Bibliotheca Classica Selecta - Autres traductions françaises sur la BCS

Sur Lucien : Présentation générale - Alexandre ou le Faux Devin - Apologie - Lucius ou L'Âne (Pseudo-Lucien) - Le Banquet ou les Lapithes -La Traversée pour les Enfers ou le Tyran - Les Amis du Mensonge ou l'Incrédule - La Mort de Pérégrinos (trad. Ph. Renault) - La Fin de Pérégrinus (trad. J. Longton) - Ménippe ou le Voyage aux Enfers - Le Songe ou la Vie de Lucien - Les Épigrammes - Sur les salariés

MOTEUR DE RECHERCHE DANS LA BCS

 

 

 

Lucien de Samosate

 

 

Le Maître de Rhétorique

 

Une nouvelle traduction

 

par

 

Philippe Renault

 

 

 

Plan

 

Introduction

Traduction

Notes

 

 

Philippe Renault, qui a publié en 2000 une Anthologie de la poésie grecque antique aux éditions des Belles Lettres, est aussi l'auteur de plusieurs autres volumes (poèmes personnels et traductions de textes antiques), disponibles en version électronique auprès des Éditions de l'Arbre d'Or.

 

  Sur le site de Philippe Remacle, il a publié également quelques traductions de Pindare.

 

  Les FEC proposent de lui plusieurs articles consacrés aux fabulistes antiques.

 

  Philippe Renault s'intéresse également à Lucien. Après avoir publié dans les FEC 8 (2004), sous le titre Lucien de Samosate, ou le rhéteur magnifique, une introduction générale à la vie et à l'œuvre de celui qu'il appelle « un satiriste flamboyant », il a confié aux FEC plusieurs traductions nouvelles annotées de cet auteur.

 

  La BCS lui doit aussi une traduction nouvelle en vers du Livre V et du Livre XII de l'Anthologie Grecque, respectivement consacrés aux épigrammes amoureuses et aux épigrammes garçonnières.

 

 

 

 

Introduction

 

 

Comme Alexandre ou la Mort de Pérégrinos, Le Maître de Rhétorique entre dans la catégorie des pamphlets composés par Lucien pour dénoncer les agissements de certains personnages. Mais l'œuvre se distingue par la forme employée. En effet, les précédents pamphlets se caractérisaient par une distance entre l'auteur et le « gredin » en question. Ici, le narrateur est celui-là même dont Lucien veut dénoncer l'imposture, si bien que tout le récit se construit sur un magistral second degré, ce qui rend l'œuvre pour le moins singulière et originale.

 

Malgré ce parti prix littéraire, la dénonciation n'en est pas moins virulente, car l'homme nous apparaît comme un modèle de cynisme et d'ignominie. Il s'agit pour le Syrien de faire un portrait « au vitriol » d'un type de rhéteur particulièrement exécrable. Les spécialistes s'accordent à reconnaître dans ce personnage Julius Pollux ; d'ailleurs, à un moment Lucien le dévoile en disant qu'il s'était affublé du nom du « fils de Zeus et Léda ». Ce rhéteur avait été nommé précepteur du jeune Commode, fils de Marc–Aurèle. On prétend que, furieux de n'avoir pas été choisi pour cette fonction qu'il convoitait, Lucien se serait vengé de Pollux en écrivant ce pamphlet. C'est lui faire, à mon avis, un très mauvais procès : en effet, de pareils sentiments – qui ne lui font pas honneur - ne lui ressemblent guère, si bien qu'on s'accorde aujourd'hui à ne reconnaître aucun fondement à cette hypothèse.

 

Plus qu'à un homme, Lucien s'en prend surtout à un métier qu'il a lui–même pratiqué dans sa jeunesse, avec la réussite que l'on sait, mais avec lequel il a pris ses distances depuis que sa rencontre avec les philosophes l'a éclairé sur les faux-semblants de l'art de l'éloquence, et sur la vanité d'une célébrité fondée sur l'artifice et la tromperie. Bien entendu, les méchantes langues ont dit qu'avec ce pamphlet, Lucien crachait dans la soupe.

 

L'œuvre est soignée et écrite dans un bel atticisme, où l'on décèle cependant une propension à la grandiloquence, afin de suggérer, parfois jusqu'au ridicule, le style rhétorique ampoulé de son époque. Notre récit se présente avant tout comme l'initiation d'un jeune apprenti rhéteur par un vieux maître à l'apparence bonasse. Mais au fil de la lecture, on s'aperçoit que les conseils donnés sont ahurissants et dépassent l'entendement, au point d'être une offense à la mesure et à la morale. Car les arguments utilisés sont une apologie de la facilité, de la paresse et de la médiocrité. Avant tout, il s'agit de jeter de la poudre aux yeux à son auditoire et de le conquérir par tous les moyens, de préférence les plus condamnables, les plus vulgaires aussi. Le talent n'a aucune raison d'être, si l'on veut devenir très vite un orateur riche et célèbre ; pour parvenir à ses fins, il suffit d'avoir une bonne dose de mauvaise foi, un toupet effarant et un complet mépris de la foule. Une telle débauche de mauvais esprit peut sembler exagérée, voire choquante, mais elle correspondait sans doute à la réalité du temps. Entre parenthèses, reconnaissons qu'elle est encore d'une brûlante actualité, quand on constate à quel point la flagornerie et le racolage font recette, et sont même les critères privilégiés par nos médias contemporains en vue d'attirer les faveurs du plus grand nombre et engranger les profits.

