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MOTEUR DE RECHERCHE DANS LA BCS


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Historiographie du XVe au XVIIIe siècle

Pierre Bayle (1647-1706)

 

Vie

P. Bayle naît en 1647 au Carla, au pied des Pyrénées, dans une famille honorable - son père est le pasteur du village - mais aux ressources très modestes. Le père ne peut payer à la fois les études du fils aîné, Jacob, et du cadet: après être passé par l'école du village, le jeune Pierre doit se former sur place et quasiment seul, avec les livres de la bibliothèque paternelle. Il a presque vingt ans quand il est inscrit pour quelques mois au collège annexé à l'Académie réformée de Puylaurens. Un peu plus tard, il entre à l'Académie elle-même pour entamer des études de philosophie puis, en 1669, il passe chez les Jésuites de Toulouse où il se convertit au catholicisme. Dix-huit mois plus tard, il regrette déjà sa décision et, ayant conquis le titre de bachelier es Arts, il quitte Toulouse, abjure le catholicisme et se réfugie à Genève où il entreprend des études de théologie, études qu'il abandonnera pour occuper un poste de précepteur à Coppet. En 1674, Bayle prend le risque de rentrer en France pour exercer encore du préceptorat, d'abord à Rouen, ensuite à Paris. En 1675, il obtient une chaire de philosophie à l'Académie réformée de Sedan où  ses lettres nous l'apprennent  il est chichement rémunéré pour un travail qui ne lui laisse guère de loisir. Mais la situation des Réformés devient de plus en plus difficile dans la France de Louis XIV. En 1681, l'Académie de Sedan est fermée. Bayle émigre en Hollande, à Rotterdam, où vient de s'ouvrir une « École illustre », établissement d'enseignement supérieur mais qui ne remplit pas toutes les conditions pour être qualifié d'Université. Il va y enseigner la philosophie et l'histoire pendant plus de dix ans, tout en commençant à écrire et à publier. Dans les années 1690, ses idées politiques et religieuses lui attirent l'animosité de certains de ses coreligionnaires, en particulier de son ancien ami, le théologien Jurieu. Le conflit s'envenime et, en 1693, le professeur est privé de sa chaire à l'École illustre. Une bonne année plus tôt, Bayle avait publié le « Projet d'un Dictionnaire critique » ; délivré de sa charge d'enseignement, il va pouvoir se consacrer entièrement à cette grande œuvre pour laquelle un libraire lui accorde une rémunération régulière. En 1696, une première édition du Dictionnaire historique et critique sort des presses de R. Leers à Rotterdam et connaît un grand succès dans toute l'Europe; une seconde édition paraît en 1701, cinq ans avant la mort de son auteur (28 décembre 1706)).

 

Œuvre

Ce n'est qu'après avoir quitté Sedan pour Rotterdam que Bayle publie ses premières œuvres, d'ailleurs sans nom d'auteur. En 1682 paraît la Lettre sur la comète, rééditée l'année suivante sous un nouveau titre, Pensées diverses sur la comète. Cet opuscule trouve son origine dans l'apparition d'une comète en décembre 1680, phénomène où beaucoup avaient vu l'annonce de grands malheurs pour la France et même pour toute l'Europe. Bayle va démontrer qu'il s'agit d'un phénomène astronomique naturel, même si la plupart des gens veulent y voir un présage : qu'une opinion soit répandue ne signifie pas qu'elle soit vraie. Il est d'autre part impossible que Dieu manifeste ses intentions, annonce l'avenir, par un signe aussi équivoque qu'une comète traversant le ciel.

Deux mois après la parution de la Lettre sur la comète, Bayle publie un travail qu'il a rédigé en une quinzaine de jours, la Critique générale de l' « Histoire du Calvinisme » de Mr Maimbourg. Le père Maimbourg, jésuite qui avait quitté l'ordre cette même année 1682 pour cause de gallicanisme, venait de publier une histoire de la religion réformée, évidemment très critique à l'égard des protestants et toute à la dévotion de Louis XIV et de sa politique religieuse. Bayle réplique en préservant de nouveau son anonymat. La réponse prend la forme de vingt-deux lettres où il relève les erreurs, les omissions de l'ancien jésuite mais où il souligne aussi le loyalisme politique des huguenots : la menace d'une révocation de l'Édit de Nantes est déjà en effet bien présente.

De 1684 à 1687, Bayle publie un journal mensuel, les Nouvelles de la République des Lettres, dans lequel, avec l'aide de nombreux correspondants, il présente les ouvrages récents, touchant aux domaines les plus divers, les belles-lettres et la théologie, bien sûr, mais aussi la physique, la médecine, les mathématiques, la botanique etc.

