Bibliotheca Classica Selecta - Énéide - Chant X (Plan) - Hypertexte louvaniste - Page précédente - Page suivante
ÉNÉIDE, LIVRE X
COMBATS - MORTS DE PALLAS, LAUSUS ET MÉZENCE
Morts de Lausus et de Mézence (10, 789-908)
Sacrifice de Lausus (10, 789-832)
Aussitôt Lausus se précipite au combat pour protéger son père blessé, qu'il sauvera en s'exposant lui-même aux coups d'Énée. (10, 789-820)Ce dévouement filial provoque l'attendrissement et l'admiration d'Énée, qui fait rendre son cadavre à Mézence. (10, 821-832)
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Ingemuit cari grauiter genitoris amore, |
À cette vue, à cause de son amour pour un père qu'il chérit, |
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ut uidit, Lausus, lacrimaeque per ora uolutae. Hic mortis durae casum tuaque optima facta, siqua fidem tanto est operi latura uetustas, non equidem nec te, iuuenis memorande, silebo. Ille pedem referens et inutilis inque ligatus |
Lausus gémit douloureusement, et les larmes coulent sur son visage. Non, le drame d'une mort cruelle et ton remarquable exploit, – si du moins l'antiquité doit accréditer un acte si grandiose –, je ne les tairai pas, non plus que ton souvenir, enfant digne d'être célébré ! Mézence lâchant pied, impuissant, gêné dans ses gestes, |
10, 790 |
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cedebat clipeoque inimicum hastile trahebat : prorupit iuuenis seseque immiscuit armis iamque adsurgentis dextra plagamque ferentis Aeneae subiit mucronem ipsumque morando sustinuit. Socii magno clamore sequuntur, |
cédait et emportait fiché sur son bouclier le dard de son ennemi. Le jeune Lausus se précipita et se mêla au combat, et déjà, comme Énée surgissait et assénait de la main un coup à Mézence, il s'exposa à la lame du héros, le retardant et lui résistant. Les compagnons de Lausus le suivent en poussant des cris |
10, 795 |
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dum genitor nati parma protectus abiret, telaque coniciunt proturbantque eminus hostem missilibus. Furit Aeneas tectusque tenet se. Ac uelut effusa siquando grandine nimbi praecipitant, omnis campis diffugit arator |
et, pendant que le père s'éloigne à l'abri du bouclier de son fils, ils lancent des piques et repoussent au loin leur ennemi avec leurs projectiles. Énée est furieux, et se tient à couvert. Lorsque parfois les nuages se précipitent, se répandant en grêle, tous, le laboureur et le cultivateur, se sauvent et quittent les champs ; |
10, 800 |
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omnis et agricola et tuta latet arce uiator, aut amnis ripis aut alti fornice saxi, dum pluit in terris, ut possint sole reducto exercere diem : sic obrutus undique telis Aeneas nubem belli, dum detonet omnis, |
le voyageur aussi se réfugie dans un abri sûr, près des rives d'un fleuve, ou au creux d'un haut rocher, tant que sur la terre tombe la pluie ; et tous finissent leur journée, une fois le soleil revenu. Ainsi, de toutes parts accablé de traits, Énée résiste à la tempête de la guerre, attendant qu'elle s'apaise. |
10, 805 |
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sustinet et Lausum increpitat Lausoque minatur : « Quo moriture ruis maioraque uiribus audes ? Fallit te incautum pietas tua. » Nec minus ille exsultat demens ; saeuae iamque altius irae Dardanio surgunt ductori, extremaque Lauso |
Puis il interpelle Lausus, et lui adresse des menaces : « Toi qui vas mourir, où cours-tu ? Pourquoi ces exploits audacieux qui outrepassent tes forces ? Ta piété t'abuse et te rend imprudent ! ». Pourtant Lausus, éperdu, fonce d'un bond ; et bientôt une colère cruelle naît au fond du coeur du Dardanien, tandis que les Parques rassemblent |
10, 810 |
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Parcae fila legunt : ualidum namque exigit ensem per medium Aeneas iuuenem totumque recondit. Transiit et parmam mucro, leuia arma minacis, et tunicam, molli mater quam neuerat auro, impleuitque sinum sanguis ; tum uita per auras |
les derniers fils de la vie de Lausus. Car Énée, de sa puissante épée, qu'il enfonce jusqu'à la garde, pourfend le jeune homme par le milieu ; la lame pointue traverse le bouclier, faible défense contre son assaillant, ainsi que la tunique que sa mère avait entrelacée de fils d'or souple. Le sang alors inonde le devant de sa robe ; et, à travers les airs, |
10, 815 |
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concessit maesta ad manis corpusque reliquit.
