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MOTEUR DE RECHERCHE DANS LA BCS
Bossuet (1627-1704)
Textes:
-- *Discours sur l'histoire universelle à Monseigneur le Dauphin pour expliquer la suite de la religion et les changements des empires, Paris, s.d. (Coll. Garnier).
-- *Histoire des variations des églises protestantes, 2 vol., Paris, s.d. (Coll. Garnier).
-- Oeuvres, éd. B. VELAT - Y. CHAMPAILLER, Paris, 1961 (Bibl. de la Pléiade).
-- *Traité de la concupiscence, éd. Ch. URBAIN - E. LEVESQUE, Paris, 1930 (Les textes français).
-- *Oeuvres complètes ... par une Société d'ecclésiastiques, t. V. Controverse, Paris, s.d.
Études:
-- MINOIS G., Bossuet entre Dieu et le Soleil, Paris, 2003.
-- RÉBELLIAU A., Bossuet historien du protestantisme. Étude sur "L'histoire des variations" et sur la controverse au dix-septième siècle, 3e éd. Paris, 1909.
-- RICUPERATI G., Jacques-Bénigne Bossuet et l'histoire universelle, dans Storia della storiografia, 35, 1999, p.27-61.
Pontificat de Grégoire le Grand (590-604)Au milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome étoit affligée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Grand fut élevé, malgré lui, sur le siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les empereurs et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur est due; console l'Afrique, et la fortifie; confirme en Espagne les Visigoths, convertis de l'arianisme, et Récarède le Catholique, qui venoit de rentrer au sein de l'Église; convertit l'Angleterre, réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre; fléchit les Lombards; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvaient aider; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople; éclaire toute l'Église par sa doctrine; gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde un parfait modèle de gouvernement ecclésiastique. L'histoire de l'Église n'a rien de plus beau que l'entrée du saint moine Augustin dans le royaume de Kent, avec quarante de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de l'image du grand roi notre Seigneur Jésus-Christ, faisoient des voeux solennels pour la conversion de l'Angleterre. Saint Grégoire, qui les avoit envoyés, les instruisoit par des lettres véritablement apostoliques, et apprenoit à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu faisoit par son ministère (Discours, p.102-103).
Conclusion de la première partie [Les époques, ou la suite des temps]
Mais le vrai dessein de cet abrégé n'est pas de vous expliquer l'ordre des temps, quoiqu'il soit absolument nécessaire pour lier toutes les histoires, et en montrer le rapport. Je vous ai dit, Monseigneur, que mon principal objet est de vous faire considérer, dans l'ordre des temps, la suite du peuple de Dieu et celle des grands empires.
Ces deux choses roulent ensemble dans ce grand mouvement des siècles, où elles ont pour ainsi dire un même cours; mais il est besoin, pour les bien entendre, de les détacher quelquefois l'une de l'autre, et de considérer tout ce qui convient à chacune d'elles (Discours, p.117-118).
Supériorité de l'histoire sainte sur l'histoire profane
Quel témoignage n'est-ce pas de sa vérité, de voir que dans les temps où les histoires profanes n'ont à nous conter que des fables, ou tout au plus des faits confus et à demi oubliés, l'Écriture, c'est-à-dire, sans contestation, le plus ancien livre qui soit au monde, nous ramène par tant d'événements précis, et par la suite même des choses, à leur véritable principe, c'est-à-dire à Dieu, qui a tout fait; et nous marque si distinctement la création de l'univers, celle de l'homme en particulier, le bonheur de son premier état, les causes de ses misères et de ses foiblesses, la corruption du monde et le déluge, l'origine des arts et celle des nations, la distribution des terres, enfin la propagation du genre humain, et d'autres faits de même importance dont les histoires humaines ne parlent qu'en confusion, et nous obligent à chercher ailleurs les sources certaines? (Discours, p.120-121)
Misère du paganisme
Comme toutefois la conversion de la gentilité étoit une oeuvre réservée au Messie et le propre caractère de sa venue, l'erreur et l'impiété prévaloient partout. Les nations les plus éclairées et les plus sages, les Chaldéens, les Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étoient les plus ignorants et les plus aveugles sur la religion: tant il est vrai qu'il faut y être élevé par une grâce particulière et par une sagesse plus qu'humaine. Qui oseroit raconter les cérémonies des dieux immortels, et leurs mystères impurs? Leurs amours, leurs cruautés, leurs jalousies, et tous leurs autres excès étoient le sujet de leurs fêtes, de leurs sacrifices, des hymnes qu'on leur chantoit, et des peintures que l'on consacroit dans leurs temples. Ainsi le crime étoit adoré, et reconnu nécessaire au culte des dieux. Le plus grave des philosophes défend de boire avec excès, si ce n'étoit dans les fêtes de Bacchus et à l'honneur de ce dieu. Un autre, après avoir sévèrement blâmé toutes les images malhonnêtes, en excepte celle des dieux, qui vouloient être honorés par ces infamies. On ne peut lire sans étonnement les honneurs qu'il falloit rendre à Vénus, et les prostitutions qui étoient établies pour l'adorer.
