le rejoint dans l'eau et se colle à lui, malgré les efforts qu'il fait pour lui échapper. Salmacis alors demande aux dieux la faveur qu'ils ne soient jamais séparés l'un de l'autre, et elle est exaucée. (4, 337-379)

Le jeune homme, Hermaphrodite, devenu un être efféminé, obtient de ses parents que soit transformé en androgyne tout homme qui sera en contact avec les eaux de la fontaine qui, depuis ce temps, est dotée de ce pouvoir maléfique. (4, 380-388)

 

Poscitur Alcithoe, postquam siluere sorores.

Lorsque ses soeurs ont fait silence, Alcithoé est invitée à parler.

4, 275

Quae radio stantis percurrens stamina telae

« uulgatos taceo » dixit « pastoris amores

Daphnidis Idaei, quem nymphe paelicis ira

contulit in saxum : tantus dolor urit amantes ;

nec loquor, ut quondam naturae iure nouato

Parcourant avec la navette les fils de la toile dressée, elle dit :

« Je vais taire les amours rabâchées du berger de l'Ida, Daphnis,

qu'une nymphe, irritée contre sa rivale, transforma en rocher :

tant est grande la souffrance qui consume les amants.

Je ne raconte pas non plus comment, par une mutation de l'ordre naturel,

4, 280

ambiguus fuerit modo uir, modo femina Sithon.

Te quoque, nunc adamas, quondam fidissime paruo,

Celmi, Ioui largoque satos Curetas ab imbri

et Crocon in paruos uersum cum Smilace flores

praetereo dulcique animos nouitate tenebo.


 

Sithon, au sexe ambigu, fut tantôt homme, tantôt femme.

Toi aussi, Celmis, maintenant diamant, jadis très fidèle à Jupiter enfant,

et vous, Curètes, nés d'une pluie abondante, et vous, devenus

petites fleurs, Crocos et Smilax, je vous passe sous silence.

Je retiendrai vos esprits par le charme d'un récit nouveau.


 

4, 285

Vnde sit infamis, quare male fortibus undis

Salmacis eneruet tactosque remolliat artus,

discite. Causa latet, uis est notissima fontis.

Mercurio puerum diua Cythereide natum

naides Idaeis enutriuere sub antris,

D'où vient la triste réputation de Salmacis, pourquoi ses ondes sans force

épuisent et amollissent les membres qu'elles touchent, la voici.

L'effet de cette source est bien connu, mais la cause en reste cachée.

Un enfant de Mercure, né de la divine Cythérée,

fut élevé dans les grottes de l'Ida par des Naïades.

4, 290

cuius erat facies, in qua materque paterque

cognosci possent ; nomen quoque traxit ab illis.

Is tria cum primum fecit quinquennia, montes

deseruit patrios Idaque altrice relicta

ignotis errare locis, ignota uidere

Il avait un visage qui permettait d'identifier

son père et sa mère ; d'eux aussi, il tira son nom.

Dès ses quinze ans, il quitta les montagnes de sa patrie,

et, laissant derrière lui l'Ida, sa terre nourricière,

il se plaisait à parcourir des lieux inconnus, à découvrir

4, 295

flumina gaudebat, studio minuente laborem.

Ille etiam Lycias urbes Lyciaeque propinquos

Caras adit : uidet hic stagnum lucentis ad imum

usque solum lymphae ; non illic canna palustris

nec steriles uluae nec acuta cuspide iunci ;

des fleuves ignorés, et sa curiosité rendait légère sa fatigue.

Il visita même les villes de Lycie, et celles des Cariens,

voisins des Lyciens. C'est là qu'il voit un étang à l'eau limpide,

transparente jusqu'au fond. Le roseau des marais n'y pousse pas,

ni non plus les algues stériles ni les joncs à pointe effilée ;

4, 300

perspicuus liquor est ; stagni tamen ultima uiuo

caespite cinguntur semperque uirentibus herbis.

