Tacite - Germanie - V à VIII - Notes

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forêts (V 1). Cf Pomponius Mela (III 3, 3); Pline (NH XVI 5-6). Ce paysage se rencontre surtout à l'est et au nord-est, dans les régions conquises par Rome, soit à partir de Mayence vers le Taunus, ou de Vetera vers la forêt de Teutobourg. Les immenses forêts de la Germania[...]horrida selon Horace (Carm. IV 5, 26) étaient insolites pour les Méditerranéens habitués à un environnement plus aride. César (G. VI 25) avait déjà donné une description de la forêt hercynienne, qui s'étendait du cours moyen du Rhin vers l'Est jusqu'à la Vistule. Cf XXVII 2; XXX 1. Tacite, beaucoup moins précis dans ses localisations, cite aussi l'Abnoba (Cf. I 2), la silua Caesia (Cf. Ann. I 50, 1) probablement dans la région d'Essen, et le saltus Teutoburgensis (Cf. Ann. I 60, 3). Par ailleurs, tirer parti des marécages était primordial dans la stratégie d'Arminius contre les Romains. Cf Ann. I 63-68.

humide (V 1). Surtout entre le Rhin et la Weser (Visurgis) où le climat maritime est favorable aux précipitations.

Norique (V 1). Cette région comprise entre le Danube au nord, la Pannonie à l'est et la Rétie à l'ouest, devint province romaine en 16 A.C.

Pannonie (V 1). Cf. I 1; XXVIII 3.

l'or (V 2). Lieu commun fréquemment utilisé. Cf. Virgile (En. III 57); Horace (Carm. III 3, 49) ; Ovide (Met. I 140).

Qui (V 2). En contradiction avec la découverte en Germanie en 47 p. C. d'un filon d'argent par Curtius Rufus qui le fit exploiter par ses soldats. Cf. Ann. XI 20, 3. Tacite n'en était peut-être pas encore informé à l'époque où il composait la Germanie.

ne conçoit pas (V 3). Cf. XXIV 1. Toutefois Tacite fait ailleurs allusion à la cupidité des Germains. Cf Hist. IV 76, 4.

vaisselles d'argent (V 3). Cf XIII 3. L'exemple le plus spectaculaire est le trésor de Hildesheim qui comporte des pièces des époques d'Auguste et de Néron. Cf. Dossiers Histoire et Archéologie n° 54, Juin 1981.

dans le voisinage du Rhin et du Danube (V 3). Les Germains vendaient aux Romains des chevelures, des peaux de bêtes et de l'ambre en échange de produits du Midi. Cf. II 2; XVII 1; XXIII ; XLV 4.

troc (V 3). Cf. XVIII 2.

obsolète (V 3). Ces pièces sont d'époque républicaine.

dentelées (V 3). Ce sont les serrati, deniers d'argent à bords dentelés.

biges (V 3). L'avers de ce denier d'argent (bigatus) porte l'effigie du char de la victoire attelé de deux chevaux.

fer (VI 1). L'allusion au fer permet la transition vers les armes. Ce métal est davantage présent en Germanie que Tacite le prétend ici (Cf. XLIII 1), alors qu'il veut surtout continuer à décrire la vie des Germains comme primitive.

armes (VI 1). Le point de comparaison de Tacite est évidemment l'armement romain. Les Romains connaissent les combattants Germains comme alliés ou comme ennemis, mais surtout ceux qui sont proches du Danube et du Rhin. Cf. XXIX 1; Ann. II 14, 2-3.

rarement (VI 1). En fait un glaive à double tranchant est communément utilisé en Germanie depuis le 1er siècle A.C. Cf. XVIII 2, XXIV 1, XLIV 1. Les grandes piques sont comparables aux  gaesa des Gaulois. Cf. Ann. I 64, 2; II 14, 2

framées (VI 1). Comme pour barditus (Cf. III 1), Tacite donne l'adaptation en latin d'un mot local (* framjô: "qui presse de près"). La framée correspond par sa fonction à la fois au gladius et au pilum de l'armement romain. De nombreux exemplaires en ont été découverts par les archéologues.

bouclier (VI 1). Il est en osier tressé ou constitué d'une mince planche de bois (Ann. II 14, 3 ). Cf. II 1, VI 4.

