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Historiographie du XIXe siècle 

 

Berthold Georg Niebuhr (1776-1831)


Texte :

-- Histoire romaine, trad. B.A. de GOLBÉRY, 3 vol., Bruxelles, 1830-1838.

Études :

--BRIDENTHAL R., Was there a Roman Homer ? Niebuhr's Thesis and its Critics, dans History and Theory, XI 2, 1972, p.193-213.

-- MOMIGLIANO A., Alle origini dell'interesse su Roma arcaica : Niebuhr e l'India, dans Rivista storica italiana, 92, 1980, p.561-571.


 

Jugement sur de Beaufort et sa Dissertation

Beaufort est ingénieux : il a beaucoup de lecture, quoiqu'il ne soit pas philologue. Quelques uns de ses chapitres sont très-bons et exécutés d'une manière satisfaisante, comme il y en a d'autres qui sont très-faibles et très-légers ; Bayle est son maître en tout et complètement; le scepticisme est l'âme de son ouvrage ; il ne veut que nier et détruire, et s'il essaie quelquefois de réédifier, il n'en résulte que des choses faibles et insoutenables. Néanmoins l'influence et la réputation de son ouvrage se sont extraordinairement répandues ; car l'histoire romaine avait presque entièrement échappé à l'attention et aux soins des philologues : ceux qui s'en occupaient le plus, mais comme de toute autre histoire, étaient des gens du monde pleins d'esprit, pour l'usage desquels elle fut alors écrite par plusieurs auteurs, qui n'eurent ni la prétention ni la volonté d'y mêler des recherches et de l'érudition. Ceux d'entre nous qui ne dédaignèrent pas entièrement les premiers siècles, comme étant de peu d'importance, se tenaient contens des investigations de Beaufort, et y renonçaient. L'histoire de Gibbon, qui est un chef-d'œuvre éminent, même pour le philologue, ne touche point ces régions (Histoire romaine, Préface, p. XII-XIII).

 

Naissance et premières années de Romulus et Rémus : légende et histoire

C'est là le vieux récit tel que l'avait écrit Fabius, et tel qu'on le chantait encore au temps de Denys d'Halicarnasse, dans de vieux hymnes sacrés. Sans doute ce n'est rien moins que de l'histoire, et l'essence en est le merveilleux. On peut ôter à ce merveilleux son caractère original; on peut tant omettre, tant changer, qu'à la fin on obtiendra pour résultat un évènement possible ; mais aussi il faudra bien se persuader que le résidu ne sera nullement un fait historique. Les récits mythologiques de ce genre sont des formes vaporeuses, ou même une fata morgana dont l'image primitive est invisible, dont la loi de réfraction nous est inconnue ; et n'en fût-il pas ainsi, nul esprit ne serait doué d'assez de savoir et de sagacité pour parvenir à démêler les traits primitifs, au milieu du mélange bizarre de ces formes. Cependant différentes des songes, ces images magiques ne sont pas dépourvues d'un fond caché de réalité. On comparerait mieux aux rêves les fictions inventées par les Grecs, quand déjà la tradition était éteinte, quand chacun changeait, selon son caprice, les récits de l'antiquité, sans faire attention que leur variété et leur divergence étaient l'œuvre de toute la nation, et non le domaine dont chacun pouvait disposer (Histoire romaine, t. I, p.205-206).

 