L'année 1685 est particulièrement douloureuse pour le philosophe de Rotterdam. En octobre, Louis XIV a signé l'Édit de Fontainebleau, c'est-à-dire la Révocation de l'Édit de Nantes. Et, peu de temps auparavant, Jacob Bayle a été arrêté, sans doute en guise de représailles contre les écrits de son frère : le pasteur meurt en prison en novembre de la même année. Doublement blessé, Pierre réagit en publiant, en mars 1686, un pamphlet assez bref mais violent, Ce que c'est que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand.

En 1686-87, Bayle continue à batailler pour la liberté de conscience. La propagande catholique prétendait que l'Église avait raison de contraindre les Protestants à revenir à la vraie foi, et l'on invoquait en faveur de cette thèse la parabole du maître de maison ordonnant à ses serviteurs de forcer les invités récalcitrants à entrer dans la salle du festin, compelle intrare. La réplique de Bayle porte un titre assez long, mais très révélateur du contenu, Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ : Contrains-les d'entrer ; où l'on prouve par plusieurs raisons démonstratives qu'il n'y a rien de plus abominable que de faire des conversions par la contrainte, & l'on réfute tous les Sophismes des Convertisseurs à contrainte, & l'Apologie que S. Augustin a faite des persécutions.

Bayle, on le sait par sa correspondance, était amateur de dictionnaires et de répertoires en tous genres. Écrivant à son frère Jacob, de Sedan, en 1678, il se plaint de ne pouvoir acheter assez de livres et indique la solution qu'il envisage : « Je m'en vas prendre le parti de me munir de bons dictionnaires, pour avoir en peu de volumes, des répertoires de toutes choses » (Correspondance, t. III, n°149, p.20). Rien d'étonnant, dès lors, de le voir s'engager, une dizaine d'années plus tard, dans la confection d'un dictionnaire historique « qui contiendrait un recueil des fautes qui ont été faites tant par ceux qui ont fait des dictionnaires que par d'autres écrivains, et qui réduirait sous chaque nom d'homme ou de ville les fautes concernant cet homme ou cette ville » (Lettre du 22 mai 1692, citée par H. Bost, Pierre Bayle, p.390). C'est le grand œuvre de Bayle. La première édition (1696) compte 1274 articles ; dans la deuxième (1701), Bayle en ajoute 501. Ces articles, de longueur variable, sont tous bâtis selon le même plan : la notice elle-même, « purement historique », fournit « un narré succinct des faits » ; dans les notes, la plupart du temps plus longues que l'article lui-même, on trouve « un grand commentaire, un mélange de preuves et de discussions, où je fais entrer », dit l'auteur, « la censure de plusieurs fautes, et quelquefois même une tirade de réflexions philosophiques » (Dictionnaire, Discours préliminaire de la onzième édition, p. XIX-XX).

Il s'agit, pour l'essentiel, d'un dictionnaire biographique, complété par un certain nombre de notices sur des villes ou des pays comme Dinant, Tibur, Vérone, l'île de Lemnos ou le Japon. La liste des personnages retenus est assez surprenante : les héros bibliques, les théologiens, les hérésiarques sont bien représentés ; on y trouve Eginhard, mais pas Montaigne, Aristote et non Platon. On ne voit pas très bien ce qui a guidé Bayle dans ses choix.

Notre philosophe écrira jusqu'à la fin de ses jours. Parmi ses dernières publications, mérite d'être signalée sa Réponse aux questions d'un provincial, en quatre volumes, un assemblage de textes sur des sujets divers, philosophiques, théologiques, littéraires, d'où la polémique n'est pas absente : Bayle y défend les idées qui ont toujours été les siennes, notamment sur les rapports entre foi et raison.

 

Bayle et l'histoire

On aura remarqué que, parmi les œuvres de Bayle, aucun titre ne relève de l'histoire à proprement parler. La seule tentative qu'il ait faite dans cette direction est un Discours historique sur la vie de Gustave Adolphe datant des années 1683-4, ouvrage destiné à appuyer sa candidature à un poste d'historiographe de Hollande que certains de ses amis tentaient de lui obtenir. Bayle a rapidement renoncé à ce projet et son Discours, inachevé, n'a été publié qu'une vingtaine d'années après sa mort. Il s'y révèle comme un historien très traditionnel, au style pompeux et impersonnel, ne s'intéressant qu'aux événements politiques et militaires et à la destinée des grands hommes. D'autres textes confirment que telle est bien l'idée que Bayle se fait de l'histoire : elle exige « un style noble, clair et serré », note-t-il dans son article sur de Rémond (T 7). Dans une lettre à son frère Jacob (juin 1679), il metttait déjà l'accent sur l'importance du style et sur la fonction éducative de l'histoire : « Je viens de lire avec beaucoup de plaisir la vie de l'empereur Theodose composée par Mr Flechier. Le stile en est beau, la narration belle et enfermée dans les circonstances essentielles sans superfluitez, en un mot l'autheur a fait un choix fort judicieux de tous les grands evenemens de ce regne et les a couchés d'une maniere tres propre à la fin qu'il s'est proposée, qui est de donner à Mr le Dauphin des grands modeles de l'art de régner » (Correspondance, t. III, n°172, p.185). Mais on observera que, dans la notice sur de Rémond, Bayle insiste aussi sur la « droiture de conscience » et la « parfaite probité » requises de l'historien, qualités qui, malheureusement, lui font souvent défaut. Il s'ensuit que les récits historiques, surtout lorsqu'il sont utilisés dans les controverses religieuses, se contredisent fréquemment : comment les départager ? « Je n'en sai rien », répond notre auteur, « pour moi je veux être Pyrrhonien » (T 1). Même honnête, d'ailleurs, l'historien suscite la méfiance ; sans le vouloir, il déforme les faits (T 2), d'où cette conclusion désabusée : « Je ne lis presque jamais les Historiens dans la vue de m'instruire des choses qui se sont passées, mais seulement pour savoir ce que l'on dit dans chaque Nation et dans chaque parti sur les choses qui se sont passées » (Critique générale de l'Histoire du calvinisme, I, IV ; cité par É. Labrousse, Pierre Bayle, Hétérodoxie et rigorisme, p.18).