Nympha colit, sed nec uenatibus apta nec arcus

flectere quae soleat nec quae contendere cursu,

solaque naiadum celeri non nota Dianae.

son eau est toute claire. Seuls les bords de l'étang sont cernés

d'un gazon vigoureux et d'herbes toujours vertes.

Une nymphe y habite, qui n'est pas habile à la chasse,

ni habituée à tendre des arcs, ni à rivaliser à la course :

c'est la seule Naïade que ne connaisse pas l'agile Diane.

4, 305

Saepe suas illi fama est dixisse sorores

“ Salmaci, uel iaculum uel pictas sume pharetras

et tua cum duris uenatibus otia misce ! ”

ec iaculum sumit nec pictas illa pharetras,

nec sua cum duris uenatibus otia miscet,

Souvent, dit-on, ses soeurs lui ont dit :

“ Salmacis, prends un javelot ou un carquois chamarré,

et mêle à tes occupations les fatigues de la chasse ! ”

Elle ne prend ni javelot ni carquois chamarré

et ne mêle point à ses occupations les fatigues de la chasse.

4, 310

sed modo fonte suo formosos perluit artus,

saepe Cytoriaco deducit pectine crines

et, quid se deceat, spectatas consulit undas ;

nunc perlucenti circumdata corpus amictu

mollibus aut foliis aut mollibus incubat herbis,

Elle se contente de baigner son joli corps dans la fontaine,

de coiffer ses cheveux avec un peigne de buis du Cytore

de se contempler dans l'eau pour voir ce qui lui va le mieux.

Tantôt, un voile transparent autour du corps

elle s'étend sur un lit de feuilles ou d'herbes tendres,

4, 315

saepe legit flores. Et tum quoque forte legebat,

cum puerum uidit uisumque optauit habere.

Nec tamen ante adiit, etsi properabat adire,

quam se conposuit, quam circumspexit amictus

et finxit uultum et meruit formosa uideri.

souvent elle cueille des fleurs. Elle en cueillait justement

quand elle voit l'enfant, et l'ayant vu, souhaite l'avoir à elle.

Toutefois, malgré sa hâte de l'aborder, elle ne le fit

qu'après s'être arrangée, avoir vérifié son voile,

composé son visage et s'être assurée de paraître belle.

4, 320

Tunc sic orsa loqui : “ Puer o dignissime credi

esse deus, seu tu deus es, potes esse Cupido,

siue es mortalis, qui te genuere, beati,

et frater felix, et fortunata profecto,

si qua tibi soror est, et quae dedit ubera nutrix ;

Alors elle commença à parler ainsi : “ Enfant, qui mérites vraiment

d'être pris pour un dieu, si tu es dieu, tu es peut-être Cupidon ;

si tu es un homme, heureux ceux qui t'ont mis au monde,

heureux ton frère, et assurément, si tu en as une,

comblée est ta soeur, et aussi la nourrice qui t'a allaité.

4, 325

sed longe cunctis longeque beatior illa,

si qua tibi sponsa est, si quam dignabere taeda.

Haec tibi siue aliqua est, mea sit furtiua uoluptas,

seu nulla est, ego sim, thalamumque ineamus eundem.”

Nais ab his tacuit. Pueri rubor ora notauit 

Mais elle est de loin plus heureuse que toutes les autres

si une fiancée t'est promise, que jugeras digne du flambeau nuptial.

Si elle existe quelque part, je pourrais jouir avec toi d'un plaisir furtif,

sinon je serais celle-là, et nous partagerions le même lit. ”

La Naïade alors se tut. Le visage de l'enfant rougit

4, 330

 - nescit, enim, quid amor - ; sed et erubuisse decebat :

hic color aprica pendentibus arbore pomis

aut ebori tincto est aut sub candore rubenti,

cum frustra resonant aera auxiliaria, lunae.