 

Mais revenons à notre opuscule. Les arguments de Pollux sont en contradiction flagrante avec les principes édictés par les tenants sérieux de la rhétorique – Quintilien en tête – qui plaçaient le travail et la patience au–dessus de tout. Certes, on comprend aisément que la critique exercée par Lucien est excessive : rappelons que nous sommes en présence d'un pamphlet, et que, dans ce genre littéraire, on ne fait pas dans la demi–mesure, surtout quand l'auteur s'appelle Lucien. Quoi qu'il en soit, l'écrivain sait de quoi il parle pour avoir été lui–même un fameux rhéteur, nous l'avons dit : il sait que ce métier, qui permettait une célébrité facile – comme aujourd'hui chez nos vedettes télévisuelles –, était basée sur des artifices, aux antipodes de la sincérité et du bon goût. La rhétorique, telle qu'on la pratiquait en ce temps, était un art basé sur des « trucs » destinés à « épater la galerie ». Or, sous la plume de Lucien, Pollux symbolise ici – avec une exagération qui fait froid dans le dos – une vision de l'éloquence telle qu'elle se pratiquait au IIe siècle, avec son cortège d'avocats incultes mais rusés, et ses déclamateurs exubérants qui sidéraient la foule par des mots creux, dont certains, cités par Lucien, ont dû être puisés dans l'Onomasticon du véritable Julius Pollux. En effet, on pense aujourd'hui que ce recueil de vocables archaïques et bizarres, ouvrage très célèbre en son temps, bible des rhéteurs, fit réagir l'esprit caustique de Lucien, au point d'être peut-être à la base de la composition de ce brillant pamphlet.

 

 

 

 

Traduction

 

 

1. Ainsi, mon garçon, tu me demandes rien de moins qu'un mode d'emploi efficace pour devenir rhéteur, et t'affubler du titre de sophiste, un titre, ma foi, digne de la plus haute considération [1] ! Tu vas même jusqu'à me confier que, sans l'éloquence, la vie te serait proprement insupportable, ayant l'ambition d'être le plus grand des parleurs et la bête noire de tes rivaux. Tu souhaites aussi être adulé par la foule et devenir l'orateur par excellence de la Grèce. Tu me supplies de te montrer les routes, si elles existent, qui assouvirait ton besoin insatiable. Je ne vais pas me faire prier plus longtemps, mon joli, surtout lorsque je suis en présence d'un jeune homme plein de qualités qui, ne sachant pas où s'orienter, est venu me demander conseil. Écoute ce que je vais te dire car, je puis te l'assurer, en un temps record, tu deviendras un orateur émérite. Il te suffira de suivre mes conseils à la lettre : tu les méditeras d'abord, tu les mettras en pratique ensuite. Ce n'est qu'ainsi, et avec persévérance, que tu arriveras au terme de la route.

 

2. La chose en elle–même n'est pas une mince affaire, et elle nécessite un labeur intensif. Cet art exige un travail énergique, des nuits de veilles épuisantes et des trésors de patience. Mais d'un autre côté, sache que des individus, jusque–là bien obscurs, ont acquis la célébrité et la fortune par leur talent verbal.

 

3. Mais surtout, pas de panique ! Ne revois pas tes ambitions à la baisse, parce que tu devrais, au préalable, t'acquitter d'une série d'épreuves. La route que nous te proposons n'est pas aussi rude et aussi pénible que ça, pas au point de te « lessiver » et de t'obliger à rebrousser chemin. Autrement, quelle différence y aurait–il avec les autres professeurs qui, à l'inverse, envoient leurs disciples se casser le nez sur les sentiers communs, difficiles et démoralisants ? Ma pédagogie est inoffensive et consiste en une route droite, courte, peu abrupte et plaisante à souhaits. En fait, ta chevauchée ressemblera à une balade de santé au sein d'une plaine riante garnie d'ombrages ; tu avanceras tranquillement, à ton rythme, sans te fatiguer et, c'est frais comme un gardon, que tu atteindras la cime où sont les fruits que tu brûles de cueillir. Là–haut, par Zeus, tu n'auras qu'à t'installer et à manger cette nourriture de bon cœur : pendant ce temps, tu pourras contempler, plus bas, le spectacle des malchanceux qui auront pris l'autre chemin, chaotique et encombré de ravins, tous traînant la savate, se cassant la binette, et se blessant à force de se frotter à des rochers pointus. Toi, en revanche, tu trôneras au sommet, le front ceint de lauriers, tel le plus heureux des mortels, la Rhétorique t'ayant dispensé tous ses bienfaits, presque sans bouger le petit doigt !