Comment, face à ces ambiguïtés, définir les rapports entre Bayle et l'histoire ? Pour tenter de répondre à la question, il n'est peut-être pas inutile de se rappeler le contexte dans lequel notre auteur se situe. Au XVIIe siècle, l'histoire et même l'érudition n'ont pas bonne presse. « Lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci », écrivait Descartes (Discours de la méthode, dans Œuvres philosophiques, éd. F. Alquié, t.I, p.574). Malebranche n'était pas d'un avis différent : « Les histoires les plus rares et les plus anciennes sont celles qu'ils font gloire de savoir. Ils ne savent pas la généalogie des princes qui règnent présentement ; et ils recherchent avec soin celle des hommes qui sont morts il y a quatre mille ans. Ils négligent d'apprendre les histoires de leur temps les plus communes, et ils tâchent de savoir exactement les fables et les fictions des poètes. Ils ne connaissent pas même leurs propres parents ; mais si vous le souhaitez, ils vous apporteront plusieurs autorités pour vous prouver qu'un citoyen romain était allié d'un empereur, et d'autres choses » (De la recherche de la vérité, IV, VII, dans Œuvres, éd. G. Rodis-Lewis, t.I, p.430). Et Bossuet considérait qu'une certaine curiosité historique n'était rien d'autre que de la concupiscence.

Bayle n'appartient pas à ce courant d'idées. Pour lui la curiosité, allant jusqu'à la recherche de minuties, se justifie : elle permet non seulement de vérifier les témoignages, « cette application étend et multiplie les forces de l'âme » (T 4). Et on ne peut pas lui reprocher de s'être attardé sur les siècles passés au détriment de la connaissance de son époque ; il est même très engagé dans les luttes politico-religieuses de son temps.

Ce qui paraît guider principalement sa démarche, c'est le rétablissement de la vérité. Tel est le but de sa Critique générale de l'Histoire du Calvinisme de Mr Maimbourg, et c'était le premier objectif de son Dictionnaire, corriger les erreurs contenues en particulier dans le Grand dictionnaire historique de Moreri (1ère éd., 1674). Bayle n'a pas mis au point une véritable méthode pour atteindre cet objectif mais, parsemées dans son œuvre, des remarques incidentes permettent de dégager les règles qui le guident dans son travail. Il faut d'abord faire la critique du témoin, mesurer la distance qui le sépare du fait rapporté (T 5), s'assurer de son objectivité, de son amour de la vérité (T 7) ; puis faire la critique du témoignage, notamment par confrontation avec d'autres versions du même événement (T 1). Notre auteur va même plus loin lorsqu'il analyse la manière dont se sont constitués les récits que l'on considère comme des sources (T 2, T 9). Cet esprit critique n'a peut-être pas été mis au service d'un grand projet historique. Il a tout au moins donné naissance à un Dictionnaire qui tient une place plus qu'honorable parmi les vastes travaux d'érudition du XVIIe siècle.

 

Bibliographie

Textes

-- Correspondance de Pierre Bayle, éd. E. Labrousse e.a., Oxford, Voltaire Foundation, 1999 .

-- *Dictionnaire historique et critique, 16 vol., Genève, 1969 (réimpr. de l'éd. de Paris, 1820-1824) - [La 1ère édition du Dictionnaire date de 1696].

-- Dictionnaire historique et critique [anthologie], Préface et notes par A. Niderst, Paris, 1974 (Les Classiques du peuple).

-- Bayle polémiste. Extraits du Dictionnaire historique et critique, Présentation, notes et choix de textes par J. Solé, Paris, 1972 (Coll. Libertés).

-- Édition électronique du Dictionnaire.