Poscenti nymphae sine fine sororia saltem

 - il ignore ce qu'est l'amour - ; mais la rougeur lui allait bien :

c'est la couleur des fruits suspendus à un arbre exposé au soleil,

ou celle de l'ivoire teinté ou celle de la lune rougissant sous sa blancheur

quand résonnent pour l'aider, mais en vain, des objets de bronze.

À la nymphe qui réclamait sans fin des baisers, fussent-ils fraternels,

4, 335

oscula iamque manus ad eburnea colla ferenti

“ Desinis, an fugio tecumque ” ait "ista relinquo ? ”


Salmacis extimuit “ loca ” que “ haec tibi libera trado,

hospes ” ait simulatque gradu discedere uerso ;

tum quoque respiciens, fruticumque recondita silua

et qui maintenant tendait les mains vers son cou d'ivoire, il dit :

“ Tu arrêtes, ou je m'enfuis et je t'abandonne, toi et ces lieux ? ”


Salmacis prit peur et dit : “ Je libère la place, je te la laisse,

ô étranger ”, et, tournant les talons, elle fait mine de s'éloigner,

tout en continuant à regarder derrière elle ; mais elle va se cacher

4, 340

delituit flexuque genu submisit ; at ille,

scilicet ut uacuis et inobseruatus in herbis,

huc it et hinc illuc et in adludentibus undis

summa pedum taloque tenus uestigia tinguit ;

nec mora, temperie blandarum captus aquarum

à l'abri d'un buisson épais, se baissant et pliant les genoux. 

Lui, qui bien sûr se croit à l'abri des regards dans la prairie déserte,

il va et vient, de-ci delà et, dans les eaux qui semblent jouer devant lui,

il trempe la plante de ses pieds, de la pointe au talon ;

et tout de suite, séduit par l'exquise température de l'eau,

4, 345

mollia de tenero uelamina corpore ponit.

Tum uero placuit, nudaeque cupidine formae

Salmacis exarsit ; flagrant quoque lumina nymphae,

non aliter quam cum puro nitidissimus orbe

opposita speculi referitur imagine Phoebus ;

il dépouille son corps charmant de son léger vêtement.

Vraiment, à cet instant il lui plut ; sa beauté dénudée enflamma

le désir de Salmacis ; les yeux de la nymphe aussi étincellent ;

ainsi un miroir, placé en face du Soleil, renvoie-t-il

l'image de Phébus, éblouissant dans son disque pur.

4, 350

uixque moram patitur, uix iam sua gaudia differt,

iam cupit amplecti, iam se male continet amens.

Ille cauis uelox adplauso corpore palmis

desilit in latices alternaque bracchia ducens

in liquidis translucet aquis, ut eburnea si quis

Elle supporte à peine d'attendre, peut à peine différer son plaisir,

elle veut l'étreindre et, dans sa folie, ne se contient plus.

Lui rapide, se frappant le corps du creux de ses mains,

saute dans les flots et, alternant le mouvement de ses bras,

il brille à travers les eaux limpides, tel une statue d'ivoire

4, 355

signa tegat claro uel candida lilia uitro.

“Vicimus et meus est ”, exclamat nais, et omni

ueste procul iacta mediis inmittitur undis,

pugnantemque tenet, luctantiaque oscula carpit,

subiectatque manus, inuitaque pectora tangit,

ou un lis éclatant qui seraient couverts d'un verre transparent.

“ J'ai gagné, il est à moi ”, s'exclame la Naïade, et jetant au loin

tous ses vêtements, elle s'élance au milieu des flots ;

il se débat mais elle le maintient, de haute lutte lui ravit des baisers,

soulève les mains, touche la poitrine du jeune homme

4, 360

et nunc hac iuueni, nunc circumfunditur illac ;

denique nitentem contra elabique uolentem

inplicat ut serpens, quam regia sustinet ales

sublimemque rapit : pendens caput illa pedesque

adligat et cauda spatiantes inplicat alas ;

contre son gré, se collant à lui, tantôt par ici, tantôt par là ;

et finalement, tandis qu'il fait des efforts pour s'échapper,

elle l'enlace, telle un serpent qu'un oiseau royal soulève

et emporte dans les airs : suspendu, le serpent lui enserre

la tête et les pattes, entortillant sa queue autour des ailes battantes ;

4, 365

utue solent hederae longos intexere truncos,

utque sub aequoribus deprensum polypus hostem

continet ex omni dimissis parte flagellis.