 

4. Telle est ma promesse : n'est–elle pas sublime ? Ah non ! par Zeus, dieu de l'amitié, ne décline pas mon offre, sous prétexte que ma méthode est trop facile. Pour te rassurer, considère l'exemple d'Hésiode qui, de berger, s'est mué en poète, en cueillant quelques malheureuses feuilles sur l'Hélicon [2] : aussitôt, inspiré par les Muses, il s'est mis à chanter l'origine des dieux et des héros : après tout, est–ce si harassant de devenir rhéteur, un métier éloigné de la fougue poétique ? Non, pourvu que l'on se donne la peine de prendre le chemin le plus rapide.

 

5. À ce propos, il faut que je te raconte l'histoire d'un marchand de Sidon, dont la découverte s'avéra infructueuse pour cause d'incrédulité. À l'époque, Alexandre était devenu roi des Perses après la bataille d'Arbèles qui vit la défaite de Darius. Les courriers devaient parcourir les territoires soumis pour y apporter les ordres du prince. Entre la Perse et l'Égypte, la route était particulièrement longue, obligeant à contourner des montagnes, à passer en Arabie, à franchir un désert immense, avant de gagner enfin l'Égypte. La route était bornée par vingt stations, et l'homme devait être robuste. Une telle situation mettait Alexandre hors de lui, surtout lorsqu'une révolte vint à éclater en Égypte, et qu'il fut dans l'incapacité d'adresser rapidement ses instructions aux satrapes. Or un marchand de Sidon lui dit : « Je te promets, roi, de te révéler la présence d'un raccourci entre la Perse et l'Égypte. Il suffit pour ça de passer directement par les montagnes là–bas : en trois jours, l'Égypte sera en vue. » L'homme disait vrai. Toutefois, Alexandre refusa de le croire, et prit le marchand pour un affabulateur notoire : sa proposition n'étant pas dans la norme commune, il n'en tint aucun compte.

 

6. Surtout, ne considère pas mon offre de cette façon. Ton apprentissage de rhéteur, qui ne durera qu'un seul jour, se fera sans obstacle, et tu pourras à ta guise traverser les montagnes qui séparent la Perse de l'Égypte. Comme prologue, je dois me lancer dans une petite digression, à l'instar du fameux Cébès, et te décrire les deux routes qui mènent à la rhétorique, dont la seule évocation te fait palpiter. Au sommet d'une montagne, il existe une femme au charme délicat : cette beauté tient dans sa main droite la corne d'Amalthée, d'où jaillit mille fruits délicieux. À sa gauche, imagine Ploutos, une splendeur toute d'or, en compagnie de la Gloire et de la Puissance : autour de sa tête batifolent les Éloges, semblables aux petits Amours. Tu connais, je suppose, le tableau allégorique du Nil : les artistes ont coutume de le représenter affalé sur un crocodile ou sur un hippopotame, pendant que des enfants folâtrent devant lui : or les Éloges qui volent autour de la Rhétorique leur ressemblent comme deux gouttes d'eau. Ô toi, l'amoureux transi, dépêche–toi d'atteindre le sommet pour l'épouser, car, aussitôt, tu disposeras de ses biens : la Richesse, la Gloire et les Éloges ; en tant que mari, tu les obtiendras d'office.

 

7. Certes, devant cette montagne, je comprends que tu sois intimidé et peu certain d'y accéder. Tu croiras être en présence de la roche Aornos, celle qui, aux yeux des Macédoniens, ne pouvait être franchie que par Dionysos ou Héraclès, tant elle était monstrueusement massive et inaccessible même aux oiseaux. Ta première vision sera de cette nature. Mais très vite, tu remarqueras deux routes distinctes : l'une sera étroite, pleine de ronces, tordue, puant l'effort et la sueur. Jadis, Hésiode [3] en a fait une évocation tellement géniale que je me garderai de la rappeler. Quant à la seconde route, sache qu'elle est homogène, garnie de fleurs, sillonnée de frais ruisseaux, belle comme je le disais tout à l'heure. Mais je ne veux pas t'ennuyer en me répétant sans cesse : tu ne deviendrais que trop vite, à mon goût, un rhéteur modèle…

 

8. Un détail : cette route épuisante ne montre les traces que d'une poignée de voyageurs et celles qu'on remarque n'ont pas été faites récemment. Moi aussi – j'étais bien nigaud – j'ai tenté de l'emprunter : peine perdue ! Peu après, je fis la découverte du second passage, et je vis combien il était harmonieux et point escarpé. Pourtant, je n'en fis pas la traversée : à l'époque, j'étais jeunot, un peu crétin, et je me contentais de suivre les recommandations du poète déjà cité, et qui écrivait ceci [4] :

C'est par mille labeurs que naissent tous les biens.

 Peuh ! Les choses ne se passent pas ainsi ! Bien des gens ont accédé à la popularité sans s'esquinter, en se lançant dans la rhétorique par la bonne route. Quand tu seras arrivé à l'embranchement des deux chemins, tu resteras perplexe : en ce moment, tu l'es déjà, car tu ne sais pas encore quel est le meilleur choix à faire. Comment accéder sans fatigue au sommet de la montagne pour devenir, par ton mariage avec la Rhétorique, l'homme le plus heureux et le plus admiré du monde ? J'ai la solution. Pour ma part, je me suis suffisamment trompé en me décarcassant pour rien ; maintenant, je désire que ton jardin soit fertile sans jamais recourir à des semences, comme cela se fit au temps béni de Kronos.