Divinisation de Romulus : de la poésie à l'histoire

Ce sont là les traits essentiels de la narration traditionnelle telle qu'elle fut, pendant des siècles, pour les Romains, qui la regardaient comme sacrée, telle que la célébraient les chants religieux. Mais il vint un temps où la simple crédulité perdit sa force, où l'autorité de l'histoire véritable acquit d'autant plus d'importance, que déjà elle comprenait un plus long espace, et que la vie politique et la grandeur de la nation avaient pris plus d'accroissemens. Alors parurent des écrivains qui commirent les plus lourdes fautes, non-seulement envers cette tradition, mais envers toutes celles de l'antiquité. Ce sont ceux que Denys et Plutarque citent avec éloge comme étant plus sensés, ceux qui racontaient des choses vraisemblables et recherchaient toujours ce qui était croyable. Le censeur L. Pison, contemporain des Gracques, s'il n'est, comme je le crois, l'auteur de cette méthode (qui cependant avait eu des exemples chez les Grecs), est à coup sûr celui de tous les annalistes qui en fait l'usage le plus décidé; il méritait d'ailleurs beaucoup de considération, mais dans ce que l'on connaît de ses annales, son esprit se montre pauvre et son jugement faux. Tout le vœu de ces historiens était de gagner à l'histoire les temps mythologiques ; ils partaient de la supposition que, sous les récits poétiques, il y avait toujours un noyau de sèche réalité, et leur système était de parvenir à le découvrir en le dégageant du merveilleux (Histoire romaine, t. I, p.217-218).

 

Histoire poétique, mythique, époque historique

Avec Tullius Hostilius commence un nouveau siècle, et un récit dont le fond est historique et d'un tout autre genre que celui qui concerne les temps antérieurs. Chez tous les peuples, l'époque entièrement poétique, celle qui est avec l'histoire dans un rapport tout-à-fait irrationnel, est séparée de l'époque réellement historique par un mélange dont la nature peut être désignée sous le nom d'histoire mythique. Elle n'a point de limites fixes, mais s'étend jusqu'au moment où commence l'histoire contemporaine, et son caractère est d'autant plus marqué, que la nation a été plus riche en chants héroïques, et que les auteurs venus dans la suite se sont moins attachés à remplir les lacunes au moyen des monumens et des titres, en négligeant les chants et sans animer l'image du passé. C'est ce qui fait qu'on retrouve ce mélange pour le moyen âge dans le Nord et en Espagne, tandis qu'il s'en rencontre à peine une trace là où il n'y avait point de chants historiques, par exemple en Italie. Chez les Grecs, la guerre des Perses porte encore le caractère de liberté de la fiction épique, et pour les temps plus anciens, presque tout ce qu'il y a d'animé et d'attrayant dans leur histoire est poésie. Dans celle des Romains, la fiction proprement dite ne descend guère plus bas, quoiqu'on la voie reparaître de temps en temps, et même encore au cinquième siècle. Jusqu'à la guerre de Pyrrhus, époque où du moins des contemporains étrangers s'en occupèrent, cette histoire languit sous des altérations opérées à dessein. C'est pure corruption : la narration poétique est quelque chose d'autre, mais aussi quelque chose de mieux que l'histoire toute nue, puisque nous ne retrouvons dans celle-ci que ce qui dans la vie nous fatigue et nous inquiète. Il y a ce rapport entre l'histoire poétique et la mythologie, que la première repose toujours et nécessairement sur un fond historique, et que la plupart du temps elle prend ses sujets à l'histoire, telle qu'elle nous est transmise dans des récits librement conçus, tandis que la mythologie emprunte les siens à la religion et à de plus vastes fictions, et ne prétend point passer pour de l'histoire selon le train des choses ordinaires de ce monde, quoique, faisant son séjour sur cette terre, elle ne puisse avoir d'autre théâtre. Pour citer des exemples, Hercule, Romulus, Sigefroi appartiennent à cette dernière; Aristomène, Brutus et le Cid à l'histoire poétique (Histoire romaine, t. I, p.228-229).