Perstat Atlantiades sperataque gaudia nymphae

denegat ; illa premit commissaque corpore toto

ou telle le lierre qui souvent recouvre des troncs élancés,

ou encore telle le polype qui a capturé une proie dans la mer

et la retient avec les tentacules qu'il projette de tous côtés.

Le descendant d'Atlas persiste à refuser à la nymphe les joies espérées ;

elle le presse, le serre de tout son corps comme si elle collait à lui.

4, 370

sicut inhaerebat, “ pugnes licet, inprobe, ” dixit,

“ non tamen effugies. Ita, di, iubeatis, et istum

nulla dies a me nec me deducat ab isto .

Vota suos habuere deos ; nam mixta duorum

corpora iunguntur, faciesque inducitur illis

Elle lui dit : “ Libre à toi de te débattre, méchant ;

mais tu ne m'échapperas pas. Ainsi, ô dieux, ordonnez,

que nous ne soyons jamais séparés, lui de moi, moi de lui. ”

Les dieux qu'elle pria entendirent ses voeux : leurs deux corps

sont mêlés, soudés, et se présentent sous une figure unique.

4, 375

una. Velut, si quis conducat cortice ramos,

crescendo iungi pariterque adolescere cernit,

sic ubi conplexu coierunt membra tenaci,

nec duo sunt et forma duplex, nec femina dici

nec puer ut possit, neutrumque et utrumque uidentur.


 

Si l'on réunit des rameaux sous une même écorce, on les voit grandir

et se rejoindre et se développer ensemble, de même, depuis que

leurs membres se sont unis en une étreinte serrée, ils ne sont plus deux,

mais une forme double, dont on ne peut dire si elle est fille ou garçon ;

ils semblent n'être ni l'un ni l'autre et être l'un et l'autre.


 

4, 380

Ergo ubi se liquidas, quo uir descenderat, undas

semimarem fecisse uidet mollitaque in illis

membra, manus tendens, sed iam non uoce uirili

Hermaphroditus ait : “ Nato date munera uestro,

et pater et genetrix, amborum nomen habenti :

Dès lors, lorsqu'il voit que les eaux limpides, où il était descendu

en tant qu'homme, l'ont transformé en un être androgyne, efféminé,

il tend les mains et, d'une voix qui avait perdu sa virilité,

Hermaphrodite dit : “ Vous, son père et sa mère, accordez

à votre enfant qui porte votre nom à tous deux, ce pouvoir :

4, 385

quisquis in hos fontes uir uenerit, exeat inde

semiuir et tactis subito mollescat in undis ! ”

Motus uterque parens nati rata uerba biformis

fecit et incesto fontem medicamine tinxit. »

que tout homme qui viendra dans ces ondes, en sorte androgyne,

et s'amollisse aussitôt qu'il sera en contact avec ces eaux ! ”

Les parents émus l'un et l'autre réalisèrent le voeu de leur enfant

à la double forme et imprégnèrent la fontaine d'une drogue impure. »

 

Métamorphose des Minyades en chauves-souris (4, 389-415)

Les Minyades, à la fin de leur récit, continuent à filer et tisser, persistant dans leur hostilité à Bacchus, quand soudain des feuilles de vigne et du lierre se mettent à pousser, au milieu de sons et d'odeurs évoquant les cérémonies en l'honneur de Bacchus. Finalement, au moment où tombe la nuit, au milieu de lueurs mystérieuses et d'apparitions fantastiques, les trois soeurs, punies par Bacchus, sont métamorphosées en chauves-souris (uespertiliones), animaux de l'astre de la nuit (Vesper). (4, 389-415)