 

9. D'abord, tu distingueras la présence d'un homme très grand et d'une santé réjouissante : il marche avec fermeté, la peau tannée par le soleil, le regard terrifiant. Doté d'une énergie indomptable, il est le guide de la route épuisante. Ce personnage te baratinera avec ses niaiseries, t'engageant à mettre tes pas dans ceux de Démosthène, de Platon et d'autres orateurs du même acabit ; ces pointures sont, il est vrai, infiniment plus grandioses que celles de nos contemporains, mais elles sont à peine visibles car les siècles les ont entamées, si bien qu'on n'en voit plus aujourd'hui que de pauvres vestiges. Bref ce satané bavard essaiera de te convaincre que ton bonheur ne sera parfait qu'après avoir suivi ces pas avec l'habileté d'un funambule. Mais à la moindre faute, l'horizon menant aux épousailles risque d'être bien compromis. Dans le même esprit, il t'ordonnera de copier les Anciens, et te proposera de plancher sur des vieux discours dont l'imitation est impossible, comme il est impossible de reproduire les statues d'Hégias, de Critios et de Nestoclès [5], tant elles sont fignolées, figées, et d'une conception froide et sévère. Il te dira encore : « Du travail, toujours du travail, et des veilles innombrables ! Surtout, ne bois que de l'eau et ne profite d'aucun instant de répit : c'est nécessaire et sans appel ! Sinon, tu resteras à mi–chemin ! ». Le plus regrettable dans cette affaire, c'est que ton guide te fera perdre du temps, pour dire la vérité, de très très longues années. Il n'a pas pour habitude de compter jour après jour : son dénombrement procède par olympiades. Rien que le fait d'y penser, on est déjà tout épuisé avant même d'avoir commencé ! On s'effondre et on se dérobe à ce projet qui n'offre qu'une vaine espérance. En outre, il te réclamera le paiement d'honoraires astronomiques, en compensation des sévices qu'il t'aura infligés ! Pour qu'il te fasse faire le premier pas, il faudra auparavant que tu le paies rubis sur l'ongle.

 

10. Voilà ce que j'avais à dire sur cet homme tout ratatiné, qui paraît sorti de l'époque de Kronos, dont les modèles ne sont que de vieux croûtons, qui n'est obsédé que par des discours poussiéreux enfouis depuis belle lurette, qui t'ordonne – comme si cela était d'une folle utilité – d'imiter le style du fils d'un armurier [6] ou d'un obscur greffier nommé Atromète [7] ; il se met à pied d'œuvre, alors que la paix n'a jamais été aussi florissante, que Philippe ne va plus conquérir la Grèce, et qu'Alexandre n'est plus là pour dominer le monde : il est vrai qu'à cette époque, le verbe avait quelques vertus. Ma parole ! On dirait que notre homme ne sait pas qu'on dispose de nos jours d'une route calme ne demandant aucun effort pour atteindre la sainte rhétorique. Aussi, jeune homme, ne crois pas un mot de ce ringard. À l'écouter, tu finirais par t'écrouler et vieilli prématurément à force de travailler. Si vraiment la rhétorique te passionne et que tu veuilles la maîtriser sans attendre le déluge, alors que tu es bouillonnant de jeunesse, bref, si vraiment tu la désires en face de toi, laisse tomber ce pisse–froid plein de morgue : qu'il gravisse sa route tout seul, ou avec ceux qu'il aura pigeonnés et que tu regarderas de là–haut, suffocants, éreintés.

 

11. Parlons de toi. Arrivé sur le second chemin, tu rencontreras de nombreux guides. Toutefois, parmi eux, il y a un homme superbe dont le savoir est proverbial. Il marche d'un pas cadencé ; son cou bouge avec infiniment de grâce ; ses yeux sont d'une féminité incroyable et sa voix est un miel. De plus, il exhale une odeur suavement parfumée. Il aime aussi se gratter le crâne avec son index. Il a le cheveu rare mais ce qui lui reste est arrangé avec art, comme tu le remarqueras en voyant ses boucles qui ne sont pas sans évoquer les grappes d'hyacinthe. C'est le portrait du raffiné Sardanapale ; à moins qu'on ne le compare à Cinyros [8] ou à Agathon [9], le grand auteur tragique. Voilà les signes qui distinguent ce personnage. Il est impossible qu'il échappe à ton regard, car il est le favori d'Aphrodite et des Charites. Même si tes yeux étaient fermés, il suffirait qu'il vienne à tes côtés et qu'il s'adresse à toi d'une voix distillée par le miel de l'Hymette, pour que tu devines que ce n'est pas un être ordinaire, s'alimentant des fruits communs de la terre, mais un esprit supraterrestre qui se nourrit de rosée et d'ambroisie. N'hésite pas à aller vers lui, livre–toi à ses soins diligents. En un tour de main, sans effort incongru, il fera de toi un rhéteur modèle, sachant dominer tous les regards, un roi du verbe, comme il a coutume de le dire, un roi qui se dressera fièrement sur le char du beau langage. Dès que tu seras sous son autorité, voilà ce qu'il t'enseignera.