At uero ut uoltum uidit morientis et ora, ora modis Anchisiades pallentia miris, ingemuit miserans grauiter dextramque tetendit, et mentem patriae subiit pietatis imago. |
sa vie, délaissant son corps, douloureusement s'en va chez les Mânes.
Mais en vérité, dès que le fils d'Anchise vit le visage du mourant, quand il vit ses traits, ses traits devenus étrangement pâles, pris de pitié, il gémit profondément et lui tendit la main, tandis que l'image de l'amour paternel envahit son esprit. |
10, 820 |
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« Quid tibi nunc, miserande puer, pro laudibus istis, quid pius Aeneas tanta dabit indole dignum ? Arma, quibus laetatus, habe tua, teque parentum manibus et cineri, siqua est ea cura, remitto. Hoc tamen infelix miseram solabere mortem : |
« Et maintenant, pitoyable enfant, en échange de tes mérites, quelle récompense digne d'un si grand coeur t'accordera le pieux Énée ? Conserve ces armes, qui faisaient ta joie ; de plus, je te rends, si cette faveur a du prix, aux mânes et à la cendre de tes pères. Une chose pourtant, malheureux, te consolera de ta mort misérable : |
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Aeneae magni dextra cadis. » Increpat ultro cunctantis socios et terra subleuat ipsum, sanguine turpantem comptos de more capillos. |
tu succombes de la main du grand Énée ». Et il interpelle aussitôt ses compagnons hésitants, et soulève de terre le jeune homme, dont la chevelure soignée se souillait de sang. |
10, 830 |
Désespoir et réaction de Mézence (10, 833-869)
Consterné quand il apprend la mort de Lausus, Mézence, en dépit de ses blessures, est résolu à vaincre Énée ou à mourir. (10, 833-869).
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Interea genitor Tiberini ad fluminis undam uolnera siccabat lymphis corpusque leuabat |
Entre-temps, son père Mézence près du cours du Tibre étanchait ses blessures dans l'onde et, appuyé au tronc d'un arbre, |
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arboris adclinis trunco. Procul aerea ramis dependet galea et prato grauia arma quiescunt. Stant lecti circum iuuenes : ipse aeger anhelans colla fouet, fusus propexam in pectore barbam ; multa super Lauso rogitat multumque remittit |
soulageait son corps. Il a suspendu son casque de bronze aux branches et, dans la prairie, a laissé reposer ses armes pesantes. Debout, de jeunes guerriers d'élite l'entourent ; lui, souffrant et haletant, a la nuque affaissée, et sa longue barbe s'étale sur sa poitrine ; sans cesse il s'informe de Lausus, sans cesse lui dépêche des messagers |
10, 835 |
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qui reuocent maestique ferant mandata parentis. At Lausum socii exanimem super arma ferebant flentes, ingentem atque ingenti uolnere uictum. Agnouit longe gemitum praesaga mali mens : canitiem multo deformat puluere et ambas |
pour le rappeler et lui porter les ordres d'un père affligé. Mais c'est un Lausus sans vie, couché sur ses armes, que ramènent ses compagnons en pleurs, le grand Lausus, victime d'une large blessure. De loin Mézence reconnaît les gémissements ; son esprit pressentait un malheur. Il souille alors ses cheveux blancs d'une abondante poussière, |
10, 840 |
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ad caelum tendit palmas et corpore inhaeret. « Tantane me tenuit uiuendi, nate, uoluptas, ut pro me hostili paterer succedere dextrae, quem genui ? Tuane haec genitor per uolnera seruor, morte tua uiuens ? Heu, nunc misero mihi demum |
tend les deux mains vers le ciel et son corps reste cloué sur place : « Mon fils, avais-je donc un si grand plaisir de vivre, au point de supporter qu'à ma place s'offre à la main ennemie celui que j'ai mis au monde ? Grâce à tes blessures, ton père est sauf, il est vivant par ta mort ? Hélas, maintenant je connais mon malheur, |
10, 845 |