 

Finis erat dictis, et adhuc Minyeia proles

Le récit était terminé. Les filles de Minyas continuent

4, 390

urguet opus spernitque deum festumque profanat,

tympana cum subito non adparentia raucis

obstrepuere sonis, et adunco tibia cornu

tinnulaque aera sonant et olent murraeque crocique ;

resque fide maior, coepere uirescere telae

à s'activer à la tâche, méprisant le dieu et profanant sa fête,

quand soudain retentirent, invisibles, des tambourins au son rauque

et quand résonna la flûte au cornet incurvé qui se mêlait

aux bronzes tintants, parmi des odeurs de myrrhe et de safran ;

et, chose qui passe l'entendement, les toiles se mirent à verdir

4, 395

inque hederae faciem pendens frondescere uestis ;

pars abit in uites, et quae modo fila fuerunt,

palmite mutantur ; de stamine pampinus exit ;

purpura fulgorem pictis adcommodat uuis.

Iamque dies exactus erat, tempusque subibat,

et les tissus suspendus au métier à se couvrir de feuilles de lierre.

Certains deviennent vignes ; ceux qui naguère étaient des fils

sont transformés en sarments ; un rameau sort de la quenouille ;

et la pourpre ajoute son éclat à la couleur des raisins.

Déjà la journée s'était écoulée, et le moment approchait

4, 400

quod tu nec tenebras nec possis dicere lucem,

sed cum luce tamen dubiae confinia noctis.

Tecta repente quati pinguesque ardere uidentur

lampades et rutilis conlucere ignibus aedes

falsaque saeuarum simulacra ululare ferarum,

que l'on ne pourrait appeler ni ténèbres ni lumière ;

bien qu'éclairé, ce moment est très proche de la nuit hésitante.

Tout à coup il semble que le toit soit secoué, que s'embrasent

les flambeaux huileux, illuminant la demeure de feux ardents,

tandis que de faux simulacres de bêtes féroces poussent des hurlements.

4, 405

fumida iamdudum latitant per tecta sorores

diuersaeque locis ignes ac lumina uitant,

dumque petunt tenebras, paruos membrana per artus

porrigitur tenuique includit bracchia pinna ;

nec qua perdiderint ueterem ratione figuram,

Depuis un moment les soeurs se cachent sous les toits enfumés,

courent çà et là, évitant les feux et les lumières,

et, tandis qu'elles cherchent l'obscurité, une membrane s'étend

sur leurs membres réduits et enferme leurs bras dans des ailes légères.

L'obscurité ne permet pas de savoir pour quelle raison

4, 410

scire sinunt tenebrae : non illas pluma leuauit,

sustinuere tamen se perlucentibus alis

conataeque loqui minimam et pro corpore uocem

emittunt peraguntque leui stridore querellas.

Tectaque, non siluas celebrant lucemque perosae

elles ont perdu leur aspect ancien : sans que des plumes

les soulèvent, elles s'envolent avec leurs ailes transparentes ;

et, quand elles tentent de parler, vu leur petitesse, elles émettent

un son très faible et ponctuent leurs plaintes d'un léger grincement.

Elles fréquentent les greniers, non les forêts, et, haïssant la lumière,

4, 415

nocte uolant seroque tenent a Vespere nomen.

elles volent la nuit, tenant leur nom de Vesper, l'astre du soir.

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NOTES

Alcithoé (4, 274). C'est une des trois filles de Minyas, voir la note à 4, 1. Son récit commence sur le mode de la prétérition. Elle énumère une série de sujets qu'elle ne traitera pas. Il s'agit d'amours contrariées de bergers et de diverses métamorphoses, assez évasivement évoquées.