 

12. Laissons–le t'adresser la parole, car il est sacrilège de prendre la place d'un orateur d'une telle trempe. N'étant qu'une pâle copie de ce noble génie, j'ai peur qu'à la première erreur je n'entraîne dans ma chute le grand homme que j'ose imiter. Je te livre donc ses paroles exactes. Après avoir effleuré les quelques mèches de cheveux qui lui restent, après avoir esquissé un sourire charmeur dont il a le secret, il fera entendre une voix splendide et capiteuse, semblable à celle de la Thaïs comique, de Malthaké ou de Glycère [10] : en effet, une voix rauque et virile ne saurait convenir à un orateur aussi raffiné que lui.

 

13. Pour évoquer sa personne, il parlera en des termes dignes de sa haute modestie : « Mon jeune et doux garçon, serait–ce mon ami intime, le cher Apollon Pythien, qui t'envoie vers moi, lui qui m'a proclamé le champion des rhéteurs, comme jadis il avait désigné le plus sage des hommes, répondant en cela à une question posée par Chéréphon [11] ? Si ce n'est pas la raison de ta venue, si c'est la rumeur de mon renom qui t'a fait courir jusqu'à moi, celle qui disait que mon talent suscitait une admiration sans bornes, faisait naître mille chants de louanges, fascinait le commun des mortels au point de le stupéfier, tu vas vite te rendre compte de la stature divine de l'être que tu viens visiter. Surtout, refuse l'idée que je puisse être comparé avec un autre orateur, les Tityos, les Otos, les Éphialites, pour ne point les nommer… Ce qu'on va te montrer tient du mystère et du prodige, et tu remarqueras combien ma voix est une clameur qui suffit à étouffer celle de mes rivaux, à l'instar de la trompette qui couvre les flûtes de sa suprématie, de la cigale qui domine les bourdonnements des abeilles, des chœurs qui écrasent les vocalises du chanteur.

 

14. Puisque tu veux devenir rhéteur, et qu'en suivant les leçons d'un autre collègue tu n'apprendrais rien de plus consistant - au contraire -, écoute mes conseils, toi le bel objet façonné par Clitios [12] ; suis l'exemple que j'incarne et goûte religieusement mes leçons. Avance, n'hésite pas ! Ne te sens pas gêné d'être novice en rhétorique, comme tu pourrais l'être devant ces professeurs stupides qui prétendent que la maîtrise du verbe résulte d'un labeur frénétique. Comme le proclame justement le dicton : « Marche sans t'être lavé les pieds ». Tu as beau ignorer l'écriture – tout le monde le sait, d'ailleurs –, tu réussiras : un vrai rhéteur est au–dessus de tout.

 

15. En préliminaires, je vais t'indiquer le matériel nécessaire : il s'agit de menues choses qui feront que notre voyage sera bref. En cours de route, je t'exposerai mes grands principes qui devraient te changer, avant le soir, en un vrai rhéteur : tu surpasseras alors tous tes rivaux, comme moi, qui occupe désormais la première, la moyenne et la dernière place, laissant loin derrière ces fantoches fourvoyés dans l'éloquence. Apporte dans tes réserves une brassée d'ignorance, mais surtout une grande sûreté de soi, une incommensurable absence de complexe, bref un toupet monstre. Laisse au placard la modestie, la discrétion, l'humilité, la timidité maladive qui vous donne des rougeurs. Ces sentiments sont inutiles, et nuiraient à ta quête de succès. Donne de la voix, rends-la musicale, parle sans avoir froid aux yeux, marche comme je le fais : ces recommandations sont précieuses et suffisantes. Assure–toi que tes vêtements soient taillés dans une étoffe blanche immaculée, tissée dans les ateliers de Tarente ; qu'ils soient transparents, de sorte qu'ils laissent deviner ton corps. Chausse–toi de souliers attiques - ceux des femmes - car ils sont très aérés ; tu peux aussi utiliser des sandales de Sicyone [13], ornées de franges blanches. Enfin, n'oublie pas de te faire accompagner par des esclaves portant des tablettes de cire. Tel est le bagage indispensable.

 

16. Nous reparlerons en chemin des autres provisions. Pour l'instant, je vais te révéler les signes extérieurs qui permettront à la Rhétorique de te reconnaître comme l'un des siens, au lieu de t'envoyer balader chez les corbeaux, comme un profanateur venu espionner les saints mystères. Avant toute chose, soigne ta mise ; que l'élégance soit ton meilleur atout ; choisis dans le vocabulaire attique les vingt mots les plus appropriés, et acharne–toi à les prononcer avec distinction : à cet effet, je te conseille vivement d'avoir à tous moments sur le bout de la langue ἄττα, κᾆτα, μῶν, ἀμηγέπη, λῷστε  [14], et quelques autres morceaux d'anthologie du même tonneau ; efforce–toi de les caser dans tous tes discours, en guise de sauce piquante. En revanche, dédaigne les autres mots qui n'ont point sa saveur, qui n'appartiennent pas à la même famille, et qui sonneraient comme une fausse note dans ton concert. Une chose encore : quand bien même tu ne serais vêtu que d'une peau de chèvre, n'oublie jamais, au grand jamais, ta frange de pourpre qui doit être d'une teinte éclatante.