 

Objectif d'un historien moderne de la Rome royale

J'ai rapporté l'histoire de la splendeur et de la chute du dernier roi sans aucun ornement, comme elle se sera trouvée écrite dans ces simples annales dont la sécheresse paraissait engager la conscience de Cicéron, et décida Tite-Live à décorer richement l'histoire de Rome. Ce qui pouvait être harmonieux dans un historien indigène et poétique, serait discordant dans un ouvrage écrit dix-huit cents ans plus tard par un étranger, par un critique. Sa tâche est de rétablir la vieille tradition, en y réunissant des choses qui nous ont été conservées éparses, et que l'on a négligées dans le récit classique devenu dominant ; enfin, de la débarrasser des arguties savantes par lesquelles l'érudition l'a défigurée. La vie et les couleurs qu'il peut donner à son récit, consistent surtout à rétablir avec clarté les traits de cet ancien poème anéanti. S'il nous était resté de Fabius ou de Caton un récit tout simple, je me serais borné à le traduire, à y joindre et à y réunir les restes d'autres narrations ; enfin, j'y aurais ajouté un commentaire tel que celui que j'écris maintenant pour mon propre texte.

Autant il est certain que Rome possédait des livres sibyllins, sans que personne puisse dire qui les avait écrits, ou puisse dire autre chose, sinon que la Sibylle était d'invention poétique, autant il est indubitable que Tarquin le tyran a existé, et qu'il fut le dernier roi de Rome ; il est en même temps au-dessus des forces de la critique de pénétrer plus avant, et de séparer du poème ce qui est historique; la seule chose qui lui soit possible, c'est de montrer ce qu'il en est (Histoire romaine, t. I, p.484-485).

 

D'où vient la stabilité des oligarchies ?

Nous avons peine à saisir et à concevoir l'esprit dans lequel les anciennes oligarchies conservaient le pouvoir dont elles abusaient toujours ; mais il se manifeste suffisamment dans le serment que quelques États de la Grèce exigeaient de leurs membres, d'être hostiles à la commune et de conseiller ce qui pourrait lui nuire. Cela paraît impossible à ceux qui ne connaissent que les rapports doux et bienveillans qui existent dans les monarchies ; mais dans les républiques il s'est conservé jusqu'à nos jours des traces de cet horrible esprit. C'est pour cela qu'à Fribourg, il n'y a pas encore cinquante ans, on punit comme des traîtres d'honnêtes membres du gouvernement, qui conseillaient de rendre aux bourgeois et à la campagne les droits qu'on leur avait enlevés. C'est cet esprit qui, à Schwitz, a privé les nouveaux sujets de leurs franchises, et qui, dans l'Amérique septentrionale, a mis au nombre des crimes l'instruction donnée aux hommes de couleur. Enfin, c'est cet esprit infernal qui a dicté à Sparte de tyranniques mesures contre les ilotes et les sujets, et à Florence celles qui désolèrent Pise (Histoire romaine, t. II, p.307-308).

 

Récit poétique de la chute de Veïes (396 a.C.)

La simple narration que les Annales nous ont donnée sur cette guerre, s'arrête ici. Quant à ce qui concerne la prise de la ville, le récit a fait place à une invention poétique, qui fait partie des chants populaires, ou, si l'on veut, de la tradition sur Camille ; chacun a là-dessus ses idées. Les traits de cette narration épique sont entièrement inconciliables avec l'histoire ; ils composent un ensemble qui, depuis ce moment, embrasse tout ce qui s'est passé jusqu'à la dernière victoire sur les Gaulois au mont Albain ; Plutarque nous en a conservé la substance dans sa biographie de Camille. Dans cette tradition Veïes est l'Ilion des Romains ; et c'est ce qui fait durer le siège dix ans : c'est elle qui rattache la reddition de la ville au prodige du lac d'Albe ; c'est elle qui rend les dieux arbitres de son sort ; c'est elle encore qui fait expier la chute de Veïes au peuple vainqueur et au général qui la commandait. A partir de cet instant le sol historique nous manque entièrement. Je raconterai ce poème, en essayant de le ramener à sa forme primitive (Histoire romaine, t. II, p.464-465).

