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Historiographie du XVe au XVIIIe siècle

 

Lorenzo Valla (1407-1457)


Texte :

-- La Donation de Constantin, trad., comm. J.- B. GIARD, Paris, 1993 (La Roue à Livres).

-- On the Donation of Constantine, texte et trad. G.W. BOWERSOCK, Cambridge (Mass.), 2007 (The I Tatti Renaissance Library, 24). BMCR 2008.01.31.

Études :

-- FRIED J., "Donation of Constantine" and "Constitutum Constantini", Berlin - New York, 2007. BMCR 2008.02.21.

-- HUYGHEBAERT N., Une légende de fondation: le Constitutum Constantini, dans Le Moyen Age, 85, 1979, p.177-209.

-- KELLEY D.R., Foundations of Modern Historical Scholarship ,[p.19-50 The Sense of History: Lorenzo Valla Reveals the Grounds of Historical Knowledge] .


Valla accusateur

Je sais que depuis longtemps on dresse l'oreille pour savoir quelle accusation je pourrais porter contre les pontifes romains: une accusation grave, assurément, soit d'ignorance grossière, soit d'horrible avarice, laquelle est sujétion aux idoles, soit d'orgueil de pouvoir, lequel va de pair avec la cruauté. En effet, il y a quelques siècles, ils ne comprirent pas que la Donation de Constantin était une invention, un faux; ou ils la forgèrent eux-mêmes, et leurs successeurs, marchant sur les traces de leurs devanciers, défendirent comme vrai ce qu'ils savaient faux, au déshonneur de la majesté pontificale, au déshonneur de la mémoire des anciens pontifes, au déshonneur de la religion chrétienne: ils mêlèrent le tout de meurtres, de désastres et d'ignominies. Ils disent que la ville de Rome leur appartient, que le royaume de Sicile et de Naples leur appartient, que l'Italie entière, les Gaules, les Espagnes, les Germains, les Bretons leur appartiennent, que l'Occident enfin leur appartient: tout cela est, en effet, dans l'acte de la Donation. Tout cela t'appartient-il donc, souverain pontife? As-tu l'intention de tout recouvrer? de dépouiller de leurs villes rois et princes d'Occident, de forcer ceux-ci à te verser des tributs annuels? Est-ce ton ambition?

Pour ma part, j'estime au contraire plus juste de laisser les princes te dépouiller de ton empire tout entier. Car, comme je le montrerai, cette Donation d'où les souverains pontifes veulent tirer leur droit fut également inconnue de Sylvestre et de Constantin (p.20-21).

 

Le témoignage d'Eutrope

Puisque vous ne pouvez rien [prouver], je montrerai, moi, que Constantin jusqu'au dernier jour de sa vie et, après lui, tous les Césars à tour de rôle restèrent en possession [de l'Empire romain]: ainsi n'aurez-vous plus rien à répliquer. Mais il est très difficile et, à mon sens, laborieux de montrer ceci. Que l'on compulse toutes les histoires latines et grecques, que l'on invoque les autres auteurs qui ont parlé de cette époque, et tu ne trouveras là-dessus aucun désaccord entre eux. Qu'un seul témoignage entre mille nous suffise: Eutrope, qui connut Constantin, qui vit les trois fils de Constantin hériter de leur père la domination du monde, et qui écrit ceci de Julien, fils du frère de Constantin: Ce Julien s'est emparé du pouvoir et, après d'immenses préparatifs, a porté la guerre chez les Parthes; j'ai moi-même fait partie de cette expédition. Il n'eût point passé sous silence la donation de l'Empire d'Occident et, un peu plus loin, il n'eût pas dit de Jovien, le successeur de Julien: Il fit avec Shahpuhr [II] une paix nécessaire mais honteuse, changeant les frontières et abandonnant une partie de l'Empire romain, ce qui n'était jamais arrivé depuis la fondation de l'Empire romain ... (p.45).

 

La langue de la Donation

Voyons! la façon barbare de parler n'indique-t-elle pas que ce galimatias remonte, non au temps de Constantin, mais à une époque plus récente? Decernimus quod uti debeant (nous décidons qu'ils doivent se servir), au lieu de decernimus ut utantur (nous décidons qu'ils se serviront). Aujourd'hui, les gens incultes parlent et écrivent de la même façon: Iussi quod deberes venire (je vous ai mandé de devoir venir), au lieu de iussi ut venires, et nous avons décrété et nous avons concédé, comme si cela ne se passait alors, mais remontait à une époque antérieure (p.76).


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Les commentaires éventuels peuvent être envoyés à Jean-Marie Hannick.


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