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Suétone (généralités)

Vie de César (généralités) - (latin 85 K) - (traduction 200 K)


  Suétone, Jules César, 6

 VI. Il est nommé questeur. Son origine

(1) Étant questeur, il fit, à la tribune aux harangues et selon l'usage reçu, l'éloge de sa tante Julie et de sa femme Cornélie, qui venaient de mourir.

(2) Dans le premier, il établit ainsi la double origine de sa tante et celle de son propre père: "Par sa mère, ma tante Julie est issue des rois; par son père, elle se rattache aux dieux immortels. En effet, d'Ancus Marcius descendaient les Marcius Rex, dont le nom fut celui de sa mère; de Vénus descendent les Jules, dont la race est la nôtre. On voit donc unis dans notre famille et la majesté des rois, qui sont les maîtres des hommes, et la sainteté des dieux, qui sont les maîtres des rois eux-mêmes."

(3) Pour remplacer Cornélie, il épousa Pompeia, fille de Q. Pompée et petite-fille de L. Sylla; mais, dans la suite, il divorça d'avec elle, sur le soupçon d'un commerce adultère avec Publius Clodius, si publiquement accusé de s'être introduit chez elle sous un costume de femme, pendant une fête religieuse, que le sénat dut ordonner une enquête pour sacrilège.

(1) Quaestor Iuliam amitam uxoremque Corneliam defunctas laudauit e more pro rostris.

(2) Et in amitae quidem laudatione de eius ac patris sui utraque origine sic refert: "Amitae meae Iuliae maternum genus ab regibus ortum, paternum cum diis inmortalibus coniunctum est. Nam ab Anco Marcio sunt Marcii Reges, quo nomine fuit mater; a Venere Iulii, cuius gentis familia est nostra. est ergo in genere et sanctitas regum, qui plurimum inter homines pollent, et caerimonia deorum, quorum ipsi in potestate sunt reges."

(3) In Corneliae autem locum Pompeiam duxit Quinti Pompei filiam, L. Sullae neptem; cum qua deinde diuortium fecit adulteratam opinatus a Publio Clodio, quem inter publicas caerimonias penetrasse ad eam muliebri ueste tam constans fama erat, ut senatus quaestionem de pollutis sacris decreuerit.


Commentaire

Questure : premier échelon dans le cursus honorum. Les questeurs sont au nombre de vingt depuis Sylla. Certains restent à Rome où ils veillent sur le trésor public et s'occupent de la comptabilité de la République. Un questeur, responsable du ravitaillement de Rome, exerce ses fonctions à Ostie. Des questeurs commandent de petites flottes surveillant les côtes d'Italie. Des questeurs, enfin, accompagnent les gouverneurs de province et les assistent dans le domaine des finances, dans les tâches administratives et éventuellement judiciaires. César accède probablement à la questure en 69, il a une trentaine d'années : c'est l'âge minimum pour cette fonction

Éloge : la laudatio funebris était de règle dans les grandes familles romaines, même pour les femmes, du moins âgées, précise Plutarque: l'éloge de Cornélie était donc une innovation (César, 5, 4). - Un bel exemple d'éloge en l'honneur d'une femme nous est parvenu dans une inscription connue sous le titre de Laudatio Turiae : cf. M. Durry (éd.), Éloge funèbre d'une matrone romaine (Éloge dit de Turia), C.U.F., Paris, 1950 ; E. Wistrand, The So-Called Laudatio Turiae. Introduction, Text, Translation, Commentary, Göteborg, 1976.

Julie : sœur du père de César. Julie avait épousé Marius (Plutarque, César, 1, 2).

Origine : dans son éloge, César présente sa tante comme descendante de rois et des dieux. Des rois ? Julie était la fille de Julius Caesar, le grand-père du dictateur, et de Marcia, laquelle appartenait à une gens qui faisait remonter son origine à Ancus Marcius, quatrième roi de Rome. Des dieux ? Les Julii se disaient descendants de Iule, fils d'Énée, lequel était né des amours d'Anchise et de Vénus.

Pompeia : fille de Q. Pompeius Rufus qui avait épousé Cornélia, fille de Sylla.

P. Clodius : né vers 92, Clodius est au début de sa vie publique quand il est accusé de profanation de la fête de Bona Dea : traduit en justice, il sera acquitté. En 59, ce patricien d'origine passe, par adoption, à la plèbe, avec la « bénédiction » du Pontifex maximus qui n'est autre que César ; ce changement de statut lui permet de devenir tribun de la plèbe en 58. Mêlé très directement aux troubles qui caractérisent la fin de la République, Clodius périt en 52, assassiné par les gens de Milon, alors qu'il briguait la préture (cf. Cicéron, Pro Milone, § 24-29).

Fête : fête de Bona Dea, déesse honorée uniquement par les femmes. Plutarque (César, 9-10) raconte que Clodius, amoureux de Pompeia mais incapable de la rejoindre tant la mère de César veillait sur la conduite de sa belle-fille, aurait voulu profiter de la fête de Bona Dea pour atteindre son objectif. Déguisé en femme, puisque la fête leur était reservée, il aurait pénétré dans la maison de César - en fait, la Domus publica, César étant à l'époque grand pontife - mais aurait été démasqué et aussitôt expulsé.


[15 juin 2004]

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