traits (VI 1). Ces missilia demeurent difficiles à identifier.

nus (VI 1). Cf. Hist. II 22, 1. Certains y voient un lieu commun concernant les guerriers barbares, comme c'est le cas de Diodore de Sicile (V 30, 3) pour les Gaulois. Cela peut aussi signifier que les Germains ne sont pas protégés par des cuirasses. Dans l'art romain (p. ex. la Colonne Aurélienne), les Barbares sont figurés avec la poitrine découverte, mais portent des pantalons et parfois un manteau court.

couleurs (VI 1). Cf. Ann. II 14, 3. On a découvert les restes de six boucliers en Scandinavie, dont trois sont entièrement bleus, les autres bleus et rouges. Le vermillon est obtenu au moyen de cinabre, le bleu est composé d'oxyde de cuivre, comme pour la faïence égyptienne.

cuirasses(VI 1). Le port de cuirasses de cuir est envisageable, même si elles n'ont pas pu être préservées dans les tombes. Le contraste reste important avec la cuirasse métallique des Romains. La distinction entre cassis en métal et galea en cuir est faite par Isidore de Séville (Etym. XVIII 14, 1). L'emploi des deux termes est assez indistinct pour l'ensemble des auteurs, sauf pour César (G. VII 45, 2), qui fait mention de cassides pour les cavaliers, tandis que les allusions aux galeae renvoient à l'infanterie.

chevaux (VI 2). Cf. V 1; César G. IV 2, 2; VII 65, 5.

L'infanterie (VI 3). C'est particulièrement vrai pour les Chattes (XXX 3) au contraire des Tenctères (XXXII).

se mêlent-ils (VI 3). Cf César (G. I 48, 5) où il est question de l'armée d'Arioviste. Quand César recourt à des cavaliers germains, il les fait accompagner de fantassins (Cf. G. VII 65, 4). Il usa avec succès de la même tactique avec ses propres troupes au cours de la guerre civile (Cf. C. III 75, 5; 84, 3).

canton (VI 3). Pagus désigne des subdivisions de tribus. Cf. César (G. I 12, 4-5).

coins (VI 4). Cette colonne d'attaque (cuneus), dont la tête est plus étroite que le bout, sert à rompre les lignes ennemies. Cf. Hist. IV 20, 6. En fait, les Germains se rangeaient en plusieurs coins qui, réunis en un seul, avaient la forme d'une énorme tête de sanglier. Cf. Ammien Marcellin (XXVII 1, 1).

reculer( VI 4). Tacite donne un éclairage moral à une situation voulue par la différence d'armement des Romains et des Germains. Cf. Ann. II 14, 3 . L'infanterie romaine, plus lourdement armée est plus à même de faire barrage et pression que celle des Germains. La suite du texte permet d'établir que les Germains faisaient la différence entre repli stratégique et fuite.

sans son bouclier (VI 4). Lieu commun depuis Archiloque (Cf. F. Lasserre et A. Bonnard. Fragments. Vers élégiaques, frg 13 - Ed. Belles Lettres), souvent repris, notamment par Horace (Carm. II 7 , 9 -10). Tacite y recourt pour stigmatiser le déshonneur que représente sur le plan social la fuite du combattant.

assemblée (VI 4). Tacite la désigne par concilium pour la différencier de la contio romaine.Cf. XI; XII; XIII 1.

se pendent (VI 4). Cette forme de suicide est jugée infamante par les Romains. À rapprocher du passage sur le châtiment infligé aux traîtres (XII 1).

rois (VII 1). La distinction établie avec les duces ou chefs militaires, entre nobilitas et uirtus, rejoint celle faite dans le contexte romain entre les nobles et les hommes nouveaux et ne s'applique peut-être pas vraiment à la réalité germanique. Cf. Salluste (Iug. LXXXV). Le terme de rex désigne auprès de peuples étrangers des hommes de pouvoir plus ou moins autocratique. Cf. XLIV et XLV 6. On peut déduire d'autres passages que la plupart des États de Germanie sont soumis à des rois, dont le pouvoir est limité (cf. Ann. XIII 54, 1), et à des chefs, le plus souvent militaires, désignés dans la suite de l'oeuvre sous l'appellation de principes ou plus vague de proceres. Cf. X 2; XI 1- 2; XIII 1; XIII 3; XIV 1. Ce sont des hommes pour qui l'exercice du pouvoir est lié aussi à leur naissance, comme c'était le cas d'Arminius. Cf. XIII 2; Ann. I 55, 2. L'exercice de la justice est aussi confiés à des principes. Cf. XII 2.

