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MOTEUR DE RECHERCHE DANS LA BCS
La Popelinière (1541-1608)
Textes:
-- L'histoire des histoires - L'idée de l'histoire accomplie, 2 vol., Paris, 1989 (Corpus des oeuvres de philosophie en langue française).
-- Les Trois mondes de La Popelinière, éd. A.-M. BEAULIEU, Genève, 1997 (Travaux d'Humanisme et Renaissance, 310)
Études:
-- SYPHER G.W., La Popelinière's Histoire de France. A Case of Historical Objectivity and Religious Censorship, dans Journal of the History of Ideas, 24, 1963, p.41-54.
-- VIVANTI C., Alle origini dell'idea di civiltà. Le scoperte geografiche e gli scritti di Henri de la Popelinière, dans Rivista storica italiana, 74, 1962, 225-249.
-- YARDENI M., La conception de l'histoire dans l'oeuvre de La Popelinière, dans Revue d'histoire moderne et contemporaine, 11, 1964, p.109-126 [repris dans M. Yardeni, Repenser l'histoire. Aspects de l'historiographie huguenote des Guerres de religion à la Révolution française, p.13-37]
Projet de l'auteurSur la consideration de plusieurs fautes, que je remarqué y a plus de vingt ans, en l'Histoire tant des François que de leurs voisins: Je me persuadé par un assez soigneux rapport des vieux escrits, aux qualitez desquelles l'histoire doit estre conditionnée: que les plus anciens, voire les Grecs et Latins ny estoient guieres plus heureux: si l'authorité ne les authorise plus que la raison. Tellement que je commencé deslors, à redresser nostre histoire, pour l'eslever enfin, jusques au plus pres du poinct, auquel me semble qu'on la peut faire monter. Mais persuadé que ma si hardie et nouvelle traditive, ne seroit au goust et moins propre à l'estomac de tous ceux qui s'en voudroient accomoder; afin de rompre, ou du moins destourner la malice de ceux, qui ennemis de toutes choses belles et extraordinaires, ne se plaisent qu'à leurs conceptions: J'ay voulu, premier que de donner jour à mon Histoire, monstrer par forme d'essay, qu'aucun de quelque temps et langue qu'il soit, n'a faict histoire telle qu'on doit et peut dresser. Ce que j'ay pensé vous mieux persuader, si j'anticipois vos esprits, d'un nouveau traicté de l'origine des lettres, que divers peuples s'attribuent trop legerement. Suivy de la source incogneuë et des notables changements de l'histoire, y adjoustant le Recueil et la non encore traictée suite des plus signalés historiens: recherchée dés la premiere memoire des humains, et continuée jusqu'à ce temps: un seul desquels n'approche des plus necessaires conditions d'icelle, et ce pour la premiere partie de l'oeuvre, auquel nous avons donné titre d'Histoire des Histoires. D'autant que c'est une Histoire, c'est à dire, un narré des plus notables Histoires du passé. En queuë duquel la seconde partie portera, aux mesmes fins que la premiere. L'Idée de l'Histoire accomplie, laquelle exprimera, la vraye definition de l'Histoire, (toutes autres refutées) par son entiere substance, naturel, forme, graces et accidens d'icelle. Puis les animeuses et veritables reprehensions, que tous ont laissé des fautes qu'ils y ont reciproquement commis. Avec celles, que nous y adjoustons de surcroist. Renforcées d'un discours des raisons generales et particulieres, pour le manquement desquelles, aucun n'a peu amener l'histoire à son plus haut poinct d'honneur. Et en outre, les considerations jusqu'ici ignorées, des qualitez et temperament necessaire au bon historien. Faute de la cognoissance et practique duquel, homme ne se trouvera jamais capable d'en dresser une accomplie. De laquelle d'ailleurs, ayant faict cognoistre les graces aisées et possibles: je maintiens qu'il ne tient qu'à nous, que nous ne l'eslevions au plus pres de sa perfection: veu les advantages y particularisez que ceux de ce temps ont sur les Anciens, s'ils les veulent bien mesnager, comme ils en ont le pouvoir. Et pour montrer quelle est nostre bonne volonté et puissance, petite qu'elle soit, de nous patronner les premiers, à ce que nous y avons tracé pour modelle à tous: nous metrons le Dessein de l'Histoire nouvelle des François: et les moyens que nous y entendons tenir, outre ceux, desquels nos devanciers ont usé. Pour Avant-jeu de laquelle, suivra la refutation de l'advis commun et tant rechanté, de la descente des Troyens, pour peupler en Italie, Venise, Scytie, Gaule, Germanie, et autres provinces, esquelles tant de peuples, se disent si faussement extraicts, de ces miserables vaincus Asiatiques (t.I, p.17-18).