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exitium infelix, nunc alte uolnus adactum ! Idem ego, nate, tuum maculaui crimine nomen, pulsus ob inuidiam solio sceptrisque paternis. Debueram patriae poenas odiisque meorum : omnis per mortis animam sontem ipse dedissem ! |
acculé à un malheureux exil, atteint d'une profonde blessure ! C'est moi aussi, mon fils, qui ai entaché ton nom d'infamie, moi que la haine écarta du trône et du sceptre de mes pères. J'aurais dû payer ma dette à ma patrie et à la haine des miens : Ah ! Que n'ai-je payé de mille morts ma vie criminelle ! |
10, 850 |
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Nunc uiuo neque adhuc homines lucemque relinquo. Sed linquam. » Simul hoc dicens attollit in aegrum se femur et, quamuis dolor alto uolnere tardet, haud deiectus equum duci iubet. Hoc decus illi, hoc solamen erat ; bellis hoc uictor abibat |
Maintenant, je vis, et je suis toujours parmi les hommes et la lumière, mais je les quitterai ». Et disant cela, il se soulève sur sa jambe malade et, malgré sa force qui défaille à cause de la profondeur de sa blessure, sans se laisser abattre, il ordonne d'amener son cheval. Ce cheval c'était sa fierté, sa consolation ; avec lui, il était revenu victorieux |
10, 855 |
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omnibus. Adloquitur maerentem et talibus infit : « Rhaebe, diu, res siqua diu mortalibus ulla est, uiximus. Aut hodie uictor spolia illa cruenti et caput Aeneae referes Lausique dolorum ultor eris mecum aut, aperit si nulla uiam uis, |
de toutes les guerres. Il s'adresse à l'animal affligé : « Rhèbe, si échoit aux humains une chose qui soit durable, nous avons eu une longue vie. Aujourd'hui, en vainqueur, tu rapporteras les dépouilles et la tête sanglante d'Énée, et tu vengeras avec moi les souffrances de Lausus, ou bien, si aucune force ne nous ouvre la route, |
10, 860 |
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occumbes pariter ; neque enim, fortissime, credo, iussa aliena pati et dominos dignabere Teucros. » Dixit et exceptus tergo consueta locauit membra manusque ambas iaculis onerauit acutis, aere caput fulgens cristaque hirsutus equina. |
tu mourras comme moi ; je ne crois pas en effet, ô vaillantissime, que tu accepteras de subir des ordres étrangers et des maîtres troyens. » Il parla, et accueilli sur sa monture, il s'installa comme d'habitude les deux mains pleines de traits acérés ; il avait la tête couverte d'un bronze éclatant, hérissé d'un panache de crins. |
10, 865 |
Ultime combat (10, 870-908)
Les deux ennemis, Mézence à cheval, Énée à pied, vont se défier en un combat singulier, duquel Énée sortira vainqueur. (10, 833-905)
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Sic cursum in medios rapidus dedit : aestuat ingens uno in corde pudor mixtoque insania luctu, et furiis agitatus amor et conscia uirtus. Atque hic Aenean magna ter uoce uocauit. Aeneas agnouit enim laetusque precatur : |
Ainsi Mézence galopa, rapide, au fort du combat. En son coeur bouillonnent à la fois une immense honte, la déraison mêlée à la douleur, son amour agité par les Furies, et la conscience de sa valeur. Alors, par trois fois, d'une voix forte il provoqua Énée. Énée le reconnut et, tout joyeux, se mit à prier : |
10, 870 |
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« Sic pater ille deum faciat, sic altus Apollo, incipias conferre manum. » Tantum effatus et infesta subit obuius hasta. Ille autem : « Quid me erepto, saeuissime, nato terres ? Haec uia sola fuit, qua perdere posses. |
« Puisse l'illustre père des dieux, puisse le fier Apollon le vouloir ! Commence à engager le combat ! » Sur ces simples mots, il s'avança à sa rencontre, pique brandie. Alors lui : « En quoi peux-tu m'effrayer, ô cruel entre tous ? Mon fils m'a été arraché ? C'était ton seul moyen de me perdre : |
10, 875 |