La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle étoit, avoit reçu ces mystères abominables. Dans les affaires pressantes, les particuliers et les républiques vouoient à Vénus des courtisanes, et la Grèce ne rougissoit point d'attribuer son salut aux prières qu'elles faisoient à leur déesse. Après la défaite de Xerxès et de ses formidables armées, on mit dans le temple un tableau où étoient représentés leurs voeux et leurs processions, avec cette inscription de Simonides, poëte fameux: "Celles-ci ont prié la déesse Vénus, qui pour l'amour d'elles a sauvé la Grèce."
S'il falloit adorer l'amour, ce devoit être du moins l'amour honnête: mais il n'en étoit pas ainsi. Solon, qui le pourroit croire et qui attendroit d'un si grand nom une si grande infamie? Solon, dis-je, établit à Athènes le temple de Vénus la prostituée, ou de l'amour impudique. Toute la Grèce étoit pleine de temples consacrés à ce dieu, et l'amour conjugal n'en avoit pas un dans tout le pays (Discours, p.198-199).
Ignorance des Protestants
Si les Protestants savaient à fond comment s'est formée leur religion, avec combien de variations et avec quelle inconstance leurs Confessions de foi ont été dressées; comment ils se sont séparés premièrement de nous, et puis entre eux; par combien de subtilités, de détours et d'équivoques ils ont tâché de réparer leurs divisions, et de rassembler les membres épars de leur Réforme désunie: cette Réforme, dont ils se vantent, ne les contenterait guère; et, pour dire franchement ce que je pense, elle ne leur inspirerait que du mépris. C'est donc ces variations, ces subtilités, ces équivoques et ces artifices dont j'entreprends de faire l'histoire (Histoire des variations, Préface, p.1)
Sources et méthode
Pour ce qui regarde les actes publics des Protestants, outre leurs Confessions de foi et leurs Catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j'en ai trouvé quelques-uns dans le recueil de Genève; d'autres dans le livre appelé Concorde, imprimé par les Luthériens en 1654; d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus Réformés, que j'ai vus en forme authentique dans la bibliothèque du Roi; d'autres dans l'Histoire Sacramentaire, imprimée à Zurich, en 1602, par Hospinien, auteur zwinglien, ou enfin par d'autres auteurs protestants: en un mot, je ne dirai rien qui ne soit authentique et incontestable. Au reste, pour le fond des choses, on sait bien de quel avis je suis: car assurément je suis Catholique aussi soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Eglise, et tellement disposé, que personne ne craint davantage de préférer son sentiment particulier au sentiment universel. Après cela, d'aller faire le neutre et l'indifférent, à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis, quand tout le monde le sait et que j'en fais gloire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière: mais avec cet aveu sincère, je maintiens aux Protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance, et qu'ils ne liront jamais nulle histoire, quelle qu'elle soit, plus indubitable que celle-ci ; puisque, dans ce que j'ai à dire contre leurs Eglises et leurs auteurs, je n'en raconterai rien qui ne soit prouvé clairement par leurs propres témoignages (Histoire des variations, t.I, p.13).
