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Suétone (généralités)

Vie de César (généralités) - (latin 85 K) - (traduction 200 K)


  Suétone, Jules César, 12

 XII. Il fait accuser Rabirius et le condamne

Il suscita aussi un accusateur, pour haute trahison, contre Gaius Rabirius, qui, quelques années auparavant, avait plus que personne aidé le sénat à comprimer les séditieuses entreprises du tribun Lucius Saturninus. Désigné par le sort pour être un des juges de l'accusé, il le condamna avec tant de passion, que, lorsque Rabirius fit appel devant le peuple, rien ne lui fut aussi utile que la partialité de son juge.

Subornauit etiam qui Gaio Rabirio perduellionis diem diceret, quo praecipuo adiutore aliquot ante annos Luci Saturnini seditiosum tribunatum senatus coercuerat, ac sorte iudex in reum ductus tam cupide condemnauit, ut ad populum prouocanti nihil aeque ac iudicis acerbitas profuerit.


Commentaire

Un accusateur : il s'agit de T. Labienus, tribun du peuple en 63, qui sera aux côtés de César comme légat pendant toute la guerre des Gaules (58-50). Labienus, durant son tribunat, fait voter également une réforme relative à la désignation des pontifes : autrefois choisis par le peuple (lex Domitia de 103), ils étaient depuis Sylla, cooptés par les membres du collège en fonction ; avec la réforme de Labienus, on en revient à la situation d'avant Sylla, c.à.d. à la désignation par le peuple, ce qui explique sans doute l'élection de César dont il sera question au chapitre suivant (sur l'évolution de cette procédure, cf. Fr. Van Haeperen, Le collège pontifical (3ème s. a.C. - 4ème s. p.C.). Contribution à l'étude de la religion publique romaine, Bruxelles - Rome, 2002, p.120-121).

Haute trahison : en latin, perduellio. La traduction habituelle « haute trahison » ne convient pas. Rabirius s'est rendu coupable ou complice d'un meurtre sur la personne du tribun Saturninus. Mais il n'y a pas que ce problème de traduction. En réalité, on a mis en œuvre contre Rabirius une procédure exceptionnelle, pour laquelle il n'y avait guère de précédents (si ce n'est le procès, antérieur de quelque six siècles, contre Horace, vainqueur des Curiaces, puis meurtrier de sa sœur) et qui ne se justifiait pas dans une simple affaire d'homicide.

Rabirius : chevalier romain, guère connu si ce n'est par la plaidoirie que Cicéron, alors consul, a prononcée pour sa défense. En 63, Rabirius est un vieil homme, faible et isolé, dit l'avocat (Pro Rabirio, § 2). Il n'empêche que, « quelques années auparavant », en fait trente-sept ans (nous sommes en 63 et les faits reprochés à Rabirius remontent à l'année 100), Rabirius a été mêlé à une affaire de meurtre sur la personne d'un tribun de la plèbe, Saturninus. Celui-ci et son allié, le préteur C. Servilius Glaucia, provoquaient de tels troubles à Rome que le Sénat a cru devoir promulguer le senatus consultum ultimum, donnant aux consuls mission d'assurer l'ordre à tout prix. Les agitateurs, assiégés sur le Capitole, ont dû se rendre et ont été enfermés à la Curie : Saturninus y sera tué, Glaucia qui avait réussi à s'enfuir le sera peu après. C'est pour ces faits très anciens que Labienus intente un procès à Rabirius.

L. Apuleius Saturninus : questeur en 104, tribun de la plèbe en 103, puis en 100. D'abord partisan de Marius, Saturninus s'en est éloigné au cours de son second tribunat. Sur Saturninus et Glaucia, voir Cicéron, Brutus, § 224.

Un des juges : dans la procédure de la perduellio, le préteur désigne deux juges (duumviri). Dans le cas présent, c'est César qui a été désigné, ainsi que son parent, L. Caesar, qui avait été consul en 64. La désignation des duumvirs par le préteur est la version que l'on trouve chez Dion Cassius (37, 27, 2) ; Suétone, lui, parle de tirage au sort.

Devant le peuple : après la condamnation par les duumviri, il y a eu appel au peuple (comices centuriates). Suétone dit que c'est la partialité évidente du juge, c.à.d. de César, qui a valu à Rabirius son acquittement. Dion Cassius (37, 28) donne une version plus pittoresque. Selon lui, Rabirius était sur le point d'être condamné en appel et c'est le préteur (et augure) Metellus Celer qui l'a sauvé. Le magistrat s'est précipité sur la colline du Janicule pour y abaisser le fanion rouge qui devait être hissé lorsque se réunissaient les comices centuriates (à l'origine, le peuple en armes). Le fanion amené, la séance des comices devait être levée. Sur toute cette affaire, voir W.B. Tyrrell, The Trial of Rabirius in 63 B.C., dans Latomus, 32, 1973, p. 285-300 ; L. Havas, L'arrière-plan politique du procès de perduellio contre Rabirius, dans Acta classica Universitatis scientiarum Debreceniensis, 12, 1976, p. 19-27 ; B. Liou-Gille, La perduellio : les procès d'Horace et de Rabirius, dans Latomus, 53, 1994, p.3-38.

 


[11 août 2004]

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