Mais (VII 1). Ceterum introduit un contraste fort pour marquer la limitation de la potestas des rois et de l'imperium des chefs de guerre.

prêtres (VII 1). Ils semblent avoir été au départ les gardiens des lois. Cf. X ; XI 2; XII 1.

dieu (VII 1). Tiwaz ou Wodan, respectivement identifiables pour les Romains à Mars et à Mercure. Cf. IX 1. Mais il peut s'agir encore d'autres divinités.

totems et attributs divins (VII 2). Ces effigies d'animaux consacrés aux dieux, comme le loup à Wodan ou le bélier à Tiwaz, servent d'enseignes. Cf. Hist. IV 22, 5.

famille (VII 2). À rapprocher de la description de la déroute de Boudicca, qui tourne à l'extermination. Cf. Ann. XIV 37, 3; Hist. V 17, 4

en pleine bataille (VII 2). Cf. Hist. IV 18, 4.

femmes (VIII 1). Plutarque (Mar. XIX 7; XXVII 2) donne des exemples comparables.

offertes aux regards. Cf XVII 2.

captivité (VIII 1). Si elle signifie pour les hommes la mort ou l'esclavage, elle représente le viol comme préliminaire pour les femmes. Étant donné que la pureté des moeurs sur le plan sexuel et le respect du mariage représente, comme pour d'autres peuples primitifs, la norme pour les Germains (Cf. XVIII-XIX), cette perspective est particulièrement effrayante pour le couple, d'où l'évocation de mise à mort de femmes par leurs maris. Cf Agr. XXXVIII 2; César (G. I 51, 2-3). Un autre exemple est offert aussi par la statue du Gaulois mourant (Musée du Vatican), qui se suicide auprès de sa femme qu'il vient de tuer.

nobles (VIII 1). Seuls les nobles étaient pris en otages.

États (VIII 1). Traduction du concept romain de ciuitas par lequel Tacite désigne les tribus germaniques sous l'angle de leur organisation politique. Cf. X 2.

divination (VIII 2). Cela évoque pour les Romains la pythie delphique et la sybille de Cumes. Cf. César (G. I 50, 4-5)

Véléda (VIII 2). Elle appartenait à la tribu des Bructères. Cf. XXXIII 1. Tacite lui fait jouer dans le soulèvement de Civilis (69-70 P.C) un rôle au moins aussi important que ce dernier. Cf. Hist IV 61, 3-5; 65, 7-9 ; V 22, 9; 24, 2. Un bref extrait de Stace (Silv. I 4, 90) permet d'établir que Véléda, prisonnière en 77 ou 78 du général romain C. Rutilius Gallicus, fut amenée à Rome, où elle vécut, semble-t-il, quelques années.

Aurinia (VIII 2). Elle n'est pas autrement connue. Son prénom est celtique, comme c'était souvent le cas chez les Germains. Des manuscrits présentent la variante Albrinia que certains auteurs d'éditions critiques, tel Perret, préfèrent. On y voit une altération d' Albruna, "amie en laquelle les elfes ont mis leur confiance".

déesses (VIII 2). Allusion ironique aux déifications de femmes de la famille impériale, parmi lesquelles Drusilla, soeur de Caligula, divinisée par celui-ci, tout comme Livie le fut par Claude. Cf. Suétone (Cal. XXIV 3; Cl. XI 4). Claudia, fille de Néron (Cf. Ann. XV 23, 1-3) fut déifiée par son père, lequel fit de même pour Poppée (Cf. Ann. XVI  21, 2). Il y eut d'autres exemples encore sous les règnes de Titus et Domitien. Toutefois Tacite (Hist. IV 61, 4 -5) donne un autre éclairage de cette pratique chez les Germains, ce qui renforce le caractère tendancieux du présent  passage. 

 

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