Les quatre périodes de l'historiographie
Vous ayant ainsi premis la generalité de la Chronologie des plus anciens: pour mieux vous faire comprendre, avec la cognoissance des temps, le nombre et suitte de noz Autheurs. Nous descendrons au particulier narré des historiens, pour reprendre le discours entrelaissé des siecles de tous les plus segnalez historiographes de la memoire humaine. Lequel nous repartirons en quatre principales saisons. La premiere, comprendra l'histoire, telle qu'on la peut naturellement representer, depuis le Deluge jusques au temps prochain de la guerre de Troye, que les nostres appellent entier ou demi fabuleux. Pource qu'ils n'ont aucune memoire asseurée des accidens qui se passerent tout le cours d'iceluy. La seconde, portera les historiens Poëtiques, lesquels ont de peu precedé et suivy ces temps, jusques à l'institution des Olympiades: auxquelles les Grecs commencent d'asseurer la memoire des choses avenues depuis icelles. La troisieme, contiendra les historiens, qui laissans les discours Poëtiques, ont commencé à dresser l'histoire en prose et discours continu: depuis la 40. et 50. Olympiade jusques au temps d'Hecatée, Herodote et autres. La 4. depuis Herodote jusques au declin et perte finale, tant de l'empire des Grecs, que de la gloire qu'ils s'estoyent acquis par l'honneur des lettres et sciences, et de l'histoire notamment. Laquelle s'est toujours ravalée entre les Grecs et autres peuples, jusqu'à ce que les Romains en prindrent la charge, pour les y esgaler ou surmonter si possible estoit (t.I, p.62-63).
Exemple de notice
Theopompe Athenien Poëte comic, fut autre que celui de Chio Orateur et Historien. Plut. en Themist. et Ages. Suid. Athenée cite plusieurs siens escrits. Celuy de Chio fils de Damasistrate et auditeur de Isocrate, fut Orateur et Historien fameux qui vint long temps après Herodote et Thucidide. Ausquels par l'advis mesme de Quintilien, il semble d'autant inferieur és graces de l'histoire, qu'il y tache de representer le parfaict Orateur, plus que le vray Historien. Aussi avoit il ja fait longue profesion de la Rethorique et de Harangues publiques, devant qu'estre sollicité de se jetter à l'histoire. Il laissa l'Epitome ou Abbregé d'Herodote en deux livres. Et l'histoire des choses plus memorables des Grecs, commencant à la fin de la guerre Peloponesiaque ou de la Morée, à laquelle Thucidide finit la sienne (t.I, p.120).
La Méthode de Bodin
Quand à ceux, qui ne nous ont laissé que certaines regles pour le modelle de l'Histoire: un seul n'a bien representé quel en devoit estre le Narré, qui est toutefois la substance et principale partie d'icelle. Ny mesme revestu d'aucun corps, les desseins qu'il en a proposé par sa Methode. Comme s'il s'estoit imaginé chose trop esloignee du pouvoir humain. Et pour ne m'arrester aux fautes de tous ces contemplatifs, je ne parleray que de celuy, qui bien que le dernier de temps, est pour le mérité de son sçavoir, couché au premier rang, de ceux qui nous ont donné la plus belle Methode de faire et entendre l'histoire. De laquelle toutefois il n'approche pres ny loing par ses discours. Car comme celuy qui discourt de quelque chose, la doit prendre en sa commune signification: Bodin aussi, devoit prendre l'histoire, pour un Narré des actions humaines, non des divines ny d'autres. Et par ainsi, accomoder sa methode à ceste histoire particuliere, non à l'universelle. De laquelle il parle dés l'entree. La definissant, un narré des choses faictes, puis la deduisant en quatre especes, Divine, Naturelle, Humaine et Mathematique. A laquelle partition il accomode sa methode, traitant des qualitez, forces et changemens des provinces, de l'Univers, du Ciel, de l'Air, des Astres, des Peuples, des sources et progrez, periodes et changemens des Republiques: des nombres, disposition, armonie et force d'iceux: et telles autres curieuses recherches fort esloignees de la cognoissance et actions des hommes: à laquelle neantmoins puis apres, il restreint le mot d'Histoire (t.II, p.27-28).
