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Suétone (généralités)

Vie de César (généralités) - (latin 85 K) - (traduction 200 K)


  Suétone, Jules César, 40

 XL. Il réforme le calendrier

(1) Tournant ensuite ses vues vers la réorganisation de l'État, César corrigea le calendrier, tellement dérangé par la faute des pontifes et par l'abus, déjà ancien, des intercalations, que les fêtes de la moisson ne tombaient plus en été, ni celles des vendanges en automne. Il régla l'année sur le cours du soleil, et la composa de trois cent soixante-cinq jours, en supprimant le mois intercalaire, et en augmentant d'un jour chaque quatrième année.

(2) Pour que ce nouvel ordre de choses pût commencer avec les calendes de janvier de l'année suivante, il ajouta deux autres mois supplémentaires, entre novembre et décembre, à celle où se fit cette réforme; et elle fut ainsi de quinze mois, avec l'ancien mois intercalaire, qui, selon l'usage, s'était présenté cette année-là.

(1) Conuersus hinc ad ordinandum rei publicae statum fastos correxit iam pridem uitio pontificum per intercalandi licentiam adeo turbatos, ut neque messium feriae aestate neque uindemiarum autumno conpeterent; annumque ad cursum solis accommodauit, ut trecentorum sexaginta quinque dierum esset et intercalario mense sublato unus dies quarto quoque anno intercalaretur.

(2) Quo autem magis in posterum ex Kalendis Ianuariis nouis temporum ratio congrueret, inter Nouembrem ac Decembrem mensem interiecit duos alios; fuitque is annus, quo haec constituebantur, quindecim mensium cum intercalario, qui ex consuetudine in eum annum inciderat.


Commentaire

Calendrier : le calendrier républicain était particulièrement complexe, fondé sur une année lunaire de 355 jours qui, grâce à l'intercalation de 2 mois de 22/23 jours tous les 4 ans, aboutissait à une année solaire moyenne de 366 j. 1/4. Plus concrètement, l'année se composait de 12 mois : 4 mois de 31 jours (mars, mai, juillet, octobre) = 124 jours ; 7 mois de 29 jours = 203 jours ; 1 mois (février) de 28 jours. Total : 355 jours. Pour adapter ce calendrier à l'année solaire, qui commande notamment la succession des saisons, on ajoutait, un an sur deux, un mois, alternativement de 22 et 23 jours. On obtenait ainsi un cycle de 4 ans : an I : 355 j. - an II : 377 j. - an III : 355 j. - an IV : 378 j. Total : 1465 j. à diviser par 4 = année moyenne de 366j. 1/4. Pour compliquer encore les choses, les mois intercalaires de 22/23 jours étaient ajoutés dans le courant de février, entre le 23 et le 24. Cf. P. Brin d'Amour, Le calendrier romain. Recherches chronologiques, Ottawa, 1983.

Pontifes : le contrôle du calendrier et donc les intercalations étaient du ressort des pontifes. Ceux-ci n'ont pas toujours accompli leur tâche avec beaucoup d'attention, quand ils n'ont pas sciemment manipulé le calendrier, « soucieux, selon leurs haines ou leurs sympathies, de faire partir plus vite ou de conserver plus longtemps en charge un magistrat, de favoriser les gains ou de provoquer les pertes d'un percepteur des impôts par la durée plus ou moins longue de l'année, en pratiquant des intercalations arbitraires » (Censorinus, Le jour natal, trad. G. Rocca-Serra, Paris, 1980, § 20,7). Le résultat est indiqué par Suétone : il n'y avait plus de correspondance entre le calendrier et les saisons.

Régler l'année : la réforme de César est radicale, il abandonne l'année lunisolaire pour une année solaire de 365 j. avec des mois ayant la même durée qu'aujourd'hui. Pour tenir compte du 1/4 de jour manquant (l'année solaire a une durée de 365 j., 5 h., 48 m., 46 s.), on décide d'ajouter 1 jour tous les 4 ans et d'introduire ce jour à l'endroit où, autrefois, se situait le mois intercalaire : on va répéter le 24 février qui était le 6e jour (sextus dies) avant les calendes de mars ; tous les 4 ans, on a donc un bis sextus dies, d'où notre dénomination d'année « bissextile » pour les années de 366 jours. Ce calendrier « julien », légèrement corrigé au XVIe siècle par le pape Grégoire XIII, et donc devenu « grégorien », est toujours en vigueur dans un grande partie du monde actuel.

Calendes : le 1er jour du mois. Les Romains n'indiquent pas le quantième comme nous le faisons, en numérotant les jours de façon continue de 1 à 30 ou 31. Ils ont, dans le mois, trois jours marquants : les calendes (le 1er) ; les nones (le 5 mais le 7 en mars, mai, juillet, octobre) ; les ides (le 13, le 15 les mois où les ides tombent le 7). On compte les jours par rapport à ces trois dates, mais à rebours et inclusivement, c.-à -d. en comptant le point de départ: on est donc x jours avant les calendes du mois suivant, avant les nones, avant les ides du mois en cours.

Deux autres mois : pour rétablir l'ordre, c.-à-d. la correspondance entre le calendrier et les saisons : l'année 46 a été allongée de 67 jours, répartis sur 3 mois, le mois intercalaire « normal » de 23 j. inséré entre le 23 et le 24 février + 2 mois de 22 jours insérés entre novembre et décembre.


[7 décembre 2005]

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