Luther et les théologiens de Louvain
Pendant que ce chef des Réformateurs tirait à sa fin, il devenait tous les jours plus furieux. Ses thèse contre les docteurs de Louvain en sont une preuve: et je ne crois pas que ses disciples puissent voir sans honte, jusque dans les dernières années de sa vie, le prodigieux égarement de son esprit. Tantôt il fait le bouffon, mais de la manière du monde la plus plate: il remplit toutes ses thèses de ces misérables équivoques, vaccultas, au lieu de facultas; cacolyca Ecclesia, au lieu de catholica; parce qu'il trouve dans ces mots, vaccultas et cacolyca, une froide allusion avec les vaches, les méchants et les loups. Pour se moquer de la coutume d'appeler les docteurs nos maîtres; il appelle toujours ceux de Louvain, nostrolli magistrolli, bruta magistrolia; croyant les rendre fort odieux ou fort méprisables par ces ridicules diminutifs qu'il invente. Quand il veut parler plus sérieusement il appelle ces docteurs, "de vraies bêtes, des pourceaux, des Epicuriens, des Païens et des Athées, qui ne connaissent d'autre pénitence que celle de Judas et de Saül, qui prennent non de l'Ecriture, mais de la doctrine des hommes, tout ce qu'ils vomissent; " et il ajoute, ce que je n'ose traduire, quidquid ructant, vomunt et cacant. C'est ainsi qu'il oubliait toute pudeur, et ne se souciait pas de s'immmoler lui-même à la risée publique, pourvu qu'il poussât tout à l'extrémité contre ses adversaires (Histoire des variations, t.I, p.262-263).
Début des guerres de religion
La reine Elisabeth favorisait secrètement la disposition que ceux de France avaient à la révolte: ils se déclarèrent à peu près dans le même temps que la réformation anglicane prit sa forme sous cette reine. Après environ trente ans, nos Réformés se lassèrent de tirer leur gloire de leur souffrance: leur patience n'alla pas plus loin. Ils cessèrent aussi d'exagérer à nos rois leur soumission. Cette soumission ne dura qu'autant que les rois furent en état de les contenir. Sous les forts règnes de François Ier et de Henri II, ils furent à la vérite fort soumis, et ne firent aucun semblant de prendre les armes. Le règne aussi faible que court de François II leur donna de l'audace: ce feu longtamps caché éclata enfin dans la conjuration d'Amboise. Cependant il restait encore assez de force dans le gouvernement pour éteindre la flamme naissante: mais durant la minorité de Charles IX, et sous la régence d'une Reine dont toute la politique n'allait qu'à se maintenir par de dangereux ménagements, la révolte parut tout entière, et l'embrasement fut universel par toute la France. Le détail des intrigues et des guerres ne me regarde pas, et je n'aurais même point parlé de ces mouvements, si, contre toutes les déclarations et protestations précédentes, ils n'avaient produit dans le Réforme cette nouvelle doctrine, qu'il est permis de prendre les armes contre son Prince et sa patrie pour la cause de la religion ...
Pour la conjuration d'Amboise, tous les historiens le témoignent, et Bèze même en est d'accord dans son Histoire ecclésiastique. Ce fut sur l'avis des docteurs que le Prince de Condé se crut innocent, ou fit semblant de le croire, quoiqu'un si grand attentat eût été entrepris sous ses ordres. On résolut dans le parti de lui fournir hommes et argent, afin que la force lui demeurât: de sorte qu'il ne s'agissait de rien moins, après l'enlèvement violent des deux Guises dans le propre château d'Amboise où le Roi était, que d'allumer dès lors dans tout le royaume le feu de la guerre civile. Tout le gros de la Réforme entra dans ce dessein, et la province de Saintonge est louée par Bèze en cette occasion, d'avoir fait son devoir comme les autres. Le même Bèze témoigne un regret extrême de ce qu'une si juste entreprise a manqué, et en attribue le mauvais succès à la déloyauté de quelques-uns (Histoire des variations, t.II, p.17-19)
Cette curiosité s'etend aux siecles passez les plus eloignez, et c'est de la que nous vient cette insatiable avidité de scavoir l'histoire. On se transporte en esprit dans les cours des anciens rois, dans les secretz des anciens peuples. On s'imagine entrer dans les deliberations du senat Romain, dans les conseils ambitieux d'un Alexandre ou d'un Cesar, dans les jalouzies politiques et rafinées d'un Tibere. Si c'est pour en tirer quelque exemple utile a la vie humaine, a la bonne heure! il le faut soufrir et mesme louer, pourveu qu'on apporte a cette recherche une certaine sobrieté. Mais si c'est, comme on le remarque dans la plupart des curieux, pour se repaistre l'imagination de ces vains objets, qui atil de plus inutile que de se tant arrester a ce qui n'est plus, que de rechercher toutes les folies qui ont passé dans la teste d'un mortel, que de rappeller avec tant de soin ces images que Dieu a detruites dans sa cité sainte, ces ombres qu'il a dissipées, tout cet attirail de la vanité qui de luy mesme s'est replongé dans le neant d'ou il estoit sorti. Enfans des hommes, jusques a quand aurez vous le coeur appesanti? Pourquoy aimez vous tant la vanité, et pourquoy vous delectez vous a etudier le mensonge? [Ps. IV,3] (Traité de la concupiscence, p.24-25).