 

Jugement sur Tite-Live

Il serait fort injuste d'attribuer à un esprit de dénigrement ce que nous avons dit de la narration de Tite-Live. Ces sortes de critiques n'ôtent rien à son impérissable gloire : dès que l'on fait abstraction du genre de mérite auquel il prétendait le moins, rien ne trouble plus l'homme impartial dans son admiration pour ce grand historien. S'il y avait des lecteurs assez mal avisés pour s'en éloigner, sous prétexte que ses récits manquent de consistance historique, il faudrait les plaindre de ce travers, et en même temps il faudrait le flétrir. Je devais cette explication. Quand on a préféré un rapport aride et négligé à une narration faite de main de maître et connue de tout le monde, il faut bien se justifier ; il faut bien prouver qu'on n'a pas abandonné le beau par pur amour du paradoxe. Si le lecteur m'a suivi jusqu'ici avec intérêt, je ne puis lui être resté étranger, et il croira sans peine à la sincérité du jugement que j'ai porté sur Tite-Live dès les premières pages de cette histoire. Nulle part il n'a poussé plus loin cette supériorité et cette richesse de coloris, qualités qui, bien des siècles après, devinrent le partage des peintres Vénitiens, nés sous le même ciel. Il n'y a rien de plus animé dans aucun des historiens des deux nations de l'antiquité (Histoire romaine, t.II, p.526-527).

 

Défense des plébéiens, à propos de la lex Licinia-Sextia sur l'accès au consulat

Tite-Live fait faire par son tribun une objection en apparence très-forte ; si dans un danger pressant de la patrie, le plus grand homme de son époque demandait le consulat pour sauver son pays, et qu'il fût un patricien (son Appius ne pouvait nommer que Camille, notre pensée s'attachera plus justement à Scipion), si ce patricien avait pour concurrens d'autres patriciens de mérite, et qu'il se trouvât parmi les candidats un plébéien, un démagogue sans considération, ne serait-il pas absurde de voir son élection contestée et peut-être manquée, tandis que le plébéien n'aurait qu'à attendre tranquillement la sienne.

L'historien n'aurait pas dû reproduire cette objection sans y répondre; car ses lecteurs auraient pu regarder comme incontestable ce qu'il ne réfutait que négligemment. Tite-Live aurait dû faire dire par Licinius, que pendant long-temps encore Rome ne verrait parmi les candidats au consulat que des hommes éprouvés à la guerre, et que le concurrent plébéien du plus grand capitaine ne serait pas inférieur à son concurrent patricien, lors même qu'aucun des deux ne pourrait s'élever à sa hauteur. Il fallait ajouter qu'un plébéien pouvait, comme tout autre, devenir le héros de son temps, pourvu qu'on ne lui enlevât point les rayons vivifians de la souveraine puissance. Mais les patriciens ne voulaient point qu'il se présentât un plébéien de cette trempe, ils préféraient en priver la république : on ne l'eût admis que dans les rangs inférieurs, heureux qu'un consul patricien voulût bien condescendre à l'interroger et à l'écouter. Cette disposition sur le partage du consulat, cette mesure tant critiquée, n'était devenue nécessaire que parce qu'on avait acquis l'expérience d'une mauvaise volonté incorrigible. Il n'est pas douteux que si le premier ordre eût été de bonne foi, l'élection du plus digne, sans distinction de caste, eût toujours prévalu (Histoire romaine, t. III, p.8-9).

 

