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Suétone (généralités)

Vie de César (généralités) - (latin 85 K) - (traduction 200 K)


  Suétone, Jules César, 4

 IV. Son accusation contre Dolabella. Il va étudier à Rhodes. Il est pris par des pirates. Ses succès contre Mithridate

(1) Ces troubles apaisés, il accusa de concussion Cornelius Dolabella, qui avait été honoré du consulat et du triomphe. L'accusé fut absous, et César résolut de se retirer à Rhodes, tant pour se dérober aux ennemis qu'il s'était faits, que pour y consacrer ses loisirs aux leçons d'Apollonius Molon, le plus célèbre rhéteur de ce temps-là.

(2) Dans ce trajet, exécuté pendant l'hiver, il fut pris par les pirates, à la hauteur de l'île Pharmacuse; et, non sans la plus vive indignation, il resta leur prisonnier l'espace d'environ quarante jours, n'ayant près de lui qu'un médecin et deux esclaves du service de sa chambre; car il avait dépêché sur le champ ses compagnons et ses autres esclaves, pour lui rapporter l'argent nécessaire à sa rançon.

(3) Il la paya cinquante talents, et, à peine débarqué sur le rivage, il poursuivit, à la tête d'une flotte, les pirates qui s'en retournaient, les réduisit en son pouvoir, et les punit du supplice dont il les avait souvent menacés comme en plaisantant.

(4) Mithridate ravageait alors les pays voisins; César ne voulut pas paraître indifférent au malheur des alliés: de Rhodes, où il s'était rendu, il passa en Asie, leva des troupes auxiliaires, chassa de la province le lieutenant de ce roi, et retint dans le devoir les peuples dont la foi était ébranlée et douteuse.

(1) Ceterum composita seditione ciuili Cornelium Dolabellam consularem et triumphalem repetundarum postulauit; absolutoque Rhodum secedere statuit, et ad declinandam inuidiam et ut per otium ac requiem Apollonio Moloni, clarissimo tunc dicendi magistro, operam daret.

(2) Huc dum hibernis iam mensibus traicit, circa Pharmacussam insulam a praedonibus captus est mansitque apud eos non sine summa indignatione prope quadraginta dies cum uno medico et cubicularis duobus. Nam comites seruosque ceteros initio statim ad expediendas pecunias, quibus redimeretur, dimiserat.

(3) Numeratis deinde quinquaginta talentis expositus in litore non distulit quin e uestigio classe deducta persequeretur abeuntis ac redactos in potestatem supplicio, quod saepe illis minatus inter iocum fuerat, adficeret.

(4) Vastante regiones proximas Mithridate, ne desidere in discrimine sociorum uideretur, ab Rhodo, quo pertenderat, transiit in Asiam auxiliisque contractis et praefecto regis prouincia expulso nutantis ac dubias ciuitates retinuit in fide.


Commentaire

Cn. Cornelius Dolabella : consul en 81, proconsul de Macédoine de 80 à 78, année où il reçoit les honneurs du triomphe pour une victoire sur les Thraces. César, qui n'a qu'un peu plus de vingt ans à l'époque, l'attaque - sans succès - pour des malversations qu'il aurait commises durant son proconsulat. A ne pas confondre avec son homonyme dont il a été question dans le commentaire du ch.3, s.v. Cilicie.

Rhodes : «A partir de la fin du IIe siècle, cette dernière [Rhodes] apparaît comme le centre universitaire le plus actif et le plus florissant : contrainte par la victoire romaine d'abandonner l'hégémonie de l'Égée qui, un moment, avait fait sa grandeur et sa fortune (c'est Délos qui lui succède comme grand port international), Rhodes trouve dans la renommée de ses écoles une nouvelle source de gloire : écoles de grammaire… écoles de philosophie… écoles, surtout, de rhétorique…» (H.- I. Marrou, Histoire de l'éducation dans l'antiquité, 5e éd., Paris, 1960, p.294).

Apollonius Molon : en réalité, Apollonius, fils de Molon. Originaire d'Alabanda, en Carie, Apollonius s'est établi à Rhodes où il aura notamment Cicéron pour disciple (cf. Cicéron, Brutus, § 316).

Pirates : la piraterie en Méditerranée est déjà attestée chez Homère (Odyssée, III, 71-74) et elle s'y maintient, à des degrés divers durant toute l'antiquité. Il est relativement rare que ces pirates se livrent à des attaques sur mer, comme c'est le cas ici, semble-t-il. On les voit plutôt débarquer par surprise, faire du butin et surtout s'emparer de prisonniers qu'ils iront vendre comme esclaves : bel exemple dans une inscription d'Amorgos (W. Dittenberger, Sylloge inscriptionum graecarum, 3e éd., 1915, n°521 ; trad. fr. de L. Robert dans Ch. Samaran [Dir.], L'histoire et ses méthodes, Paris, 1961, p.465). Les mésaventures de César sont rapportées de diverses façons par les auteurs anciens qui placent d'ailleurs les événements à des dates différentes : cf. A.M. Ward, Caesar and the Pirates, dans Classical Philology, 70, 1975, p.267-268: Id., Caesar and the Pirates II. The Elusive M. Iunius Iuncus and the Year 75/4, dans American Journal of Ancient History, 2, 1977, p.26-36.

Pharmacuse : petite île au sud de Milet. Plutarque (César, 2, 2) précise que ces pirates venaient de Cilicie.

Mithridate VI Eupator : roi du Pont (120-63). Rome lui fait la guerre à trois reprises (en 89-85, en 83-82 et en 74-67). Il s'agit ici de la troisième guerre qui trouve son origine dans l'annexion par les Romains du royaume de Bythinie légué par Nicomède IV.

 


[15 juin 2004]

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