-- Œuvres diverses [anthologie], Préface et notes par A. Niderst, Paris, 1971 (Les classiques du peuple).

 

Études

-- Benrekassa G., Bayle et l'écriture de l'histoire, dans Le concentrique et l'excentrique: Marges des Lumières, Paris, 1980, p.347-370.

-- Bost H., Histoire et critique de l'histoire chez Pierre Bayle. La critique générale de l'Histoire du Calvinisme de Mr Maimbourg, 1682-1683, dans Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 70, 1990, p.69-108.

-- Bost H., Pierre Bayle, Paris, 2006.

-- Bost H., Pierre Bayle historien, critique et moraliste, Turnhout, 2006 (Bibliothèque de l'École des Hautes Études. Sciences religieuses, 129).

-- Bost H., Pierre Bayle et l'historiographie des guerres de religion, dans J. Berchtold - M.-M. Fragonard (éds), La mémoire des guerres de religion. La concurrence des genres historiques (XVIe-XVIIIe siècles), Genève, 2007, p. 307-323 (Cahiers d'Humanisme et Renaissance, 79).

-- Labrousse E., Pierre Bayle, I. Du pays de Foix à la cité d'Erasme; II. Hétérodoxie et rigorisme, La Haye, 1963-1964 (Archives internationales d'histoire des idées, 1 & 6). Le second volume - Hétérodoxie et rigorisme - a été réédité dans la Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité, Paris, 1996.

-- Labrousse E., Notes sur Bayle, Paris, 1987 [Recueil d'articles ; voir notamment p.8-24, La méthode critique chez Pierre Bayle et l'histoire].

-- Rétat P., Le Dictionnaire de Bayle et la lutte philosophique au XVIIIe siècle, Paris, 1971 (Bibliothèque de la Faculté des Lettres de Lyon, 28).

-- Yardeni M., Pierre Bayle et l'histoire de France, dans Repenser l'histoire. Aspects de l'historiographie huguenote des Guerres de religion à la Révolution française, p.109-117.

 

Textes choisis

 

Critique générale de l'Histoire du Calvinisme de Mr. Maimbourg (1682)

T 1 - Je ne crois en général autre chose, sinon que les Protestans de France ont été armez quelque fois ; qu'il y a eu une Bataille de Jarnac, & de Moncontour, & que certaines autres choses reconnuës de tout le monde, se firent en ce tems-là. Ne m'en demandez pas davantage. Furent-ils les derniers à se servir des voyes de fait, & avant que d'en venir là, observerent-ils plusieurs précautions capables de faire leur Apologie ? Je n'en sai rien ; leurs Historiens le disent, mais les Historiens du parti contraire les démentent. Les Catholiques furent-ils de bonne foi à observer les Traitez ? Employerent-ils les voyes de la douceur pour réduire le calvinisme ? Ils ont des Historiens qui l'assûrent ; mais on s'inscrit en faux contre eux, & on les traite d'Imposteurs. Dispute là-dessus qui voudra, pour moi je veux être Pyrrhonien ; je n'affirme ni l'un, ni l'autre, & cela me suffit pour ne trouver, dans toutes ces Guerres, aucun prejugé legitime contre la Divinité de ma religion (Critique générale, I, 11a, cité par H. Bost, Histoire et critique de l'histoire chez Pierre Bayle, p. 96-97).

 

Dictionnaire historique et critique

T 2 - ANAXAGORAS

Rem. M (in fine) Je me suis souvent étonné que les bons mots des anciens soient rapportés si diversement: j'en ai cherché la raison, et voici ce qui m'a paru le plus vraisemblable. Les lecteurs retiennent mieux le gros et le fond d'un fait que les circonstances : ils veulent donc le rapporter ; ils suppléent le mieux qu'ils peuvent ce qu'ils en ont oublié; et comme les goûts sont différens, il arrive que les uns suppléent une chose, les autres une autre. Je ne dis rien des supplémens que l'on fait exprès pour ajuster mieux les choses au sujet qu'on traite. Ce sont des variations artificieuses, et de mauvaise foi; je n'en parle pas. Ce que j'ai dit des lecteurs se doit étendre sur toutes sortes de gens. On falsifie encore plus ce que l'on a ouï dire, que ce qu'on a lu (Dictionnaire, t. II, p.50).