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Nec mortem horremus nec diuom parcimus ulli. Desine : nam uenio moriturus et haec tibi porto dona prius. » Dixit telumque intorsit in hostem ; inde aliud super atque aliud figitque uolatque ingenti gyro, sed sustinet aureus umbo. |
nous n'avons pas peur de la mort, et ne ménageons aucun dieu. Cesse, car je viens, disposé à mourir, mais auparavant, je t'apporte ces présents ». Il dit et lance un javelot contre son ennemi ; puis il en envoie un autre, et un autre encore ; il vole en dessinant autour d'Énée un large cercle, mais le bouclier d'or résiste. |
10, 880 |
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Ter circum adstantem laeuos equitauit in orbes tela manu iaciens, ter secum Troius heros immanem aerato circumfert tegmine siluam. Inde ubi tot traxisse moras, tot spicula taedet uellere et urgetur pugna congressus iniqua, |
Mézence, à cheval, tourne par la gauche autour du héros à pied, trois fois, en lançant à chaque fois des traits ; et trois fois, le héros troyen tourne sur lui-même, repoussant de son bouclier de bronze la forêt effrayante. Alors, Énée excédé de tant de délais, las d'arracher tant de piques, se sent pressé, acculé à un combat inégal ; |
10, 885 |
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multa mouens animo iam tandem erumpit et inter bellatoris equi caua tempora conicit hastam. Tollit se arrectum quadrupes et calcibus auras uerberat effusumque equitem super ipse secutus implicat eiectoque incumbit cernuus armo. |
les idées se bousculent dans sa tête ; finalement il fonce et lance une pique au creux des tempes du cheval de Mézence. L'animal se cabre, tout droit, frappe l'air de ses sabots, éjecte son cavalier, tombe lui-même dans la foulée, s'empêtrant à lui ; le cheval, tête en avant et épaule arrachée, le couvre de sa masse. |
10, 890 |
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Clamore incendunt caelum Troesque Latinique. Aduolat Aeneas uaginaque eripit ensem et super haec : « Vbi nunc Mezentius acer et illa effera uis animi ? » Contra Tyrrhenus, ut auras suspiciens hausit caelum mentemque recepit : |
Troyens et Latins poussent des clameurs qui enflamment le ciel. Énée vole, tire son épée de son fourreau, et ajoute : "Où donc est maintenant le cruel Mézence, et la violence sauvage de son âme ?" En face de lui, le Tyrrhénien, levant les yeux, regarda avidement le ciel et reprit ses esprits : |
10, 895 |
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« Hostis amare, quid increpitas mortemque minaris ? Nullum in caede nefas, nec sic ad proelia ueni, nec tecum meus haec pepigit mihi foedera Lausus. Vnum hoc per siqua est uictis uenia hostibus oro : corpus humo patiare tegi. Scio acerba meorum |
« Ennemi amer, pourquoi m'insulter, me menacer de mort ? Le meurtre n'est point un sacrilège, et je ne suis point venu au combat dans cet état d'esprit ; et mon Lausus n'a pas conclu ce pacte avec toi. Si des ennemis ont pitié des vaincus, je te demande cette seule chose : Permets que mon corps soit inhumé. Je sais les haines acerbes |
10, 900 |
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circumstare odia : hunc, oro, defende furorem et me consortem nati concede sepulchro. »' Haec loquitur iuguloque haud inscius accipit ensem undantique animam diffundit in arua cruore. |
dont les miens m'entourent : empêche, je t'en prie, leur fureur, et laisse-moi partager le sort de mon fils dans un tombeau ». Il dit ces mots et, sans surprise, il reçoit le glaive dans la gorge et rend l'âme, baignant ses armes de son sang. |
10, 905 |
Notes (10, 789-908)
si du moins l'antiquité doit accréditer un acte si grandiose (10, 792). « La uetustas peut confirmer la réalité d'un fait par l'assentiment qu'y ont donné les générations ou, à l'inverse, justifier le scepticisme, expliquer l'oubli : c'est l'ambivalence de la mémoire » (J. Perret, Virgile. Énéide, III, 1980, p. 211).