Daphnis (4, 276). « Fils d'Hermès, Daphnis est abandonné à sa naissance dans un bois par sa mère, une nymphe de Sicile. Grandi au milieu des nymphes et des bergers, il devient lui-même berger. Artémis l'initie à l'art de la chasse, Pan à celui de la flûte ; les nymphes lui donnent le goût de la poésie. Une nymphe, Échénaïs ou Lyca, s'éprend de lui ; Daphnis lui jure un amour éternel. Une autre nymphe amoureuse l'enivre pour obtenir ses faveurs. Échénaïs, jalouse, rend Daphnis aveugle. Daphnis vagabonde alors, en jouant de la flûte. Hermès accueille son enfant sur l'Olympe, puis fait jaillir une source à l'endroit même où il le ravit, sans doute après qu'il ait été changé en rocher par Échénaïs » (J.-Cl. Belfiore). La légende connaît plusieurs variantes, notamment géographique (la Sicile, la Phrygie, l'Ida ici).

Sithon (4, 280). Roi thrace, fils d'Arès ou de Poséidon, et de la nymphe Ossa, éponyme du mont Ossa, mais on ne possède aucun détail sur le changement de sexe dont il est question ici.

Celmis et les Curètes (4, 282). Celmis est un des Dactyles (sortes de démons) de l'Ida, nés de la poussière que les nourrices de Zeus avaient lancée derrière elles. Ces Dactyles sont apparentés aux Curètes, qui aidèrent Rhéa à protéger Zeus contre Cronos, qui voulait dévorer son fils. Les variantes concernant ces êtres sont nombreuses et complexes.

Crocus, Smilax (4, 283). Crocus fut métamorphosé en safran, tandis que la nymphe Smilax, qu'il aimait d'un amour malheureux, fut changée en fleur (salsepareille).

récit nouveau (4, 284). Ce récit de la troisième fille de Minyas explique la réputation attribuée à un lac près d'Halicarnasse, en Carie, censé retirer leur virilité à ceux qui s'y baignent, une réputation que l'endroit conservait au temps de Strabon (14, 2, 16). Selon Ovide (et ses sources ?), ce pouvoir est lié à l'histoire d'une nymphe, Salmacis, et d'un jeune homme, Hermaphrodite, qui furent tous deux métamorphosés en un être androgyne.

Salmacis (4, 287). Salmacis est le nom de l'étang et de la nymphe qui y habite.

Un enfant (4, 288). Fils de Hermès-Mercure et d'Aphrodite-Vénus, cet enfant d'une beauté merveilleuse, appelé Hermaprodite du nom grec de ses parents, fut élevé par des nymphes de l'Ida, en Phrygie. C'est par Ovide essentiellement que son histoire nous est connue.

Lycie (4, 296). Région du sud-ouest de l'Asie Mineure.

Cariens (4, 296). Habitants de la Carie, région elle aussi du sud-ouest de l'Asie Mineure, et qui comprenait notamment les villes de Cnide et d'Halicarnasse.

Diane (4, 304). Artémis-Diane, très souvent évoquée, comme déesse de la chasse, vouée à la virginité. Voir Mét., 1, 475-487 ; 1, 694-697 note ; 2, 401-530 (Callisto) ; 3, 131-250 (Actéon), etc.

Cytore (4, 311). Mont de Paphlagonie, au bord de la mer Noire, sans doute réputé pour ses buis.

la lune (4, 332). On s'imaginait que les éclipses de lune étaient l'effet d'un sortilège, et l'on croyait y porter remède en tapant bruyamment sur du métal.

oiseau royal (4, 362). Cet oiseau royal est l'aigle, lié à Jupiter, le roi des dieux. Cfr 4, 714-717, pour une autre comparaison mettant en scène un aigle et un serpent.

descendant d'Atlas (4, 366). Hermès-Mercure étant le fils de la Pléiade Maia, fille d'Atlas, Hermaphodite était donc un descendant d'Atlas.

uesper (4, 415). Le mot latin uesper désigne le soir, la tombée de la nuit, ou encore l'étoile du soir (Vesper). Le terme uespertilio signifie « chauve-souris », le nom de ces animaux leur venant sans aucun doute de leurs sorties à l'heure où apparaît Vesper.


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