 

T 3 - BEDA (Noel), docteur en théologie dans l'Université de Paris, fut le plus grand clabaudeur, et l'esprit le plus mutin, et le plus factieux de son temps. C'était un Picard, qui vivait sous le règne de François Ier. Il se déclara l'ennemi juré de tous ceux qui voulurent faire refleurir les belles-lettres, et ce fut par-là qu'Erasme et Jacques Faber d'Etaples encoururent son indignation. Il prétendit avoir trouvé un grand nombre d'hérésies dans les paraphrases d'Erasme, et publia un livre sur ce sujet. Erasme se justifia, et l'accusant à son tour, le convainquit d'une infinité de calomnies. Beda, au lieu de prouver qu'il n'avait point été calomniateur, ou d'avouer qu'il n'avait pas bien compris le sens de son adversaire, recourut à des artifices de cabale. Il relut les livres d'Erasme: il en fit de nouveaux extraits, aussi infidèles que les premiers, et les donna à censurer à la faculté de théologie, où son esprit impétueux et charlatan, ses factions, ses déclamations violentes contre les nouveautés de ce temps-là, et contre ceux qui n'étaient pas assez ardens à les réprimer, lui donnaient une espèce de domination tyrannique. Il en abusa de telle sorte, qu'il fallut enfin le livrer au bras séculier, qui, pour le punir de ses excès, le condamna à faire amende honorable, et à confesser en présence d'une infinité de monde, à la porte de l'église cathédrale de Paris, qu'il avait parlé contre le roi et contre la vérité. On le condamna de plus au bannissement. Ceci se passa en 1535. Il s'était fort opposé au dessein, qu'eut François Ier, de faire opiner la Sorbonne favorablement pour le divorce de Henri VIII. Il n'avait pas tort dans le fond ; car ce fut un véritable mystère d'iniquité que tout ce qu'on fit pour corrompre quelques Universités de France : mais il gâta sa cause par ses manières emportées et par ses airs de mutinerie, et il s'enveloppa même dans le crime de parjure. Il avait beaucoup de crédit auprès du premier président Lizet, homme bien plus propre à soutenir le personnage de mauvais controversiste, comme il fit avant sa mort, qu'à être à la tête du premier parlement de France. Beda fut un des principaux promoteurs du supplice de Louis de Berquin, comme nous le dirons dans l'article de ce martyr protestant. En général, il n'y eut personne dans Paris qui témoignât plus de violence que lui contre ceux qu'on appelait hérétiques ; et de là vient que Théodore de Bèze attribue à un juste jugement plutôt de Dieu que des hommes la peine que Beda souffrit d'être confiné au Mont-Saint-Michel, où il mourut le 8 de février 1537. Il avait été le principal du Collège de Montaigu. Vous trouverez ci-dessous les titres de ses ouvrages (Dictionnaire, t. III, p.240-241).

 

T 4 - CAPPADOCE

Rem. K (in fine) On me reprochera de m'attacher trop à des minuties : je souhaite que l'on sache que je le fais, non pour croire que ces choses sont importantes en elles-mêmes, mais afin d'insinuer par des exemples sensibles qu'il faut s'armer de défiance contre ce qu'on lit, et employer son génie au discernement des faits. Cette application étend et multiplie les forces de l'âme. Je ne crois donc pas que ma peine soit inutile au lecteur. Il y a si peu de chronologie dans la plupart des historiens grecs et latins, que l'histoire ancienne aurait besoin d'être refondue. J'oserai bien dire, que si l'on avait tous les secours qu'ils avaient en abondance, on ferait des corps d'histoire beaucoup meilleurs que ceux qu'ils nous ont laissés (Dictionnaire, t. IV, p.425).

 

T 5 - ESOPE

Rem. B Un homme qui se tient bien sur ses gardes ne croit guère, touchant la vie d'un particulier, les traditions de deux siecles : il demande si les faits qu'on conte ont été mis par écrit au temps de leur nouveauté ; et si on lui dit que non, mais que la mémoire s'en est conservée de père en fils et de vive voix, il sait bien que le Pyrrhonisme est le parti de la sagesse (Dictionnaire, t.VI, p.279).

 