les Parques (10, 814-815). Allusion au rôle des Parques, les divinités romaines du destin, qui sont ici identifiées aux Moires grecques. Ces dernières sont trois soeurs (Atropos, Clotho et Lachésis) qui gèrent la destinée de chaque homme et sont représentées comme des fileuses. L'une filait le fil, la seconde l'enroulait, et la troisième le coupait, lorsque la vie correspondante était achevée.
le fils d'Anchise (10, 821). Dans ce passage relatant l'émotion que ressent Énée devant la mort de Lausus, le héros est désigné par une périphrase appropriée.
Conserve ces armes, qui faisaient ta joie (10, 827). Une histoire parallèle se trouve dans l'Iliade, 6, 416-417, où Achille avait tué Éétion, sans toutefois le dépouiller de ses armes.
si cette faveur a du prix (10, 828). Chez Sophocle, Électre, 355-356, l'héroïne parle d'un hommage qu'elle rend à son père Agamemnon mort, « si du moins il est quelque chose qui lui agrée encore là-bas ».
aux mânes et à la cendre de tes pères (10, 826-827). Énée veut dire, semble-t-il, qu'il ne touchera pas au cadavre de Lausus qu'il remettra aux siens.
tu succombes de la main (10, 829-830). Grandiloquence épique.
Il souille alors ses cheveux blancs (10, 844-845). Les manifestations de deuil chez les anciens étaient souvent spectaculaires et démonstratives. On verra par exemple chez Homère, Iliade, 18, 23-147 (Thétis doit venir consoler Achille à la mort de Patrocle) et Odyssée, 24, 315-317 (Laerte croyant Ulysse mort). On verra aussi, chez Virgile (12, 604-613) les manifestations de deuil lors du suicide d'Amata, l'épouse de Turnus.
la haine écarta du trône et du sceptre de mes pères (10, 852). Allusion aux événements qui ont amené les sujets de Mézence à se dresser contre lui et à le chasser. Ils ont été racontés par Virgile en 8, 478-494.
Il s'adresse à l'animal affligé (10, 860). Chez Homère aussi, nous voyons Hector et Achille s'adresser à leurs chevaux (Iliade, 8, 184-197 ; 19, 400-403).
En son coeur bouillonnent (10, 870-872). Ces vers se retrouvent identiques en 12, 666-668, où il s'appliquent à Turnus.
ne ménageons aucun dieu (10, 880). Toujours le motif d'un Mézence impie, contemptor deorum.
dans cet état d'esprit (10, 902). « Tu peux me tuer, dit Énée à Mézence, sans commettre la moindre impiété. C'est chose normale à la guerre, et je ne suis pas venu en espérant être épargné si cela tournait mal. »
conclu ce pacte (10, 902). « Lausus, quand il t'a attaqué, n'a pas supposé que tu m'épargnerais et n'avait pas l'intention de t'épargner » ou bien « Lausus, en mourant, n'a pas conclu d'accord selon lequel tu m'épargnerais ». Le sens n'est pas très clair.
Permets que mon corps soit inhumé (10, 904). C'était une chose importante dans la pensée des Anciens. On se souviendra des explications que la Sibylle donne à Énée à ce sujet au livre 6, 317-330, et du dialogue entre la Sibylle et Palinure au même livre (6, 337-381).
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