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Suétone (généralités)

Vie de César (généralités) - (latin 85 K) - (traduction 200 K)


  Suétone, Jules César, 36

 XXXVI. Revers de ses lieutenants. Ses dangers

(1) Dans le cours de toutes les guerres civiles, César n'éprouva de revers que par le fait de ses lieutenants. C. Curion, l'un d'eux, périt en Afrique; un autre, C. Antoine, tomba au pouvoir de ses adversaires, en Illyrie. P. Dolabella y laissa aussi sa flotte, et Cn. Domitius Calvinus perdit son armée dans le Pont.

(2) Lui-même obtint toujours de brillants succès, et ne fut en danger que deux fois: l'une à Dyrrachium, où, repoussé par Pompée, qui ne songea pas à le poursuivre, il dit que cet adversaire ne savait pas vaincre; l'autre, au dernier combat livré en Espagne, et où ses affaires parurent si désespérées, qu'il songea même à se donner la mort.

(1) Omnibus ciuilibus bellis nullam cladem nisi per legatos suos passus est, quorum C. Curio in Africa periit, C. Antonius in Illyrico in aduersariorum deuenit potestatem, P. Dolabella classem in eodem Illyrico, Cn. Domitius Caluinus in Ponto exercitum amiserunt.

(2) Ipse prosperrime semper ac ne ancipiti quidem umquam fortuna praeterquam bis dimicauit: semel ad Dyrrachium, ubi pulsus non instante Pompeio negauit eum uincere scire, iterum in Hispania ultimo proelio, cum desperatis rebus etiam de consciscenda nece cogitauit.


Commentaire

C. Curion : personnage déjà cité au ch. 29; chargé par César de prendre la Sicile, puis de passer en Afrique (Guerre civile, I, 30, 2), Curion remporte d'abord une victoire sous les remparts d'Utique. Il s'apprête à investir la ville quand il est attaqué par Juba (été 49) : ses troupes sont complètement défaites et lui-même meurt au combat.

C. Antonius : frère de Marc Antoine, le futur triumvir. En 49, bloqué par la flotte pompéienne sur l'île de Curicta, dans l'Adriatique, il est contraint de se rendre (Florus, Tableau de l'histoire romaine, II, XIII, 31). Préteur en 44, proconsul de Macédoine l'année suivante, Antonius est fait prisonnier par Brutus à Apollonie et exécuté probablement au début de l'annéee 42.

P. Cornelius Dolabella : « a sinister and disquieting figure » (R. Syme, The Roman Revolution, Oxford, 1960, p.69). Né vers 80, Dolabella commande en 49 une flotte césarienne dans l'Adriatique et est battu. Il prendra encore part à la bataille de Pharsale, devient tribun de la plèbe en 47 et consul en 44 (après l'assassinat de César). Il avait épousé Tullia, la fille de Cicéron mais s'en est séparé rapidement. Notons que les déconvenues des lieutenants de César C. Antonius et Dolabella en Adriatique n'apparaissent plus dans les manuscrits de la Guerre civile : il y a une lacune à l'endroit où César aurait dû les raconter (cf. Guerre civile, éd. P. Fabre, Paris, Les Belles Lettres, 1954, t.I, p.107, n.3).

Cn. Domitius Calvinus : tribun de la plèbe en 59, et à cette époque opposé à César, il se rallie à celui-ci et accède au consulat en 53. Domitius participe à la bataille de Pharsale puis devient légat de César, ou proconsul, en Asie au moment où Pharnace entreprend les opérations dont il a été question au chapitre précédent. Domitius marche contre le roi mais est sévèrement battu à Nicopolis (fin 47).

Dyrrachium : Pompée aurait pu non seulement s'échapper de Dyrrachium mais exploiter son succès et poursuivre les troupes de César en déroute. Cet épisode est raconté de façon détaillée par Plutarque (César, 39).

Dernier combat : à Munda, victoire totale de César mais après une phase où ses légions ont été en grande difficulté. Voir le récit de Plutarque, César, 56, 2-4.

 


[16 novembre 2005]