T 6 - HAILLAN (Bernard de Girard, Seigneur du), historiographe de France, issu d'une ancienne et noble famille, naquit à Bordeaux environ l'an 1535. Il s'érigea d'assez bonne heure en auteur, et, après avoir paru dans la république des lettres sous la qualité de poëte, et sous celle de traducteur, il s'appliqua à faire des livres d'histoire, et y réussit de telle sorte que, par ses premiers ouvrages de cette nature, il obtint de Charles IX le titre d'historiographe de France, l'an 1571. Il publia, en 1576, une histoire qui s'étend depuis Pharamond jusques à la mort de Charles VII. On n'avait point vu encore un corps d'histoire de France composé en langue française. Henri III fut très-content de celui-là, et fit paraître son contentement par des gratifications utiles et honorables qu'il fit à l'auteur. Il l'avait eu à son service avant que de monter sur le trône. Les raisons qui portèrent du Haillan à terminer son ouvrage à la mort de Charles VII sont belles et bonnes, et marquent qu'il entendait les devoirs d'un historien. Cependant il promit depuis à Henri IV de continuer cette histoire jusques à son temps. Il n'a point exécuté cette promesse. Ce qui l'avait engagé à continuer n'est pas glorieux à Philippe de Comines. Il eut le courage de réfuter plusieurs traditions qu'un zèle indiscret pour la gloire de la France avait fomentées, et de parler librement sur les matières délicates, comme par exemple sur ce qui concerne la pucelle d'Orléans. Cette liberté fut désagréable aux petits esprits, et à ceux qui veulent que tout soit sacrifié à la politique. Je ne sais s'il faisait bien de publier certaines choses qu'il ne savait que par ouï-dire. On le critiqua beaucoup, et il en témoigna du chagrin par la fierté avec laquelle il repoussa ses censeurs. On n'a pas tort dans toutes les choses qu'on lui critique : je le montrerai par un passage du sieur Sorel. La manière dont il parle de soi-même est un témoignage qu'il n'était pas assez désintéressé, ni par rapport à la gloire, ni par rapport à la fortune. Il étale trop ses travaux et le succès de ses livres, leurs diverses éditions; traductions, etc ; et il témoigne trop visiblement qu'il voudrait être récompensé. J'ignore si l'on doit croire qu'il fit des menaces de sa plume de fer à ceux qui méconnaîtraient ses travaux, et qu'il la jugea aussi propre à les flétrir, qu'il prétendait que sa plume d'or était capable d'éterniser le mérite de ses bienfaiteurs. Il mourut à Paris le 23 de novembre 1610, dans sa soixante et seizième année, et fut enterré à Saint-Eustache. Il ne faut pas oublier qu'il avait suivi François de Noailles, évêque d'Acqs, à l'ambassade d'Angleterre et à celle de Venise. On verra dans les remarques plusieurs morceaux de ses épîtres dédicatoires et de ses préfaces. Ils déplairont à ceux qui ne cherchent qu'une connoissance superficielle des hommes illustres, mais non pas à ceux qui souhaitent de les connaître exactement, intus et in cute. C'est en faveur de ceux-ci que je travaille, et je suis certain qu'ils me sauront gré de la peine que je prends de faire voir le portrait du cœur selon les linéamens que j'en trouve dans les livres où les auteurs se sont peints eux-mêmes. Ceci soit dit une fois pour toutes. On pourrait faire sur ce portrait de du Haillan un si grand nombre de réflexions, que je m'imagine que personne ne trouvera mauvais que j'en fasse quelques-unes. Ce me sera une occasion de louer la modestie de M. Descartes (Dictionnaire, t. VII, p.460-461)

 

T 7 - REMOND (Florimond de)

Rem. D L'histoire généralement parlant est ou la plus difficile de toutes les compositions qu'un auteur puisse entreprendre, ou l'une des plus difficiles. Elle demande un homme qui ait un grand jugement ; un style noble, clair et serré; une conscience droite, une probité achevée, beaucoup d'excellens matériaux, et l'art de les bien ranger, et sur toutes choses, la force de résister aux instincts du zèle de religion qui sollicitent à décrier ce qu'on juge faux, et à orner ce qu'on juge véritable. Par cette courte et très-juste description des talens qui forment le caractère d'un bon historien, il est aisé de connaître que Florimond de Remond ne pouvait pas réussir dans le dessein d'écrire l'histoire de la naissance et du progrès du luthéranisme et du calvinisme (p. 504)

On s'étonnera peut-être de ce que j'ai dit que la droiture de conscience, et une parfaite probité, sont nécessaires aux historiens, et l'on prétendra que sans avoir ces qualités un habile homme peut composer une bonne histoire tout de même qu'une bonne harangue, ou une bonne tragédie. Je m'en vais donc justifier ma proposition: pour cela j'observe que la vérité étant l'âme de l'histoire, il est de l'essence d'une composition historique que le mensonge n'y entre pas ; et ainsi, quand même toutes les autres perfections s'y trouveraient, elle n'est pas une histoire, mais une fable et un roman, si la vérité lui manque. Il n'en va pas de même d'un ouvrage de poésie, ou de rhétorique. Je conclus de là qu'afin d'être propre à composer une bonne histoire, il faut avoir la conscience si ennemie du mensonge, qu'elle ne vous permette pas de mentir, non pas même à l'avantage de votre religion, et de vos plus tendres amis, ni au désavantage d'une secte impie et de vos plus implacables persécuteurs. J'entends par mentir, non seulement l'invention entière d'un fait faux, mais aussi la suppression ou l'addition de certaines circonstances qui peuvent servir ou à disculper les gens, ou à les charger. Ceux qui n'ont pas cette droiture de conscience, cette probité achevée, commettent une fraude dans le métier d'historien, tantôt pour faire plaisir à des personnes qui leur peuvent rendre de bons offices, tantôt pour ne pas désobliger des gens qui pourraient les empêcher de parvenir aux pensions (Dictionnaire, t. XII, p.506-507).