L'historien comble les lacunes de la documentation

Trop souvent mon histoire s'est bornée à mettre en évidence la fausseté des récits de Tite-Live; néanmoins il fallait bien qu'elle les répétât : il en serait encore de même ici, si nous n'avions sur ces anciens événemens [les guerres de Rome avec les peuples voisins] des notions assez complètes pour en restaurer l'esquisse, qu'on avait défigurée à dessein. Il faut absolument à l'histoire un récit suivi des grands événemens qui ont élevé Rome à cette hauteur d'où elle a pu aspirer à la domination de toute l'Italie. J'entreprendrai ce récit, bien persuadé qu'il sera plus près de la vérité que celui qui se prétend historique. Je n'ignore pas néanmoins que si l'on peut reconnaître avec certitude ce qui est d'invention, on ne peut, après l'avoir effacé, remplir les lacunes de la narration qu'au hasard et par forme d'approximation. Mais les dieux se refusèrent-ils à ressusciter Pélops, parce qu'il fallut lui donner une épaule d'ivoire ? Notre travail ressemble beaucoup à celui du naturaliste qui dégage d'élémens étrangers un squelette d'ossemens fossiles rassemblés avec trop de légèreté. Si la fortune lui sourit, ce qui manque après cette opération, il le restaure, et d'après l'ensemble de la constitution de l'animal il reproduit dans ces desseins cet être autrefois animé. Ce naturaliste conviendra néanmoins qu'il peut errer dans certaines parties ; car il est impossible pour lui comme pour tout autre, de retrouver, au moyen d'une sorte de divination, l'œil, la couleur et les formes de tous les membres. Cependant il en a fait assez pour la science (Histoire romaine, t. III, p.107-108).

 

Mission de l'historien Niebuhr

La mission que je me suis donnée est de rendre l'histoire romaine aussi claire que me le permettent mes forces et les matériaux que j'ai à ma disposition : je veux que l'on puisse se familiariser avec elle, et la connaître aussi bien que l'histoire des époques les plus récentes : j'en excepte toutefois l'histoire contemporaine et celle qui la précède immédiatement. Or, une partie essentielle de ma vocation est de faire connaître les peuples et les États avec lesquels Rome, au fur et à mesure qu'elle a étendu son territoire, s'est trouvée en relations d'amitié ou en état de guerre. Il faut qu'au lieu d'un nom tout sec, comme le serait celui des Épirotes et des Étoliens, le lecteur sache par des traits généraux, quelle était alors l'étendue de leur territoire, quelle était leur constitution, quelles étaient leurs mœurs. Ces descriptions sont, en général, le fruit d'une disposition intérieure qui de bonne heure a porté mon attention vers tout ce qui nous restait de renseignemens sur des époques et des nations négligées par les historiens. Dans ces détails il ne m'a pas fallu moins de peine que pour débrouiller le chaos des anciens temps de l'histoire romaine : toutefois j'éviterai d'agrandir le plan d'un ouvrage dont l'étendue est tellement déterminée par la nécessité, que j'ai peu d'espoir de le terminer, maintenant que je suis sur le seuil de la vieillesse (Histoire romaine, t. III, p.144).

 

Réflexions sur la conquête

Il est un raisonnement philosophique qui veut que jamais la valeur d'une conquête ne compense ce qu'elle a coûté, ni la perte d'hommes évalués comme richesse nationale ; mais une connaissance approfondie de l'histoire en fait voir l'erreur. Ce raisonnement peut être vrai en ce qui concerne l'aisance des citoyens de l'État conquérant, surtout lorsque le fardeau de l'impôt cause une diminution dans les fortunes ; mais il est faux, appliqué à la nation. Quand elle demeure florissante, elle reçoit de la conquête une vie nouvelle, une activité de commerce, une puissance, une importance qui bientôt rendent à la population des accroissemens qu'elle n'aurait jamais reçus sans les sacrifices passagers qu'elle a soufferts. La Sicile, dans l'état où était l'île quand les légions romaines y vinrent pour la première fois, était une acquisition qui promettait de compenser beaucoup de sacrifices ; dépouillée, épuisée comme elle l'était quand elle fut cédée aux Romains, elle ne pouvait sans doute les indemniser. Si le peuple romain se fût contenté de la domination de l'Italie, il fût demeuré plus noble et plus pur. Mais Carthage étendait sa domination sur l'ouest, c'était l'époque de la formation de grands États, et l'on ne peut blâmer Rome d'avoir entrepris une lutte dont la récompense ne fut pas immédiate. Elle ne pouvait être différée long-temps. Sans cette guerre, il est vrai, le génie d'Amilcar ne se fût point éveillé, et Annibal n'en aurait point hérité (Histoire romaine, t. III, p.567).


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