L'histoire générale
Pour le subject, l'Histoire sera Generale, quand l'autheur luy aura donné la substance entiere et accomplie des Estats qu'il veut representer. Non dressée de menues parcelles ni de materiaux affamez [insuffisants]. Car puis qu'elle est la representation de tout: pour nous faire souvenir des choses passées et nous accomoder des presentes, en l'attente des advenir: il est necessaire, qu'elle comprenne toutes choses. Le desir de l'homme, n'est limité: ains General à tous objects. L'honneur mesme et profit que tous attendent, sont universels et espandus en tous les affaires de l'estat, voire le consentement de l'homme, ne fut jamais reserré à une seule. Or sur tout, estant notre inclination naturelle et Generale à tout cognoistre et sçavoir toutes choses s'il estoit possible: ce seroit bestise de restraindre la capacité de l'Histoire, qu'on appelle le miroüer du monde, aux affaires d'une seule vacation ou d'aucunes d'icelles. Soit de Guerre, soit de Police, Geografie, jurisprudence, medecine, marchandise, ou autre condition (t.II, p.71-72).
Vocation de l'historien
A ces occasions, bien que les pueriles vanitez des hommes m'ayent plutost solicité qu'esbranlé de mon devoir (qui n'est pas tousjours aisé à cognoistre et moins à effectuer:) je n'ay manqué toutesfois, de bon desir à communiquer ce que j'ay pensé profitable à ceux de mon temps, et de l'advenir. Or puis que de tous les biens, que les plus spirituels peuvent, et en diverses sortes, departir à chacun: ceux ont toujours esté plus louables, qui embrassent le public, et ensemble le particulier de tous les subjects, comme est le travail d'une belle Histoire, vray et seul miroir de l'estat: Je m'y suis dés mon jeune aage d'autant plus addonné: qu'outre ce, que plusieurs m'y jugeoient, poussé d'une secrette et violente passion: je m'y sentois sinon propre, du moins si volontaire: que le veu de mes parens, ny les longs travaux que j'ay employé en autres choses: ny l'insolence des guerres lesquelles tyrannisent tous autres beaux desseins: ne m'ont sceu empescher, que je n'y aye consommé, non le temps seul, ou la longueur de mes peines seulement comme d'autres: Ains aussi et sans aucune recognoissance, presque tous les moyens tant du corps et d'esprit, que ceux que le vulgaire donne aussi legerement à la fortune, que la Nature et les polices font souvent aux plus indignes des humains. C'est pourquoy je me suis proposé d'envoyer pour coup d'essay en forme d'asseurance neantmoins, la promesse d'une nouvelle histoire des François. A laquelle, je me suis plus obligé par les premiers traicts de cette oeuvre, que le lecteur a recognoissance aucune de mes labeurs. Laquelle j'attendray de la posterité, pource que je lui vouë et addresse mes escrits plus qu'à ceux de ce temps, ausquels il est plus malaisé de complaire que de profiter, et aux François sur tous (t.II, p.262-263).
L'objet de l'histoire
Tous [nos devanciers] au reste soit de paresse, soit d'avarice ou par autre passion, ont trop legierement escrit leurs Histoires ...
Car qui des vieux nous a faict cognoistre les pays desquels les François sont sortis? ny ceux par lesquels ils passerent pour entrer es Gaules? les meurs, loix, polices, officiers, Armes et accidens qui les ont suivis? ny mesme s'ils se sont faits, ou si on les a receu Roys? quand ny sous quelle forme et conditions? sur quelles qualitez et puissance fut dressée cette Royauté? de quels honneurs, pouvoirs et autoritez estoient les Ecclesiastics? nobles, Justiciers, Financiers et autres Estats? Quelles differences entre les peuples Gaulois, Romains et Germains? Quand, comme et par qui la Religion Chrestienne entra, fut receue, augmentee, debatue et se maintint, és Gaules entre peuples de si bigerres [inconstantes, capricieuses] humeurs; Quelle fut la source, progres, changemens, reformation et diversité de la discipline Ecclesiastique? Quelle estoit la Noblesse, son auctorité, pouvoir, exercice, devoir, et functions, entre toutes ces nations? Par quelles loix, coustumes, formes de vivre, de Justice et police tant en paix qu'en guerre, ces peuples se maintenoient sous la deplorable patience de nos vieux peres? Si vous n'estes bien eclairci, et droictement resolu en tout cela, quelle cognoissance pourriez vous dire avoir de l'Estat des François? Quelle Histoire pourriez vous dresser de leurs pays et actions? (t.II, p.276-278)
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