 

17. Aie toujours sur toi un répertoire de mots archaïques en usage chez les auteurs anciens – tant pis si la tradition nous en interdit l'emploi. Garde–les au frais avant de les balancer dans une conversation. C'est par ces mots que les gens te feront les yeux ronds : aussitôt prononcés, ils penseront que tu es un homme décidément fort érudit. Imagine un peu l'effet quand tu égrèneras un ἀποστλεγγίσασθαι, plutôt qu'un ἀποξύσασθαι [essuyer en frottant], ou encore un εἰληθερεῖσθαι, plutôt que ce banal ἡλίῳ θέρεσθαι [se chauffer au soleil] ; épate–les aussi avec ce ἀρραβῶνα qui convient bien mieux que προνόμιον [les arrhes, au lieu du prix payé d'avance]. Achève–les avec ἀκροκνεφές qui, aujourd'hui, est ὄρθρον [le point du jour] [15]. Invente des mots nouveaux et croustillants : sors–nous de ta forge secrète ce εὔλεξιν pour décrire un homme à la démarche raffinée ; σοφόνουν est le fin du fin pour désigner un homme éclairé ; un danseur se doit d'être nommé χειρίσοφος [16]. Quand, par hasard, tu pèches par barbarisme, ne te fais pas de mouron ! Pour le justifier, appelle à la rescousse un auteur quelconque, un poète ou un prosateur, et qu'importe s'il n'a jamais existé… Proclame haut et fort que ce quidam s'inclinerait devant l'usage de cette formule : n'émane-t-elle pas d'un maître incontesté ? Supprime de ton programme de lecture les œuvres des anciens : Isocrate est un baratineur, Démosthène un orateur rugueux, Platon un bloc de glace. Non, plonge–toi plutôt dans les productions contemporaines, en particulier dans les déclamations ; que celles–ci soient ta pitance quotidienne ; rassasie–toi de ces plats afin de les sortir en cas de besoin, comme une marchandise d'un cellier.

 

18. Dès qu'un sujet de digression te sera proposé, ne t'effraie pas, même si la chose te semble pointue ! Parle avec détachement comme si cela n'était qu'un jeu d'enfant. Ne te trouble pas ! Sors tout ce qui te passe par la tête, même si cela tient du verbiage : moque-toi comme d'une guigne de savoir si tu dois parler en préliminaire d'une chose ou d'une autre, si tu parles d'une seconde idée après la première, de la troisième après la seconde ! Dis tes phrases crûment, telles qu'elles te viennent à l'esprit. Et si le hasard s'en mêle, enfile ta botte sur le front et glisse ton casque dans le pied ! Ne relâche jamais ton débit, parle sans arrêt ! Pas de temps mort ! Si tu évoques un rapt, un adultère commis à Athènes, vire le propos vers les us et coutumes de l'Inde et d'Ecbatane. Il est aussi de bon ton de parler de Marathon et du Cynégire, car, sans leur mention, ça ne serait pas convenable. S'il le faut, navigue sur le mont Athos et marche sur les flots de l'Hellespont ; le soleil doit être voilé par les flèches des Perses ; Xerxès prend la fuite, Léonidas brosse à gros traits son immortelle gloire ; signale en passant la soif de sang d'Othryade ; fais résonner la clameur de Salamine, d'Artémision, de Platées ; frappe sur cette enclume, bref, mets le paquet ! Jette à toutes volées ces jolis petits mots et qu'ils se dressent au plus clair de tes discours, qu'ils fleurissent ! Ne fais pas l'épargne du terme ἄττα ou δήπουθεν [17], même s'il est superflu : ces mots vous font un effet bœuf, et tant pis s'ils provoquent un évident contresens…

 

19. Si tu as envie de pousser la chansonnette, ne te gêne pas : que le chant soit au programme ! Ne te préoccupe pas de savoir si le sujet traité évoque ou non la musique. Que ta voix prononce comme il faut ὦ ἄνδρες δικασταί : en un tour de main, l'harmonie sera là. Ne te lasse pas de répéter : οἴμοι τῶν κακῶν [grands dieux, quels malheurs !]. Frappe ta cuisse, égosille–toi, crache aussi, et n'oublie de te déplacer en bougeant ton derrière. Si les applaudissements tardent à venir, crie un bon coup, lance aux auditeurs des quolibets fumants. S'ils restent debout et qu'ils s'apprêtent à quitter la salle, prends–les à partie, force–les à s'asseoir ! Bref tyrannise–les !