 

T 8 - SUETONE, en latin Caïus Suetonius Tranquillus, historien romain, fils de Suetonius Lenis, a fleuri sous l'empire de Trajan et sous celui d'Hadrien. Il s'appliqua beaucoup à l'étude, et l'on peut dire, ce me semble, qu'il enseigna la grammaire et la rhétorique. Il est certain qu'il s'occupa à plaider des causes imaginées à plaisir, et je crois qu'il en plaida aussi d'effectives devant les juges. Pline, qui le met au nombre de ceux que l'on appelait scholasticos, gens qui ne faisaient des harangues et des plaidoyers que dans une salle ou par forme d'exercice, assure dans un autre endroit, que Suétone le pria de lui obtenir un délai, parce qu'un songe lui faisait craindre d'échouer dans une cause de barreau. Il y eut une longue et très-étroite amitié entre ces deux écrivains, et qui fut avantageuse à Suétone; car Pline lui rendit de grands services. Il lui avait procuré une charge de tribun, et puis il la fit donner à un autre à la prière de Suétone. Il obtint à celui-ci, dont le mariage était stérile, le jus trium liberorum, c'est-à-dire les priviléges de ceux qui avaient trois enfants. On accordait difficilement cette faveur ; et Pline ne l'aurait pas obtenue pour son ami, s'il n'avait eu beaucoup de crédit à la cour impériale, et s'il n'avait témoigné qu'il prenait à cœur cette affaire-là. Il était alors gouverneur de Bithynie, sous l'empire de Trajan. La fortune de Suétone devint assez éclatante dans la suite; car il fut secrétaire de l'empereur Hadrien: mais il perdit cette charge environ l'an 121, lors de la disgrâce de plusieurs personnes qui n'avaient pas eu pour l'impératrice les égards qu'elle méritait. Il composa un fort grand nombre de livres qui sont presque tous perdus. Il ne nous reste que son Histoire des douze premiers empereurs, et une partie de son Traité des illustres Grammairiens et Rhétoriciens. Cette histoire est fort louée par nos plus doctes humanistes (D) : elle s'attache beaucoup moins aux affaires de l'empire qu'à la personne des empereurs ; et l'on ne saurait assez admirer la diligence avec laquelle il ramassa une infinité de particularités sur leurs actions et leurs inclinations. Il n'observe point l'ordre du temps ; et jamais histoire ne fut plus différente des annales que celle-là. Il reduit tout à certains chefs généraux, et met ensemble ce qui se rapporte à chaque chef. Il est fort serré, et touche beaucoup de coutumes et d'ordonnances, de sorte que ceux qui le lisent avec un bon commentaire, ou qui entendent sur cela les leçons d'un savant critique, peuvent apprendre une infinité de belles antiquités. Il y a des gens qui le blâment d'avoir écrit tant de choses qui font connaître le détail des actions impures et des débauches horribles de Tibère, de Caligula, de Néron, etc. On ne peut nier que ses recherches la-dessus n'aient été fort singulières, et qu'il n'ait donné à sa plume beaucoup de licence: c'est ce qui a fait dire qu'il avait écrit la vie des empereurs avec la même liberté qu'ils avaient vécu. C'était néanmoins un homme de très bonnes mœurs, et d'une vertu insigne. Il ne se hâtait pas de publier ses ouvrages, et il fallait l'exhorter à les tenir moins de temps sous la clôture de son cabinet. Les meilleurs commentaires sur cet écrivain sont ceux de Torrentius et de Casaubon. On les a mis tout entiers, avec les notes de quelques savans critiques, dans l'édition d'Utrecht, 1672. Je n'ai point vu la version française de Suétone qui fut imprimée à Lyon, l'an 1556, in-4°. Je ne saurais donc dire si Georges de la Boulière, qui en est l'auteur, a eu les mêmes égards que M. Duteil. Celui-ci a supprimé des chapitres tout entiers, et a énervé en plusieurs rencontres les phrases de Suétone ; car il voyait bien que notre langue ne pourrait souffrir la vivacité et la force des portraits que l'auteur nous donne de la débauche des empereurs. Il ne faudra pas oublier les fautes de M. Moreri (Dictionnaire, t. XIII, p.546-548).

 