Critique de Richard Simon
VIe Passage. "Il est bon que je déclare maintenant les règles que j'ai observées dans ma traduction; " il les rapporte au long dans la suite de sa préface: et l'un des approbateurs lui donne la louange d'"avoir rendu le texte sacré selon toutes les règles d'une bonne traduction, qui sont marquées fort judicieusement dans sa préface."
Remarque. Cependant on n'y trouvera pas un seul mot de la règle du concile de Trente, qui oblige "à suivre le sens que l'Eglise a toujours tenu," sans prendre la liberté "de l'expliquer contre le consentement unanime des saints Pères." Dire que cette règle ne regarde pas les traductions, mais seulement les notes interprétatives, c'est une illusion trop manifeste. On a pu voir, dans les remarques précédentes, dans combien d'erreurs est tombé l'auteur pour avoir traduit l'Evangile indépendamment de la tradition de l'Eglise. Si donc il n'a pas seulement rapporté une règle si essentielle, c'est qu'en effet il ne songeait pas à la suivre.
Il en a dit quelques mots dans un carton, depuis que le livre est imprimé et débité partout: on a déjà remarqué que les cartons de l'auteur ne sont qu'une vaine cérémonie, qui ne fait plus qu'irriter une dangereuse curiosité. En effet, le livre se débite encore sans cette faible addition. Après tout, il y a sujet de s'étonner qu'on s'en soit avisé si tard, et qu'on n'en ait pas moins hasardé de dire que l'auteur avait expliqué toutes les règles, pendant qu'il ne pensait pas seulement à marquer la principale, encore que ce soit celle qui se devait présenter d'abord.
VIIe Passage et Remarque.
Le traducteur semble réduire principalement à la connaissance des langues et de la critique l'excellence d'une version. C'est ce qui paraît à la tête de sa préface dans sa lettre à M.L.J.D.R., où il se repose sur les soins de son libraire, du choix des censeurs et approbateurs de son livre, en lui disant seulement: "Ayez soin de faire revoir cet ouvrage par quelque théologien habile, et qui sache au moins les trois langues, hébraïque, grecque et latine."
En transcrivant cette lettre, il a voulu se donner d'abord un air de savant, qui ne convient pas à un ouvrage de cette nature, où tout doit respirer la simplicité et la modestie; et, ce qui est pis, il insinue qu'on ne doit reconnaître ici pour légitime censeur, que ceux qui savent les langues: ce qui est faux et dangereux. Il est certain que les principales remarques sur un ouvrage de cette sorte, c'est-à-dire celles du dogme, sont indépendantes de la connaissance si particulière des langues et sont uniquement attachées à la connaissance de la tradition universelle de l'Eglise, qu'on peut savoir parfaitement sans tant d'hébreu et tant de grec par la lecture des Pères et par les principes d'une solide théologie. On doit être fort attentif à cette remarque, et prendre garde à ne point donner tant d'avantages aux savants en hébreu et dans la critique; parce qu'il s'en trouve de tels, non seulement parmi les Catholiques, mais encore parmi les hérétiques ... Il faut sans doute estimer beaucoup la connaissance des langues, qui donne de grands éclaircissements: mais ne pas croire que pour censurer les licencieuses interprétations, par exemple, d'un Grotius, à qui l'on défère trop dans notre siècle, il faille savoir autant d'hébreu, de grec et de latin, ou même d'histoire et de critique, qu'il en montre dans ses écrits. L'Eglise aura toujours des docteurs qui excelleront dans tous ces talents particuliers; mais ce n'est pas là sa plus grande gloire. La science de la tradition est la vraie science ecclésiastique; le reste est abandonné aux curieux, même à ceux du dehors, comme l'a été durant tant de siècles, la philosophie aux païens (Oeuvres complètes, t.V, p.23-24).
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