 

20. Mais pour conquérir la foule, tu dois les faire remonter au siège de Troie ou, plus encore, aux noces de Deucalion et de Pyrrha ; ensuite, libre à toi de parler de l'actualité. Les spectateurs moins sots que les autres - s'il y en a - resteront silencieux par un bienveillant respect. Si quelques esprits trouvent à redire, ils se feront de toutes façons taxer de jaloux impénitents. En fait, ton public s'émerveillera devant ta mise, ta parole, ta façon de marcher, ta musicalité, tes chaussures et ton inimitable et jubilatoire ἄττα ! Ensuite, considérant tes flots de sueur et ton halètement continu, les gens seront alors persuadés que tu es le plus grand des orateurs. De préférence, improvise, même si tu commets quelques bourdes : elles te seront vite pardonnées. L'improvisation est la meilleure façon de captiver la foule. Ne griffonne rien à l'avance, ne prépare rien : quand on prépare, quand on peaufine, on finit toujours par se faire arnaquer.

 

21. Sois toujours accompagné par des amis qui se pâmeront d'aise à chacun de tes discours. Ces inconditionnels ont aussi l'avantage de payer tes efforts en dîners excellents. S'il advient, de temps à autre, que tu perdes le fil de ton discours, n'aie crainte ! Ils applaudiront à chaudes mains et t'encourageront gentiment, le temps que tu te reprennes. J'oubliais : fais–toi toujours accompagner d'une petite cour dévouée à ta personne : dès que tu prendras la parole, ce bataillon gravitera autour de toi et discutera des différents sujets traités. Quand tu fais connaissance, n'hésite pas à faire ta publicité avec grandiloquence, et qu'importe si tes arguments sont graveleux ! Dis par exemple : « Sincèrement, qu'était cet orateur de Péanée [18] par rapport à moi ? Devrais–je, les uns après les autres, vaincre ces vieux tableaux ? » ou d'autres phrases de la même fournée.

 

22. Un point très important : si tu veux accroître ta renommée, ridiculise tes confrères ! Si l'un d'eux, par hasard, est doué de vraies qualités verbales, fais courir perfidement la rumeur que ce qu'il dit n'est pas de lui et qu'il s'est affublé de dépouilles étrangères. S'il est moyen, prétends qu'il est nullissime ! Dans les salles, arrive en dernier : c'est ainsi qu'on se distingue. Une fois les auditeurs attentifs, lance–toi dans un éloge enflammé, voire dégoulinant, au point que tes hyperboles choquantes leur donneront la nausée. Refuse les applaudissements : c'est trop vulgaire ! Ne te lève pas non plus ! Ou alors une ou deux fois, pas plus. Que ton sourire consiste en une moue méprisante ; ne te contente jamais de ce qu'on dit : les critiques sont nombreuses, acerbes, et l'oreille humaine est toujours ouverte aux pires calomnies. Pour le reste, ne t'affole pas ! Du culot et du mensonge, tu dois en avoir à revendre. Fais des serments sur tout et n'importe quoi ; que la jalousie soit ton fer de lance ; répands la haine, la calomnie, les rumeurs les plus insidieuses : c'est avec ces ingrédients que tu seras vite célèbre et que tous les regards se tourneront vers toi. Telle sera ton attitude envers ton public.

 

23. Pour ce qui concerne ta vie privée, livre–toi sans complexe à toutes les turpitudes. Sois joueur, enivre–toi, sois un débauché, couche avec des femmes mariées ; si tu n'es pas adonné à ces vices, au moins vante–toi de les pratiquer. Crie partout que tu es d'une insatiable sensualité, et montre au grand jour les billets doux envoyées par tes maîtresses. Sois tiré à quatre épingles afin qu'on pense que tu es toujours en quête de chair fraîche. Les gens se diront que cette frénésie sexuelle est à mettre en rapport avec ton génie oratoire : ainsi, ta réputation hantera les gynécées. Mais je dirai même plus : n'aie pas honte d'être un objet d'attirance pour les mâles - pour une chose que je ne citerai pas -, malgré ta barbe et ta calvitie… Un autre conseil : sois entouré d'une clique de mignons. Si tu n'en connais pas, ce n'est pas grave, et des esclaves feront l'affaire. En un mot, ces choses sont nécessaires à la Rhétorique, car elles permettent de polir l'insolence et l'effronterie. Regarde les femmes : elles jacassent bien plus que les hommes, et l'injure fuse aisément de leur bouche. Qu'elles soient un modèle pour toi, et tu triompheras à bras le corps de tes rivaux. Autre remarque, ton corps doit être impeccablement épilé, tout au moins en certains endroits. Ta bouche doit pouvoir s'ouvrir à tout moment, et ta langue doit servir, non seulement à tes palabres, mais à autre chose... Qu'elle se déverse en barbarismes et solécismes, qu'elle s'ingénie à raconter des fadaises, à jeter son venin, à lâcher des mots d'oiseau, soit, mais qu'elle soit apte aussi à agir de nuit, au cas où tu seras lassé de tes maîtresses. Que cette langue soit baladeuse et qu'elle ne répugne à rien…

 