(D) Il ne faut pas dissimuler que la lecture de Suétone déplaît beaucoup à ceux qui veulent savoir les dates précises des événemens. C'est une chose qu'il a négligée : il n'a rien moins observé que l'ordre chronologique : cela n'était pas de son plan ; et notez qu'il est excusable d'avoir choisi une méthode qui le dispensait de suivre cet ordre-là. On avait assez d'histoires où l'on trouvait tout de suite le règne des empereurs, selon le temps que chaque chose était arrivée. C'est pourquoi il ne jugea pas à propos de faire un ouvrage de même nature ; il aima mieux s'attacher à faire connaître la vie des empereurs et leurs personalites, et rassembler pour cela dans un chapitre ce qui concernait leurs mariages, et dans d'autres chapitres ce qui concernait leur éducation, ou leurs amitiés, ou leurs bâtimens, etc. C'était choisir ce qu'il y a de plus pénible dans les fonctions de l'histoire; car il et bien plus aisé de recueillir les matériaux des guerres, ou des autres affaires publiques, que le détail du palais ; je veux dire les inclinations, et les actions particulières du monarque, ce qu'il était en tant que mari, que père, que frère, que maître, qu'ami, qu'amant ; quel étaient ses dégoûts, ses caprices, ses habits, et ses repas, etc. Je suis sûr qu'un homme qui entreprendrait aujourd'hui l'histoire des papes, ou des empereurs, ou des rois de France, etc. selon le modele de Suétone, en remontant comme lui aux cent cinquante dernières années plus ou moins, trouverait de grandes difficultés, et que s'il réussissait aussi bien que Suétone, il se ferait admirer, et qu'il passerait pour un excellent auteur d'anecdotes. Oh qu'un tel ouvrage serait propre à enrichir le libraire !

 

T 9 - TANAQUIL

Rem.B (in fine) S'il n'y avait eu des annalistes à Rome long-temps avant qu'on y enseignât la rhétorique, je croirais que l'on aurait converti en relations historiques les déclamations que les sophistes faisaient faire à leurs écoliers : car il est assez probable qu'on permettait aux jeunes rhétoriciens de feindre tout ce qu'ils voulaient dans un essai de panégyrique. On cherchait à voir dans ces fictions s'ils avaient l'esprit inventif, et s'ils savaient bien tourner et bien manier un lieu commun. On ne les blâmait donc pas s'ils supposaient une origine divine, miraculeuse et tout-à-fait surprenante. Cela eût produit de très-grands abus si les plus jolies pièces de ces jeunes hommes eussent été conservées dans les archives, et si au bout de quelques siècles on les eût prises pour des relations. Que sait-on si les anciennes fables ne doivent pas leur origine à quelque coutume de faire louer les anciens héros le jour de leur fête, et de conserver les pièces qui avaient paru les meilleures (Dictionnaire, t. XIV, p.26).

 

Correspondance

T 10 - A Jacob Bayle, 26 novembre 1678 - La migraine m'a epargné considerablement ces 4 mois derniers. Je ne croi pas que l'etude en soit la veritable cause parce que je ne m'applique pas beaucoup à ce que je lis, je ne saurois mediter la moindre chose ; je ne sai jamais quand je commence une composition ce que je dirai dans la seconde periode, ainsi je ne me fatigue pas beaucoup l'esprit, et tout cela procede de ce fonds de paresse dont je vous ay parlé, car il est penible de ranger dans sa tete un plan bien suivy, de se faire des summa capita et des analyses de tout ce qu'on a à lire ou à composer; ceux qui le peuvent faire font bien, je les en estime heureux, et sans cela je ne voi pas qu'on puisse aller plus loin, on attrape à la verité quelque chose en lisant mais cela ne peut pas former ce qu'on appelle un homme profond, aussi pressens je bien que quand meme je pourrois rencontrer dans la suite quelque employ à grand loisir, je ne le deviendrois jamais. Je lirois beaucoup, je retiendrois diverses choses vago more, et puis c'est tout (t. III, n°160, p.84-85).

 

T 11 - A Jacob Bayle, le 29 de may 1681 - Ce n'est point donc mon cartesianisme qui me faira des affaires : les grandes difficultez me viendront de mon temperament et des mœurs des nations septentrionales ; mon temperament me donne de l'inclination à l'etude, mais non pas la force d'etudier apres avoir essuyé plusieurs leçons, de sorte que pour satisfaire mon inclination, il faudroit que j'eusse mon tems à moi, car celui qui me reste à present apres les fonctions penibles de ma charge, est un tems mort, et que je ne conte presque pour rien : je ne puis par consequent m'engager qu'à des fonctions qui ne donnent pas beaucoup de peine.

Une des choses qui me plairroient autant ce seroit la charge de bibliothecaire, ou de quelque bibliotheque publique ou de la bibliotheque de quelque grand, car vous avez le tems d'etudier, et sans etre riche dont je ne me soucie pas, vous avez des livres à suffisance (t. III, n°190, p.244-245).

 

T 12 - A Joseph Bayle, le 3 octobre 1682 - Pour ce qui est de moi à vous parler en confidence ; j'ay si peu d'ambition que je ne voudrois pas un poste si eclatant, quand meme j'y serois propre, ce que je ne suis point du tout ; je me connais je ne suis fait que pour un etat moyen, entre la derniere obscurité, et l'eclat, et j'acquerray toujours plus d'approbation dans un petit theatre que dans un grand. C'est le tour de mon esprit ; le peu d'opinion que j'ay de mes forces, l'aversion pour l'intrigue, une santé peu affermie, un peu trop d'amour pour le repos, qui sont cause de ce que je viens de vous dire (t. III, n°213, p.314).

 

[2 février 2010]

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