24. Si tu as bien écouté mes conseils, cher enfant – ce n'est pas très difficile – en un rien de temps, tu deviendras un rhéteur brillant, mon portrait craché. À quoi bon m'étendre sur les avantages que procure l'éloquence. Regarde-moi : je suis le fils d'un père inconnu, à peine libre, qui avait dû trimer plus lourdement que Xoïs et Thmouis [19] ; quant à ma mère, elle était couturière, et elle était toute gentille. Moi aussi, petit garçon, j'étais gentil, très accommodant, au point de faire mon apprentissage chez un débauché, un peu pingre au demeurant, mais à qui je m'offris généreusement… Rapidement, le métier me rapporta un fameux pécule, et je compris que j'allais gravir des sommets, car j'étais doté – qu'Adrastée me pardonne ! – de magnifiques provisions de voyage : j'étais en effet déjà décomplexé, inculte, menteur, canaille, et j'abandonnai mon affreux nom de Pothinos, pour adopter le patronyme du fils de Zeus et de Léda. Ensuite, je devins le « gigolo » d'une vieille peau de soixante–dix ans ; je lui fis croire à mon amour, alors qu'elle n'avait que quatre dents, et encore, retenus par un fil d'or ! La misère m'avait contraint à ce dur labeur. J'avais tellement faim que ces gros bécots donnés sur le corbillard étaient d'une béatitude exquise. J'aurais pu hériter des biens de la vieille, si un esclave n'avait révélé en place publique que je lui avais acheté da la mort-aux-rats…

 

25. Je fus mis à la porte. Depuis, j'ai tout ce qu'il me faut pour vivre convenablement. Je suis rhéteur. Je me trimbale dans les tribunaux, bien que je trahisse sans arrêt l'idéal de la justice, laissant miroiter à mes clients - tous assez niais pour avaler mes salades - l'indulgence des juges. En effet, je perds presque toujours mes procès. Mais je m'en contrefiche, et ma demeure n'en est pas moins ornée d'une palme tressée en couronne : c'est attractif pour mes malheureuses victimes. Je passe pour un malfrat et on me méprise beaucoup ; on a en horreur ma vie dissipée, mais on s'indigne plus encore de la teneur de mon baratin. On me montre du doigt, et on me prétend expert dans l'art de l'ignominie. Eh bien, grâce à ces vertus, je me dresse bien au–dessus de la médiocrité. Et voilà, je t'ai dressé, au nom de l'Aphrodite publique, la liste des bons conseils à suivre. Quant à moi, fier de les avoir adoptés, je leur suis toujours fidèle. »

 

26. Mais il suffit : le galant a d'autres histoires à raconter. En te soumettant à mes préceptes, tu arriveras au bout de ton désir ; tu seras le roi des tribunaux, tu brilleras de mille feux aux yeux de la foule, tu seras un objet d'adoration et tu prendras la main, non pas d'une vieille folle de comédie, mais d'une beauté sans défaut qui se nomme la Rhétorique ; dès lors, tu pourras t'arroger ces mots, par lesquels Platon définit Zeus : « Celui qui vole sur un char aux ailes rapides ». Moi, trop vieux et trop veule, je passe le relais. Je renonce à m'élever jusqu'à la Rhétorique : le tribut que j'ai payé n'est pas le tien. J'arrête. Toi, gagne tes palmes sous te rouler dans la fange. Sois admiré de tous. Si la victoire te sourit, dis-toi que ce n'est pas dû à un apprentissage éclair, mais parce que ta route était douce et droite.

 

 

 

 

 

 

Notes

 

 

[1] « Sophiste » n'avait pas le sens péjoratif qu'il a pris par la suite. [retour au texte]

[2] Hésiode, Théogonie, 30. [retour au texte]
[3] Hésiode, Travaux et Jours, 290. [retour au texte]
[4] Id., 308. [retour au texte]
[5] On peut faire un rapprochement avec un passage de Pline l'Ancien, Hist. nat. XXXIV, 19. [retour au texte]
[6] Il s'agit de Démosthène. Cf. le Songe, 7. [retour au texte]
[7] Il s'agit d'Eschine. [retour au texte]
[8] Personnage particulièrement raffiné. [retour au texte]
[9] Aristophane, Thesmophories. [retour au texte]

[10] Sur ces courtisanes devenues des héroïnes de la comédie grecque, cf. Athénée, XIII. [retour au texte]
[11] Platon, Apologie de Socrate, V
[retour au texte]
[12] C'était un rhéteur de cette époque.
[retour au texte]
[13] Dialogue des courtisanes, XIV, 2.
[retour au texte]
[14] Cf. Lexiphane, 21.
[retour au texte]
[15] Quelques-unes de ces expressions se trouvent dans l'Onomasticon de Pollux.
[retour au texte]
[16] Lucien s'est servi de ce mot dans le traité de la Danse, 69, et dans le Lexiphane, 14.
[retour au texte]
[17] Cf. Lexiphane, 21.
[retour au texte]

[18] Démosthène était né à Péanée, une bourgade de l'Attique. [retour au texte]
[19] Noms d'esclaves égyptiens.
[retour au texte]

 

 

 

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